‹ L'Algérie et son organisation en royaumeChapitre 2 sur 3 · Anes · texte numérisé non relu

Anes

168,281 Ictes au total.

A tous égards, il est mieux de lever cet impôt en nature, que de le percevoir en numéraire ; mais pour donner U'S moyens d'apprécier l'importance de ses produits, nous

allous culer la valeur ruo^enuu des tèles J'auimaiix dout il uous mellrail en possession.

Sur le pied de 100 fr., les bêles à cornes

donnent , 3.614,700

De 7 fr., les béliers et brebis, 556,332

De 6 fr., les chèvres 56,910

De 300 fr., les chevaux J,. 326,600

De 120 fr., les mulets 305,640

De 160 fr., les chameaux 2,237,120.^^

De 40 fr., les ânes. 888,880

Tous ensemble, la somme de 8,986,182

Indépendamment de l'incertitude qui résulte toujours des calculs par la moyenne, et des variations étranges du cours de ces animaux suivant les localités et les saisons, 1 intérêt du contribuable, plus respectable encore que celui du trésor, veut que nous réalisions le zekket en nature, et rien ne nous sera plus profitable que cette équité.

L'eussa est une espèce de patente ; il est perçu en raison des marchés que les gens du Sahara vont périodiquement tenir dans le Tell. Tout indigène est trafiquant; cet impôt doit donc peser sur les habitants du nord, qui font le commerce des produits agricoles, des matières premières fournies par le sol , des objets manufacturés par eux ; aussi-bien que sur ceux du Désert, qui se livrent au commerce du bétail, do la laine, des dattes, et de tous les objets créés parleur industrie ou tirés de l'Afrique centrale.

Payé par les hommes seulement, et il ne peut raisonnablement atteindre que cette partie de la population, il pèserait sur 750,000 individus environ, et liquidé à six francs, il rendrait 4,500,000 fr.

La lezma est un impôt sans quotité fixe ; il est perçu discrétiounairement sur les tribus dont l'organisation n'est pas complète, ou que nous crovon? avoir intcrêt à ménager.

Il semble oalurel de la convertir eu une cote persouDoIle, t-'gale à l'eussa ; elle produirait donc 4,500,000 fr.

Avant la conquête, il n'existait de maisons que dans les villes du Tell, les Kzour du petit Désert, sur la surface de la Kahylie , et sur quelques domaines affectionnés par l'aristocratie musulmane ou les consuls. Aujourd'hui les indigènes en construisent sous notre impulsion jusque dans I0 cœur du Sahara. Gardons-nous bien de ralentir un mouvement inespéré par des exigences fiscales ; donnons, au contraire, la tente pour base à l'impôt qu'il est rationnel d'appliquer aux habitations ; encourageons à bâtir, en décidant que la tente et la maison, le gourbi et le palais, sont des unités égales devant le fisc, et liquidons cet impôt à 6 fr. par habitation de toute nature; 500,000 à peu près se dressent sur nos possessions; cet impôt donnerait donc 3,000,000.

L'équivalent de notre cote mobilière consiste au Désert dans la contribution de 40 centimes qui frappe chaque pied de palmier; nous maintenons cet impôt; mais comme It nombre des dattiers du Sahara est inconnu , nous ne pouvons liquider son produit que sur une base essentiellement provisoire. Perçu sur un million de dattiers, il rendrait 400,000 fr.

Les tribus sédentaires ou nomades du nord ou du sud, peuvent donc payer, aux divers titres que nous venons d« mentionner, un impôt total de 34,092,226 fr.

Réparti sur 3,000,000 de têtes, cette masse donne la cote moyenne de 1 1 fr. 36 c, plus une fraction ; répartie entre les 750,000 indigènes mâles, seuls appelés à la payer, elle donne une cote moyenne d'un peu plus de 45 fr. ; il est donc bien certain qu'aucune exagération ne peut nous être reprochée , qu'aucune difficulté de perception ne saurait être redoutée.

Pour que tout le monde en soit bien convaincu, il nous suffira de faire ressortir les différences existantes entre les

bases que noui YenoDS d'établir et l'étal actuel des rhoses.

On pourrait continuer de percevoir l'achour sur le pied de 25 fr. pour la Djebba comme pour la Zouidja, c'est-à-dirft pour l'unité de 8 hectares, comme pour celle de 10, tandi» qu'il sera demandé par hectare, et non pas par série d'hectares. Un dégrèvement considérable sera, dans la province de Constantine, le résultat de cette réforme.

L'hokor remplace dans cette même province le zekket, et il y est liquidé, toujours par djebba, à 2.5 fr. payés en numéraire. La mise en vigueur du nouveau tarif y favorisera donc le contribuable à ce point que, grevé d'un impôt nouveau, l'hokor, il aura moins à payer qu'il ne paie aujourd'hui.

Partout, en Algérie, une somme de 5 fr. est ajoutée au principal de 50 fr. du au fisc, et elle est acquise aux collecteurs indigènes; cette taxe ne sera plus perçue, et sa suppression disposera d'autant mieux à accepter les impôts de création nouvelle.

L'eussa, substituée aux perceptions essentiellement vexaloireset d'une inégalité révoltante, faites dans chaque tribu sur son marché à son profit, sera un véritable soulagement pour les indigènes, auxquels elle ouvrira tous les marchés français et tous les marchés arabes à la fois.

Un livret dont ils seront munis par les bureaux arabes, constatera leur libération , leur servira de passeport et de carte de sûreté, sera pour nous un mode de recensement et une garantie en cas de crime ou de délit.

La lezma sera la même pour tous ceux qui accepteront une même condition, et l'arbitraire cessera d'en régler le taux.

