‹ L'Algérie et son organisation en royaumeChapitre 1 sur 3 · L'Algérie et son organisation en royaume · texte numérisé non relu

L'Algérie et son organisation en royaume

L'Empire se lève ; les masses l'acclament ; les minorilés l'acceplenl ; l'Europe le reconnaîtra.

x\ussilôt que sera calmée l'émolion du voyage triomphal, le Sénat jettera à tous les échos du pays et du monde la solennelle formule du vœu populaire, et il sera admis à poser deux couronnes sur le front de l'Homme do Décemhre.

Le grand nom de la France fera l'éclat de l'une, le nom fatidique de l'Algérie rayonnera sur l'autre.

Quand un second plébiscite aura consacré la légitimité selon le droit révolutionnaire ; quand, ivre de confiance et de joie, l'inconstante nation se sera fatiguée à chanter la force et la perpétuité du pouvoir créé à son image, rien dans les choses ne se trouverait changé autour de nous, si la fécondation de l'Afrique ne devenait pas la gloire solide de Louis-Xapoléon.

Impassible témoin des tumultueux entraînements de la génération qui succède à celle de 89, à celle de 1830, nous avons recherché loin de la scène où, depuis Février, se joue le drame historique dans les péripéties duquel la raisou ne se retrouve plus, à quelles conditions l'Algérie pourrait être utilement pour elle, utilement pour sa métropole, transformée de gouvernement en royaume.

Le peu qu'on va lire est le fruit de nos méditations dernières aux pieds des images du condamné Louis XVI, mort sur l'échafaud ; du captif Napoléon , mort sur un rocher ; du proscrit Louis-Philippe , mort dans l'exil ; tous les trois dévoués aux intérêts de la marine ou des colonies françaises ; trahis par la fortune qui les avait faits grands quoiqu'elle soit aveugle; trahis par la multitude qui les avait faits heureux , quoiqu'elle accepte rarement la reconnaissance pour inspiratrice.

L'OEuvRE accomplie déjà de l'autre côté de la Méditerranée par nos capitaines et nos administrateurs, est belle et grande. Nous honorons, plus que ne le fait personne , tous ceux qui ont attaché à ses hasards, ses périls, ses résultats, et leur initiative et leurs noms; mais l'ceuvre de Dieu nous touche plus que celle des hommes , et les premiers , peutêtre, nous nous sommes rendu un compte fidèle et pieux des voies par lesquelles elle s'est produite en se dérobant aux yeux du corps.

Ce qu'elle a été dans le passé, nous le montrerons dans un autre écrit ; ce qu'elle est dans le présent, un mot suflil p:)ur le faire ( omprcndro. La Providence nous a donné,

comme elle dous a livré tout le reste , à son heure, malgré nos faux systèmes, nos erreurs involontaires, presque malgré nous, tout à fait inopinément, la Kabylie et le Désert. Les habiles nous raillaient sur la fantaisie épique de s'établir au centre duGoufi, du Babour, du Djurjura. La guerre coûte tant! notre territoire est si vaste! la domination d'un peuple de montagnards, orgueilleux de n'avoir jamais connu de maîtres , est une affaire si grosse de charges et de menaces! Et par un jour de printemps, jour marqué de toute éternité, comme avait ét« chargé le canon qui enleva Turenne, quatre-vingt-douze chefs descendent des hautes cimes, et au nom des tribus puissantes qui tendent la têle au joug, baisent la main de nos généraux , triomphateurs sans combat, récompensés ainsi d'avoir vaincu dans cent rencontres! Nous regardions le Désert sans espérer en lui ; nous l'avions sillonné d'expéditions hardies . terrifié par la plus brillante audace, ébloui par notre seule présence. Mais s'y maintenir serait folie! Il manque d'eau, d'habitants, de terres cultivables ! Le sable et le vide, le soleil et l'horreur, qu'offre-t-il de plus? Et voilà que le Désert, après avoir laissé surprendre tous ses mystères par nos savants porteglaives, étale devant la froide raison toutes ses merveilles à la fois! L'eau court sous sa surface brûlée! cette eau est potable et fécondante ; à son aide les sables se concrèlent, et de leurs grains solidifiés s'élancent les arbres qui portent des fruits, les plantes qui multiplient les ressources alimentaires. A côté des jardins et des vergers, ceinture de ses vfUes, s'étendent les bancs de sel, riches de la substance qui donne aux troupeaux errants la vigueur et la joie. Le Désert, à son tour, nous appelle, et, lui aussi, nous demande une vie nouvelle.

Oh! oui! ces faits sont autrement remarquables que les travaux et les succès auxquels de justes louanges sont ducs ! ces spectacles sont autrement splendides que les coteaux de Muslapiia, les rives d'Alger, la salubre , la guerrùre.

la bien gardée; les inépuisables flaûcs de la mère du grain, îaMitidja; les pics de l'Atlas chargés de leurs manteaux de neige; les Mauresques belles et captives* souriant sous leurs couronnes de fleurs, du haut des terrasses désertes, à la mer changeante, au ciel toujours bleu. Voilà qui parle plu^ haut et enseigne plus fortement que les obstacles déjà surmontés, les richesses déjà créées. Dieu le veut ! installonsnous en Kabylie ; Dieu le veut ! prenons possession du Désert ; Dieu le veut ! complétons au nord comme au sud une jiacifique conquCto; et surtout réussissons à en convaincre tout le monde : le double but sera atteint sans que la France ait encore à se montrer prodigue de ses trésors et de son sang.

Les Contrées portant le nom de Kabylie, ont à recevoir de nous une orgafiisation définitive, et sous plusieurs rapports, le régime auquel il est désirable de les voir soumises, doit différer de celui qui nous a profité sur d'autres territoires.

Il est nécessaire, avant tout, de les repartir en groupes et de rattacher chacun de ces derniers aux centres de population regardés cornnie étant les tètes d'autant de corps distincts.

Dans la province d'Alger, un vaste périmètre s'étend en- Ire le littoral au nord , la subdivision d'Aumale au sud , i'isser à Touest, la limite du gouvernement de Conslanline à l'est.

. Il ne contient qu'une seule ville, Dellys ; sa superficie est à peu près égale à celle de trois départements français. Un commandement militaire et un centre administratif organisés dans sa capitale ; une place créée chez les Zouaoua à portée (lu nouveau kaïdat d'illoula ; voilà, il est presque superflu de le dire, les premières créations auxquelles nous aurons à pourvoir.

La province de Constantine renferme, depuis la limit<' de I i lie d'Alger jus(ju'à la froiilièro du kaïd;»} des Abd-el-Nour.

aux rivières Bouslha, Endja et au fleuve El Rébir, un triangle dont les pointes sont Bougie, Sétif et Djijelli.

Un autre triangle , beaucoup moins étendu , mais tout aussi digne de sollicitude , existe vers l'est à côté de celui que nous venons de circonscrire. Sa ville principale est Collo, Il a pour limites les territoires de Constantine au sud, de Pliilippeville à l'est, et l'Oued el Kébir à l'ouest.

Dans la Kabylie tout entière, la population est condensée, sédentaire dans des villages construits en pierres , bois et tuiles. La famille et le travail, la propriété et le gouvernement, y reposent sur des principes de sociabilité vrais, bien compris, respectés par tous. La culture y est méthodique et productive ; le sol plaît et impose tout ensemble ; ses habitants repoussent un peu par leurs allures mi-guerrières, mi-pastorales, un aspect disgracieux et rude; mais ils sont économes et industrieux, ardents à la lâche, durs à la fatigue, fiers et fidèles à leur parole.

Ces données admises et appréciées , il ne peut pas être question d'un programme autre que celui-ci : étendre et fortifier tout ce que notre main a déjà fait sortir de terre ; créer sur les limites et au cœur des tribus des établissements européens ; ouvrir entre ces derniers et les masses indigènes des courants d'affaires et d'échanges; pousser aux achats, sur une grande échelle, des produits agricoles; entretenir partout un contact de tous les instants entre les deux populations, autrefois antipathiques et hostiles, aujourd'hui excitées, par leurs intérêts respectifs, à se chercher, s'attirer, se mêler sans se confondre.

Avant de fixer les points du Déserf sur lesquels l'action gouvernementale de la France a à s'exercer, il est indispensable de le faire remarquer : Teniet-el-Had , Boghar et Aumale dans la province d'Alger ; Sebdou . Saïda et Tiarot dans celle d'Oran ; Bordj-Bouaridj , Bou-Saada et Biskara dans celle de Constantine , sont aujourd'hui nos centres de populations les plus distants du littoral.

Quelques-uns d'entre eux sont faibles ou à peine organisés; ils ne sont pas tous reliés par des voies de communication sans lacunes. De rares soldats ou officiers des administrations militaires, l'admirable personnel de nos bureaux arabes , çà et là quelques employés civils ou colons européens, Yoilà tous nos représentants sur l'immense ligne, rendez-vous où affluent cbaque année les producteurs du Tell, les consommateurs du Sabara, et où commencent à paraître les traficants étrangers.

Les caravanes ont abandonné les routes qu'elles suivaient naguère dans le Sabara où notre drapeau ne flotte pas ence r3. Le commerce y deviendrait de jour en jour moins fructueux pour nous, si nous ne lui donnions pas une activité et des débouchés nouveaux.

Le petit Désert, dont on a si bien dit qu'il est une peau de tigre mouchetée d'oasis , est habité par une population qui se groupe dans celles de ses parties où l'ombre et la culture, les herbages et les troupeaux, la protègent contre le soleil et la faim; qui roule plutôt qu'elle ne stationne; qui aime le gain et les poétiques légendes. Ses affaires principales sont les courses lointaines, la guerre de tribu à tribu, les rivalités de famille à famille, le déplacement périodique de ses silos vivants, le négoce auquel elle se livre chez nous et au pays des nègres. Auprès d'elle est une autre population, étrangère à la vie nomade, toujours eu éveil derrière les murailles de ses Ksour ; race quelque peu déchue, regardée comme servile, parce qu'elle se consacre à la garde des dépôts divers que la tente n'abrite pas. L'ane et l'autre sont amplement pourvues des lumières et des ressources matérielles qui leur sont nécessaires pour se mouvoir dans le cercle tracé autour d'elles par les traditions, les instincts, les appétits auxquels elles obéissent en les aimant sans les juger.

Le double problème à résoudre consiste à rattacber fortement nos postes avancés, dans les trois provinces, à de

nouveaux centres organisés dans le sud , et à concentrer dans DOS mains le commerce indigène.

Pour donner à ce second intérêt la satisfaction qu'il a trop longtemps attendue, il faut que d'autres nous-mêmes, aussi habiles et aussi heureux que , dans des circonstances moins favorables, l'ont été leurs précurseurs , s'établissent en économistes plutôt qu'en soldats, à l'est, dans Souf et Temacin ; au centre, dans Gnouça et Metlili ; à l'ouest, dans Tiout et Bersina.

Les deux lignes sahariennes , celle du nord , tracée par nos avant-postes actuels, celle du sud , que nous venons de jalonner , auront pour point de rattache , à l'est Témerna , à l'ouest Stitteum, au centre Ksar-Zaccar, el Gricha, Taguin.

Comment les portes de l'Afrique centrale peuvent-elles être ouvertes au monde, gardées par la France? La réponse à cette question n'est rien moins qu'un plan de colonisation embrassant l'Agérie entière , et fondé sur des idées qui ne sont pas toutes rebattues.

Ce plan est ce qu'il est. Nous l'exposerons sans fausse modestie, sans la moindre outrecuidance. S'il a quelque valeur, elle sera mise en relief par les critiques dont il sera très-naturellement l'objet. S'il ne mérite pas l'honneur d'être pris en considération , il restera de lui non pas un^ humiliation d'amour-propre pour nous , mais le souvenir du service que nous avons la douce espérance , le ferme vouloir de rendre aux deux terres les préférées de notre cœur: la vieille et la jeune France, la mère et la fille patrie.

Depuis que la prétention des publicistes est de se montrer habiles plutôt que nets, l'opinion n'a à se prononcer que sur des demi-projets, des expédients, des à peu près. Pauvres pratiques! tristes labeurs! notre foi ne s'accommode ni de la cause, ni des effets, qui sont également regrettables. Une idée juste, produite avec hardiesse , bien assise sur sa base , toute parée de ses détails , se fait accepter à grand

peine. Qu'y a-t-il à espérer pour celle qu'on farde, qu'on couvre d'un masque? La voiler sur un point, pour la découvrir outre mesure sur un autre, c'est détruire l'harmonie de son ensemble, et quand ce charme lui manque , le reste périt bientôt. Ayons un respect entier pour le vrai. Sachons lui laisser son éclat toujours si pur. Qu'importent une opposition prévue par avance, les préjugés , les précédents, les partis pris contre lesquels iront se heurter des prémices ou des conclusions? On n'écrit pas pour plaire , on écrit pour convaincre. La doctrine avant le calcul; la démonstration accentuée et large, avant la convoitise d'un succès toujours lent et incertain. Puisque Thonneur des réformes, dignes de ce nom, est acquis à celui auquel l'initiative appartient, ouvrons sans hésitation, et à tous risques, la main que nous croyons pleine de vérités.

Nos IDÉES générales se réduisent à trois.

L'armée d'Afrique est douée, comme agent de civilisation , d'une puissance plus grande que celle dont elle a fait preuve comme instrument de conquête.

Le moment est venu d'associer la population indigène à l'œuvre de la colonisation , et de faire naître de celle-ci des avantages qui lui soient particuliers.

L'élément religieux doit être appelé à rendre à la cause les services qui , par leur nombre et leur nature , hâteront le plus la transformation à accomplir dans les choses et dans les esprits.

Des préjugés contraires dominent la métropole et la colonie elle-nu^me. Voici leur formule exacte.

L'armée est une charge accablante pour le trésor. Elle fait naître sans fin les occasions de hitle dont seule elle recueille les fruits. Elle pèse sur l'Européen qui désormais peut se passer du secours de l'insolente épéc. Elle absorbe des ressources qui, affectées à un autre emploi, accroîtraient la richesse publique au lieu de réj)uiser.

L'indigène est autant que jamais noire ennemi, il n'as-

pire qu'à nous jeter à la mer. Si nous ne le refoulons pas dans les régions sahariennes, dans le Tunis, dans le Maroc ; si nous ne l'attaquons pas avec le désir de le détruire par le fer, la misère et l'avilissement; si tout au moins nous ne le forçons pas à plier sous la double verge du despotisme et de l'intolérance ; regardons-nous comme ses vaincus , et résignons-nous au blâme de nos contemporains.

Le gouvernement seul peut coloniser , parce que seul il possède la science et les éléments d'un succès qu'il achète d'ailleurs chèrement.

Eh bien! au risque de nous briser contre les écueils, nous allons droit sur eux et nous nous trompons bien fort , ou nous serons compris.

L'Europe le sait, et toutes ses cours en déposent à l'envi : l'armée d'Afrique est , notamment depuis que le maréchal d'isly a été son digne et illustre chef, ce qu'elle ne peut pas cesser d'être: le plus riche ensemble de forces vives dont un homme d'Etal ait jamais rêvé l'existence et le maniement- Tous 'les genres de mérite militaire ont été successivement déployés et se perpétuent à sa tête et dans ses rangs. La discipline y est forte. Le prix du temps y est connu. Le travail chaque jour nouveau y affecte sans cesse un haut caractère de moralité. L'imprévu y tient la responsabilité en éveil. La lecture solitaire ou la rédaction de mémoires sur le bien du service et l'état du pays sont le repos et le plaisir de ceux qui y portent le poids du commandement et du soleil, au milieu de sympathiques camarades. Aussi , cette armée finira-t-elle par avoir raison des jalousies qui la poursuivent encore ; s'est-elle constamment montrée audessus des mandats divers qui lui ont été confiés. Pendant qu'on discutait assez aigrement dans les hautes régions politiques le point de savoir si le soldat pouvait , sans déroger, être occupé de travaux publics, elle s'est partagée entre l'épée et le compas, elle a pris tour à tour le fusil et la

bêche, el nos routes, nos canaux de dessèchements, les immenses barraquements qui ont été, pendant des années, ses casernes et ses liôpitaux, des villes elles-mêmes se sont multipliés sous sa libérale et infatigable main.

Il en est pour elle ce qui est de ces gigantesques ouvrages qui, en s'élevant sous nos yeux, abaissent si étrangement les proportions de ceux que l'antiquité saluait du nom de merveilles , et pour lesquels chaque génération éteinte nous a demandé une admiration éternelle à titre de legs pieux.

Que les louangeurs du temps passé lui donnent pour modèle l'armée de Sambre-et-.Meuse, l'armée du Rhin, l'armée d'Egypte ; elle n'en a imité aucune. Elle servira d'exemple à toutes, et les chefs immortels de nos plus glorieuses phalanges lui rendent, du faîte des demeures de l'àme immortelle, la justice qui lui est due. Celles-ci l'ont précédée dans l'ordre des temps ; elles n'ont pas conquis d'autres avantages sur elle.

Jourdan , sous lequel ont fait leurs premières armes presque tous les généraux , par la main desquels les trois couleurs ont été promenées de capitale en capitale ; Moreau, dont le quartier-général était le brillant foyer de doctes méditations ; le héros incomparable qui marchait dans les sables brûlants d'où jaillissent les Pyramides, entouré de l'institut du Caire el d'un étal-major où la science côtoyait l'héroïsme ; ces trois incarnations du génie de la guerre inspiré par celui des révolutions, nous signalent par leur propre histoire ce que notre légèreté nous empoche d'admirer.

