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LES RESSOURCES MINIÈRES DE LA TUNISIE

Tunis à Zaghouan, les frais de transport, si Ton fait un petit embranchement industriel, seraient réduits des trois quarts au moins. II est donc possible que l'exploitation soit reprise, surtout si la mine passe dans des mains françaises, autrement fortes que les mains italiennes.

Nous arrivons aux mines qui, dès à présent, sont en production, quoiqu'elles doivent considérablement gagner en importance, d'une part avec la hausse récente des métaux (1896-97)et, de l'autre, avec l'achèvement des voies de communication : ce sont les mines de zinc ou de calamine de Kanguet-Kef-Tout et de Fedj-el-Adoub à M. Faure, de Sidi-Ahmet à la Société royale asturienne des mines, l'une des plus florissantes sociétés minières du monde entier, et de Zaghouan à la Société anonyme des mines de Zaghouan.

La mine de Khanguet-Kef-Tout, embrassant une superficie de l,08r) hectares, a été concédée en 1888 à un capitaliste français, M. Kaure; elle est située à '21 kilomètres au nord de Béja, sur la route de Béja à Tabarka. Béja étant à 119 kilomètres de Tunis, si on y relie la mine par un chemin de fer industriel, on sera à 140 kilomètres du port d'embarquement; mais le zinc étant un métal d'assez grande valeur peut supporter des frais de transport notablement plus élevés que le fer et même le plomb; si l'on construisait comme cela est possible dans l'avenir, le chemin de fer de Béja à Tabarka, la distance serait diminuée des trois quarts; mais Tabarka est un port très médiocre et le gouvernement tunisien n'aura pas de longtemps les sommes nécessaires pour l'améliorer notablement. L'exploitation actuelle est de 1,000 tonnes environ par an de minerai cru produisant 3,000 tonnes de minerai calciné. L'achèvement de la roule de Béja à Tabarka sur laquelle il sera facile au concessionnaire d'établir une voie ferrée Decauville et la hausse récente du prix du zinc permettront, sans doute, un grand essor de l'extraction.

La mine de calamine (zinc) de Fedj-el-Adoub, concédée aussi à M. Faure, en lH9i, se trouve à 15 kilomètres sud-est de Téboursouk ; le périmètre concédé n'embrasse que 3'M\ hectares, ce qui est trop peu, beaucoup trop peu. La mine paraît riche, plus que la précédente; l'exploitation s'y fait à ciel ouvert : le concessionnaire a fait à ses frais une rouie de 17 kilomètres de la mine à Téboursouk ; il serait possible qu'il la poussât jusqu'à la station de Pont de Trajan, qui n'en est quh une trentaine de kilomètres, ou bien que, en s'entendant avec le gouvernement, il fît, à frais com-

muns, un chemin de fer à la voie de un niôlrede Tcboursoukà Medjez-el-Bab, en passant parTestour sur une longueur d*une quarantaine de kilomètres environ. Fn 1894, Textraction a été de 7,500 tonnes de minerai brut, produisant 3,000 tonnes de minerai calciné : le gisement paraît un des plus importants de la Tunisie.

La mine du Djebel-Sidi-Ahmed, également de calamine, a été concédée, en 1892, à Topulente et expérimentée Société royale asturienne, qui en réalité est une compagnie belge ; la surface de la concession atteint 1,455 hectares. Elle se trouve à 40 kilomètres environ de Héja. La production en 1894 a atteint 3,500 tonnes de minerai calciné.

Le gisement de calamine de Zaghouan concédé en décembre 1894 à la société anonyme de ce nom, ayant une origine lyonnaise et ses actions cotées à la Bourse de Lyon, se trouve h 60 kilomètres de Tunis, dans des conditions de transport actuellement très coûteuses, mais qui vont devenir faciles par l'ouverture du chemin de fer de Tunis-Znghouan. La concession comprend 2,217 hectares, la plus vaste étendue des mines concédées en Tunisie, le Djebel Heças et Djebba, pour lesquelles il n'y a pas de délimitation bien fixe, étant laissées de côté; l'extraction s'élève à 12,(MK) tonnes de calamine brute, donnant 5,0(H> tonnes de calamine calcinée. Aujourd'hui que le chemin de fer de Tunis à Zaghouan est achevé, la mine pouvant être rattachée à une des gares par une voie industrielle d'une quinzaine de kilomètres, l'exploitation prendra, sans doute, beaucoup plus d'importance.

On peut citer encore une concession en instance, celle de lamine de zinc du Djebel-el-Akhouat ii 32 kilomètres au sud de Téboursouk; le minerai est porté en arabas sur plus de 60 kilomètres à Medjezel-Bab, où il prend le chemin de fer pour Tunis (66 kilomètres). Les couches paraissent assez minces, mais le minerai est très bon.

De 1890 au l^juin 1895, il a été présenté à l'administration 470 demandes en permis de recherches de mines, dont 101 dans la seule année 1891; presque toutes portent sur des gisements de plomb et de zinc, dont l'existence en abondance dans l'ancienne Régence n'est pas douteuse. Quelques-unes aussi visent le cuivre. En fait de combustible, il n'a été question que de quelques bancs de lignite qui oflrenl peu d'intérêt dans l'état actuel du monde. Des gisements de calcaire asphaltique près Tunis ont attiré aussi l'attention.