Occupons-nous maintenant des terres et troupeaux possédés à titre particulier par des Arabes.

On dit que ces inelk couvrent une surface de 131,655 hectares. Comme toutes les évaluations précédentes, celleci est trop faible ; nous l'acceptons sans la discuter.

Mclte (ontenance totale donnerait à peu près un achour tlo 79.137 f r . un hokor de 25,000 fr., un zekket da 500,000 IV.; au total 604,137 fr.

Nous ne voulons pas distinguer les maisons que les indigènes ont construites autrefois de celles qui seront par en\ édifiées à l'avenir; le même tarif les embrassera toutes; mais les indigènes habitant les villes doivent supporter l'impôt locatif dont nous ne tarderons pas à parler, comme s'ils étaient des Européens. Dans les villes du Tell, les seules où celui-ci puisse quant à présent recevoir son application, leur nombre est de 84,000. Conformément aux bases qui tout h l'heure seront fixées, cette perception produirait 840,000 fr. Nous ne coterons cependant que la moitié de cette somme. Les Musulmans établis dans les grands centres sont les uns fort riches,. et ils occupent presque tous, avet* un nombreux domestique, des demeures fastueuses ; les autres sont pauvres, et ils se passent assez volontiers de logements fixes. Ces diversités dans les conditions et les habi-tudes, peuvent entraîner des non-valeurs considérables dont nous avons à tenir compte.

L'imp6tà la charge des tribus étant liquidé h 3i,092,226f'; celui qui porterait sur les melk étant de 60V, 137 fr.; celui qui aurait pour base les locations étant de 420,000 francs ; l'impôt arabe représente, dans son intégralité , un proiluit annuel de 35,516,363 fr.

Qu'on se récrie antant qu'on y prendra plaisir ; qu'oiY dise et qu'on répète : ces nombres sont bien gros; ils heur^ tent toutes les idées rerues. Il n'en demeure pas morns certain que l'achour sera, dans beaucoup de lieux, perçu avec plus d'équité qu'il ne l'est aujourd'hui ; que le hokor sert sensiblement abaissé partout ; que la péréquation de l'impôt sera effectuée à l'aide de l'abaissement des rotes les plus élevées au niveau des cotes les moins fortes ; que les nouveaux tarifs rendront impo.ssible toute concussion aux forts et au» déprédateurs; que l'impôt sur les habitations, le seul qui

soil incûuuu des indigènes, est précisément celui qifi lei chargerait le moins; que la leznia unitaire sera par eux acceptée comme un bienfait , et que le zekkct placera sous notre main les tètes de bétail, dont une partie sera mise en cheptel dans les propriétés européennes , dans les meik cl dans les Belad dont nous aurons bientôt à parler ; une autre, vendue sur les marchés des municipes ; une antre, employée en primes distribuées à nos colons ; une autre, placée dans les grandes fermes des monastères; une autre, affectée aux équipages et aux transports des bureaux arabes ; une autre, à la remonte de notre cavalerie.

Abordons l'impôt européen.

Ou ne peut pas s'éloigner beaucoup du vrai, en estimant que cinquante-quatre mille individus seraient passibles, eu 1853, sur le territoire algérien, de la cote personnelle.

Ce rôle produirait donc 324,000 fr.

L'achour porterait sur les 458,585 hectares représentant les immeubles acquis directement des indigènes, les terres concédées par l'État, les territoires des premiers centres de population, les territoires affectés aux colonies agricoles de 1848etde 1849, et par conséquent il produirait 1,146, i-62f., s'il devail'être perçu à l'avenir comme il le serait aujourd'hui; mais il serait déraisonnable d'appliquer exclusivement l'achour indes exploitations qui contiennent nécessairement des terres de parcours. Il semble donc juste de grever de l'achour une moitié de celte contenance seulement, et du hokor l'autre moitié. Calculé sur ces données, l'achour serait de 573,230 fr. et le hokor de 57,323 fr.

Le zekket porterait sur plus de 200,000 têtes de bétail ;' mais l'acquittement de cet impôt, même en numéraire, serait pour nos colons une charge sans raison d'être.

Nous n'avons pas hésité à affranchir les indigènes do l'impôt proportionnel sur les propriétés bâties. Il nous ?pmble équitable d'affranchir les Européens de l'impôt du zekket.

La pateute et la liceoce sont l'eussa des EuropéoDs; Uur dernier produit connu s'est élevé à 349,847 francs. Noug retenons celte somme quoique , depuis 1849, elle se soit certainement accrue.

L'impôt sur les habitations ne peut pas être le même pour les Arabes et les Européens. Nous proposons le système suivant en ce qui touche les derniers. Il ne laisse pas subsister le rôle des portes et fenêtres, si justement critiqué.

Toute habitation est envisagée par le fisc sous deux rapports différents : la propriété, l'usage. Le maître d'une maison doit un impôt ; le tiers qui y loge à ses côtés ou qui l'y remplace, en doit un autre. Tous les deux pèsent trop lourdement en France sur ceux qui ont à les acquitter. Le contribuable algérien a d'incontestables droits aux plu» grands ménagements. Le haut prix des capitaux qu'il emploie, les chances que lui font courir les entreprises dans lesquelles il se jette , lui créent une situation difficile et intéressante. Si sa construction lui a coûté 10,000 fr , il a échangé un revenu certain de mille francs contre des produits éventuels. La location sur laquelle il compte , lui rendra le double peut-être de la rente à laquelle il a renoncé. Tant mieux mille fois ; mais le trésor n'a pas k en tirer avantage pour rendre l'impôt plus productif. Un impôt dont le tarif n'est pas modéré ne contribue pas à l'accroissement delà fortune publique. Voyons dans les mille francs, ancienne rente du capital transformé, le fermage annuel de l'immeuble créé , et attribuons-en le vingtième à l'Etat. L'impôt foncier sera donc de cinquante francs pour un revenu de mille francs , et ce tarif s'appliquera dans les campagnes aussi-bien que dans les villes.