Après ce qu'elle a fait, il serait permis encore de ne pas lout attendre d'elle! En présence des monuments sans nombre d'une ardeur, la même sur les chantiers que devant l'ennemi , on feindrait de douter des destinées auxquelles elle est réservée , de s'abuser sur ce qu'elle est impati«Mjlo d'arroiDplir ! Oh ! non, non î ol tant d'aveuglement,

tant (l'iDgratitude ne sera pas du moins notre irrémissible et personnelle faute !

Clausel , Vallée et Bugeaud ne sont plus ; Damrémont, Duvivier, Négrier sont tombés, le premier dans la tranchée de Constanline, les derniers sur les barricades de juin; Lamoricière-, Nemours, Changarnier, d'Auraale , Bedeau, Joinville, Cavaignac, sont aux prises avec le malheur ou la disgrâce; mais sous le drapeau se dressent encore d'Hautpoul, Pélissier, St-Arnaud ; leurs lieutenants Létang, Marey- Mougc, Esterhazzi, Jusuf, Daumas, Carbuccia, cent autres dont la renommée est faite ou commence , et tous répondent de l'avenir qui s'ouvre.

Le gouvernement, s'il s'arrêtait à la pensée de réduire un effectif duquel on a dit qu'il était monstrueux, duquel il faut penser qu'il est tout au plus en rapport avec la tâche dont il s'acquitte, commettrait une déplorable erreur.

70,000 hommes de toutes armes, et plus de 20,000 chevaux, voilà son effectif normal ; ne le discutez plus, Messieurs de Paris, reconnaissez-lui la valeur d'un fait irrévocablement acquis, et persuadez-vous bien qu'en vous inclinant devant l'expérience dont il est le produit, vous ferez preuve de mémoire et de sagesse.

70,000 hommes n'ont pas suffi, on le sait bien, quand la guerre sainte avait pour prédicant Abd-el-Kader. Nous pourrions eu conclure que si la guerre sainte se rallumait , avec ou sans notre ancien ennemi pour instigateur et pour chef, il nous faudrait remettre en ligne les cent mille hommes si habilement remués autrefois. Nous ne le ferons pas.

Une guerre générale n'est plus à craindre en Algérie; rien n'autorise à la prévoir. Elle n'a plus sa raison d'être. Nous n'en verrons pas moins, et longtemps encore, l'agitation éclater, tantôt sur un point, tantôt sur un autre , aux jours du rhamadan surtout , et demain nous brûlerons , comme nous en avons brûlé hier, quelques .amorces là où

la poudre iuJigène aura chanté. Quand une population s'est levée dans l'ombre, emportant avec elle tentes, femmes, troupeaux. , tout, moins le sol que Dieu retient en sa place , pour aller , à dos distances quelquefois effroyables , frapper un coup de haine , de vengeance , de fanatisme ; le droit et le devoir de la châtier commence pour nous, les grands , les hauts justiciers des tribus, les plus éloignées de nos postes, les plus frémissantes sous notre main paternelle même lorsqu'elle déchaîne la terrible razzia. Est-ce qu'en présence d'éventualités de cette nature , et se réalisant sans cesse , il est admissible que nous n'ayons pas partout et toujours une force organisée , disponible , prête à faire face instantanément aux glorieuses exigences de notre protectorat magistral, de notre arbitrage souverain?

L'Arabe le dit lui-même : il ne pourrait plus se passer de notre intervention vengeresse ; le disait-il quand nous nous abritions derrière l'obstacle continu? 0 stratégie ridicule! quand nous supplions le Bey do Tunis d'accepter les investitures, dédaignées par lui, de Bone et d'Oran? 0 diplomatie folle! quand nous faisions d'Abd-el-Kader le roi de l'intérieur, à la condition de demeurer par sa grâce les maîtres du port de Barberousse , c'est-à-dire de rien? 0 politique petite! le dirait-il s'il ne nous payait pas régulièrement la part du lion selon ses idées, le tribut? s'il ne setUait pas la pointe de notre épée à chacun des mouvements insurrectionnels auxquels, de loin en loin, il s'abandonne, comme pour constater que notre vigilance ne peut pas être prise en défaut? Le dirait-il s'il ne vovait pas les bureaux arabes fi'rmer de toutes parts son horizon , et derrière ces derniers, la chevaleresque nation à laquelle son Dieu l'a livré sans retour?

Soyons donc enfin , nous les érudits et les sages de l'Occident , aussi perspicaces et aussi judicieux que les Arabes. Reconnaissons rpie la mèrc-palrie ne peut pas assez se féliciter d'avoir à conduire successivement , enseignes dé-

pioyées, le cinquième de son armée permanente sur l'immense arène qui n'est plus ni ensanglantée ni dévorante*

L'armée d'Afrique , c'est l'idéal de la force telle que la comprenaient Xénophon, César, Agricola ; c'est la Croisade du Moyen-Age, moins l'ignorance , le vice et la superstition ; c'est le siècle fait homme. Elle n'a pas seulement conquis le pays, elle Ta compris la première, et seule elle peut lui donner un nouvel être. Aucun pouvoir civil n'aurait procédé aussi-bien qu'elle l'a fait. Aucun ordre d'institutions ne peut actuellement se substituer à ses masses , suppléer à la prodigieuse aptitude de son personnel.

Ce n'est pas seulement parce que le plus vital des intérêts publics est que l'Algérie demeure pour notre armée de terre ce que les colonies sont pour nos officiers de marine ; parce que l'adîninistralion civile ne peut pas être l'élément prépondérant dans un pays où le territoire , soustrait h l'autorité militaire, ne se trouve pas pour cela rendu au droit commun ; parce que l'assimilation complète et immédiate de l'Algérie à la France est un mirage dont le moindre examen sufiit pour désenchanter; qu'il fîut employer notre armée à mener à proixiple et bonne fm la grosse affaire de roccupalion totale par la colonisation progressive.

Le fond des choses est ceci : l'armée exerce sur la race soumise une autorité morale indestructible. Entre elle et cette population, si mal jugée elle aussi, i! existe des attractions , des liens tels qu'il serait difficile autant qu'insensé de les rompre.

AvA>T que nos gouverneurs de provinces, nos commandants de subdivisions , nos chefs de bureaux arabes, eussent épuisé leur sagacité cl leurs veilles à étudier les usages, les intérêts, les forces réelles, les couches hiérarchiques de la société musulmane, nou5 allions en aveugles, voulant sans pouvoir, doutant de tout et de nous-mêmes, luttant résolument sans croire à un succès durable. Tout est changé. Le

~ li r-

secret cI'Abd-el-Kader, nous le possédons; ses moyens d'influence , ses ressorts politiques , se sont déplacés pour aller de lui à nous. L'homme néfaste n'a pas d'héritiers possibles dans la souveraineté que sans nous il ne serait jamais parvenu à constituer, et pour se le persuader, il suffit de se placer en face des vaincus dont nous faisons des heureux.

Nous respectons profondément les convictions sincères ; il nous en coûte cependant plus que nous ne pouvons le dire , de ne pas flétrir dune réprobation qui se sent éclairée, des théories plus sauvages que la barbarie elle-même.

Après l'avoir articulé dans les Conseils du Roi , à la tribune de la Chambre des Députés, on a osé l'écrire , depuis 1848, au cœur de l'Algérie : il n'y a que l'extermination des indigènes qui puisse sauvegarder notre conquête. Tl n'y a ni paix , ni accord possible entre les commnnions qui se renvoient l'une à l'autre la qualification d'infidèles. Oh! malheureux, taisez-vous! la postérité vous entendrait, et ce n'est pas d'elle que vous obtiendriez une scandaleuse impunité! Sophistes, ne donnez plus de conseils et humiliezvous enfin devant la doctrine dont la pureté ne vous a pas touchés, dont la profondeur n'est pas mesurée par votre insuffisance! Impies, n'offensez plus le Dieu de patience , de miséricorde, de charité ; il vous mettrait au nombre de ses réprouvés, vous qui parlez de sa justice !

On est dans l'horrible et dans le faux. Voici le noble et le vrai :

La France a toujours été la grande initiatrice, la glorieuse alliée, la magnanime souveraine. Toujours elle a mis son orgueil à soutenir la résistance des faibles contre la tyrannie des forts ; quelquefois sa vanité h attirer sur ses enfants des coups qui ne les cherchaient pas, à prendre à sa charge les frais d'une gloire que n'aurait pas amoindrie la modération dans le désintéressement. Elle a rempli l'histoire d'actes de dévouement et de générosité sans pareils, et

cependant c'est en Afrique que, sans bruit, elle donne des exemples plus beaux que tous ses triomphes passés.

Heureuse et nouvelle fécondité! soyez mille fois bénie, car des désastres irréparables vous ont précédée ! Sur tous les points où s'était essayée notre fortune commerciale ou colonisatrice, le malheur avait été notre seul compagnon fidèle. L'Espagne, le Portugal, la Hollande, l'Angleterre ont réussi partout où nous avons fatalement échoué. Madagascar et le Mississipi, l'Inde et le Canada , l'Ile de France et la Louisiane, l'Egypte et Haïti , Malte et la Jamaïque , que n'avons-Bous pas perdu, abandonné, comme si notre drapeau n'avait pas été porté par des hommes de mer du premier ordre , par des administrateurs tels que Labourdonaye , Dupleix , de Caën, Bouille, Malouet, Dupuy! L'Algérie nous venge des fautes et des revers d'un autre âge ; jouissons d'un bonheur si grand. Nous en sommes dignes.

Les colonisateurs ou conquérants d'outre-mer ont , à toutes les époques , cyniquement pratiqué le droit du plus fort, appliqué sans merci la politique du fer et du feu , de la rapine et de la superposition des ra^es. Seule, la dernière venue, n'ayant devant elle ni préceptes, ni modèles, obligée de tout inventer, jusqu'à sa confiance en sa propre hardiesse, la France n'a pas craint de laisser aux vaincus, juridictions, culte, usages, coutumes, tout ce qui est constitutif d'une nationalité, attribut essentiel de la souveraineté. Elle s'est placée au milieu d'eux comme la garante de leur sécurité de l'accroissoment de leur bien-être moral et matériel. Elle a dit : je puis noyer dans leur sang les derniers d'entre vous, vous étouffer sous les débris de vos demeures incendiées ; vous être sous ma main, je ne l'appesantis pas ; à mes pieds, je vous relève. Reposez-vous sur moi , aimons-nous les uns les autres. Si votre foi vous ordonne de me haïr, de me perdre, la mienne veut que je vous protège contre tous et même contre vos frères.

Vos femmes sont sans droits civils , sans connaissances

acquises ; les noires sont nos égales devant Dieu et devant la loi , éclairées , actives , associées à notre pouvoir domestique. Vous en possédez plusieurs et n'en aimez aucune. Une seule est le digne objet de notre tendresse exclusive, et nous la voyons avec bonheur publiquement entourée des témoignages de l'estime qu'elle inspire à d'autres que nous. Comparez et profitez.

Avant la conquête, vos magistrats ont beaucoup abusé de votre coniiance ea eux ; gardez-les aussi longtemps que vous les préférerez aux nôtres. Vous ne souffrirez plus de leur cupidité ; à cet égard, notre voisinage leur sera un sage conseiller.

Vos grands chefs n'étaient ni justes ni modérés; vous respectez en eux les représentants de vos lignées historiques. Nous leur laissons le droit qu'ils tiennent de votre déférence, de vous gouverner. Nous ne leur retirons que le pouvoir de s'emparer de vos biens , de toucher à vos personnes.

Vos prêtres sont pieux, enfoncés dans la retraite, dépositaires de ce que vous appelez la science et la sagesse, écoutés souvent, consultés toujours. C'est bien, c'est mieux que chez nous. Continuez à honorer vos prêtres. Nos propres hommages ne leur manqueront pas.

Vous êtes oisifs, travaillez et produisez; nous achèterons ce qui sera pour vous le superflu ; rien de ce qui vous appartiendra ne vous sera enlevé par de plus forts ou de plus méchants que vous.

Vivons en paix, chacun suivant notre loi, sans querelles sur celle qui est la meilleure. La pratique sincère et humble de l'une et do l'autre montrera quelle est celle des deux races qui l'emporte sur l'aulre en vertu et contentement.

Ne voyez jamais en nous des maîtres durs et avides. C'est assez, c'est trop que les Turcs l'aient été. Nous sommes les neveux de ceux que vos pères ont fait mourir sous le bâton, sur le pal. Ces nobifls victimes nous demandent de vous

rendre le Lien pour le mal, el nous sommes votre bouclier contre la misère et l'oppression.

Est-ce là quelque chose de vulgaire ou d'ancien dans le monde? Est-ce là l'esprit de l'Évangile ou celui du moyenâge? lutopic ou le culte de la déesse Piaison? Non, c'est la lumière d'en haut elle-même, cl la bnrharie ne se relèvera pas plus que l'intolérance , de la victoire que chaque jour nous remportons sur l'impossible.

L'Europe, qui niait la sincérité de ce langage el l'action de cette doctrine sur les faits , a raillé, prédit, blâmé. De leur côté , les Musulmans nous ont combattus avec rage , chaque fois qu'un imposteur s'est offert à eux pour les lancer sur nous. Mais, à celte heure, nous voici devant tous ce que, depuis i847, nous avons été seulement devant Dieu, On ne se bat plus en Alger pour l'extermination du Roumi. Le soldat français y est le colon par excellence, l'indigène un citoyen, le conquérant un bienfaiteur.

Champions des préjugés dun autre temps, laissez-nous donc à nos labeurs bien aimés! Rhéteurs des écoles qui ont fait tant de bourreaux el de victimes, cessez do vous lamenter sur le sort de ceux dont une politique toute chrétienne arrête le dépérissement, refait la condition ! L'indigène dont nous n'avons voulu ni pour esclave ni pour martyr, marche dans nos rangs, ouvre son sillon h côlé du nôtre, relève ou rapporte à nos ambulances les blessés qu'il achevait ou mutilait naguère. Il est uni à nous, el nous sommes unis à lui ; seul vous ne le voyez pas. Qu'il n'ait pas compris, lui, ce que nous lui réservions, avant que l'événement l'eût éclairé, cela s'explique, s'excuse même ; mais que vous ne battiez pas encore des deux mains aux résultats qui ne peuvent plus être perdus pour personne, c'est ce qui ne peut être ni pardonné , ni toléré.

Les éléments de sociabilité les plus contraires sont en présence. Un contact de tous les instants en mot les oppositions en relief, sans que personne souffre de ces dernières.

Quelles leçons et quelles récompenses raient celles-là î L'antagonisme s'est affaissé, la liberté de conscience est pratiquée, aux lieux où le ('oran conviait à l'assassinat, où la flamme de l'inquisition a dévoré Israélites, Musulmans et Chrétiens! Ou trouver un encens plus pur à offrir au Dieu ou Thabor , au Dieu de Mahomet, au Dieu du Calvaire? Cst-ce que le prosélytisme aurait enfanté de tels miracles? Est-ce que la servitude aurait mieux courbé les têtes . enchaîné les cœurs? Qu'on rapproche par la pensée le terrain gagné par la France en Afrique, de celui que le système contraire a fait conquérir aux Romains sur (^arlhage , aux Espagnols chez les Incas, aux Anglais en Asie, aux Jésuites dans les contrées les plus diverses, et qu'on se juge soimême !

Mais de ce que nous voulons que le gouvernement de l'Algérie soit conservé à l'école qui a su vaincre et convaincre, ejt-il permis de conclure que le mieux serait de suivre les errements adoptés en matière de colonisation?

En ce qui nous touche, hàtons-nous de répondre, et sans hésiter : Non.

1/Etat a beaucoup fait. La spéculation nationale et étrangère auraient été impuissantes, pour les causes qui sont eiî général sainement appréciées, à nous conduire au point où nous sommes arrivés. D'immenses travaux ont été conçus, exécutés dans des conditions toujours étudiées avec soin, quelquefois au plus haut degré défavorables. Nous serions désolés qu'il s'échappât de notre plume un seul mot injpiiquantsoitun blâme, soit un regret.

L'administration n'a pas réussi partout; il y aurait «léraison et imprudence à le taire ou à ne pis l'admelfre ; mais les erreurs, les mécomptes, les fautes, si l'on veut, ont élé prolifables eux-mêmes. Ils ont signalé les écueils. Ils ont éclairé la roule. Ils ont appris aux tard venus sans critique, aux explorateurs à dislance, aux publicistes, aux commissaires et aux délégués qui n'ont rien vu par eux-

mêmes . et n'en oui pas moins poussé jusqu'à sa dernière limite !« scandale des affirmations, ce qu'était la table rase primitive, quel est le dernier effort à s'imposer.

D'un autre côté, tous ces services rendus, tous ces édifices construits pour les colons , ces centres organisés et peuplés, ces familles fiévreuses cl faméliques qu'on a dotées, secourues, sans les satisfaire jamais ; tout cela n'est pas la colonisation ; tout cela n'a d'autre valeur que celle d'essais plus ou moins rationnels, plus ou moins heureux ; et pour en finir par une appréciation qui ne puisse être contestée sur aucune des deux rives de la Méditerranée, tout cela est trop lent, trop cher, ne rend pas assez pour l'inévitable dépense à laquelle il condamne en soins, en hommes, en numéraire.

Lorsque l'action du gouvernement s'arrêtait aux pieds des montagnes de la Kabylie et devant les premiers sables du Désert, elle était servie dans une mesure suffisante par trois généraux de division , commandant chacun une province ; par quinze généraux de brigade, commandant chacun une subdivision ; par trente-trois bureaux arabes, fonctionnant au centre d'autant de cercles.

Cette ordonnance, parfaitement appropriée à l'ordre de choses qui a fait son temps , appelle des modifications sur la nature desquelles il n'est pas difficile de se mettre d'accord.

