LA FRANCE DANS LE NORD DE L'AFRIQUE
puissance de rayonnement. Les industries renaîtraient, les terres seraient cultivées suivant les procédés modernes et les mines et carrières exploitées avec fruit. Les chemins de fer, plus nombreux, jouiraient d'un trafic abondant et rémunérateur. On ne serait plus aflligé par les haillons et la détresse des habitants des campagnes ou de la dernière classe des villes. L*aisance des indigènes ouvrirait à nos industries un énorme débouché. Le mouvement maritime se mesurerait par millions de tonnes et le mouvement commercial extérieur par milliards. Notre France continentale en éprouverait un stimulant des plus heureux. La prolongation au delà du Niger et jusqu'à TAtlantique de notre influence, de notre direction, de nos commandites et de notre trafic, étendrait d'une manière continue la sphère d'activité des enfants de France, capitalistes, commerçants, agriculteurs, ingénieurs, contremaîtres, ouvriers d'élite et artisans.
Il faut donc travailler à cette œuvre civilisatrice et sainte : le développement de la population indigène (1). Pour cela il n'est nullement nécessaire de la franciser au sens étroit du mot, c'est-à-dire de lui imposer nos lois et nos coutumes. Conquérons à notre langue un certain nombre d'Arabes et de Kabyles, sans songer à modifier complètement et rapidement l'état mental de ces masses primitives. Tâchons de les élever économiquement, en leurlaissant leurs croyances et les usages qui en découlent. Apprenons-leur, dans Tordre
(l)Le8 préjugés le» plus étrauges cootinuent à régner dans certaines sphères coloniales au sujet des indigènes et la politique de refoulement y conserve des adeptes. Nous lisons, en effet, dans la Tunisie Française du 12 juin 1897, Tanalyse d'uu article paru daas la Vie Algérienne et Tunisienne^ sous le titre : M Si l'Afrique du Nord était... en Amérique ». L'auteur de cet article, un statisticien africain connu, le docteur Bertholon, se fondant sur ce que les Américains ont cantonné les Peaux Rouges, développe l'idée de transporter dans le Soudan, notamment dans la Boucle du Niger, une partie des indigènes de nos colonies nord -africaines. » Jetons-y les faméliques de l'Afrique du Nord, qui ont, k notre contact, une vie si pénible et qui, là-bas, deviendront aisés. » Nous reconnaissons que la Tunisie Française combat cette stupéfiante proposition.
Quelle singulière conception se font de la colonisation certains idéologues 1 Que voudraient-ils que la France, nation peu prolifique, fit des 700,000 à 800,000 kilouiëtres carrés de ses possessions nord-aft'icaines, s'il ne s'y trouvait une grande masse d'indigènes? Bien loin de diminuer celle-ci, il faut en accroître le nombre et surtout élever son niveau de vie. A la place d'une population indigène raréfiée et pauvre, il convient d'en constituer une suffisamment dense et aisée. C'est là le nœud principal du problème de notre colonisation africaine.
matériel, à mieux cultiver la terre, à perfectionner leurs métiers, à être de meilleurs forgerons, maçons, charpentiers, etc. Enseignonsleur aussi, dans Tordre moral, à pratiquer l'épargne, le placement productif, l'entreprise de commerce. Faisons-en des associés efficaces, quoiqu'en général subordonnés, dans l'œuvre de régénération de cette région depuis si longtemps assoupie et autrefois si prospère et si progressive (1). Lions leur prospérité à la nôtre.
C'est, en réalité, un grand bonheur pour nous que l'Algérie et la Tunisie soient occupées par des Arabes et Berbères mahométans. S'il ne s'y était trouvé aucun habitant, la population stationnaire de la France n'eût pu peupler ces régions ; nos rares immigrants eussent été noyés ou perdus dans un flot d'Italiens et d'Espagnols.
Si, d'autre part, les indigènes avaient été moins réfractaires à nos croyances et à nos lois, il se serait constitué une race de métis ; or, ces populations de métis ont bien des inconvénients et offrent bien des dangers. Généralement ces hybrides ne valent pas leurs parents et ont un état mental instable; soit les mulâtres de nos Antilles, soit les nombreux métis Portugais, partout où on les rencontre, en Afrique et dans les Indes, soit les métis des diverses races des Philippines, constituent un élément moralement inférieur, paresseux, jouisseur, intrigant, remuant, porté au mécontentement et aux insurrections. Avec ce métissage, la population de l'Afrique du Nord eût peut-être pris rapidement notre langue, notre religion et nos lois ; mais elle n'eût représenté qu'une France abâtardie et probablement bientôt rebelle. Ces maux et ces dangers nous seront davantage épargnés avec une population indigène qui reste elle-même fidèle à ses cadres et à ses traditions générales, et un élément européen qui n'agit sur elle que comme un ferment, sans perdre de ses qualités propres.
Au point de vue de la politique extérieure africaine et tout en poussant beaucoup plus sérieusement vers le Sud nos avant-postes, nos colons et nos entreprises, pratiquons, à l'égard des pays voi-
(1) Sur certains moyens moraux d'améliorer la situation matérielle et morale des indigènes et de nous les concilier, voir plus haut page 318, note. Une réforme tutéiaire que l'on pourrait introduire, ce serait d'enlever toute force légale aux marchés à terme conclus par les indigènes. Le recours à ces marchés est un des moyens dont usent certains Israélites peu scrupuleux notamment dans la région de Sfax pour conduire les Arabes à la ruine. Quelques mesures de tutelle exceptionnelle, pour préserver ces races primitives, sont licites.