Il est superflu de le dire : tous les bâtiments accessoires des maisons se confondront avec celles-ci dans une même unité imposable, et dans les calculs de prix de revient, il no sera tenu aucun compte de la valeur du sol.

Ou<* produira cet impôt? Personne ne le sait. Il n'existe

aucun relevé officiel du nombre lolal des maisons existantes en Algérie ; c'est incroyable, mais c'est ainsi. Nous coterons, en conséquence de données et de calculs qui nous trompent peut-être, dix-huit mille maisons, comme matière imposable actuelle. Ce nombre est au-dessous de la réalité. Ce qui importe, c'est de ne pas errer en sens contraire.

Si on évalue cette nature de propriétés, en capital, k 210,000,000 fr., en revenus à 21,000,000 fr., le produit de l'impôt foncier sera de 1 ,050,000 fr.

NoHS innovons encore relativement à l'impôt locatif, substitué par nous à l'impôt mobilier , si mal combiné , si mal réparti en France.

C'est un vingtième de la valeur constatée que nous entendons attribuer au trésor; mais ce vingtième sera celui du prix stipulé dans le bail consenti, et non celui de l'intérêt du capital employé à la construction. Ainsi , le locataire dont le bail s'élèvera à la somme de 500 fr. , acquittera un impôt de 25 fr.

Le bail sera produit et affirmé sous serment par les deux intéressés. Quand il sera au-dessous de 120 francs , aucun impôt ne sera dû. Quand une fraude au détriment du fisc sera découverte, une amende égale à la somme qu'elle aura eu pour but de détourner au préjudice du trésor, sera payée en même temps que celte dernière.

Nous admettons que cent trente-deux mille Européens dépensent en Algérie, pour location, 200 fr. en moyenne; et nous avons amoindri jusqu'à ce point cet élément de calcul, afin de n'avoir rien à déduire, pour faire face aux non-valeurs, sur la masse de 26,400,000 fr. que nous composons à son aide. Le produit de l'impôt locatif sera donc de 1 million 320 mille francs.

Le fisc aurait à se montrer plus exigeant, s'il voulait , comme on le fait en France, assez vainement d'ailleurs, atteindre, par une voie détournée, le revenu du capitaliste. La dissimulation et la nise sont mal à leur place dans les

pratiques gouvernementales. D'un autre côté, le capital est rare en Algérie, et le fisc n'y a rien à lui demander, soit directement soit indirectement.

Sans nul doute, le capital est partout une propriété possédée et transmise ^ l'égal de la maison et du champ. Il produit comme eux , sans se dénaturer plus qu'eux. Son corps est facilement saisissable , sa valeur exacte facile à déterminer. Sous quelque point de vue qu'on l'envisage, il est au premier chef une matière imposable ; mais puisque nous avons besoin de lui en Algérie, puisque nous avons à l'y attirer , à l'y retenir, ne préparons pas , en ce qui le touche , la réforme qui nous paraîtrait sur le continent aussi honnête qu'utile, et qui y soulèverait moins de critiques passionnées et de répugnances bruyantes, si, au lieu de la qualifier tantôt impôt du capital, tantôt impôt du revenu, on lui attribuait sa véritable appellation : impôt mobilier.

Notre travail aboutit donc à demander pour le trésor à la population européenne une ressource totale annuelle de 3,674,400 fr.

Est-ce tout? Non. En 1853, l'État ne retirera pas moins qu'il n'a retiré, en 1849, des branches de revenu suivantes :

Enregistrement, timbre et domaine. 2.136,817 fr.

Forêts 8.016

Douanes et sels 1,818,255

(Contributions indirectes .... 892,338

Postes 432.357

Produits divers 3,805,973

Recettes de différentes origines . . 150,293 Nous ne mentionnons pas les autres sources du revenu de 1849 : les unes seraient, les autres paraîtraient des doubles emplois avec les sommes que nous attendons des tarits nouveaux.

Est-ce tout encore? Non. Car les produits locaux et municipaux ne sont onirés dans les 9.2'»i,049 fr. . total des

sommes que nous venons de relever, que pour un dixième

de leur montant, et ces produits ont été, en 1849, de

4,894,552 fr.

Réduit d'un dixième, ce dernier total doit être porté en

ligne pour 4,405,097 fr.

L'impôt européen serait donc , dans son intégralité , de

3,674,400 fr. pour les tarifs nouveaux, de 9,244,049 fr.

pour les produits empruntés à l'exercice de 1849 , de

4,405,097 fr. pour les neuf dixièmes des produits locaux

et municipaux réalisés pendant le même exercice ; au total

de 17,323,546 fr.

35,516,363 fr. d'une part, 17,323,546 fr. de l'autre ;

voilà donc ce que rendrait l'Algérie , malgré la faiblesse de toutes les évaluations sur lesquelles ont porté nos calculs ; malgré la taxe exceptionnelle sur les propriétés bâties des indigènes; malgré la suppression du zekket en ce qui touche les Européens; malgré la substitution du hokor à l'achour dans le Sahara, et l'élimination de la Kabylie de tous nos relevés, celui du hokor excepté.