Cinq provinces paraissent devoir être subslituées aux trois existantes. Les deux nouvelles seraient Titeri et Sélif.

Cflle d'Alger conserverait ses limites actuelles, depuis le littoral à l'ouest jusqu'au delà des bois de l'Ouarensenis.

Elle perdrait toute la partie de son territoire au sud de ces bois, et du massif de ceux des Beni-Zoug-Zoug.

A partir du point extrême de ces derniers bois, vers l'est, une ligne serait tirée et irait, à travers l'agiialik des

Bra/ et celui des Djendel, atteindre la limite nord du cercle de Boghar.

De ce point, la même ligne se prolongerait à travers le cercle de Médéah, jusqu'à rextrémité ouest de la subdivision d'Aumale , laissant au sud le kaïdat des Abid , les bois des Rebaïa , des Solfane, des Ziana.

Elle suivrait ensuite la limite actuelle, au nord, de la subdivision d'Aumale, jusqu'à l'Oued Bélid, et enfin ce cours d'eau jusqu'à l'extrémité de la province.

De ce dernier point on remonterait jusqu'au littoral sans dévier de la frontière actuelle.

Les parties centrales et occidentales de la province d'Alger, selon la circonscription actuelle, sont non-seulement pacifiées, mais hors d'état de se mouvoir d'une manière compromettante pour le moindre de nos intérêts. Jl est donc sage de réserver forces et crédits pour la Kabylie où tout est à faire, et où on serait inexcusable de commettre des méprises, en l'émaillant de ces centres qui sont les oasis de notre conquête.

La province d'Alger s'étend au sud jusqu'à l'extrémité des territoires des Oulad-Sidi-Yahia et des ïlaghazlia. Si on n'a pas eu à le regretter dans le passé, il n'est pas possible de le trouver bon pour l'avenir.

Quand on remanie des circonscriptions, il y a à prendre garde de ne pas briser la trame dont les fils ont été rattachés aux points stratégiques, de se ménager des frontières qui soient ce que doivent être les marches militaires. Nous ne nous sommes donc pas trompés en indiquant pour lignes séparatives des bois et des cours d'eau.

Les subdivisions de la province d'Alger sont au nombre de six : elles ont leurs sièges à Alger, Blidah, l\lilianah , Orléansville, AJédéah et Aumale.

Aucune d'elles ne commande la Kabylie. Celles de Blidah, Alger ol Médéhah, se trouvent trop rapprochées, et coIIp

de Milianahperd sa nîisou d'être si notre système est adopte. D'un autre côtà, Aumalc, ne peut plus appartenir à la deuxième ligne d'occupation générale , et la troisième ligne comporte un renfort.

ÎN'ous proposons de maintenir les subdivisions d'Alger , Orléansviile, .Médéah, el d'eu créer une à Dellys, une autre au sud du groupe fédéralif des Zouaoua, entre la limite du territoire de ces derniers, celle du kaïdat d'Illoula , le pav^ des Bendris, et celui des Illoula-Amalou.

Milianah et Blidali demeureront >illes de garnison. Le rhef-lieu de la division d'Alger ne peut pas être mieux placé qu'il ne l'est dans celle-ci. En conséquence, tous les bâtiments militaires installés à si grands frais dans l'une et dans l'autre, conserveront leur utilité tout entière.

Dellys deviendra le sommet du triangle dont les autres pointes seront Alger et Aumale; et le nouveau centre civil et militaire à créer dans l'est de la province rattachera les uns aux autres Dellys, Aumale et Bougie.

Pour remplacer les perles qu'elle fait au sud, la subdivision d'Orléansville absorbera le territoire de celle de Milianah. Par les mêmes motifs, celle de Médéah s'emparera de tout le territoire de Blidah. La subdivision de Dellys se composera du pays des Isser, des Sébaou , des Kachna , des Fliça ; et celle qui prendra le nom du nouveau centre , s'étendra sur le pays des Zouaoua el sur les débris de la subdivision d'Aumaie , conservés par la nouvelle province d'Alger.

Les bureaux arabes, aujourd'hui trop rares partout, pourront être portés jusqu'au" nombre de quatre par subdivision.

Ceux de la subdivision d'Alger seront placés à la Maison- Carrée, à l'Arba, à l'Afroiin, à Mahelma; ceux de la subdivision d'Orléansville, à Orléansviile, Milianah, Cherchell el Ténès : ceux de la subdivision de Médéah, à Médéah , Blidah, Sersou et chez les Beni-Bou-Oumane ; ceux de la

ruhdivisiou de Dellys , chez les Kachna , les Fliça , et nu nombre de deux chez les Sebaou. Dans la subdivision dont le centre nouveau sera le chef-lieu , il y en aura deux chez les Zouaoua, un chez les llloula, un chez les Azib.

OcciPONS-NOUS immédiatement de la province de Tileri, afin d'aller au devant des difficultés que les esprits attentifs pourraient se poser, malgré les considérations déjà présenlées.

Le nouveau commandement, après s'être emparé de tout le territoire perdu, au sud et à l'est, par la province d'Alger , s'attribuera , dans la province d'Oran , 1° le cercle de Tiaret ; 2" le triangle formé sur la lisière de ce cercle par le petit pays dont Frenda est la clef, et que possèdent les Khallefa, Ouled-Zeckri , lïaouaret , Beni-Ouëndjelles; 3"' l'aghalik de Tiaret; 4" le khalifalik des Ouled-Sidi-Cheik; 5° le pays de Chaiiâba ; 6"^ le Benl-Mzab; 7" le khalifalik d'Ouargla.

Du côlé de la province actuelle de Constanline, il conservera les limites existante».

La création de cette province eat évidemment la conséquence de la politique que la France a déjà adoptée en ce qui touche le petit Désert et ses habitants. Boghar est la capitale naturelle du nouveau Titeri. Un simple rapprochement, effectué par la pensée, entre nos établissements militaires dans les provinces de Conslantine et d'Oran et ceux qui auront « leur servir de lien et de point d'appui, indique Boghar, Aumale, Tiaret, Taguin, Kzar-Zaccar, pour chefslieux de subdivisions.

Boghar, Aumale et Tiaret deviennent le centre de noire troisième ligne d'occupation générale; ils se donnent la main; ils se relient n Médéah , au nouveau centre à créer en Kc'bylie, à Orléansville, dans des conditions si satisfaisantes, qu'il n'est pas mémo permis de donner un regret à la suppression de la subdivision de Alilianah, et d'admettre un doute sur la convenance et les avantages du déclassement des territoires d' Aumale et de Tiarel.

La subdivision de Boghar sera formée : t" de tout le pajs détaché de la province d'Alger, à l'ouest, jusqu'aux limites septentrionales de l'aghalik de Tiaret; i l'est, jusqu'à la limite de la subdivision d'Aumaîe ; 2^ de l'aghalik des Ouled Chaïb jusqu'à l'Oued-Medremme; 3" de l'aghalik des lîou-Aïc; 4° de l'aghalik de Boghar; 5" de toute la partie supérieure de l'aghalik du sud-ouest, y compris le pays des Mouïdate-Cheraba ; G'* de l'aghalik du sud-est.

Ses quatre bureaux arabes seront établis à Boghar, Teniet-el-Had, chez les Ouled-OIane, à l'est ; dans le pays des El-Aïn-Oucera , au sud.

La subdivision d'Aumale ajoutera au territoire qu'elle conserve : 1" le bach-aghalik du sud-est, jusqu'à la rivière qui coule de l'ouest à l'est, et sépare le pays des Djoubet de celui des Ouled-Dya ; 2° le pays des Ouled-Ameur jusqu'au point où la frontière actuelle de Constantine est touchée par la rivière qui , courant du sud au nord-est, se jette dans le Zharèz-Chergui.

Ainsi composée, cette subdivision, dont l'importance si grande à toutes les époques, s'est accrue depuis les derniers événements, se rattachera d'une manière normale à celîes des provinces nouvelles d'Alger, de Titeri et de Sétif.

Ses bureaux arabes seront placés à Aumale, dans le Dira inférieur, chez les Ouled-Sidi-Hadjcres, entre les Ouled-Ameur du nord et ceux du sud; et dans le kaïdat des Ouled-Mokhtar j chez les Sohari.

La subdivision de Tiaret sera composée de tout le pays détaché de la province d'Oran jusqu'aux limites, 1*' du territoire des El-Arouatel-Ksel ; 2'^ de l'aghalik des Djebel- Amour ; 3° des kaïdats non classés ; 4° et au cours de l'Oued Seguer.

Son chef-lieu Tiaret, sommet du triangle dont les deux pointes sont Mascara et Orléansville , sera lié par Frenda à .tous les postes avancés de la province d'Oran ; par Teniot-

el-Had, à Milianah ; par uoe roule à créer, à Amini-Mouça.

Ses quatre bureaux: arabes seront placés à Tiaret, chez les Daîialsa, dans le bassin du Chergui ; et dans le khalifalik à Stilleura et à Bersina.

La subdivision de Taguin sera formée, 1° de l'aghalik des Ouled-Cliaïb, au sud de rOued-Medrerame ; 2" de la partie inférieure de Taghalik du sud-oue«t ; 3° du kaïdat des Ouled-Dva ; 4° de la partie de Taghalik des Ouled-Naïl-Ghcraba, qui s'étend jusqu'aux rivières coulant dans des directions contraires, à l'est de Rzar-Gadra ; territoires tous détachés de l'ancienne province d'Alger; 5" du p.iys des El-Arouatel- Kzel ; 6" du Djebel-Amour; 7" des kaïdats non classés; S"* du pays des Ouled-Sidi-Cheïck-Cheraga ; territoires lotis détachés de la province d'Oran.

Elle dominera donc en son entier la région où nous n'avons fait qu'apparaître , où le temps est venu de nous asseoir.

Ses bureaux arabes seront placés à Taguin ; chez les Ouled-Dya; à El-Gricha ; chez les Ouled Sidi-Cheïk-Cheragha , au point intermédiaire entre Bersina et Metlili, sur la limite des Chamba.

La subdivision de Rzar-Zaccar comprendra : 1° la partie méridionale du kaïdat des Ouled-Ameur; 2" le pays des O. Aïssa-Cheraba ; 3" celui que commande Rzar-Medjboura ; ■V la partie méridionale de l'aghalik des 0. Naïl-Gheraba ; 5" le khalifalik de El-Agouath ; fi" les pays s'étendanl entre ce dernier et la frontière actuelle de la province d'Alger ; 7' le Beni-Mzab ; 8' le Chamba et les trois Chambet ; 9° le khalifalik d'Ouargla; territoires tous détachés de laprorince d'Orau,

Ses bureaux arabes seront établis à Kzar-Zaccar, chez les Haghaziia , à Gnouça , à Metlili.

Ces indications e'n disent plus que do longs discours sur la prise de possession du Désert. Taguin et Kzar-Zaccar .

voilà nos deux étapes vers les dernières lignes sahariennes ; voilà les deux freins fj'ii tiendront Kl-Agounth, la reine du bassin de l'Oued Mzi et de l'Oued Djs^ddi ; le siège du khalifalik que nous avons eu intérêt a fonder, que nous avons yn intérêt plus grand encore k maintenir dans sa forme actuelle.

Ces deux chefs-lieux de subdivision, séparés l'un de l autre par une petite distance, se rattachent le premier à Tiaret, à Teniet-çl-Ha-l et à Boghar ; le second à Aumale, à Bousada et Biskara.

Le Djebel-Amour est commandé par El-Gricha. Les Sidi- Cheik ont leur pays coupé par Stilleum et Bresina. Les hommes du Beni-Mzah sont contenus par le bureau des Haghazlia; ceux d'Ouargla par Gnouça ; ceux du Chambu par Metlili.

Quant à Aïn-Madhi , la citadelle contre les murs de laquelle le prestige et l'orgueil d'Abd-el-Kader se sont brisés, la ville de ces Tsijani , sujets si fitièles qu'ils ont mérité d'élre traités en alliés, ce n'est pas elle dont la garde peut être enlevée au puissant chef dont l'influence-politique et religieuse soutient avec tant d'efticacité notre politique, partout où florit un des Kowin les plus respectés dans tous les états barbaresques.

Le problème est <lonc résolu sous toutes ses facf s , et nous serons réellement forts, là où il est devenu nécessaire de substituer une domination sérieuse au gouvernement à longues nuides qui nous a d'ailleurs réussi jusqu'à ce jour. PoLR former la province de Sélif , nous enlevons à celle de Constantine tout le territoire compris entre la frontière actuelle de celle-ci à l'ouest, et la ligue que nous traçons, du nord au sud , depuis la mer jusqu'au Cbol Hamza , à l'aide de : T l'Oued Ivébir jusqu'à l'entrée de ce fleuve dans le kaidat de Milah ; 2' la limite ouest du même kaidat : 3^ la limite est du kaïJat des Oued Kebbad ; 4** la limite est du kaidat des Abd-cl-Nour ; 5" la limite sud du knïdal des

Larraiiia ; 6" la limite ouest el sud du kaïdat des Zmoul ; 7" le cours de TOued Cheuiouro ; 8" celui de la rivière qui s'échappe du pays des EI-},Ienasser, pour aller se jeter dans le Cliol Hamza.

La prorincc nouvelle aura ce lac pour limite au sud , et ses subdivisions auront pour chefs-lieux Sélit", Bougie, Djidjelli, Bathna, Bousada.

Le territoire de Bougie se composera, I°de tout le cercle de Bougie; 2° du cercle de Sétif jusqu'à la limite sud des kaïdats des Bcni-Ourlilan , Beni-Yala et du Sahel-Guebli.

A ceux qui jugeraient cette circonscription bien restreinte, nous nous contenterions de faire remarquer la distance qui sépare Bougie de Dellys; la difficulté des communications existantes entre ce chef-lieu de subdivision et les divers points stratégiques auxquels il se rattache ; les masses indigènes qui la couvrent, et y sont pius compactes que dans le reste du pays.

Sous lampire de ces considérations, nous avons placé ses bureaux arabes à l'extrémité de la province, derrière la rivière des Zegfaoua; chez les Gheboula, à la pointe nord du kaïdat des Beni-Vala; chez les Beni-Jelkaï à l'est, et enfin à Bougie même.

Le territoire de Djidjelli se composera , 1° du cercle de Djidjelli ; 2' de toute la partie du cercle actuel de Constantine, incorporée dans la nouvelle province de Sétif.

Ses bureaux arabes seront à Djidjelli, Beni-Aïcha, Mouïa, et près de la fron-tière est des Abd-el-Xour , fers le Oued- Alerdji-el-Ghéris,

Une observation commune aux deux subdivisions de Bougie et dej)jidjelli est celle-ci : Le grand nombre des bureaux arab(;s paraîtra , lorsque toutes les parties de notre système auront été saisies par une vjie d'ensemble, ce qu'il deviendra très-positivement, un avantage réel , et non pas in\o charge nouvelle pour le trésor.

L«f territoire de Sétif se composera : T de la partie iiifr-

lieure du cercle de Sétif; 2° du kaïdat des Hodiia-C^lieiaga ; 3" du kaïdat des Hodoa-Gheraba , mais jusqu'au Liumuiei seuleaient ; 4° du cercle de Bordj-Bouaridj.

Nous plaçons ses bureaux arahes à Sétif, à Bordj-Bouaridj , chez les Ouled-Sidi-SlimaQ ; chez les Ouled-ali-Bou- Sabor, à l'est.

Le territoire de Bousada comprendra, 1" le cercle actuel de Bousada, moins la partie qui en a été distraite au nord du Rutnmel ; 2° les kaïdats des Ouied-Naïls ; 3^ les pays des O. Sassy et 0. Karkett, entre l'Oued Djeddi et l'Oued Tel ; 4" tout le pays à l'ouest de la ligne tirée depuis l'Oued Tel jusqu'à Dzioua, et à la limite est du kaïdat des Oulad- Moulat.

Ces vastes contrées ne peuvent être efficacement surveillées que par des bureaux arabes établis à Bousada, chez les Bou-Azid-Rhaman ; chez les Ouled Sidi-Sliman , vers le point où 1 Oued Tel reçoit son premier affluent ; enfin à Temacin.

La subdivision de Bathna comprendra tout le surplus de la province^ nouvelle, et ce sera sur son territoire que se résoudront ces deux problèmes : Que sortira-t-il du pénitencier de Lainbessa? Que deviendra le mouvement commercial à régulariser entre le sud et le nord?

Ses bureaux arabes, glorieux jalons de la route du littoral au Désârt, seront à Bathna, Biskara, Temerna, Kouïnin, Aujourd'hui Biskara a, dans sa circonscription, les deux kaïdats des Ouled-.Moulat, tous les deux au sud de TougourtI par le 33'"^ degré de latitude ! et séparés de lui par deux cents kilomètres! De pareilles énormités se constatent, elles ne se discutent pas.

La création du commandement de Titeri n'entraîne aucun changement notable dans l'économie actuelle de la province d'Oran. Stilleum n'y était pas même un poste avaujé ; Tiout et Bresina n'y ont reçu aucun classement.

Celle de la province de Sétif rend, au contraire, indispen-

sables des jnodificatioDs proion des , nuis faciles à réaliser, dans le nouveau gouvernement de Conslanline.

Salisiait d'avoir donné la mesure du soin avec lequel nous avons cherché les lieux où , dans trois provinces , les bureaux arabes pouvaient être établis, nous laissons à de plus expérimentés l'honneur d'indiquer les sièges des cercles à fonder dans Oran et Constantine.

La province de l'est reprendra l'ancienne dénomination qu'il est rationnel de lui rendre : elle s'appellera la province de Bône.

Les chefs-lieu v de ses subdivisions seront Collo, Bône, (lonstantine, Mdarououch et Tébessa.

