‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 85 sur 222 · LE CRÉDIT. — LA BANQUE D'ALGÉRIE · texte numérisé non relu

LE CRÉDIT. — LA BANQUE D'ALGÉRIE

veille de l'expira tion du privilège à la fin de 1897, la situation do TAlgérie au point de vue du régime des banques reste fort obscure. I/opinion publique ne se prêterait pas ù la liberté d'émission. La Banque de France fera bien de ne pas accepter de mettre le pied en Afrique. Daulre part, il est douteux que la Banque de TAlgérie ait encore assez de vitalité pour faire une nouvelle carrière. Il faudrait tout au moins lui infuser du sang nouveau, en accordant la concession à une banque nouvelle qui se chargerait de liquider Tancienne et qui prendrait à tache désormais de se garer des immobilisations détournées et des prêts ou escomptes déterminés par les influences politiques ; c'est là, d'ailleurs, à l'heure présente, le grand danger de toutes les institutions officielles. On leur fait payer la rançon de leur privilège par les complaisances envers les politiciens et leur clientèle. Au 29 février 189(5, l'actif de la Banque d'Algérie se composait de : 3.V>Hr>,000 fr. d'encaisse; 1 1 ,8r)r),(X)0 fr. de rentes sur l'État; 91,985,t>Ot) fr. de portefeuille, sur lesquels il est à craindre que 15 ou*20p. 10() soient assez compromis ; 1,(>95,00() fr. d'effets en recettes; 318,(M)() fr, d'avances sur titres; 7,74'i,(HK) fr. de correspondants, dont une partie peut être insolvable: 10,H92,(HX)fr. de domaine, qu'il serait impossible de réaliser à un prix approchant de cette somme; 6, 112, (KK) fr. de liquidations de comptes amortis; 2,31 1,(KX) des hôtels de la Banque; 1,489,()()() d'avances aux chambres de commerce et 3 millions environ de divers. Au passif, on trouvait le capital de 20 millions, la réserve statutaire, de t>,()r)0,0()0 fr., la réserve extraordinaire de 1,980,000 fr., la réserve immobilière de 2,311,000; 70,281, (KM) fr. de billets en circulation ; (>,i:)0,0(X) de comptes courants ; 790,000 dus aux trésoriers généraux; 42,214,000 au Trésor public; 1,013,000 d'agios et commissions; 13 millions environ de comptes de divers. Il est dès maintenant certain que l^s 1 1 millions de réserves et de provisions sont absorbés par les moinsvalues du portefeuille, du domaine et des correspondants; probablement le capital même de 20 millions ne peut plus être considéré comme intact; mais il est probable que la liquidation de la Banque laisserait encore un actif disponible.

Le gouvernement ne s'est pas arrête à cette seule banque dans la création d'institutions destinées à fonderie crédit en Algérie; en mars 1860 un décret rendit applicable à cette contrée la loi du 21 mai 1858 sur les magasins généraux, dont le premier

essai réussit complètement à Blida. Presque en même temps un décret du 11 juillet ISfK) étendait au territoire de l'Alg^érie le privilèf^e accordé au Crédit foncier de France. Flnfin, pour obvier au défaut de banques locales et pour faciliter dans toute la colonie la circulation des capitaux, le ministre des finances, au mois d'août 18(>5, a autorisé les trésoriers-payeurs des trois provinces à recevoir désormais les fonds des néfj^ociants et à délivrer en échange des mandats sur leurs préposés. Les entraves qui résultaient pour le commerce delà difficulté des transports de fonds entre les différentes places de TAlgérie sont ainsi considérablement atténuées. « On ne saurait trop louer, disions-nous dans la première édition de notre ouvrage sur la Colonisation chez les peuples modernes (187 i), celte initiative heureuse ; mais il serait désirable que le gouvernement fît quelques réformes dans ses propres règlements, lesquels contribuentà maintenir le taux élevé de l'intérêt dans la colonie. Ilv a un exemple de modération vis-à-vis les débiteurs, qu'il serait du devoir de TKlat de donner dès à présent : c'est la réduction, au-dessous du taux actuel de 10 p. KM), de Tinlérêt légal, c'est-à-dire de l'intérêt qui court de plein droit dans des circonstances déterminées. Kn percevant 10 p. 1(K) d'intérêt, l'iilat encourage directement l'usure; U est à regretter que la lettre impériale qui s'élève contre ce lléau n'ait pas vu que le gouvernement contribuait lui-même à l'entretenir. »

La réforme qui nous paraissait si urgente en 187i et qui, d'ailleurs, était si facile, n'a été accomplie qu'en 1881. Le taux de l'intérêt légal a été réduit de 10 à () p. KX), heureuse mesure dont il est difficile de comprendre le trop long ajournement. On pourrait aujourd'hui l'abaisser à .*> p. 100. Dans cette même année 1881, on a amélioré, comme on l'a vu plus haut, les dispositions relatives au crédit foncier en Algérie. Il faudrait encore aller plus loin dans cette voie, perfectionner le crédit agricole et soustraire, autant que possible, les Arabes à l'usure dévorante des juifs.

On a essayé de venir en aide au développement de l'Algérie par la constitution, avec l'appui du gouvernement, de grandes associations anonymes. Telle a été, en 1807, la Société Générale Algérienne fondée par MM. Frémy et Talabot.

On ne saurait trop dire si ce devait être une compagnie de crédit ou une compagnie foncière; elle tenait de l'un et l'autre caractère. Quoi qu'on puisse alléguer, au point de vue théorique, contre ces

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