LE CRÉDIT. — COMPTOIRS D'ESCOMPTE ET CAISSES RURALES
grandes compagnies, il est incontestable, en pratique, qu'elles ont rendu dans certaines circonstances des services considérables. Dans le Nord-Amérique, ce sont les grandes compagnies foncières qui ont facilité la culture par leurs travaux préparatoires, routes, canaux, arpentage; et peut-être en Algérie la société nouvelle eût pu tirer un bon parti des l(K),()0() hectares qui lui ont été concédés. Si elle eût consacré en six ans, selon la lettre de son traité, 30 millions aux routes, 20 millions aux barrages, canaux, dessèchements de marais, puits artésiens, 15 millions au reboisement des montagnes et 5 millions à des subsides aux colons qui végètent loin des côtes; si elle eût versé dans le pays les 120 millions stipulés, sous forme d'opérations de crédit, il est évident que c'eût été pour l'Algérie un puissant ressort qui lui eût communiqué un rapide mouvement d'impulsion. Malheureusement, c'était beaucoup demander à une société que de consacrer en six ans des sommes aussi énormes à des entreprises aléatoires et d'un développement lent; aussi ne s'est-elle pas conformée k la lettre, ni surtout à l'esprit de sa charte. Klle a au moins autant travaillé dans la métropole que dans la colonie et elle a dû se transformer en 1877 en une société beaucoup plus modeste, la Compagnie Algérienne, au capital de 15 millions de francs versés ; la société nouvelle ainsi réduite a rendu et rend beaucoup plus de services que la société primitive qui était au capital de 50 millions de francs, dont la moitié versée ; la Compagnie Algérienne a un portefeuille d'elfets de 30 à 35 millions; des dépôts montant à 25 millions; elle se consacre uniquement aux alfaires de la colonie, et elle prospère. Ses actions de 500 francs valent actuellement (janvier 1H07) 070 francs et son dividende pour l'année 1805 a été de 30 francs. . Depuis une vingtaine d'années il s'estconstitué une foule de sociétés de crédit d'initiative privée (jui ont pris l'Algérie pour champ d'exploitation. Telles sont la Société de Oédit foncier et agricole d'Algérie, le Crédit algérien, la Compagnie franco-algérienne, la Foncière de France et d'Algérie, les Magasins généraux d'Algérie. « On peut dire qu'il y a plutôt excès dans toutes ces créations, écrivions-nous dans la première édition de cet ouvrage; toutes ensemble ces sociétés représentent un capital de plusieurs centaines de millions de francs. » Depuis lors, la Compagnie franco-algérienne a dû accepter un concordat et elle n'est plus qu'une société domaniale et de chemins de fer; la Foncière de France et d'Algérie est à peu
détriment pour le pays. On devrait arriver en trois ou quatre ans à une réduction d au moins 3 à 4 millions,* ce qui avec la décharge de 3 millions et demi de la garantie d'intérêts indiquée plus haut, procurerait un allégement de 7 à 7 millions et demi. Encore sommes-nous très mesuré dans ces appréciations.
Cette réduction de 7 à 7 millions et demi dans les dépenses jointe aux 20 millions de suppléments de ressources qui résulteraient des remaniements que nous conseillons au régime fiscal produiraient 27 il 28 millions environ ; c'est-ù-dire que ces mesures feraient disparaître le déficit avoue du budget de l'Algérie et ne laisseraient plus qu'une insuffisance de quelques millions pour la gendarmerie, les pensions civiles et les subventions locales. Des plus-values de 3 ou A années suffiraient pour combler ce vide. Dès les premières années du XX' siècle, l'Algérie ne coûterait plus rien à la métropole pour ses services civils, entendus dans le sens le plus large, c'est-à-dire en y comprenant la gendarmerie, les pensions et les subventions locales.
Toute cette réforme entraînerait comme conséquence la constitution d'un budget algérien, qui serait préparé par le gouverneur général et voté par le conseil de gouvernement, véritable assemblée coloniale, comprenant les représentants de tous les éléments de la population, à Alger. Ce budget serait soumis à Paris au Conseil des Ministres, puis aux Chambres, qui n'auraient à exercer qu'un droit de contrôle général. Tant que le gouvernement métropolitain devrait continuer des subsides quelconques ou des avances à titre de garanties d'intérêts à l'Algérie ou des subventions aux localités, la moitié des plus-values annuelles du budget algérien devrait servir à atténuer l'importance de ces avances ou subventions. Quand l'amélioration des finances algériennes serait telle que la métropole n'aurait plus aucun subside à verser ni aucune avance à faire, et si l'on suivait le plan que nous venons d'exposer cette situation se produirait avant une demi-douzaine d'années, le budget algérien profiterait seul de toutes les plus-values. Ultérieurement, il est vrai, mais dans 15 ou 20 ans tout au plus, on pourrait demandera l'Algérie un certain concours pour les dépenses du corps d'occupation, sans que, à quelque époque que ce soit, ce concours pût dépasser la moitié des dépenses de cette nature, l'autre moitié incombant à la France. Ce serait, en effet, à la fois une imprudence et un excès de dureté de vouloir, même quand elle sera adulte et prospère, rejeter la totalité des frais d'occupation sur la colonie.