Collo , parce qu'on ne peut pas trop faire pour s'asseoir solidement en Kabviie; Mdarououch, parce que l'expérience a appris (jue la frontière de Tunis n'est pas suffisamment couverte ; Tébessa , parce que l'extrémité sud-est de la province ne peut pas demeurer privée de toute protection. Les Nemencha sont trop riches en bois, en lainages; trop heureusement plaeés entre nous. Tunis et le Sahara, pour qu'il y ait h se méprendre sur l'importance de ce dernier commandement.

En résiinjé :

L'Algérie a trois provinces , nous voudrions qu'elle en eût cinq ; elle a quinze subdivisions, nous croyons qu'il lui on faut vingt-cinq ; elle a trente-trois cercles, nous sommes convaincus que sa prospérité est intéressée à ce qu'on lui eu donne jusqu a cent.

Nous discuterons plus tard et la question du personnel et celle des voies et moyens; nous disons tout d'abord : Ce serait quebpie chose (jue de n'avoir plus à regarder nos avantpostes que comme un point de départ nouveau. Ce serait quelque chose, après avoir complètement relié entre eux Sebdou, Daya, Saïda. Tiarot, Teniet-el-Had. Boghar. Atiinale, Bordj-nouarjdj , Sélif, Constantine et Mdnrononch . que de (b'scf'ndrr dos contreforts de l'Atlas et d:^ 1 Aurès ,

du Djebel-Amour el du Djebel-Mehargha , pour s'avancer, comme de degré en degré, d'étage en étage, vers l'Afrique centrale, par Frenda etTaguiu, El-Kanlara et Tebessa ; par Stitteum, El-Gricha, Kzar-Zaccar ; par Tiout, Bersina, Temerna ; par l\ïetlili et Gnouça, Téniacin et Kouïnin.

Ce vaste classement devait laisserj et il a laissé en dehors de lui, les villes les plus importantes du petit Désert. El- Agouath et Gardaïa , Ouargla et Gnouça , Tougourt et El Gueiea, sont enrichies par leur commerce plus qu'elles ne le seraient par nos établissements; sont trop populeuses pour qu'il noUs soit possible d'installer dans leurs murs une force militaire quelconque.

Notre politique veut qu'elles demeurent abandonnées à elles-mêmes, et en même temps que nous ajoutions aux éléments de prospérité de leurs émules ; que nous attirions sur les marchés de celles-ci le mouvement d'affaires qui aujourd'hui se porte ailleurs.

On le voit, la symétrie des territoires, l'harmonie des nombres n'ont pas créé pour nous d'illusions vaines. Nous n'avons pas pris les apparences pour le corps; mais le pouvoir! le pouvoir, de qui plus que jamais la France aime à tout attendre , lui qui est à la veille de réorganiser les services en Algérie , que nous réserve-l-il?

Va-t-il dire de notre initiative, humble et ferme tout ensemble : l^es idées ne mancjuent pas de justesse, le plan est praticable, mais on ne franchit pas les grandes dislances d'un seul bond, on va de proche en proche? Qui a jamais entendu parler d'un système adopté aussitôt que conçu? Toute réforme comporte le plus et le moins. Ne contestons pas les bases ; ajournons les développements. Au lieu de dix subdivisions nouvelles, créons en six. Sur 67 bureaux arabes, organisons-en 30. Le progrés n'en sera pas moins réel, les privilèges de la routine seront sauvegardés, les esprits timides ménagés. Le continent voit ns?ez de choses exceptionnelles ; sovons, de l'autre côté de l'eau , fidèles au culte

i\(i lélroit, au fétichisme du petit. On peut perdre encore quelques années sans rien compromettre ; l'éternité est longue, le mieux vient, comme la justice, pede claudo et tout seul.

Cette sagesse gouvernementale, successivement en honneur auprès de tous les régimes . ne se perpétuera pas , nous en avons la confiance. Mais elle pèserait sur l'avenir autant qu'elle a, dans le passé, assombri notre patriotisme, sans (jue la plume tombât de nos mains. La droite raison , une énergie constante , sont des forces : elles seraient d'un côté , les partis pris de l'autre, et qui vivrait verrail. Ceux qui r,e découragent pendant la lutte , ne méritent pas les joies du succès. Il arrivera ce qu'il plaira à Dieu. Voici ce que seraient les nouveaux bureaux arabes.

Jusqu'à ce jour on a donné pour siège à ces admirables instruments de notre pensée politique et militaire, des centres de populations considérables ou des points stratégiques importants, et en procédant de la sorte on s'est montré habile.

Le but qui a été atteint depuis la fondation de ces établissements est devenu un point de départ. Il s'agit donc d'obtenir désormais, à l'aide de créations analogues et non pas semblables , des résultats que les organisations actuelles sont impuissantes à procurer.

Aulant que jamais , il y a à se préoccuper de la consolidation de la paix par la prévoyance des nécessités de la guerre ; mais l'intérêt capital est de se rapprocher as.^ez des iiidigènes pour que , chez les plus prévenus d'entre eux, la confiance succède au doute, sans que la salulaire intimidalion, sur le caraclère et les effets de laquelle ils ne se méprennent plus , s'afiaiblisse le moins du moiide.

Nous ne pouvons donc pas paraître téméraires en conseillant d'établir un certain nombre de bureaux arabes au cœur du pays. loin des cenlres indigènes ou européens fortemenl constilués déjà.

— ni —

Ce dont il s'agit pour nous , c'est de cîéer autant do foyers d'activité commerciale , autant d'ateliers agricoles et d'asiles pieux , que nous avons à mettre de postes en étal de se défendre contre un soulèvement inattendu , et de faire respecter nos volontés et nos serviteurs.

Nous avons dit , sans nous inquiéter d'avoir les rieurs contre nous: foyer d'activité commerciale, parce que nous avons partout, et au Désert plus qu'ailleurs, des marchands, des échanges , du transit , du numéraire.

Nous avons dit : ateliers agricoles , parce que nous entendons que la propriété privée devienne la rémunération accordée par le pays au cultivateur et à l'ouvrier qui s'associeront à son œuvre, la révélation qui initiera l'indigène à tous les mystères de notre pacte social.

Nous avons dit : asiles pieux, car nous souhaitons ardemment que la mise en rapport du sol et de l'homme en Algérie soit en partie confiée aux ordres rqligieux dont les monastères nous rendraient les châteaux forts du movenâge, les hospices et écoles des hons et des mauvais jours, le.^ fermes industrielles auxquelles notre siècle demande ce que la grande propriété assurait à nos pères et ne lui donne plus.

Ces idées , nous entendons les appliquer h l'aide de trois espèces de hureaux arahes.

La première sera celle des grands municipes ; la seconde, celle des petits municipes; la troisième , celle des bureaux actuels, complétés par des monastères.

Qu'est-ce qu'un grand municipe?

Dans un carré, ayant une superficie totale de 22.3 hectares , et par conséquent un kilomètre et demi de coté , rais à l'abri de toute surprise par quatre blockhaus . élevés à ses angles, et croisant leurs feux sur ses faces, sera installée une population totale de 1,500 individus de tout âge, de tout sexe, de foutes origines , de condition et d'aptitudes soigneusement vérifiées.

Cet ensemble de persounes et de choses sera adminislré par des officiers militaires et civils, et des agents de l'autorité, choisis parmi les nationaux et parmi les indigènes.

Son grand état-major sera composé d'un commandant supérieur, homme public semblable à tous ceux qui ont si bien mérité déjà de la patrie absente, chef-d'escadron ou de bataillon, ayant sous ses ordres :

Un capitaine , pris dans les armes spéciales à l'Algérie y chef du service avant pour objet exclusif le gouvernement des tribus indigènes, l'étude et l'administration des intérêts de la population musulmane.

A cet officier appartiendra le commandement des goums, l'inspection des makzens, le dressement des rôles de l'impôt arabe, la surveillance et la comptabilité des marchés.

Un capitaine pris dans l'arme du génie , chef du service des travaux pu!)lics de toute nature, des chemins, alignemenls, petite voirie, et investi du commandement des troupes civiles.

Un capitaine d'élat-major, chef du service topographique et du cadastre, investi du commandement des troupes françaises et indigènes, ayant leurs quartiers dans le municipe. Un sous-intendant adjoint, chef du service de la comptabilité, de l'ordonnancement des mandats à payer, de la vérification des pièces produites à l'appui d€S dépenses faites, service indépendant des attributions ordinaires de son corps. Un porte-étendard, officier de la ligne, secrétaire-général, archiviste et bibliothécaire.

Feront partie dti petit étal-major :

Un interprète assermenté, professeur de français pour les indigènes, d'arabe pour les Européens, tenant une école d'enfants et une école d'aduUos; un vétérinaire en chef et son adjoint ; un premier commis, garde du matériel et des .séquestres, ayant pouvoir de verbaliser en qualité d'huissier et de commissaire-{)ris6ur ; un jtréposé à la literie, aux ha-

billemeuts el au campement; un garde du génie; un garde de l'artillerie ; trois triangulateurs, deux dessinateurs el un calculateur, attachés au service topographique.

Les fonctionnaires et employés civils placés sous la direction du commandant supérieur seront :

Trois prêtres de l'ordre des Lazaristes, chargés du service du culte, de l'enseignement primaire à donner aux enfants catholiques, et des œuvres de charité sans acception de croyances religieuses.

Trois dames deSainl-Vincent-de-Paul donnant leurs soins aux indigènes et aux Européens, chargées, l'une, du service à l'intérieur de la maison conventuelle ; l'autre, de celui de l'infirmerie du municipe; la dernière, des visites au dehors. Un khrethbib, un imafn, un moëddin et un kenna, attachés à la mosquée du municipe.

Un comptable remplissant les fonctions de percepteur, trésorier, payeur, administrateur du domaine, enregistrant les actes publics et privés donnant ouverture à l'accomplissement de cette formalité.

Un cheik et un cadi, ayant pouvoir et juridiction sur les individus et les familles de leurs co-religionnaires domiciliés; sur le» indigènes du douair ou paraissant sur le marché; chargés de la haute surveillance des condamnés musulmans subissant leurs peines dans le municipe,

Un docteur médecin , pratiquant la chirurgie et les accouchements, chargé de la tenue des registres de l'état civil pour la population tout entière, de la police municipale, du service de la statistique, de l'iuspeplion <les condamnés européens subissant leurs peines dans le municipe.

Un notaire arbitre , et non pas juge, des contestations civiles et commerciales, chargé des expertises, de tontes les constatations de faits ou de lieux et des transports judiciaires; curateur aux successions vacantes; commissaire aux ordres, distributions, faillites et liquidations.

Un notaire suppléant, premier clerc de ce fonctionnaire.

Un ingénieur civil, préposé à la surveillance et à routil- Inge de toutes les machines fonctionnant dans le municipe; à la véri6cation des poids et mesures ; à la police de tous les chantiers privés.

Une institutrice enseignant le français et l'arabe, le travail à l'aiguille, la conduite d'un ménage, les matières constituant le degré élémentaire aux jeunes filles et aux femmes adultes des deux races.

Une sage-femme, tenant une école d'accouchement, un asile affecté à la délivrance des femmes arrivées à terme , quels que soient leurs état civil et communion ; un asile ouvert aux femmes et filles déclassées.

Un infirmier en chef et ses deux aides.

Un consignataire chargé du service des postes, dos déhits du papier au timbre, des cartes à jeu, du sel et du tabac.

Enfin, un garde champêtre et un facteur de la poste aux lettres.

Le nombre des dépositaires de Tautorité publique, la diversité de leurs attributions respectives, les voies et moyens de leur institution, soulèveront beaucoup d'incrédulité, de répugnances, de critiques. Tout cela passera vite. Le problème étant celui-ci : à une effrayante distance du sol sacré, du foyer paternel, du prétoire du juge, du bureau de l'administrateur, donner la vie et le bien-être , selon le génie français et l'esprit du siècle, à un corps composé d'éléments hétérogènes; sa solution ne peut être complète que si ce corps pense , grandit,, se meut à l'aise , sans que le trésor s'impose des charges trop lourdes, et de manière à faire dire : L'Etat et lui sont contents l'un de l'autre. Coniparons ce qui est avec ce qui serait.

Le commandant supérieur d'un cercle est aujourd'hui , non pas l'arbitre, mais le juge des procès civils. Sa compétence a été longtemps sans limites connues. Son pouvoir l'a troublé lui-même. Le plus souvent son action est inoflirafe. Nous ne voulons pas croire (|ue quebiuofois elle a |)orlé à

faux. Lorsqu'il n'aura qu'à exprimer un avis, comme chef du municipe, sur la moralité d'un litige, sur celle des plaideurs, sur le mérite du travail écrit d'un rapporteur arbitre, homme de pratique judiciaire, proposant la solution qu'il croit la meilleure, sans pouvoir être animé d'un autre intérêt que celui de la vérité et de la justice, le haut fonctionnaire et l'administré se trouveront heureux de leur condition nouvelle.

Les arbitrages formulés par le notaire , et revêtus des observations du commandant supérieur, seront soumis à l'exequatur des magistrats de droit commun, dont l'institution sera réglée ailleurs.

Le notaire ainsi transformé retrouvera en Algérie le prestige qui se retire de lui en France. Affranchi de la sujétion de l'honoraire, il dominera celui avec lequel il ne sera pas obligé de compter. Conseil austère et écouté, il ne paraîtra plus le complaisant de personne. Sans dommage pour sa fortune , il servira l'intérêt du trésor. Sans compromettre son repos , il fera respecter toutes les exigences de la loi écrite. Sa mission sera agrandie. Sa propre moralité s'élèvera. L'autorité, à laquelle il est presque suspect aujourd'hui, recevra de lui un concours précieux pour elle-

Au-dessus et non pas à côté de ces perfectionnements dans l'administration de la justice et la sauvegarde des intérêts matériels, nous avons placé le prêtre cl le culte, l'enseignement et la charité. Rien ne nous choque plus que le petit nombre des ecclésiastiques qui , en Algérie , veillent autour des âmes. Nos centres de populations y demeurent privés de pasteurs jusqu'à ce que cinq cents Européens y aient fixé leur résidence. Suivant nous, partout où la famille se groupe, les secours spirituels doivent aller la chercher. S'entretenir avec «on Dieu , c'est bien s'entendre avec les hommes. La France , qui s'est honorée par des fondations et restaurations de synagogues ou de mosquées, a , partout où elle tient levés le glaive et la balance, à faire luire la

Croix qui, dans les siècles éteints, marchait dorant nous vers l'Orient , qui demain illuminera notre route vers le Désert.

L'usage des deux langues à la fois ; les emprunts mutuels faits aux deux sociétés entre lesquelles tout est contraste ; les femmes musulmanes délivrées, à l'heure des mystères de l'enfantement, par nos habiles opérateurs; l'art de ces derniers répandu là où son ignorance a déjà tant coûté à une race que tous les fléaux ont décimée ; tous ces progrès, tous ces bienfaits, on les devra aux municipes.

La double éducation arabe et française qui y sera donnée, instruira les jeunes filles musulmanes à vivre de la vie réelle, 'à se rendre utiles à leurs maîtres, à devenir supérieures à eux, secourables à elles-mêmes, par le travail de leurs mains, la culture de leur esprit, elles qui n'ont aujourd'hui en partage que la satiété des plaisirs dont une vieillesse hâtive dessèche trop tôt les sources, et l'incurable ennui qu'elles ne savent tromper qu'en embrassant de leur vague regard un horizon aussi vide que leur cœur.

Ces exemples donnés à tous, ces charités tombant sans fin des lèvres et des mains des Lazaristes et des Sœurs de Saint- Vincènt-de-P»ul, voilà les trésors que nous avons à répandre au loin , les œuvres qui couronneront dignement les campagnes glorieuses, voileront les jeunes ruines d'une colonisation plus lavante qu'heureuse, achèveront de nous gagner ces prétendus barbares , qui déjà préfèrent notre domination à celle de leurs chefs , et nous ont appelé , dès la première rencontre de notre fortune avec la leur, les enfanls de la puissa?ice.

La netteté des attributions respectives; le caractère honorable de chaque mandat conféré ; les moyens de contrôle multipliés sans être blessants ; la simplification de tout le mécanisme administratif obtenue à l'aide de spécialités bien tranchées; voilà ce que nous avons voulu réaliser. Parlons

maiDtenaDt de la masse d'individus que contiendra le cadr» des grands municipes.

Reconnus en Algérie les plus forts et les meilleurs, nous n'avons plus qu'à y renverser une à une toutes les barrières qui séparent les indigènes de la grande famille nationale, à placer des Musulmans dans nos nouveaux centres, à fairs d'eux des travailleurs , des citoyens.

Une des plus belles troupes du monde est celle des Zouaves. Un des corps qui fait le plus de progrès dans l'estime des hommes de guerre , est celui des tirailleurs indigènes;. Un des plus admirables appareils militaires, c'est l'Arabe , ferme en selle comme une colonne sur sa base, être en trois corps : homme, cheval et fusil.

Ayons donc pour forces actives , dans chaque municipe , une infanterie de Zouaves et de tirailleurs, et une cavalerie de Berranis.

Ne nous occupons pas, quant à présent, des cadres existants pour les deux premières armes ; nous innovons aussibien en ce qui les touche qu'au sujet des cavaliers , qui seront dans notre armée ce qu'étaient, dans celle d'Abd-el- Kader, les réguliers qui lui auraient donné la victoire, si l'Émir avait eu un autre adversaire que la France.