Ces choses bien comprises , nous invitons les puritains budgétaires à dire de combien de départements français il faudrait cumuler les produits fiscaux, pour retrouver ce total de 52 millions; à dire si le reproche éternel du milliard dévoré en Afrique ne perd pas singulièrement de sa gravité eu présence d'un revenu colonial dépassant le revenu de ce milliard tant pleuré ; à dire enfin si , en présence de ces 52 millions, il est judicieux, habile et digue , de regarder comme une énormité et un scandale l'allocation de 72 mil • lions faite à l'Algérie par la dernière loi de finances.

A quand la réalisation de ces 52 millions? La demande est nette ; la réponse sera précise.

Ce recouvrement s'opérerait dès 1853, sur les points du territoire dont l'organisation est complète, .et dans lés proportions]|correspondant k celui-ci , sans même qu'il fût besoin de recourir à des mesures transitoires.

- Si. -

Partout ailleurs , il sera effectué avec une facilité noo moins grande, mais au fur et à mesure que seront créés les divers centres nouveaux , sur l'importance desquels tout !• monde est éclairé.

Dans la partie du Tell où l'administration coloniale fonctionne d'une manière normale, les rôles des tribus existants seront révisés et complétés par un recencement des propriétés bâties, des tentes, des gourbi. Ces rôles sont confectionnés par nos bureaux arabes avec le concours des chefs indigènes. Il est maintenant facile de les rendre à peu près exacts. Ce travail rectifiera les évaluations insuffisantes ou erronées, et il fixera définitivement les bases sur lesquelles les taxes nouvelles seront perçues. Enfin, il sera réglé que celles-ci seront acquittées, savoir : l'achour et le hokor, en numéraire ; le zekket, en nature ; l'eussa, la lezma et l'impôt des propriétés bâties, en journées de travail d'hommes et d'animaux , quand ce dernier mode de réalisation sera préféré par les indigènes.

Les tribus et les propriétaires de melk qui se libèrent aujourd'hui du zekket en espèces, seront libres de continuer à le faire.

En Kabylie, dans la partie sud-est de la province deCoostantine, dans tout le Sahara, on procédera de même, mais plus tard, et en se résignant à se contenter du possible jusqu'au moment que tous nos vœux appellent, car il n'y a pas d'impôt arabe à répartir et à lever, là où les bureaux des cercles n'exercent pas leur action dans toute son étendue.

La réforme qui sera si facilement acceptée par les tribus dont elle ne froisse pas les habitudes, est-elle dénature à soulever, dans les niasses européennes, une opposition ardente et durable? Nous ne saurions le craindre et nous nous en inquiéterions médiocrement.

Celles-ci se composent de colons habitués à vivre du trésor et par le trésor, peu intéressants pour cette cause et pour d'autres; et derolon!», hommes dignes, luttant contre l'usure.

ïe haut prix de la maiu d'œuvre, les accidents de toute sorte. Nous honorons la persévérance, nous respectons le malheur des derniers ; mais il s'agit du droit commun et de l'avenir du pays; les sympathies qu'ils inspirent, et dont ils sont •ntourés, ne pourraient être, dans aucune hypothèse, un insurmontable obstacle.

L'impôt qui frappera l'Européen sera le plus libéral qu'on puisse concevoir.

Dans la métropole , la propriété bâtie est atteinte par lo fisc trois ans après son achèvement; en Algérie , elle ne le sera que cinq ans après.

Dans la métropole, l'impôt qui grève les campagnes, se liquide par parcelle, et quand le mode d'exploitation d'une surface change, la taxe s'élève ou s'abaisse. En Algérie , le sol possédé par l'Européen sera invariablement classé, pour une moitié, au rôle de l'achour, pour l'autre moitié au rôle de l'hokor, afin que l'immutabilité des tarifs soit un stimulant perpétuel à l'amélioration des cultures, à l'accroissement des produits.

Ce sol ne sera atteint pour la première fois par l'impôt , s'il a été l'objet d'une concession , qu'à partir du délai accordé pour sa mise en rapport; s'il a été l'objet d'un achat à litre onéreux, que cinq ans après l'accomplissement de la mutation.

Dans les futurs municipes, il en sera autrement : le propriétaire devra l'impôt grevant la terre et l'édifice à partir du moment où commencera pour lui la jouissance d'un immeuble , et cet impôt sera proportionnel , même à l'égard des constructions indigènes.

Là, et partout où ils s'établiront, les ordres seront soumis au droit commun français, relativement à l'iinpôt de maiu morte ; au droit commun de la colonie , en ce qui touche la lezma, l'achour et l'hokor ; leurs bois seront frappés par l'hokor. Malte acquittera, en outre, un eussa exceptionnel.

C'est avec ce qu'elle retire aujourd'hui, et avec ce qu'elle

retirera plus ou moins prochainemeut , et sous une forma quelconque, des taxes anciennes et nouvelles, que la France créera, en dix années environ, les divisions, subdivisions et cercles , qui compléteront l'œuvre algérienne ; et jamais crédits spéciaux n'auront mérité plus d'applaudissements, n'auront été plus glorieux pour un souverain, plus utiles à ses peuples.

La France a d'autres ressources essentiellement applicables à ces créations, nous voulons parler du produit des ventes d'immeubles, auxquelles le domaine procède chaque année en Algérie. Le nombre et la valeur de ces propriétés de l'État sont considérables. Les édifices qui en font partie seront aliénés avec une facilité de plus en plus grande, dans des conditions de plus en plus favorables, puisqu'un accroissement subit de population donnera naissance à des besoins nouveaux. Sans encombrer le marché, sans nuire à la spéculation privée, il sera donc possible d'obtenir une forte niasse de capitaux à l'aide des maisons qui sont occupées, à titre onéreux par des particuliers , à titre gratuit par des fonctionnaires.

