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LA FRANCE DANS LE NORD DE L'AFRIQUE

sins sérieusement constitués, une politique de conservation. Ce n'est pas à nous qu*il convient d'ébranler soit l'Empire du Maroc, soit la Tripolitaine. Ne nouons aucune intrigue dans ces deux pays, limitrophes de nos possessions (1). Mais, sans aigreur envers aucune puissance européenne, tâchons de prévenir les intrigues d'autrui. Il serait insensé de notre part de nous faire des querelles soit avec TEspagne, soit avec l'Allemagne, soit avec l'Angleterre, soit avec ritalie, au sujet des pays barbaresqucs. Tâchons de maintenir aussi longtemps que possible le statu qno. A ce point de vue le succès des Turcs dans la guerre contre la Grèce en 1897, en tant qu'il peut prévenir la dislocation de l'Empire Ottoman, parait plutôt favorable à la France.

Il se peut que la Tripolitaine doive devenir un jour la propriété* d'une puissance européenne ; ce serait, en soi, une bien maigre possession ; mais, sans user d'autres armes que celles de la diplomatie, tâchons de conserver longtemps la Porte pour voisine. Si, à la dissolution de l'Empire Ottoman, l'Italie tient à s'y établir, ne l'en empêchons pas, tout en nous assurant jusqu'au Soudan, et d'après le prolongement en ligne droite de notre extrême frontière sur la Méditerranée, c'est-à-dire le neuvième degré dix minutes environ (2), l'arrière-pays tunisien, notamment Ghadamès et Ghat qu'il pourrait être utile d'occuper plus tôt par une entente avec la Porte. Laissons également à l'Italie, le Tibesti, la Cyrénaïque et l'oasis de Kofra.

L'Empire du Maroc est exposé à s'écrouler un jour ou l'autre. Il est de notre intérêt que ce soit le plus tard possible. Si pendant un quart de siècle ou un demi-siècle le chérif pouvait être maintenu sur un trône agité et dans l'intégrité de ses possessions prêtes à se dissoudre, ce serait un gain pour nous. Ne hâtons pas d'une minute le jour où cet autre « homme malade » disparaîtra en laissant un héritage contesté.

(1) Il u'eu résulte pas que nous ne devions pas occuper le Touat; c'est, au coDlraire, une œuvre très pressée. Ce qui est écrit dans le texte s'entend du bloc même de TEmpire marocain et de la Tripolitaine proprement dite. Quant à l'occupatioD du Touat, elle est de la plus extrême urgence ; c'est d'elle que dépend la possibilité d'organiser \ exploration méthodique du Sahara pourvoir notamment si ce vaste désert ue contient pas des ressources précieuses, comme les nitrates dont il a été question page 580.

(2) Comme Barroua, qui nous a été reconnue sur le lac Tchad, est un peu au delà du lO'^ degré, la ligne frontière, partant du 9« degré 10 sur la Méditerranée, devrait aboutir au delà du 10^ degré sur le lac Tchad.

Nous ne saurions jamais revendiquer riniégralité du Maroc ; ce serait de notre part une grande faute^; c'est un morceau beaucoup plus vaste et beaucoup plus résistant que l'Algérie. La puissance européenne qui voudrait entreprendre cette conquête y sacrifierait des milliards et des dizaines de mille hommes.

Quand le jour sera venu, jour que nous espérons lointain, où la succession marocaine sera ouverte, nous devrons nous entendre cordialement avec TEspagne, qui depuis deux siècles, sauf une courte querelle de famille que nous avons provoquée, s'est toujours montrée pour nous une excellente parente et une cordiale voisine. . Ni la France, ni l'Espagne ne sauraient accaparer pour Tune d'elles ce vaste Empire auquel on attribue 750,000 à 800,000 kilomètres carrés de superficie et 7 à 8 millions d'habitants. Une entente entre la France et l'Espagne, dans des conditions équitables et pratiques, sera absolument nécessaire pour trancher ce délicat problème de l'héritage marocain.

La France et l'Espagne sont les héritières naturelles, tout indiquées par leur voisinage, par leurs antécédents historiques, par l'infiuence que l'une et l'autre peuvent exercer sur les habitants, par la possibilité pour les enfants d'Espagne et de France de s'acclimater dans le pays et d'y faire souche. La démarcation naturelle entre les possessions futures de la France et de l'Espagne serait la ligne des hauts sommets de l'Atlas, qui commence un peu à l'ouest de la rivière Moulouya sur la Méditerranée et qui vient aboutir sur l'Atlantique au cap Nun, presque en face les Canaries.

Cet accord laisserait à la France le Maroc Oriental, le Touat, le Tafilet, oasis, qui, d'ailleurs, devront être occupés par nous bien auparavant, et aussi toute la vallée de l'Oued Draa qui vient se jeter dans l'Atlantique. Le lot de l'Espagne serait incomparablement le plus riche comme sol, le plus peuplé, celui qui contient toutes les villes. C'est la nature qui le lui a dévolu. Nous lui prêterions un concours moral pour s'en mettre en possession. L'Espagne et la France n'ont rien à craindre l'une de l'autre (1).

Il importe, d'ailleurs, je le répète encore, que le jour de cette

(1) Nous reproduidODS ici textuellement le passage de la première édition de cet ouvrage ; peut-être cependant l'Espagne ferait-elle quelques objections à notre occupation de la basse vallée de TOued Draa, d'autant qu'elle possède les Iles Canaries en face, peut-être pourrait-on ne nous faire rejoindre la côte qu'aux environs du cap Boyador, vers le 26* ou 27* degré.

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