On comptera autant de compagnies détachées de Zouaves et de tirailleurs que de grands municipes, et elles seront composées, chacune, de soixante soldats, sergents et caporaux, un capitaine, un lieutenant, un sous-lieulcnant, un adjudant instructeur, un sergent-major, un fourrier, deux tambour» et deux clairons ; en tout soixante-dix hommes.

Ces deux compagnies seront formées, jusqu'à concurrence d'un tiers, par des indigènes : d'un tiers, par des Européens ; d'un tiers, par des Français. La même proportion sera gardée relativement aux officiers et sous-ofûciers ; mais les capitaines et les instructeurs seront toujours des nationaux.

Ces troupes seroul employées, dans l'intérieur du municipe , à des travaux d'utilité publique, aux heures que ne rempliront pas les devoirs du service ou le repos absolu commandé par un ciel de feu.

La troupe à cheval sera divisée en deux armes, celle de» courriers , celle dsîs guides , et chacune de ses compagnies aura un effectif de trente hommes dans le rang, un officier commandant , un guidon et deux clairons ; en tout trentequatre hommes.

Leur personnel entier sera choisi dans la circonscription du cercle, parmi les Musulmans les plus braves, les plus intelligents, les plus en renom pour leur connaissance des hommes et des choses dans les tribus.

Tous seront volontaires. On s'assurera de la bienveillance ou de l'éloiguement dont ils seront les objets de la part des chefs indigènes. On leur fera subir des examens, des épreuves. Admis, en qualité de soldats d'élite, au service de la France, il faut qu'ils soient jugés dignes d'envie à cause de cet honneur, entourés de considération par cela seul qu'il leur aura été accordé.

Ceux d'entre eux qui posséderont le mieux la carte du pays et la confiance de leurs co-religionnaires, entreront dans les guides. Ceux qui réuniront la plus grande somme de dévouement et de ressources guerrières, seront incorporés dans les courriers.

En toute circonstance, ces deux compagnies assureront nos communications avec les chefs-lieux de subdivision et de cercle, nos rapports avec les tribus. Dans les longues marclies, elles nous mettront à l'abri des fausses direction», des embuscades. Otages sous notre main , surveillantes autour des agitateurs, elles se façonneront promj)lcmenl à nos habitudes, à notre discipline ; elles apprendront à leur grand profit, elles enseigneront au nôtre, ce que sont et la vie civile et la vie du quartier.

Leurs capitaines ou leurs guidons seront seuls Français.

Chevaux, harnachements, habits, tout sera leur propriété. Ils vivront selon leurs mœurs. Tous seront mariés, logeront dans (les habitations particulières à chacun d'eux , ne se livreront à aucune main-d'œuvre pour le compte de l'administration. Cavaliers et cultivateurs, ils se consacreront exclusivement au service, et à l'exploitation de leurs domaines.

S'il en était autrement, ils ne conserveraient pas l'esprit militaire dans une mesure suffisante. Ils ne se rendraient pas un compte assez exact de l'immense transformation qui s'opère dans l'esprit et le cœur de l'homme quand le s?i:s de la propriété s'est ouvert en lui.

Il nous devra, ce Berrani, devenu sédentaire , ce sous-officier ou soldat des guides ou des courriers, paré de notre cocarde, un immeuble qui sera sien, qu'il transmettra, suivant sa loi, à un enfant mâle ou à un proche. Cette propriété, qu'il aimera comme on aime une distinction, un privilège, sous quelque ciel qu'on vive, quel que soit K; Dieu qu'on adore, se composera d'une maison et un jardin contigus , ayant ensemble cinquante ares de superficie, et d'une terre labourable, située hors de l'enceinte de la vilK , ayant une étendue de neuf hectares et demi.

Ces deux parcelles lui seront livrées pour être par lui , l'une appropriée à son habitation , l'autre exploitée à son profit. Il paiera l'impôt selon le nouveau droit commun , que nous réglerons tout à l'heure ; et à cause du temps que lui demandera son travail agricole, il ne recevra que moitié solde.

Quand il ne voudra plus de la vie militaire , ou quand il paraîtra n'y plus être apte, ou quand il aura aliéné son domaine à litre onéreux, il sera remplacé sous le drapeau par le fils , le parent , le tiers-acquéreur agréé par nous et des faits duquel il demeurera responsable. La permanence du litre de propriété sera subordonnée à la charge indéfinie du service. Cette charge ne pourra être acquittée que par les

(«ipltai» possesseurs dk U terne et du iii«iioir. Tèril salîqae, rderant du munidpe.

Os ÉNtocTAiT aatrelois phe <|«r «ée U siHphss quand OB ¥màt les pneaàers v«ias aësùs dbas les centres crée» par le govroiMaHit. A quoi po«Taie«t être bcMS . 4hb ■•tre Algèfîe, ces calntrHier!:. ces déàkitaots de liqueurs, œs ulUkis et to«s les iwks et bas étase, tons les échappés de meatais Ue«x doMl la ■wrèe Moatait sans (tesse? Q«el défié ^[«e cehà ^ tWB les nudigiies allant prendre puii'iii ifiM ^klséiHitflBOAt «sèetalwté, a« graadi sr màtltr àri wkêA- ■earewc aeHKw^ MMBCtti « as graM MHMUçe •■ lesoM ^ la cMMie! Oi a ctMiffS la «écessilè ^ saoeMider 4es coBcessM^ Je «e laisser le ciwix 4cs u 'jMk wf t eK«pHa« ■efies • fv'à des critrrale«is et à des artrnan aTant de la fntiqae H des ilpaigifc , ém seas cft da cerar» et de »e Mettre f«*e«x ea ceafrKt avec les tadigraw, des jaif ilbirf et da respect des^ads le plas koaUe de aos lepiî m ataais ae pe«t pas se passer.

Fat9fa*aa laaiiipi seia aa spèc»ea de ville firaaçaîse . aa latMiani de la saciêtë cfa«tîei»e , s'appelMS à ea deles iilajiaj ^«e des traTalUetirç doat les kas et les j sajgat «écessakes , et ae ■naganaT pas de ea deu catègaries les êtate et Méiiefs daat la est eBe-nêBe aa aaîat ^ai Ménle aitteatioa. L'aae sera OMiipQsêe de ceas daas ksqafk ks

lear peaveirt être lèsertcs, pavée ^aa lear est MBias pôiîye poar eax ^11 me le serait paar

e ImcT cKciaBivaBeat

tsaraasliste».

à la fil ■lin série, vii^t-déax à la

pas à la deaaade. Riea, par

ne sera plus facile que la formation du double cadre normal de soixante artisans habiles et estimés.

Les agences centrales de la colonisation à Alger et au chef-lieu de la subdivision dans laquelle sera créé le municipe , indiqueront sûrement le» Européens ayant des droits à une préférence. La chance des mauvais choix sera bien petite relativement aux indigènes, sur le compte desquels nos fonctionnaires et les cheÊs arabes seront toujours parfaitement éclairés.

On établira ces cent vingt chefs de famille et d'atelier sur des propriétés semblables à celles des Berranis , et nous arriverons ainsi une fois de plus à rendre tout égal entre nos frères selon le Christ et nos frères selon Mahomet, entre les deux races qu'il faut juxta-poser et non pas fondre, moraliser parallèlement, enrichir lune par l'autre.

Nous entendons qu'un séjour de huit années dans le municipe soit exigé des uns et des autres, avant que leurs concessions deviennent définitives. Si, pendant cette période, ils s'éloignaient ou ne remplissaient pas les devoirs de leur état, les immeubles feraient retour au Domaine. En cas de mort, ceux-ci passeraient au contraire, et de plein droit, à leurs héritiers naturels ou institués.

On devine certainement pourquoi nous ne faisons aucune place aux Israélites dans les municipes. Cette intéressante partie de la grande famille se complaît dans ces contradictions bizarres : innover le moins possible quant à ses habitudes d'intérieur et de caste ; se confondre de la manière la plus absolue , quant aux apparences , dans nos propres rangs. Depuis la conquête, elle s'est toujours montrée peu désireuse de s'établir dans les lieux où ses anciens n'ont pas vécu , et préoccupée de la crainte de compromettre le bienêtre dont elle est en possession , et dont elle sait honorablement jouir.

Les travailleurs propriétaires dans les municipes seront soumis au régime de la milice, tel([!iil est aujourd'hui cons-

tilué. Pour tous , il est le bon parce qu'il laisse à l'homme une arme qu'il est fier de porter, le maintient dans une espèce de milieu guerrier qui va au pays et à ses mœurs , le place sans équivoque , sans capitulation avec le préjugé, sous les ordres de l'autorité militaire.

Leurs chefs et sous-ofticiers seront les marchands et artistes, au nombre de douze, dont la désignation répondra strictement aux besoins publics, et dont la réunion aura été par avance assurée au mnnicipe.

L'Etat n'accordera des concessions à ces derniers que s'ils en sont jugés dignes. Au début, ils seront purement et simplement des hommes placés dans les conditions les plus favorables pour vivre heureux en travaillant ; des contribuables ; les locataires des édifices créés et appropriés par l'Etat, pour l'accroissement de son propre domaine et l'amélioration du revenu public.

Il en doit être ainsi pour ceux à qui est offerte une certitude de gain. Il en sera autrement pour les industries qui exigent des approvisionnements de matières premières, des usines , des machines. Les capitaux , les connaissances , la condition sociale dont les établissements de cette nature impliquent la possession, obligent à reconnaître qu'il serait déraisonnable d'espérer pour les municipes le concours gratuit et spontané d'hommes distingués en France par de tels avantages. Force est donc de compléter par des créations et un personnel à la charge du trésor, lenseniblc dont toutes les parties doivent être mises en équilibre.

L'État ne doit être ni marchand , ni entrepreneur de travaux. Cela est vrai pour l'Europe , cela est faux pour l'Algérie. Les municipes ne posséderaient jamais , si nous laissions pour sauver le principe la colonie en souffrance, ni un moulin à blé , avec la machine à b.Mlre de MM. Renaud et Lolz et une minotoric j)erfectionnée ; ni une boulangerie selon la méthode UoUand ; ni abattoir, brasserie, moulin à huile, pressoir, bains et buanderies, filatures à

métiers. Puisqu'on ne peut pas se passer de ces usines, construisons-les, exploitons-les en régie.

La nécessité bien comprise est toujours la meilleure des conseillères.

Une des richesses naturelles de l'Algérie est la laine. Par notre grâce , la soie et le coton s'échappent déjà de la terre et de l'air, en même temps que le fil et la garance. Les femmes et les enfants indigènes sont toujours oisifs , quelquefois sans ressources aucunes. La débauche ou une activité sans but rendent trop souvent dangereux ou dégradent ceux qui n'étaient qu'inutiles et dignes de pitié. Une filature par bureau arabe donnera un encouragement à la production , un éléoient de circulation de plus au numéraire , une occasion de gain à une race avide , une source de bénéfices pour nous qui , placés à portée de l'offre , n'aurons à acquitter des frais de transport qu'après avoir acquis un premier et large bénéfice.

La filature , établie d'abord sur l'échelle la plus modeste, grandira vite ; et ses opérations auront à la fois pour objet, la laine et le fil, la soie et le coton.

Dans les climats tempérés eux-mêmes, la fabrication du pain est achetée au prix de souffrances physiques dont avec raison l'humanité s'est émue, et pour lesquelles la science a enfin trouvé un remède. Dans les municipes, où il faudra pousser loin l'économie des forces , du combustible et de l'espace, une manutention unique est au plus haut point désirable, et un directeur commissionné peut seul répondre d'un aussi important service.

Les raisons de décider ne sont pas aussi puissantes en ce qui touche lei moulins à blé, les pressoirs à huile, cidre et vendange. Elles sont cependant de nature à être prises en considération. Des établissements ayant cette destination seront quelque chose de plus que des modèles , dans un pays où la mécanique esta peine connue; ils seront pour les po-

pulations qui broyent le grain entre deux pierres, et gâtent leurs olives au lieu de les épuiser, un secours dont elles se montreront empressées de profiter au prix équitable que nous mettrons nous-mêmes à sa distribution.

La buanderie placée près du lavoir, présentera les mêmes avantages, et on ira, moyennant une petite redevance, v fair» bien et à bon marché, ce qu'on ferait mal et coûteusement chez soi, ou à l'aide d'un intermédiaire. Tout ce qui peut être ramené au caractère banal dans la préparation des choses qui se consomment ou sont en usage dans les intérieurs modestes, est toujours laissé mal à propos au compte particulier des ménages.

Les bains maures et français seront établis dans le môme corps de bâtiment que le lavoir, afin qu'un seul fourneau desserve ces trois absorbants de calorique, qu'une seule source alimente étuves et baignoires, piscines et bassins.

Leur régisseur prendra le titre de maître de l'eau, parce qu'il veillera à l'entretien des puits, aqueducs et fontaines, à la conduite et à la distribution des eaux dans les maisons, les rues et les jardins.

Au sujet de l'abattoir, nous nous contenterons de dire que l'administration ne pourrait se reposer sur aucun intérêt privé du soin qui, plus que tous les autres, engagera sa responsabilité, celui d'assurer les subsistances, d'apprécier les consommations.

La brasserie ne fournira pas seulement un liquide rafraîchissant et une boisson fortifiante de plus , elle sera un débouché pour les orges, que le pays produit en si grande abondance.

Dans tontes les usines, on emploiera surtout des indigènes ; c'est notre intérêt, parce que c'est le leur ; c'est aussi le moyen le plus sûr et le plus moral d'égaliser les salaires, dont la disproportion est aujourd'hui un malheur et un scandale. L'Arabe insoucieux et ignorant y apprendra à

la fois qu'il n'est pas de bonheur sans prévoyance, pas de sécurité sans épargne, et que le travail honore pius que l'aumône ne soulage.

Il est facile de comprendre que ces divers établissements donneront des produits nets, et que leurs régisseurs seront chargés d'un mandat assez important pour avoir droit à la qualité d'employés de l'Etat, qui, suivant nous, leur doit être conférée.

Ils enrichiront doublement le trésor ; car, après avoir, pendant huit années, pourvu non-seulement aux dépenses entraînées par leur administration, mais encore à l'amortissement d'une partie du capital employé à les créer, ils seront vendus par la voie de l'adjudication, quand le municipe, devenu une ville se suffisant à elle-même, pourra faire succéder l'industrie privée aux régies.

Le législateur ne doit rien dédaigner , rien laisser en dehors de son action. Il ne lui appartient pas d'abandonner à tout un avenir de souffrance et de honte, une classe quelconque de la société. Au-dessus de l'opinion impitoyable, il place sa mansuétude éclairée, sa paternelle austérité. Le mendiant et la prostituée, le vagabond et le repris de justice, tout individu dégradé, malfaisant ou dangereux, lui rappelle avant tout le devoir étroit qu'il a à remplir, l'honneur qu'il a à gagner, en faisant sortir de la paresse et du vice un enseignement, du désordre un régime régulier, d'un mal inévitable une institution de rapatriement municipal.

Ces considérations nous sont inspirées par les infortunées que la misère ou l'irréflexion, les entraînements physiques ou une fatalité sans contre-poids, livrent à la prostitution. Nous leur avons ouvert un asile spécial confié à la direction de la sage-femme attachée au municipe , et nous ne nous excuserons pas d'avoir poussé la prévoyance aussi loin. Ces femmes sont plus nombreuses et moins protégées en Afrique qu'ailleurs; et ce qui constitue leur abjection a sa

raison crêlro, hélas! en Algérie plus qu'ailleurs. Nous n'ajouterons pas un mot do plus, et nous réservons pour l'autorité locale un travail particulier sur cette délicate matière.

Les partis politiques ont abusé longtemps d'une phraséologie contre laquelle nous n'avons pas cessé de prolester. Ils dissimulaient sous les mots, opinions avancées, leur désir de renverser l'ordre alors établi. Us réussissaient ; eu faisant d'elle un voile et un drapeau, à décliner la respon- .sabilité des doctrines pour lesquelles les classes moyennes se montraient justement sévères; à échapper au péril de s'expliquer nettement sur les réformes nécessaires, suivant eux, dans l'organisation sociale.

Il n'y a pas d'idées avancées pour les hommes loyaux ; il n'y en a pas davantage pour les hommes sérieux. Les idées sont justes ou fausses. Parmi les premières , il en est d'immédiatement applicables : ce sont les seules dont il y ait à prendre souci ; le reste n'est bon qu'il défrayer les bureaux d'esprit. Les secondes font d'autant plus de mal, qu'elles sont produites avec plus d'art et de circonspection , qu'elles sont combattues avec plus de mollesse ou traitées avec plus d'indifférence,

La meilleure des assurances mutuelles est celle qui unit entre eux les hommes dont le caractère et la parole ont de l'autorité, dans le double but de préserver les masses de la contagion des doctrines inconciliables avec les principes sur lesquels la morale et l'ordre reposent, et de les éclairer sur le caractère des changements que le lendemain f;iil subir à la condition de la veille.

Nous traiterons bientôt la réforme pénitentiaire dans ses rapports avec les condamnés européens. Nous voulons à cette heure envisager la même question en ce qui touche les indigènes.

Français, étudiez l'Afrique française, ce soin vous por-

tera bonheur. C'est parce que vous ne l'avez pas pris assez tôt que vous ignorez presque tous l'existence de deux faits énormes.

La juridiction civile condamne, chaque année, plus de onze cents individus pour délits, plus de deux cents pour crimes; et la juridiction militaire frappe en outre deux cents indigènes. Que fait-on de ces coupables? On les transporte en France; là, s'ils sont Européens ou Israélites, on les répartit entre nos bagnes et nos maisons centrales ; s'ils sont ]\Iusulmans, on les confine dans une forteresse du littoral.