Si on veut faire, on peut faire ; mais il est beaucoup plus aisé, nous nous empressons d'en convenir, de simuler l'irritation , de se permettre le sarcasme. Du fond de notre retraite, il nous semble déjà entendre dire : Cette Algérie est la caricature de la France. Elle s'ingénie à nous emprunter des institutions et des formes qu'il serait sage d'abandonner sur le continent. Ici nous avons trop de fonctionnaires et d'agents salariés, là bas on ne cesse d'augmenter le nombre (les hommes publics. Cinquante-quatre dépositaires de l'autorité pour administrer une population de quinze cents individus, cela ne se discute pas! et ces ordres religieux, ombre sur la(]uelle on étaie tout un fragile échafaudage, dont on compte les frères, les novices et les serviteurs, ronime si quelqu'un pouvait penser à aller vivre saintemenl vu Afrique! Lst-cc que cela est sérieux? Des terres à fc-

couder, dans des coulrées où le travail est JDlerdit, sous peiue de mort , aux Européens ! Des niasses vivantes à transplanter, là où la créature humaine ne peut être attirée, ni par la cupidité , ni parle patriotisme ! voilà qui dispense de traiter la question tinancière, et celle-ci suffirait pour motiver le rejet des plans présentés. On voit mal quand on regarde tout à travers des verres grossissants.

Ce sont les objections qui ne sont pas sérieuses, et elles tomberont une à une après le court examen auquel nous allons les soumettre.

S'il est vrai qu'on se plaigne souvent de l'épaisseur des rangs des dépositaires de l'autorité publique en France, il est certain que personne ne trouve les agents du pouvoir en Algérie trop nombreux, trop peu actifs, trop largement rétribués. Les hommes graves, quand leur attention sera dirigée sur ce personnel, éprouveront autant de regret que de surprise en voyant comment la mère patrie v rémunère ceux qui la servent le mieux. Nous serions en droit de pailer des juges de paix comme exemple. Nous indiquerons de préférence les officiers d'élite qui dirigent nos bureaux arabes. Rien dans leur condition matérielle ne répond à la diversité des devoirs qu'ils accomplissent, à l'importance du mandat dons ils se montrent si dignes, à l'étendue des sacrifices qu'ils s'imposent pour aller faire les plus nobles preuves, loin de tous ce que nous aimons.

Ce n'est pas trop que ces cinquante-quatre titulaires d'emplois , puisqu'aucun de ces emplois ne peut être réuni à un autre, éliminé du rôle que nous avons dressé. Sur ces cinquante-quatre salariés par le trésor, il n'en est que trente-cinq qui soient étrangers à l'armée, et sur ces trentecinq, on en compte quinze spécialement affectés au service des deux cultes, aux établissements d'instruction et de charité. Les vingt autres toucheraient des traitements dont les plus élevés seraient de deux mille quatre cents francs , les moindres de six cents francs. Les Lazaristes et les reli-

gieuses de Saint-Vincent et de ia Providence ne coûteraient rien à l'État ; l'association de la Propagation de la Foi leurouvrirait les crédits dont une abnégation sans égale rendrait la charge assez légère pour elle. La France administre ellemême les biens auxquels la ierveur musulmane a assigné de pieuses destinations; elle n'aura donc qu'à ouvrir celle des deux mains que le contribuable n'a pas remplie, pour en laisser tomber ce qu'absorberont et les frais du culte, et ceux du séjour des familles des condamnés dans les municipes, et ceux du retour dans les tribus des libérés et de leurs proches.

En Afrique, beaucoup plus que dans la métropole, on ménage la santé et les forces du cultivateur et de l'ouvrier. L'expérience qu'on y a acquise sur les chantiers administratifs ou privés, ne permet plus qu'on s'écarte des règles hygiéniques , devenues le Code de la discipline civile. Les principales sont : ne pas coucher sur la terre; laisser un certain intervalle et des courants d'air entre le sol et les planchers des barraques ; orienter les lentes sous lesquelles on s'abrite ; suspendre le travail à certaines heures et pour un temps déterminé; choisir les aliments et les boissons, en mesurer strictement les quantités ; ne pas s'exposer à la rosée du matin, à la fraîcheur de la nuit. Si on fait des terrassements ou des rigoles, si on défriche ou si on canalise , s'abstenir de passer la nuit ou de prendre des repos dans les lieux où le sol vient d'être remué. L'Europe a laissé une couche de cadavres au fond de tous nos sillons , autour de tous nos centres, qui le nie? mais la mortalité n'est plus en Afrique que ce qu'elle est partout; qu'on le croie bien.

On l'a appris encore et assez chèrement pour ne plus l'oublier : la culture des céréales est le lot des indigènes, l'agriculture industrielle est le nôtre. La main d'cruvre qui, dans nos fermes, est donnée par les Arabes ou les Kabyles, est à tous égards préférable à celle que nous nous obstinons encore à demander aux Européens ; et après les indigènes ,

— sonos meilleurs travailleurs ruraux ou uiélayers sont les Mabonais et les autres Espagnols.

Les colons installés dans les grands municipes seraient incontestablement les plus heureux de l'Algérie.

On veut poser de nouveau la question d'argent. Qu'on fasse donc avec nous le compte de ce que produirait au trésor chaque grand municipo.

(^ent quatre-vingt-dix-neuf propriétaires au moins de maisons, représentant en moyenne un capital de 2,500 fr. , et par conséquent un revenu imposable de 250 fr., payeraient un impôt chacun de 12 fr. 50 cent., tous de 2,487 fr. 50 cent.

Cent quatre-vingt-dix-neuf propriétaires au moins de dix hectares payeraient un achour ."chacun de 25 fr., tous de 4,975 fr.