On jugera de l'importance que peut prendre la production miné-

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raie en Tunisie : de 1885 à 1889, il n'avait pas été exporté de minerai de ce pays : en 1890, on exporta pour 7,500 francs de zinc, puis rien n'apparaît de ce chef au tableau des exportations en 1891 ; on retrouve le minerai de zinc pour 245,000 francs en 1892, pour 524,000 en 1893, pour 1,156,000 francs en 1894. On a vu combien étaient récentes les concessions ci-dessus, la plupart ne datant que de 1892 à 1894 même. H ne serait pas surprenant que, au début du siècle prochain, l'exportation des minerais atteignit une valeur de 12 à 15 millions de francs, dont les quatre cinquièmes resteraient dans le pays pour rétribuer la main-d'œuvre, les contremaîtres, ouvriers d'élite et ingénieurs européens, les frais de transport, etc. ; ce serait du fret pour les voies ferrées et pour la navigation. Lin certain nombre de mines prospères amène dans un pays tout un grand mouvement, intellectuel aussi bien que matériel ; il faut des ouvriers d'élite, mécaniciens, constructeurs, etc. ; autour de chaque mine naît une petite colonie agricole, industrielle ; non seulement rhabituel lavernier dont les services, si critiqués, sont, cependant, indispensables ; mais le menuisier, le forgeron, les maraîchers et autres. Les 10 ou 12 millions de salaires et de frais de transport payés par les mines produisent beaucoup plus de mouvement que ne le soupçonnent les gens irréfléchis; il faut loger, nourrir, entretenir, distraire même tout ce monde, et toute une autre population égalant le tiers ou la moitié du nombre des mineurs et de leurs familles, se constitue auprès des centres miniers. C'est beaucoup plus de cette façon que l'on constituera la petite propriété agricole européenne en Tunisie, à Tombre soit des grands ou des moyens domaines, soit des établissements industriels, qu'en allant attirer, à grands risques, de petits cultivateurs de France, qui ont neuf chances sur dix d'échouer.

Il convient, toutefois, pour donner un vif essor à l'industrie minière, que l'administration se montre très large à l'endroit des capitalistes et des sociétés qui se livrent à ce genre d'entreprises. L'esprit de jalousie démocratique, le plus grand dissolvant et le plus insurmontable obstacle à tout progrès, doit être absolument écarté. L'administration ne doit pas chercher <'i retirer un profit direct des mines; elle perçoit une redevance de 10 à 12 centimes par hectare concédé; c'est bien assez, sinon trop ; ses périmètres sont parfois trop étroits : ainsi celui de 336 hectares pour la mine Fedj-el-Adoub est ridicule ; on ne devrait jamais descendre au-dessousde 1,000 hectares et

il faudrait souvent aller jusqu'à 5 ou 6,000. Il convient de susciter de très grandes exploitations, les seules fortes et productives. Une fois ces exploitations constituées et prospères, elles peuvent entreprendre, sans aucune subvention, les voies de transport qui leur sont utiles et y admettre le public, par exemple construire des voies ferrées de 20, 30 ou iO kilomètres, quelquefois du double ou du triple, ainsi que Ta fait en Algérie la compagnie de Mokta-el-Hadid, pour le chemin de fer d'une trentaine de kilomètres deBôneà son exploitation. Nombreuses sont les sociétés minières, qui, en Europe, en Afrique ou en Asie, ont ainsi créé, à leurs frais, des voies de communication, non seulement industrielles, mais ouvertes aussi au public: on peut citer les compagnies du Laurium en Grèce, de Tharsis, de Rio Tinlo, de Pennaroya en Espagne (1) ; il s'en trouve, sans doute, bien d'autres. Avec de puissantes sociétés de mines, ayant des concessions de plusieurs milliers d'hectares, il est probable que Téboursouk et Testour finiraient par être reliés par une voie ferrée à Medjez-cl-Hab, que Béja lui-même le serait à Tabarka, que le port même de Tabarka, surtout si les mines de fer de la région entraient en exploitation, pourrait être aménagé, sans sacrifices de rpUat, ou, du moins, avec une subvention réduite, l'œuvre principale étant faite par les compagnies minières.

Ainsi, la vraie politique consi>te à laissera l'industrie des mines la plus grande liberté possible, à étendre notablement le périmètre des concessions, à n'assujettir celles-ci qu'à des charges excessivement modiques; mais par contre, à leur laisser faire les travaux de rattachement qui leur importent aux voies ferrées et aux ports, parfois même à leur abandonner le soin d'aménager les j)orts secondaires. On doit agir de même pour les carrières : c'a été une faute d'imposer une redevance de ir)(),0(K) francs à la compagnie des phosphates de* Gafsa; on ent du se montrer satisfait qu'elle consentît à construire un chemin de fer de 250 kilomètres jusqu'à Sfax ; tout auplusaurait-: on pu lui demander cette redevance de 150,000 francs, quand les actionnaires auraient reçu 5 p. HK» de dividende. Celte société est maintenant constituée; mais ce n'a pas été sans quelque peine. Avec

(1) Commo actionnaire et administrateur des florissantes mines de plomb et de houille de Pennaroya, nous avons vu cette société construire à ses frais le chemin de fer de 71 kilomètres de Pennaroyaà Fuente del Arco, et préparer Texéculionde divers travaux qui doubleront probablement cette longueur. La société lire une rémunération très convenable de la li^ne déjà exécutée.

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