Les bras et les forces que cet état de cbose enlève à la colonie seraient au plus haut point utiles à celle-ci. Le droit commun serait moins cruel pour les indigènes qu'une détention sous un ciel qui les glace, dans un lieu où le désespoir s'empare fatalement de leurs âmes , jusqu'à ce que la mort les guérisse du mal du pays.

Pourquoi tous ces indigènes ne subissent-ils pas leurs peines en Algérie? N'y sont-ils pas répartis plutôt qu'enfermés dans des établissements spéciaux ?

Ni le régime cellulaire , ni celui de l'emprisonnement simple, ni celui de nos bagnes anciens et nouveaux, ne peuvent leur être appliqués sans que l'humanité n'en gémisse, ou que la raison n'eu murmure. Ils préféreraient les châtiments corporels les plus durs à la vie du prisonnier, et un travail épuisant et continu ne sera jamais supporté par eux, les rêveurs et les indolents par excellence.

Innocent ou coupable , captif ou libre , tout indigène est scrupuleux observateur des pratiques de son culte , soumis à la direction de ses prêtres, jaloux d'apprendre par l'œil et par l'oreille, dédaigneux de toute occupation qui ne lui est pas commandée par ses besoins physiques ou son amour du trafic. On dira de ce portrait tout ce qu'on voudra, il est ressemblant. On modifiera ou on ne modifiera pas, sur ces données, l'ordonnance qui nous paraît vicieuse; mais on y

peut compter : des natures fortes et étranges ne seront pa» de si tôt changées par la contrainte.

Nous croyons être dans le vrai en conseillant à ceux qui peuvent, nous à qui il est donné seulement de vouloir, de classer ces condamnés en trois catégories : celle des forçats, celle des réclusionnaires , celle des correctionnels. On divisera ensuite la première en trois sections, dont chacune aura son hagne au siège des nouveaux bureaux arabes delà subdivision d'Alger, aiin d'être employée aux travaux de dessèchement et d'assainissement de la Mitidja. On formera, à l'aide des deux autres, des groupes de quarante individus relégués chacun dans un espace où l'air , le soleil, l'horizon ne soient pas mesurés par une main trop avare. Mettons-les dans les municipes sous la garde des ministres de leur culte attachés aux mosquées et de deux Tolba ; laissons leurs familles et leurs amis pénétrer jusqu'à eux ; façonnons-les peu à peu à l'étude et au travail , et on verra bientôt ce que la prière et la résignation, le repentir et la règle feront d'eux.

Nous ne souhaitons pas que ces condamnés soient appliqués h la culture du sol , parce que , subie dans ces conditions , la peine n'aurait pas à leurs yeux le moindre caractère expiatoire. Nouspensonsqu'aucun salaire ne doit rémunérer leur travail, parce qu'il n'y a pas à s'inquicter de ce qu'ils deviendront quand l'heure de la liberté sonnera pour eux. Aucun mépris ne les attend. Ils retourneront aux lieux d'où ils étaient venus, ils y retrouveront, les mêmes pour eux , les amis qu'ils y avaient laissés. Dans les pays que foule la tyrannie et que désole l'arbitraire , la condamnation ne déhonore pas. Les peuples se vengent ainsi des juges qu'ils craignent et méprisent en même temps, et en Algérie l'effet survivra à la cause.

En réalisant ce programme, l'Etat procurera à l'industrie privée des bras qui lui mampient, formera des ouvriers dont la nourriture, l'entretien et la garde lui coûteront fort

peu. Chacun de dos municipes recevra deux groupes, uQ de réclusionnaires, un de correctionnels. La transporlalion dans la terrible citadelle, de l'autre côté de la mer. seraj#Te châtiment de l'insoumis, de l'évadé, du récidiviste, et il sera rarement applicable.

Auprès de ces véritables maisons de correction, seront ouverts aux familles des condamnés, des asiles qui, administrés par le Cadi du municipe, aux frais de ceux qui y seront recueillis, n'imposeront aucune charge au trésor. Ils détruiront l'usage qui convertit les mosquées en logement pour la nuit; ils rapprocheront les indigènes , séparés par la dislance , le*malheiir et la faute , et qui ne sont que trop disposés, en toute circonstance, à rompre par le divorce les liens si lâches du mariage musulman.

Qu'on ne s'étonne pas si nous épuisons cette matière sans paraître nous occuper des condamnés Israélites. Un établissement unique suffira pour ces derniers. Il contiendra peu de détenus. La direction en sera remise aux rabbins. En 1849, dernière des années dont les statistiques ont été publiées, ces proportions étaient acquises : accusés au grand criminel : Israélites , treize pour cent ; INlusulmans , quarante-trois pour cent; Chrétiens, quarante-quatre pour cent. Au petit criminel, c'est à n'y pas croire, et nous ne pouvons pas eu rendre assez de grâces à Dieu. La race que la persécution avait tant abaissée, et contre laquelle la pré- Tcntion conserve tant de puissance encore , ne figure que pour soixante-dix-sept de ses enfants sur un état général de quatorze cent trente-sept prévenus.

Les pompiers du municipe seront au nombre de quinze , leur chef d'escouade compris. Deux appareils complets leur seront remis, et seront toujours en état de fonctionner. Le service ordinaire des sergents de ville et des troupes de police entrera aussi dans leurs attributions. Ils seront propriétaires , mais à la condition d'employer des indigènes à la culture de leurs champs.

Tbente-deux artilleur» seront délarhés de leur régiment pour assurer le jeu de deux obusiers de seize , et fabriquer 5ur place les munilions dont le transport k de longues distances est difficile et dangereux. Dans ce nombre, deux trompettes seront compris.

Les obusiers ne quitteront jamais le municipe, et ils seront installés dans deux des blockaus par lesquels sera protégé celui-ci. Les deux autres blockaus seront les postes des Zouaves et des tirailleurs de service , et ils seront garnis de carabines à la Delvignes, de tromblons , de fusils de rempart. Sur les quatre faces du carré , les feux croisés seront donc plongeants et rasants.

Huit passages gardés donneront seuls accès dans la ville. Ils déboucberont sur le cbemin de ceinture qui, à ses quatre angles, sera coupé par les blockaus.

Quatre grandes cbaussées plantées d'arbres se relieront au cbemin de ceinture, sur les points mêmes où s'élèveront les l)lockaus, afin qu'elles puissent élre enfilées par les feux de ces derniers.

Au delà du cbemin de ceinture seront circonscrits en face de chacun des côtés du municipe quatre emplacements de quinze hectares de superlicie. Ces périmètres seront divisés en cinq bandes de trois li(!clares. Là seront créés au centre: un douair, un marché , un fondouk , un parc, disposés de manière h être en regard les uns des autres; à droite et à gauche : des pépinières et des jardins maraîchers.

Lf, DoiiAiu , c'est la tribu sur le seuil de la commune, le nomade ^i portée; du citadin, l'homme du sud ayant sa main dans celle de l'homme du nord. Dans les tentes, les gourbis, iront se presser les trafiquants, les cultivateurs, les journaliers donnant t'( retiran( leur présence, libres de suivre leurs résolulions en sens contraires, «t de nous montrer, toujours avec profil pour non»», le flux ot le relhix de leurs volonté'» rnpririeuses.

j.r M\n(Hr. est ]•• lieii If plus .solide (|iie l'I'Minqtéeii puis.'-P

établir entre lui et l'indigène. Fonder un cuntr« de population , sans y ouvrir un niarclié périodiquo , ce serait manquer loul-à-fait le but. I.a iimilijilicilé des uns et des autres est le moyen de n-drossemenl le plus prompt et le plus sûr des lois de la vie nomade et de nos rapports commerciaux. -/•Sur ce marché un agent indigène exercera l'autorité que nous lui déléguerons, et comme il n'aura à en user qu'à des intervalles plus ou moins rapprochés, il sera chargé en outre de la surveillance du parc et des jardins.

Le fo.ndolk, complément nécessaire du marché , sera la source de produits liscaux s'élevant à mesure (jue s'accroîtra le bien-être de tous. Il aura aussi un régisseur particulier. Le p.vih: planté en arbres forestiers et fruitiers, d'essences en rapport avec la latitude des municipes, sera par conséquent une promenade ouverte à tous , et une propriété utile.

On plante beaucoup en Algérie, on n'y peut pas planter assez. La science l'a proclamé : un tiers de la superficie de ce beau pays appelle un boisement régénérateur. Quatre pépinières sont nécessaires dans cha(|ue municipc. Klles seront administrées par un jardinier eu chef, et afleclées, une aux mûriers, une aux arbres résineux, une aux essences forestières sèches, une aux variétés de fruiliers. Tous les pieds qui en sortiront seront l'objet d'une vente. Des primes seront accordées aux planteurs.

Les quatur potagers seront soumis à un régime analogue. Tous ces établissements seront aménagés, pour le compte de l'Etal, par les deux compagnies de Zouaves et do tirailleurs. Ces braves soldats, n'ayant pas de propriétés privées à cultiver, concourront, par cette espèce de travail, à l'n^uvre qui , profitant à tous , demande un effort à chacun.

La comptabilité des uns et des autres , tant en recettes qu'en dépenses, se centralisera à l'inlendance.

Ces pkemikas périmètres extérieurs seront séparés par

tlDC avenue parallèle au chemin de teinture, d'autres terrains faisant face , à leur tour, aux quatre côtés du municipe ; chacun deux aura une superficie de quarante-cinq hectares, et recevra le nom de grande ferme.

A droite et à gauche des quatre chaussées aboutissant aux blockaus , seront les terres arables où les propriétaires du municipe recevront chacun un lot de neuf hectares cinquante ares, et sur lesquelles pourront être employés comme khammas , et même en qualité de fermiers, les hommes du douair et de la tente.

Au point où le boulevard extérieur coupera les quatre chaussées, seront placés les cimetières catholique et musulman , la poudrière et le château d'eau, la glacière et la voirie , les silos et la maison d'arrêt.

La Fhance renaît à la foi. Les uns s'en étonnent , les autres s'en glorilienl. Il serait plus sage d'étudier le grand mouvement sur la nature duquel se méprennent, et ceux qui ne l'avaient pas pressenti, et ceux qui n'ont pas l'habileté de s'en emparer.

Nous avons vu d'abord le goût des manifestations extérieures, plus encore que celui des pieuses pratiques, succéder à l'esprit irréligieux qui, pendant un siècle, avait joui, auprès des hautes classes, dune véritable faveur.

A cette même époque, c'était celle de la Restauration , la bourgeoisie continuait à s'inspirer d'un déisme froid , hautain et railleur.

Beaucoup plus tard, après la chute de la monarchie de juillet, un subit ébranlement a précipité aux pieds de la chaire et de l'autel les notables des classes moyennes, des penseurs éminents, des hommes publics mis en lumière on foudroyés par la tempête de février.

Aujourd'hui le nombre des hdèlcs est plus considérable qu'il ne l'a été dans le pays depuis le schisme de 91 ; rien n'est moins conteslable. Il faut cependant que la snr-

- ij —

face soit plus agitée que le fond, puisque beaucoup da nos paroisses demeurent sans desservants, puisque les gentilshommes sont si rares dans notre clergé.

Les circonstances sont au plus haut point favorables à l'accroissement du personnel ecclésiastique, et les ordinations n'augmentent pas d'une manière sensible. De belles natures semblent toujours prêtes à se détacher des biens de la terre pour ne plus appartenir qu'à Dieu, et ni les besoins du saint ministère, ni l'éclat des dignités sacerdotales, ne les émeuvent assez pour les jeter hors du monde.

Qu'attendent donc ces tièdes ardeurs, ces vocations paresseuses? Elles attendent l'appel surhumain, qui un peu plus tôt, un peu plus tard, s'échappera des profondeurs qu'elles sondent trop timidement.

Ce cri, quand tout à coup il retentira dans l'espace, leur causera un tressaillement formidable, les rendra semblables à ces ressuscites dont parle l'Ecriture, qui , poussant d'un pied superbe la pierre brisée du sépulcre, surgissent transfigurés, maîtres d'eux-mêmes, beaux de leurs auréoles.

Vous les verrez alors toutes ces demi-vertus, aujourd'hui en peine plutôt qu'en travail; toutes ces âmes que troublent, au lieu de les épurer, les désirs sans flammes , les projets sans grandeur; vous les verrez, ces jeunes hommes, qui ont à la fois l'orgueil de la race et la conscience de leur néant; et ceux dont l'indépendance et l'austérité se sentent mal à l'aise dans les liens des charges publiques; et ceux qu'eQVaie l'impuissance d'utiliser, pour le bien de tous et pour leur propre fortune, les ressources intellectuelles, fruit «{'études mal dirigées; vous les verrez, tous, emportés à la même heure par un même élan , se ruer, sans s'être demandé si on les suit ou si on les abandonne, vers le but que le doigt invisible leur aura marqué.

Et quel serait-il ce but, s'il n'était pas le port majestueux dans lequel la fille aînée de l'Eglise et le glorieux Pie IX recueilleront demain les membres épars du corps syniboli-

que , les derniers débris des ordres de Malte et de la Merci, Jos réformés de la Trappe et de St-Jean-de-Dieu , les néophytes de St-Eloi, les continuateurs de l'œuvre de Bérulle?

Oui , que la nation libératrice et le pontife délivré, unissent leurs volontés et leurs voix, et des flancs de notre société malade, haletante, épuisée, s'échappera une phalange prédestinée, qui, mesurant l'obstacle d'un coup d'œil , le franchissant d'un seul bond, la croix dans une main, la pioche dans l'autre , la charité au cœur, l'enseignement aux lèvres, s'emparera à son tour du sol sacré de l'Algérie.

Fils des croisés , fouillez les trésors des souvenirs héroïques ; l'ordre de Malte va rallier et remettre en ligne ces évangéliques chevaliers, recomposer ses langues et ses baillages , expression suprême des anciennes mœurs, dernier reflet d'un soleil disparu.

Jeunesse discoureuse et vide , laissez là les mesquines tendances et les fades plaisirs ; les frères de St-Jean-de- Dieu vont moraliser les condanmés, et,, à l'aide des bras trop longtemps mal employés, élever au loin des constructions, ouvrir des roules, fertiliser le sol.

Martyrs de fantaisie, assez de vaines chimères et de lamentations apprises par co^ur. Les orphelins, les abandonnés, les enfants sans famille et ceux qui pèsent à la leur, languissent, souffrent, crient sous l'étreinte de maux réels, sous la terreur vague mais poignante d'un avenir semblable à leur passé ; saint Eloi veut qu'ils aient son manteau pour abri, ses disciples pour bienfaitenîs.

Vous qui obéissez à l'amour désintéressé de l'étude, au généreux besoin d'apprendre pour instruire , à la douce règle de vous entourer de tout ce qui rappelle les mystères de la vio du Christ et de la Vierge, sa mère; hàtez-vous, l'oratoire va renouer la chaîne des bons exemples et des doctes leçons.

Lâches sans honte, écrivains sans pudeur, coupables sans repentir, courez où se sont réfugiés de moins mauvais que

vous, où se succèdent les lauréats de l'abnégatioD et du courage. A la Trappe, la réhabilitation vous attend; la Trappe remue les cœurs desséchés aussi-bien que la froide terre.

Esprits fermes, âmes tendres, que le prosaïsme de la vie réelle humilie, qu'altère la soif des périls qui seraient profitables au monde ; il vous est enfin donné de braver les hasards, de comparer institutions et races; les frères de la Merci vont apparaître à la fois en Chine, en Abjssinie, en Irlande, au Soudan, sur tous les points du globe où ils ont des chaînes à rompre, des victimes à sauver, des infortunés à recueillir.

Allez tous, car le champ qui vous est ouvert est immense, et l'esprit de Dieu sera avec vous !

Le McsiLMAN connaît et honore les associations religieuses; mais tout est différence entre les siennes et les nôtres, et la comparaison qu'il s'empressera d'en faire, le jettera dans un ordre d'idées tout nouveau. Pour celleslà, il s'agit uniquement d'une prière courte et sacramentelle, dont la récitation multipliée constitue la pratique; à laquelle se sont astreints , le mérite par lequel se distinguent, tous les khouan portant la même rose. Pour celles-ci, la régulière et stricte observance des exercices du culte, est la moindre des obligations contractées avec bonheur, remplies avec amour. Le membre des ordres français renonce à sa personne elle-même. Holocauste s'offrant jusqu'à la dernière heure d'une vie dont ni la durée, ni le terme, ne sont l'objet de son désir, il donnera la mesure véritable de la supériorité des hommes jaunes sur les plus fervents adorateurs du ProphèU^

La présence et l'action des ordres en Afrique, achèvera de faire comprendre combien sont sages ceux qui ne veulent pas que le prosélytisme y usurpe sur la puissance de Dieu, et ravive le fanatisme, rallume la guerre, là où nous avons organisé la tolérance et la paix.

L'effet des prédicalioQS peut n'être pas excellent ; celui des exemples répond toujours aux saintes espérances. Laisser l'indigène à sa foi, nous rendre admirables devant sa conscience par la manière dont nous obéissons à la nôtre, c'est tout ensemble le plus noble et le plus sûr. Dieu n'a pas besoin de son serviteur pour toucher celui qui doit devenir son instrument ou son élu, et nous ferions en vain luire sa grâce au\ yeux de l'esprit autour duquel il épaissit les ténèbres.

Précisons maintenant le bien que les ordres ont à faire en Algéri*?.

Notre Gouvernement n'est pas parvenu à y attirer, par masses, individus et capitaux, et cependant la population y doit être augmentée dans des proportions énormes, et les millions qu'y emploiera une politique sage et hardie, ne lui seront pas fournis par les contribuables français.