Soixante propriétaires indigènes au moins payeraient un eussa de 360 fr. et un zekkel de 1,500 fr.

Quarante fonctionnaires employés, marchands ou artistes, au moins, locataires d'immeubles domaniaux, au prix moyen de 300 fr. , payeraient ensemble 12,000 fr.

Les mêmes personnes payeraient une cote locative chacune de 15 fr., ensemble 600 fr.

Quatre monastères , dotés chacun de trois hectares eu ville et de quarante-cinq à la campagne , payeraient un achour de 480 fr.

Les mêmes , pour l'impôt des propriétés bâties qui en moyenne représenteraient, soit à la ville, soit à la campagne, un capital de 30,000 fr., et un revenu imposable de 3,000 francs, acquitteraient un impôt, chacun de 150 fr., ensemble 600 fr.

Les cent quatre-vingt-six religieux ou religieuses qui y résideraient, payeraient autant de cotes personnelles de 6 fr., et par conséquent 1,116 fr.

Trois cent quatre-vingt-dix personnes au moins payeraient pour côtes personnj^lles 2,340 fr.

Los Rerranis qui , militaires , iiauraieut pas à parer la tôle personnelle; sédentaires, n'auraient pas à payer l'eussa, acquitteraient, en numéraire, un zekkel chacun de 25 fr., ensemble 1,600 fr.

Le hokor dû par Malte pour les cent hectares que couvriraient ses bois , et celui dû par le corps des propriétaires pour les cent soixante hectares affectés au parcours, donneraient 65 fr.

Et dans le total de toutes ces sommes, lequel est de 28,123 fr., ne figurent ni l'eussa exceptionnel de Malte, ni les patentes à la charge des Européens ; ni le revenu éventuel de l'usage de la machine à battre le blé, de la boulangerie , du lavoir , de tous les établissements créés pour le service de tous ; ni les droits.de place et de marché, de mesurage et poids publics ; ni les amendes de poli-ce et de voirie ; ni tous les autres produits municipaux.

Nous demeurons donc de beaucoup au-dessous du vrai en évaluant à 30,000 fr. le revenu annuel de chaque grand municipe.

Quand on aura créé vingt centres de cette nature, on aura donc augmenté le revenu de la colonie de 600,000 fr. au moins.

Le revenu des petits municipes sera , en ce qui touche les Rerranis, de 4,000 fr. pour soixante-quatre maisons et autant de lots de dix hectares de terre ; en ce qui touche les deux ordres, de 804 fr. ; pour le hokor du parcours, 20 fr.; pour le hokor des bois 25 fr. Au total de 4,849 fr., l'eussa de Malte en dehors.

Lorsqu'on aura créé vingt-deux de ces centres, le revenu de la colonie se trouvera donc augmenté de 106,678 fr.

Trente mille francs étant le revenu h cinq pour cent de 600,000 fr., et 4,849 fr. étant le revenu au même taux de 90,980 fr. , on n'a pas à craindre d'engager nos finances dans cette entreprise, et de mal placer les capitaux (jui y seront employés.

Les futurs bureaux arabes produiront eux-mêmes 924 fr. cbacun, et quand ils seront au nombre de treize, le revenu colonial se trouvera augmenté de 12.012 fr.

Il faut aussi parler de nouveau des ordres religieux à instituer; ne nous en plaignons point, le débat ne se prolongera pas sans s'élever.

Douter de la résurrection de Malte, c'est douter de la justice d'en haut, et nous sommes mieux éclairés par notre foi que nos adversaires ne le sont par leur sagesse.

Napoléon I*^"", dans un jour de litanique démence, a dépouillé l'ordre de la souveraineté que plus tard il a vainement travaillé à lui reconquérir. Napoléon lll doit, selon les voies de Dieu, réparer la faute à laquelle l'histoire attache le nom qui fait sa force et sa grandeur; associera sa propre fortune la milice éternellement illustre pour laquelle l'Europe injuste et jalouse est demeurée sourde en 1815, el dont elle se flatte d'avoir détruit limportun souvenir.

Les derniers débris de l'ordre que la mort a épargnés, ▼ont disparaître de ce monde. Il est temps que des successeurs soient bénis par leurs mains défaillantes. Il leur en va venir. D'où? de tous les points où frémissent les sociétés décrépites et peureuses, ne lisant pas mieux dans les annales, qui leur jettent en expiation des fautes et des hontes du présent, les récits et les splendaurs du passé, que dans l'avenir, qui avance sur elles sombre, sinistre, inévitable, qiiœirns quem devoret. Ils viendront de toutes les lerr«s d'exil , du pied de tous les échafauds et de tous les piloris politiques, des profondeurs de toutes les prisons d'étal. Ils viendront comme on court à la bataille quand on est valeureux ; comme on se précipite dans le sein de Dieu , quand on n'a plus que lui à aimer ; comme on se venge du repos et de l'obscurité, quand on a vu l'âge des grandes choses se passer sans que la moisson de gloire fût faite ; quand on a trouvé la patrie impitoyable pour un dévouement incompris ou mal inspiré. Ils viendront de tous les pavs où l'on souffre sans

nourrir aucun espoir; de tous les châteaux qui croulent sur ceux que les ruines navrent plus encore que leur propre malheur; de tous les abîmes au fond desquels on roule, du haut des cimes, d'où on regardait en haut, et où on aspirait à élre vu d'en bas.

Comment ne seraient-ils pas nombreux , les futurs chevaliers? II n'est pas une seule nation chrétienne qui ne se rattache par un lien d'honneur à l'ordre envers lequel il leur serait donné de s'engager, et il n'en est pas une seule qui veuille, dans un temps prochain, rouvrir ses bras à ceux qu'elle a proscrits.

On doute, et l'Irlande est presqu'en feu parce que les haines religieuses y attisent les haines sociales! On doute, et les enfants de la Pologne vieillissent, loin les uns des autres , dans l'oisiveté, la misère et le désespoir, frémissant sous le joug des habitudes imposées par la nécessité, subies malgré la révolte du sang qui gonile leurs cœurs ulcérés ! On doute, et les Magyars, dépouillés de leurs terres et d« leurs privilèges, errent sans plan et sans but, troublés par leurs souvenirs, accablés par leur impuissance !

Ces hommes, et avec eux une autre foule, pressés autour de celui qui demain sera l'Empereur, ébranleront toutes les basiliques en y chantant le Resurrexit! Tous, hommes de foi et d'reuvres, de patience et d'élan, seront ceux qui, héritiers des traditions antiques, iront prendre Tépéesur l'autel, pour se répandre sur les plaines infécondes et désertes qui, semblables, sous ce flot humain, à l'Egypte après le débordement du Nil, se couvriront bientôt de moissons et d'heureux!

On doute ; mais tout cela sera , parce que cela est beau ; tout cela sera, parce que cela est grand, parce que cette génération maudite finira par découvrir le secret de sa propre destinée , ne pouvant pas éternellement rouler de la monarchie à la république, du socialisme à l'autocratie; prodiguer tour i tour les transports d'un enthousiasme toujours le mémo, aux représentants des principes les plus rontrai-

res; traîner le lendemain aux gémonies ceux qui, la reillf», étaient ses héros et ses idoles; affirmant et niant, selon sa fantaisie, les vérités éternelles ; plus mobile et moins fatiguée de sa mobilité que ne l'est d'elle-même cette mer qui monte et s'affaisse, sans savoir où la main de Dieu la pousse et la ramène.

Tenez donc le fait pour certain, vous qui doutez, et laissez-nous vous dire comment celte nation de saints et de preux se croira chez elle sur la noble terre où l'Église d'Afrique poussa si profondément ses racines, éleva si haut la gloire des Cyprien et des Augustin.

Si on entamait des négociations avec l'Europe , dans le but de reconstituer l'ordre, l'Europe répondrait ce qu'elledit toujours : à demain les grosses affaires.

La France n'attend personne : quand il y a du bien à faire, elle l'accomplit; puis on l'admire dans son œuvre , sans qu'elle en conçoive le moindre orgueil. Pour raviver une des forces, pour restaurer une des gloires de la chrétienté, elle n'a besoin que de Rome, et Pie IX s'entendra toujours avec la fondatrice du patrimoine de saint Pierre.

Chaque chevalier apportera sa dot au trésor, et sera incorporé dans une des langues de l'ordre. La France avait formé trois de celles-ci , et le reste du monde cinq ; elle en instituera cinq de plus sous les noms d'Alger, Oran, Bôno, Sétif et Titteri. A la même heure, elle recevra*, sur les rives de la Méditerranée et de l'Atlantique , l'hôte illustre qui deviendra presque son fils. Au grand bailliage de la langue de Provence, elle affectera l'étang de Berrhes ; à celui de la langue d'Auvergne, l'étang de Bouc ou la rade de Port- Vendres ; à celui de la langue de France, la baie d'Arcachon ; à tous les trois, les terres domaniales qui bordent ces plages.

Les cinq langues d'Afrique , les cinq langues anciennes d'Aragon, de Castille. d'Italie, d'Allemagne et de Bavière, créeront leurs grands bailliages là où la côte algérienne offre

fie sûrs mouillages ou des ports dont l'importance est encore secondaire, à Nemours, Merset-Sidi-Djelloul, à Mersal-Tider, à Ras-el-Rannis, en Oran ; à Dellys, en Alger; à Bougie et Djijelly, en Sétif ; à GoUo, Takouk et la Galle, en Bône.

Le Magistère de Tordre , ce temple auguste qui abritera encore le trône électif d'un religieux , se donnant h Dieu sans renoncer à l'art et à la puissance de créer et de distribuer les richesses temporelles, aura pour siège Sidi-Ferruch, la plage qui vit notre Armada triomphante de la tempête et du Croissant.

En attendant que d'autres destinées commencent pour l'ordre, les chevaliers de toutes les nationalités seront confondus dans les maisons conventuelles d'Afrique, et leurs noms seuls seront classés suivant leurs langues respectives. Les sujets des puissances dont aucune langue ne porte le nom, seront immatriculés dans celles des huit langues françaises dont les rangs seraient les moins épais, où les occasions de bien faire seraient les plus nombreuses.

Chaque grand bailliage, en Afrique, sera complété par un arsenal et une fonderie, un atelier de constructions maritimes et un noviciat. Toutes les commanderies seront réparties entre les cinq langues européennes et les cinq langues algériennes.

Les chevaliers nobles étrangers à notre nation, seront admis en faisant les preuves qu'ils auraient produites autrefois, selon les usages particuliers à leurs anciennes langues. Les preuves seront complètes, pour le chevalier français, quand il aura été justihé de la réception, avant la capitulation de l'ile de Malte, d'un membre de la famille à laquelle appartiendra le novice , ou d'un anoblissement octroyé, soit par l'iimpire, soit par la Restauration, soit par la monarchie de Juillet.