Puisque nos concitoyens préfèrent la condition de laquelle ils se plaignent avec tant d'amertume, à celle qu'une administration, pleine de sollicitude et d'habileté, leur a préparée on Afrique ; puisque nos finances engagées s'opposent même à ce que la métropole renouvelle dans l'avenir les sacrifices devant lesquels elle n'a pas reculé dans le passé , nous ne pouvons compter que sur les ordres et sur la colonie elle-même.

Malil gardera les routes qu'il jalonnera de ses commanderies, et tiendra en respect les tribus qui hasardent les violences réciproques, parce que nous sommes loin d'elles. II sera, dans le même esprit que nous, le conseil et l'arbitre des chefs indigènes. Il liera, avec eux et par eux, plus facilenjent et plus sûrement que ne le pourraient faire les compagnies puissantes, les financiers renommés, de vastes, de fructueuses opérations sur les matières premières et les produits manufacturés, dont le marché regorge. Il remplira ses bazars des objets fabriqués en France, dont l'Arabe a déjà contracté le goût , dont notre commerce le laisse ap-

— Ol —

provisionner par Tunis, Maroc, Tripoli et l'Anglelerre. Il sera le banquier de nos bureaux arabes , le facteur du change de notre trésorerie. Il se livrera, mieux que nous ne pourrions le faire, à l'élève et à la reproduction de toutes les races d'animaux dont l'homme se sert ou se nourrit. Il boisera tout le territoire dont ses établissements seront le milieu. Il aura pour serviteurs et pour journaliers tous les malheureux arrachés, par l'ordre de la Merci, à la faim , â l'esclavage, à la mort.

Nous assistons à la fois au spectacle désolant de l'émigralion permanente d'Irlandais, pleins de haine contre le maître dont ils se séparent violemment, et qui ne font que changer de misère en se confiant à l'Amérique inhospitalière ; au spectacle admirable des achats multipliés par de siinples religieuses, sur les bords du Nil, de la Mer-Kouge et de l'Océan indien, des jeunes négresses qu'elles préservent des dégoûts du harem , des souillures de la promiscuité ; au spectacle qui commence à peine des succès de la sainte enfance sur la côte du grand Empire, où une barbarie qui s'ignore, livre au flot qui les doit engloutir, des myriades de petites créatures ; au spectacle qui se prolonge trop de deux escadres s'usant à poursuivre d'insaisissables négriers, et perdant navires et marins , parce qu'un traité mal conçu a été surpris à la loyauté nationale; mais l'ordre de la Merci offrira un passage gratuit et un patronage incessant aux Irlandais, recueillera les préservées des saintes Sœurs de l'Lgypte , les victimes innocentes des traditions de l'Asie ; changera en travailleurs libres, sages el heureux, les noirs réduits à l'esclavage par le vol , la fraude ou la guerre, dans l'intérieur de l'Afrique.

Quand de tant de points divers, la Merci aura conduit , ou sur les navires de j\Ialte, ou à l'aide de ses propres caravanes, tous les échappés du malheur et presque de la tombe, dans l'Algérieaux bras caressants, aux mamelles puissantes, il ne croira pus sa mission spéciale remplie ; il créera

sur le liltorai une inscription maritime, qui pemiellra à Malte de recruter ses Diatelots chez nous. Il rendra à la vie du maria ces populations musulmanes, toutes surprises de se sentir utiles sur rélément qui paraissait, avant 1830, aux navigateurs les plus intrépides, moins redoutable que les forbans dont elles descendent. Il préparera à la vie catholique les enfants qui n'auront appris ni à honorer ni à bénir aucun Dieu; les noirs adultes qui aspireront à secouer le double joug de l'ignorance et de l'idolâtrie. Il placera ces derniers dans ses exploitations du Sahara, qui seront pour eux la patrie, moins ses misères et ses périls. Il ouvrira ses écoles navales aux enfants qui, dès le berceau, sourient à la mer. 11 aura enfln un toit et un foyer pour les forçats et réclusionnaires libérés, qui, lorsqu'ils veulent revenir au bien, ne trouvent dans la société, qui les avait frappés justement, qu'indifférence pour leur malheur , dédain pour leur repentir.

UxE IDÉE juste et trop longtemps combattue, a fermé nos bagnes sans retour. Elle attend son application aux prisonnniers pour crimes ou délits. Grâce à la réforme des ordres de la Trappe et de Saint-Jeau-de-Dieu , les maisons centrales se videront à leur tour, et des bras nombreux seront utilisés là où les bras manquent.

Pour des réclusionnaires eux-mêmes, la règle de la Trappe est d'une excessive dureté ; celle de Saint-Jean-de-Dieu sera facilement combinée avec le régime normal des simples emprisonnés. La gradation entre les peines , ce qui est essentiel, sera plus nettement tranchée alors qu'elle ne l'est dans l'étal actuel de la législation. Le système cellulaire , absolument impraticable en Algérie, ne sera infligé qu'aux condamnés récidivistes dont la peine sera subie en France.

On a cherché en vain le secret de ménager une condition acceptable à ces pauvres enfants qui connaissent ce que la souffrance humaine a de plus amer, à l'âge que les heureux du monde savent être celui où les jouissances morales ont

!e plus de douceur et de durée. Chose plus triple encore' jamais un ordre religieux ne s'est proposé d'en finir avec le mal que la civilisation engendre , et pour lequel elle n'a pas de remède. L'inépuisable Église va nous le donner cet ordre, et il se placera sous l'invocaticm du Saint qui fut habile ouvrier, docte évêque , homme d'état sagace , du hou Eloi, dont tout le monde sait le nom, dont si peu de gens honorent la mémoire, en servant, comme il aimait à le faire, les malades et les malheureux. L'association nouvelle ira chercher dans les hospices les enfiints-trouvés ; dans les villes et les campagnes, les enfants abandonnés ou orphelins ; dans les bras du travailleur pauvre et résigné , un enfant sur les quatre qu'il s'épuise à élever ; partout les disgraciés de la nature, les affligés d'infirmités permanentes, de maladies inspirant autant de dégoût que de pitié; tous ceux qui , à l'heure du repos et à l'heure du réveil , se demandent avec angoisse s'ils ne sont pas des sujets perpétuels de sacrifice et de souci pour leurs familles éprouvées.

On sait maintenant ce que signifie pour nous la vie monastique, et quels services seraient rendus à la patrie , à l'humanité, à la foi, par les ordres religieux qui viennent de nous occuper.

Les grands municipes seraient complétés parles monastères de quatre d'entre eux ; quatre et non pas six ; puisque la place des frères de la Merci est marquée sur le littoral et dans les régions Sahariennes; celle de l'Oratoire, dans les centres de population européens les plus considérables de l'Algérie.

Il n'appartient qu'aux dignitaires, aux assemblées générales de chacun de ces ordres, à la cour de Rome et au Conseil d'État, de dire quels pourraient être les statuts , futures lois de ces grands corps; mais il est permis de conjecturer ce qui suit :

Les maisons conventuelles dans les municipes seraient composées à peu près ainsi .

Ordre de Malte. — Hommes: Cinq membres du ChapHre, sept Chevaliers, cinq Donnés, six Novices; en tout vingttrois. — Femmes : Une Prieure , deux Chanoinesses , deux Sœurs d'obédience , quatre Novices; en tout neuf.

Ordres de Saint-Jean-de-Dieu et de Saint-Éloi. — Hommes : Sept membres du Chapitre, douze Gradués, six Frères, cinqConvers, dix Novices; en tout quarante. — Femmes: Une Abbesse, huit Sœurs, quatre Converses, quatre Novices; en tout dix-sept.

Pour l'ordre de la Trappe , dans lequel les femmes ne sont pas admises, le nombre des religieux serait de vingt.

Des prêtres seraient menibres de tous ces ordres. Les vœux n'y engageraient que pour cinq ans. Personne ne serait reçu à en solenniser avant d'avoir atteint sa vingtcinquième année. Les époux qui , semblables à ceux des premiers siècles de l'Église , voudraient, en même temps et d'un désir égal , s'élever de l'amour humain à l'amour séraphique , continuer leur union au sein de Dieu et non dans le monde , ne seraient pas exclus du bonheur d'en contracter.

Les ordres auraient à la fois un monastère à l'intérieur du municipe, un autre dans les grandes fermes dont nous avons parlé plus haut.

iMaltc aurait à la ville ses magasins , arsenaux de paix , ses auberge et hospice traditionnels. Auprès des premiers serait le pavillon des Chevaliers , Donnés et Novices. Dans les derniers serait installé le Collège des femmes. Le service de l'hôpital, les honneurs de l'hôtel, seraient son affaire exclusive. Les Dames de l'ordre ne verraient les Chevaliers qu'à la chapelle, dans les assemblées générales, au chevet des malades, auprès du fauteuil des visiteurs de la Commanderie.

A la campagne , où elles ne paraîtraient que lorsqu'il serait interdit aux religieux de s'v rendre, seraient les haras, bergerie, vacherie, porcherie; les parcs, vergers, vignes,

jardins el herbages. A l'exlrémité de la baalioue se trouveraient les bois, dont la création, la garde et l'aniéuagemenl seraient un des modes d'activité de l'ordre.

Sainl-Jean-de-Dieu et Saint-Éloi auraient leurs maisons d'hommes dans les grandes fermes ; leurs maisons de femmes dans l'intérieur des municipes; ef l'indépendance des unes, relativement aux autres, serait absolue.

La Trappe aurait, dans les mêmes lieux, deux monastères parfaitement semblables et sans liens entr'eux.

Les laïques seraient nombreux dans ces établissements divers. On compterait vingt hommes de service dans la Commanderie , el quarante-huit dans la grande ferme de Malte; quarante condamnés dans la grande ferme de Saint- Jean-de-Dieu, quarante condamnées dans son monastère à la ville; quarante-huit enfants mâles dans la grande ferme de Saint-Éloi , autant de petites filles dans son monastère à l'intérieur du municipe ; vingt réclusionnaires cultivateurs dans la grande ferme de la Trappe ; vingt réclusionnaires ouvriers dans sa maison à la ville.

Les femmes condamnées, soit pour crime, soit pour délit, seraient toutes remises aux dames de Saiut-Jean-de-Dieu , non-seulement à cause de l'organisation particulière à la Trappe , mais parce que le nombre des femmes frappées par la justice est assez inférieur à celui des hommes pour qu'un seul ordre suffise à les recueillir et à les moraliser. Elles ne seront ni réunies, ni soumises au même régime. La flétrissure crée des inégalités dont les conséquences sont déterminées avec moins de peine que celles qui ont pour principe nos qualités et nos mérites.

La réforme pénitentiaire qui confiera les condamnés européens catholiques à la garde des associations religieuses^ sera plus féconde encore que celle dont les condamnés indigènes sont appelés à recueillir les bénéfices.

OrojQUE infiniment préférable à l'état de choses qu'il remplaçait, le régime actuel de claustration pénale a incom-

plèlomeul résolu la question du travail dans la geôle , eî s'est montré impuissant à épurer les cœurs, au fond desquels il avait à réveiller le sens moral.

Xous lui substituerions un ordre d'idées et de faits tout entier.

La réforme pénitentiaire de la Restauration et celle de la monarchie de Juillet ont échoué, et c'était justice , parce qu'elles refusaient, l'une et l'autre, la jouissance de douceurs légitimes, la satisfaction de besoins naturels, à des individualités que le vice avait surexcitées avant xjue la captivité les aigrît.

L'homme et la femme qui entraient, sous leur empire, dans les maisons centrales ou cellulaires, n'ayant su rien refuser à leurs passions, au temps où ils étaient libres, y sentaient eux-mêmes leur perversité croître par le seul effet des privations cruelles auxquelles personne ne compatissait, accessoire innommé, négligé, de la peine justement subie.

Si cet homme ou cette femme étaient engagés dans les liens du mariage, une épouse, un mari demeurait au loin dans l'isolement, oublieux quand il ne devenait pas hostile; et quand l'heure de la vie commune venait à sonner de nou- . veau, les scandales se découvraient, les antipathies éclataient, les ressentiments succédaient aux dédains, trop souvent les vengeances épouvantaient ceux qui n'avaient su ni prévoir ni empêcher.

Pour que le but soit atteint, il faut qu'un condamné se marie avant de mettre le pied dans le lieu où sa peine sera subie ; et s'il est marié, que son conjoint se place en présence du terrible seuil , à la même heure et pour le même temps que lui, non pas pour s'imposer une captivité volontaire, non pas pour prendre une part dans la déchéance à l'abri de laquelle il est mis par la générosité de nos lois et de no3 mcrurs, mais parce qu'il est la nioilié d'un corps dont la vie se retirerait s'il était séparé en deux ; parce qu'il est de son

honueur el de son devoir de ne pas sortir du cercle tracé autour de lui par le mariage chrétien ; parce que rien ne peut relever de l'engagement qu'on contracte quand on prononce et qu'on écoute les grandes paroles que gravent dans toutes les consciences el dans toutes les mémoires le ministre de la loi et le ministre de la religion.

La famille ne périt que dans la mort, et son lien ne peut se relâcher que dans la mesure déterminée par le juge. Une condamnation frappant l'un des deux époux, crée pour tous les deux la situation la plus imprévue, la plus anormale, la plus intolérable. Ne pouvant pas être modifiée dans son principe, celle-ci doit l'être dans ses caractères.

L'intérêt social est toujours en souffrance quand la vie de famille s'altère ; la considération des personnes toujours compromise, quand le devoir qui ne cesse pas d'être obligatoire , cesse d'être rempli. La doctrine exposée par nous mérite donc qu'une place lui soit fciite dans les institutions de l'Algérie.

L'intimidation exercée par un système répressif, est un des élémentsd'appréciation par lequel on est le moins trompé. Quelle intimidation aura autant de puissance que celte règle : la faute commise sera expiée auprès de ceux qu'on doit aimer, de ceux par lesquels on veut être aimé, de ceux dont cependant on a détruit le repos, défloré la vie, qu'on a sacriliés sans pitié quand on s'est rendu coupable?

Celle puissance est telle que jamais une femme , une mère, n'acceptera la responsabilité d'une complète perturbation dans la vie de tous les siens, et que le mari qui n'aurait pas reculé devant elle, ne pourrait pas être ramené au bien sans la présence et les soins de ceux que la nature et la société ont rivés à lui.

Il n'y a pas de milieu acceptable entre ces deux termes : ou le mariage doit être dissous à cause de l'indignité constatée, irrôniôdiable autant qu'irrémissible ; ou il doit continuer à produire tous ses effets civils et naturels. Puisqu'on

mù

est d'accorcJ pour ne pas admettre le premier membre d^ l'alternative , comment ne le serait-on pas pour se résigner à dire du second qu'il exprime le vrai et le juste, disons mieux. , le rationnel et le fatal?

La femme , blessée dans ses affections , atteinte dans l'bonneur du nom qu'elle porte , n'hésitera pas une minute à accepter un cliangement de lieu , de condition , d'habitudes ; comment, pourquoi l'homme serait-il protégé par son égoïsme à lui , par nos préjugés à nous , contre les suites de l'acte à la perpétration duquel, on le sait bien , il est ra-» remenl étranger?

Tout est égal entre deux époux, sauf la suprématie qui ♦ de droit divin, appartient à l'homme. Celte suprématie, on veut qu'elle demeure entière après comme avant le crime ou le délit dont le chef de la communauté porte la peine. La soumission de l'homme à la loi du mariage : la prolon-^ gation de la vie à deux, ne peut donc ni logiquement, ni humainement, être chose mauvaise ou regrettable, quand le coupable est la femme.

Tout ce qu'il est possible d'objecter, nous nous le sommes opposé, et il nous semble certain que la fortune des époux, le sort des enfants qui en sont nés, le relief des uns et des autres, souffriraient moins en Afrique du régime nouvean qu'ils ne souffrent de la pratique des usages contraires; et la seule concession que nous ayons à faire à cet égard, c'est que s'il s'agissait de la France , et non de l'Algérie , si les ordres n'étaient pas relevés, si leurs maisons ne devenaient pas la terre promise de tous ceux qui ont besoin d'espérer, nos conclusions seraient autres sur quelques points.

Le condamné célibataire contracterait mariage, soit avec une personne plus honnête que lui, union qui le relèverait à ses propres yeux, le placerait dès le commencement de l'expiation, sur la voie du repentir et de la réhabilitation ; soit avec une personne rachetant ainsi le malheur d'être demeurée ou d'être descendue à son niveau par le crime ou par la débauche.

— ôi —

Ces choix réciproques, quelque étrauges qu'iU puissent paraître du point de vue ordinaire pour nos théoriciens, ne ressembleront jamais en Algérie à des fautes nouvelles. Là existe une admirable maison de préservées et de repenties, de victimes du sort ou d'imprudences gratuites. Les religieuses du Bon-Pasteur d'El Biar qui , chaque jour, disposent ces infortunées à rentrer, pour y bien vivre, dans le monde dont elles n'avaient connu que les périls et les fanges, continueront leur œuvre en réalisant notre propre pensée , et avec leur concours , le succès ne saurait être un seul moment douteux.

Ces unions entre condamnés ou entre un condamné et une femme déclassée, apporteraient avec elles consolations et espérances. Elles auraient un caractère particulier de gravité et de douceur. Elles feraient vite comprendre ce qui a été perdu , ce qui est k reconquérir. Elles entretiendraient l'esprit de patience et de paix, bon génie des prisonniers.

Les maisons conventuelles dans lesquelles seraient placés, suivant leur sexe, ceux ou l'un de ceux qui les auraient contractées, s'ouvriraient une fois la semaine, pour les rendre et les laisser pendant trente-six heures l'un à l'autre, et l'aménagement des lieux répondrait à toutes les exigences de la dignité extérieure. Les religieux qui ont renoncé à toutes les jouissances dont la possession tente les hommes, jusqu'à leur faire oublier repos et bienséances , intérêts et principes, n'en seraient pas plus émus que ne le sont aujourd'hui les ecclésiastiques dépositaires des secrets de nos faiblesses, témoins involontaires de nos tristes plaisirs. Les saintes filles qui n'acceptent de la vie humaine que les épines dont le plus grand nombre évite l'aiguillon , n'en seraient que mieux inspirées dans l'art si difficile de consoler en purifiant ; et le Français qui rit de tout, et volontiers des choses du cœur, s'inclinerait avec respect sur le passage de l'épouse , fidèle quand même, prodiguant au mari frappé par la justice des hommes, l'assistance et le dévouement

jtromis au\ jours de la jeunesse conGanle et de l'amour vertueux.

Des enfants naîtront à la lueur de cette sombre étoile. Toujours tendue à l'avance , la main de la Religion les recueillera, et elle leur réserve mieux, que n'avait assuré à ses pupilles le prèlre-ange , saint Vincent-de-Paul , plus grand dans notre Algérie que dans le reste de la chrétienté ; car c'est là que sa charité s'est chargée des fers qui , depuis la conquête, n'y pèsent sur personne.

Un ordre de pieuses filles vit à peu près inconnu dans un des diocèses de France où la foi est demeurée douce et vive : c'est celui des Dames de Saint-Joseph-la-Providence. Il a sa maison mère à Limoges. Qu'on fasse un signe, qu'on dise un mot, et Ta.sile où les familles des condamnés européens trouveront, dans des conditions inespérées pour elles, la satisfaction de tous les besoins d'une vie désanchantée . l'aura pour directeur et économe. Trois de ces religieuses suffiront, dans chaque muuicipe , à la noble lâche; et les indigènes auront à comparer encore la tenue de ce refuge avec celle de l'établissement du môme genre, particulier îi leurs co-religionnaires.

Dieu donne donc à la terre deux fois française tous ces b-otes nouveaux; ils y seront les bienvenus , et leur agglomération lui sera aussi utile que son ciel leur sera clément.

Il nous est possible maintenant de dresser le relevé général des âmes et des contenances dont l'ensemble constituerait un grand muuicipe.

\ous avons compté, dans le grand et le petit étal-major, dix-neuf ofliiiers ou employés militaires; dans les cadres civils, quinze ministres des deux cultes, et vingt fonctionnaires ou employés, européens et indigènes. Vingt gagistes ou rhaouchs seront allachésaux uns bu au\ autres. L'arme (U'S Zouaves et des tirailleurs donne cent quarante hommes ; relie des Herranis, soixante-huit ; celle des artilleurs, Ironlo- 'l»n\. Nous avon^ cent vingl arli>an> , (|uin:'e poi!i|ii(r»,

douze artistes ou marchands , cent soixante condamnés européens ci indigènes de l'un ou de l'autre sexe, el quatrevingt-seize orphelins. Nous savons que le nomhre des religieux est de cent quarante-trois pour les hommes, de qua-' rante-trois pour les femmes. Aux soixante-huit laïques des deux maisons de Malte dont nous avons parlé , il y a lieu d'ajouter douze soldats pour la garde du commandeur. I.c personnel des maisons d'hommes de St-Jean-de-Dieu et de la Trappe sera grossi, à son tour, de six gardiens des prisonniers, commissionnês et rélrihués par l'Étal. Au pénitencier indigène deux Français seront attachés au même titre. On arrive donc, en évaluant à cent personnes les mehibres des familles qui seront admises à se presser autour des condamnés européens ou indigènes, à une population connus de mille quatre-vingt-onze individus. Les familles des fonctionnaires, employés, habitants civils et militaires du nuinicipe, el les individus qui ultérieurement viendraient s'établir auprès d'elles, dépasseront le nombre normal de quin/c cents individus, coté par nous au début de cet exposé, plutôt qu'ils ne demeureront au-dessous de lui.

L'enceinte du municipe comprendrait deux cent vingtcinq hectares ; ses bldckaus, chemins de ceinture, chaussées et boulevards, en représenteraient vingt-quatre et demi ; len quatre périmètres, cent vingt; les quatre grandes fermes, cent quatre-vingts; les concessions dans la banlieue, dixhuit cent quatre-vingt-dix et demi ; les bois de Malte; cent; le terrain réservé pour le parcours, cent soixante. Total r deux mille sept cents.

Enfin, demeureraient disponibles, dans l'intérieur du municipe, soixante-seize hectares, qui permettraient à l'admi^ nistration d'accorder successivement cent cinquante-deux concessions urbaines.

Faisons maintenant connaître les petits municipes et les différences existant entre eux et les futurs bureaux arabes-

Les petits municipes comprendront : l* le personnel ac--

tuel de nos bureaux arabes ; 2'* deux compagnies de Berraiiis, dotées de soixanle-quatrc concessions; 3" un monaslère de Malte et un de la Merci, y compris leurs grandes fermes ; V un douair ; 5° un marché ; 6° des bois ; 7° det terres de parcours. Leur population civile sera composée def étrangers réunis par l'ordre de la Merci, et leur force militaire, en infanterie, sera représentée par la garde du commandeur. Celle-ci sera de cinquante hommes, partout où la France n'entretiendra pas de troupes de cette arme.

Les petits municipes seront préférables aux grands dan» les parties méridionales du Sahara, et sur les autres points de notre territoire où, pour un motif quelconque, les Européens nous manqueraient.

Les simples bureaux arabes dont il nous reste à parler, seront, au contraire, particulièrement utiles dans les localité» où nous n'avons ni pression à exercer, ni exemples à multiplier, et où les influences atmosphériques sont les plu» bénignes.

Ils se composeront du personnel actuel de nos bureaux arabes, n'auront pas d'établissements de Berranis, et seront complétés par les monastères de Saint-Éloi , spécialement affectés aux malheureux autres que les orphelins; par le» monastères de la Merci, ouverts aux Irlandais et aux autres émigrations du Nord, ou aux condamnés libérés.

Ceux de Sainl-Éloi seront aussi de deux espèces : l'une ne contiendra que les aveugles et les sourds-muets, les infirmes et les disgraciés; l'autre, les incurables et idiots, les vénériens, les épileptiques et les fous.

L'Algérie ne possède aujourd'hui que trente-trois bureaux. Tous sont établis dans le Tell. Les seuls qu'elle possède sur la lisière de celui-ci ont pour sièges Sebdou, Saïda, Tiaret , Teniet-el-Haad, Boghar, Bousada, Bathna et Biskara. On se rappelle les indications que nous avons données sur les points divers où nous a paru désirable la fondation de centres nouveaux.

Pour arriver au uoinbre uuioial «lu cenl, ou de quatre* par subdivision, soixante-sept orgniiisalions seraient nécessaires. Par deux motifs , le Gouvernement n'y procéderait pas instantanément ; l'urgence n'existe pas pour elles toutes. Les ressources financières dont il peut disposer, ne lui permettent rien de pareil. Il jouirait des avantages qui lui manquent, qu'il n'aurait pas à user de sa liberté d'action •ur une échelle aussi large. Jamais un municipe, grand ou petit , ne sera installé dans un chef-lieu ancien ou nouveau de subdivision. Le nombre effrayant s'abaisse donc tout d'abord jusqu'à celui de cinquante-cinq.

Comme tout ne peut pas se faire à la fois , il y a unu préférence à donner aux lieux sur lesquels l'effort serait le moindre et le bien le plus grand ; et nous en avons compté quarante-deux.

Quarante-deux grands municipes pourraient donc Ôtn* répartis , savoir : trois dans la province d'Oran , un dans la subdivision deDellys, un dans celle d'Illoula, quinze dan* la province de Titteri. autant dans celle de Sélif, un dans la subdivision de Collo, trois dans celle de Mdaourouch, autant dans celle de Tébessa.

Ces indications se justifient toutes seules. Où des essais doivent-ils être profitables, si ce n'est dans la Kabylie, à l'est et à l'ouest de Bougie? sur les frontières du Maroc et do Tunis? dans les deux provinces nouvelles? sur le théâtre des campagnes qui viennent de finir, des représailles que nous avons eu à exercer , des troubles suscités par l'ambition ou les intrigues de quelques chefs?

On trouvera cependant que c'est trop encore, et nous céderons de nouveau. Composer avec le présent, ce n'est pas renoncer au bénéfice de l'avenir. Ce qui se trouvera insuffisant comme réseau , aura son immense valeur à un autra titre. Cotons donc le nombre de vingt pour les grands municipes, celui de vingt-deux pour les petits. Que les uns et les autres sortent de terre dans un ordre qui permette à la

Fraucf «le se rapproi-her de plus eo plus : en Kabviie, Je In lisière du Tell ; au Désorl, des grandes villes du sud, et dan» celle dernière région, à l'aide de lignes convergeant de l'est et de roùest; nous ne regretterons rien.

Uéduile à ces termes, la question d'argent de principale devient secondaire; nous n'en avons pas moins à montrer que les charges du trésor seraient infiniment moins lourdes pour les soixante-sept municipes eux-mêmes, que celle» devant lesquelles on n'a pas reculé lorsqu'on a voulu fonder les colonies de t8i8 et de 184-9.

Qu'on veuille bien y prendre garde : en Kabylie les malérinux de construction abondent. Au Désert, on bâtit avec le pisé et la brique , quoique la pierre n'y soit pas rare. Presque partout les surfaces seront planes ou dégagées de palmitos; les eaux à une petite profondeur. Quand celles-ci ne seront pas jaillissantes, elles n'exigeront à peu près aucun travail d'art ou de conduite. Les frais de main-d'œuyro seront relativement très-<-faibles.

Les monastères et les ferntes en dépendant s'élèveronl sans que l'Etat ait à y pourvoir.

Les condamnés militaires , les compagnies de discipline fourniront, dans des proportions inconnues jusqu'à ce jour, hes travailleurs qu'on leur a empruntés déjà. La métropole ne perdra rien, et nous gagnerons beaucoup à ce que toutes les forces de cette nature soient concentrées en Algérie.

.Nous ne parlerons pas des libérés français et des émigrés «tr.ingers , qu'on trouver» plus tard autour des Pères de la Merci ; mais nous i>ouvons regarder comme acquis les bras «les Luropéens et indigènes condamnés en Algérie, à l'égard des'jucls il est si facile de prendre des mesures transitoires.

Los Berranis, qui approprieront eux-mêmes les irameu- 'nles formant leurs concessions ; les futurs tirailleurs cl Zouaves, une partie des ouvriers miliciens et les pompiers, peuvent êlre, et par conséquent seront immatriculés assez tAf pour participer : les uns movonnant salaire, le^s autre*

avec une *>olde anticipée, aux {lavou^ ilonl fa Jorùc sera âo deux années au moins.

Ce n'est donc pas une illusion : les niunicipes seront créés avec plus de facilité et d'économie qu'on ne le croira communément ; et quand nous nous tromperions h cet égard . quand il serait vrai que quarante-deux municipes, étalant k la fois leurs chantiers au soleil, sont une de ces entreprises devant lesquelles un gouvernement hésite, nous dirions encore : semez de nouveau, puisque vous avez peu recueilli ; comprenez et hâtez-vous. Voir les choses telles qu'elles sont, doit être un stimulant à les vouloir telles qu'elles peuvent être.

Est-ce que ce n'est pas un malheur public, que la persuasion dans laquelle est la France , que l'Algérie est insatiable, et que les plus amères déceptions seront l'unique prix de tous les sacrifices dont cette dernière est l'objet? Le fait triomphant peut seul la guérir de cette cécité morale. Laissons donc à l'écart le rendement annuel et de l'impôt arabe «t des taxes locales et des produits divers, et calculons «e que le trésor peut demander à l'Algérie quand il le jugera opportun.

Le voeu d'une assimilation complète de la colonie à la métropole, vœu si indiscriH , si peu réfléchi, a exercé sur l'opinion une influence regrettable. L'assimilation , à h condition que les fonctionnaires de l'Algérie continuent à recevoir des traitements fort élevés ; à la condition que l'armée soit réputée en état de guerre quand elle ne se bat pas : à la condition que l'Européen ne paie aucun impôt, tandis que le citoyen français donne à l'État le huitième ou le cinquième de son revenu foncier; c'est à faire sourire, en effet, ou à provoquer de sévères récriminations. Aussi un pubiiciste éminent a-t-il attaché son nom à cette incrovable hvperbole : « L'Etat dit à Jacques Bonhomme : Je te prends cent w sous pour bâtir une chaumière en Algérie , sauf à te pren- » rire cent sous de plus, tou? les an?, pour v entretenir u-n

» eolon , et autres caot sous pour entretenir un soldat qui » garde le colon , et autres cent sous pour y entretenir un > général qui garde le soldat. » Que Jacques Bonhomme se rassure, les nuages ne tarderont pas à se dissiper. On n'agit bien que quand on sait, et en agissant on apprend encore. La France a connu tard ce qu'il lui fallait étudier tout d'abord : l'indigène ; mais elle commence à se rendre compte des rapports qui avaient existé entre ce dernier et ses anciens maîtres en matière d'impôt.

Le Maure et l'Israélite, l'homme de la plaine et celui du désert, ont autant d'expérience et de résignation que le» peuples les plus accablés par les charges publiques. La métropole se gardera d'en abuser , mais elle mettra fin à une générosité mal entendue. Ceux que nous avons cru ménager n'ont pas payé un boudjou de moins qu'avant la conquête ; et les grands chefs d'hier, si peu semblables à ceux d'aujourd'hui , se sont enrichis de nos pertes volontaires.

Le Français et l'Européen acquittent la patente pour tout impôt direct. Cote personnelle, cote foncière, portes et fenêtres, mobilier, toutes les charges, si onéreuses sur le continent, leur sont inconnues.

Le jour où le pouvoir dira : Les indigènes sont soumis à l'impôt, il est juste que les colons acquittent l'impôt, les honnêtes gens répondront: Nous sommes prêts à nous faire cette application du principe de l'égalité devant la loi. Le jour où le pouvoir dira : Les propriétés que j'ai concédées gratuitement ou à charge de rente jouissent d'immunités trop grandes depuis que les annuités qui les grèvent ont été à plusieurs reprises amoindries; ce jour-là, la propriété sortira d'un état jugé précaire par ceux même que cet état favorise. Ce jour-là, le cours des ventes se relèvera; les capitaux , au lieu de se refuser par peur de l'inconnu , se ronheront à la terre. Ce jour-là, tout le monde reconnaîtra que le privilège vaut moins que le droit commun.

L'impôt doit être supporté par chacun clans la pruporlioa de sa fortune Quand il e^t progressif, son véritable nom est confiscation; quand il est somptuairc, il s'appelle entrave et mécompte. En Algérie, comme dans toute colonie, l'impôt doit être inférieur de beaucoup à celui qui pèse sur la mère patrie , être réparti avec intelligence et modération , être élevé avec circonspection et lenteur à son plus haut rendement.

L'achour représente le dixième des produits du sol ; c« dixième est évalué par notre fisc à 2 fr. 50 cent, pour chaque hectare de terre en culture. Nous acceptons cette base. La superficie du Tell est de 13,800,000 hectares, sur lesquels 1,500,000 sont labourés par les tribus indigènes qui ne sont pas Kabyles. La France ne voudra pas croire à la réalité de différences aussi monstrueuses; en Algélie, l'évaluation des terres cultivées, que nous hasardons après n'avoir rien négligé pour arriver à croire en elle , paraîtra plutôt large que faible. Nous laissons en dehors d'elle les terres que couvrent les cultures des Kabyles , tout renseignement officiel manquant sur ces dernières. Les 1,500,000 hectares produiraient un achour de 3,750,000 francs.

Le surplus du territoire du Tell présente une contenance de 12,300,000 hectares, et nous avons à défalquer de celle- . ci les 1,675,824 hectares sur lesquels s'étendent les forêts et les propriétés domaniales , les propriétés européennes et les melk indigènes.

Les 10,624,176 restants sont passibles de l'impôt appelé I hokor. Ce mot signifie loyer de la terre.

Liquidé sur le pied de 25 cent, par hectare, l'hokor rendrait pour cette partie de l'Algérie 2,656,044 fr.

La contenance totale du Sahara est de 25,200,000 hectares, et nous ne distinguerons pas entre les cultures et les terres de parcours qui entrent dans sa formation. Celles-ci sont immenses, celles-là fort restreintes, mais remarquable-

Bienl produclives. Assis sur le leiriloire cnlier, l'hokor Jonnerait 6,300,000 iv.

Le zekkel est l'impôt qui frap|fe les troupeaux et les animaux dop.iestiques. Généralemeut il se perçoit en nature, et ses bases sont : un bœuf sur trente, un mouton sur cent , lin chameau sur quarante. Nous ne réclamons pas , mais il j a lieu d'ajouter un cheval sur cinquante, un mulet sur soixante, une chèvre sur quatre-vingts, un âne sur quatrevingt-dix, et de régler que les mots bœuf et mouton signifteut b(Puf, taureau ou vache, bélier ou brebis.

Les quantités d'animaux possédés actuellement par les indigènes non Kabyles semblent pouvoir être évalués au miniiQum à :

1,084,438 bœufs , vaches ou taureaux.

7,947,678 moutons ou brebis.

948,570 chèvres.

221,102 chevaux ou juments, 152,820 mulets.

559,294 chameaux.

2,000,000 d'ânes.

12,913,902 au total.

Supputé sur ces minimums, le zekket produirait donc :

36,147 bœufs, vaches ou taureaux.

79,476 béliers ou brebis.

9,485 chèvres.

4,422 chevaux ou jument».

2,547 mulets.

13,982 chameaux.

Page 1