Les trois états de l'ordre seront maintenus ; mais le clergé recevra une hiérarchie, dont le» degrés correspondront «ux dignités chevaleresques, ol l'anoblissement deviendra pour

le tiers le prix des services rendus, afin que l'accès des bùuéflces et des honneurs auxquels la naissance donnait seule des droits en d'autres temps, soit ouvert à tous les mérites,

L'Ordre battra monnaie; il sera investi de la plénitude? des droits régaliens. Il exercera dans l'enceinte de ses monastères et domaines la juridiction civile et criminelle, pour les actes accomplis par ses nationaux ou entre eux. Il ne jouira ni du droit d'asile, ni d'aucune autre immunité. Tous nos règlements de police et de sûreté l'obligeront. Des cartels d'extradition seront passés entre la France et lui. Il acquerra, possédera et aliénera terres et édifices à titre de personne privée et non pas en qualité de souverain. Le droit commun , en matière d'expropriation pour cause d'utilité publique, lui sera applicable ; il serait tenu de vider notre sol, en Afrique et en Europe, à la première réquisition qui lui en serait faite. Comme allié de la France, il sera toujours prêt à concourir au maintien de la sécurité publique, et à la défense du territoire algérien en cas de guerre au dedans, en cas d'attaque sur le littoral.

Il entretiendra des forces militaires permanentes. Il ne pourra élever aucunes fortilications sans l'agrément de la France et sans que leur plan n'en demeure déposé à nos archives. Celle-ci mettra une garnison, ou entretiendra un commandant de place ne relevant que d'elle, partout où l'ordre sera en état complet de défense.

Le drapeau de l'ordre sera écartelé des armes de Malte l'Ancien, de celles de France, dé celles de Pie IX, et de celles du grand-maître régnant.

Le drapeau de la France sera placé seul sur le point le plus élevé de tous les établissements fondés sur notre territoire.

Cbaque langue aura un pavillon spécial , portant en chef les armes de Malle, telles qu'elles viennent d'être décrites ; en pointe, celles de la nation dont elle sera sortie.

La monnrie, les poids et mesures, le système de numé-^

rallori de l'ordre, seront les mêmes que l«s nôtres ; sa langue officielle sera le lalin.

Les chapitres seront tous formés de manière que toujours un chevalier d'origine française en soit membre; aucune commanderie ne pourra être érigée sans l'avis préalable du Gouvernement français.

Le sol sur lequel l'ordre élèvera ses constructions de toutes sortes, et celui que couvriront ses grandes fermes et ses bois, lui seront concédés par l'Etat à titre gratuit. Les propriétés bâties, aujourd'hui domaniales, dont il ohtiendrait l'aliénation à son profit, lui seraient vendues sur le pied de leur valeur réelle, et il se libérerait de leur prix par annuités. Chacune de celles-ci serait composée d'un pour cent du principal et de l'intérêt du principal entier, intérêt calculé sur le pied de 2 p. O/q par année.

Indépendamment des pelotons ou compagnies d'infanterie formant la garde des commandeurs, il aurait , au chef-lieu de chacun de ses grands bailliages, un corps de cent hommes, et au siège de son gouvernement, un corps de cinq cents hommes.

Les cadres de sa cavalerie, de son artillerie, de ses force» de mer et de son matériel naval, demeureraient illimités.

Les pouvoirs du grand-maître et du grand-conseil seront provisoirement exercés par des commissaires, dont les deux tiers seront à la nomination du Gouvernement français, et un tiers à la nomination du Saint-Siège, (^es commissaires procéderaient, dans les termes des nouveaux statuts , à la réception et au classement des membres des trois Etats, à la collation temporaire des dignités et bénéfices.

Aussitôt que mille chevaliers nobles auront été classés, l'ordre se déclarera constitué, ouvrira un emprunt à la Bourse d'Alger, mettra immédiatement à la disposition du Saint-Père treize bataillons d'infanterie et treize escadrons de cavalerie. Cette troupe, commandée par ses dignitaires et chevaliers, sera n perp. tuile entretenue et soldée par lui

dans les états romains, atin que la France et l'Autriche puissent être relevées de la charge d'occuper militairement, dans l'intérêt du gouvernement pontifical , une partie de ce territoire, et que la chrétienté tout entière, si hien représentée par Tordre, jouisse du glorieux privilège, dette de tous envers le père commun des fidèles.

A la même époque, des négociations seront ouvertes par la France et le Saint-Père avec les puissances intéressées , dans le but d'obtenir d'elles, l*' la reconnaissance de l'ordre comme état souverain et indépendant ; 2" la déclaration de la neutralité perpétuelle de l'ordre sur terre et sur mer, relativement à tous les états européens et à leurs colonies; 3° la liquidation des biens et rentes que l'ordre possédait autrefois sur leurs territoires ou trésors; 4" un règlement sur la jouissance des droits civils et politiques conservés h leurs nationaux engagés dans l'ordre.

Si alors la Belgique, qui n'a pas su encore donner au delà de ses étroites limites une direction à la sève catholique par laquelle elle est travaillée ; si le royaume de Naples. que le bouillonnement des passions révolutionnaires épouvante autant que le faisaient autrefois les éruptions volcaniques ; si la Sardaigne, menacée par les déchirements d'un schisme, dominée par la très-réelle importance de ses rapports commerciaux avec l'Algérie, veulent, elles aussi, attacher leurs noms à des langues nouvelles, la France trouvera des havres pour trois grands bailliages de plus.

Lorsque Malte ne conservera en Algérie que les huit langues françaises, il affectera au service exclusif de ces derniè- * res, purement et simplement, sans exception, sans indemnité à son profit, les constructions et domaines alors existants.

Assez sur les difficultés de droit international , et avant d'expliquer comment s'exercera l'activité commerciale de Malte, donnons les indications annoncées ailleurs sur les établissements de la Merci.

. ï.es deux ordres, dans notre pensée , se complètent

l'un l'autre. Malte construira, armera des navires; la ^lerci lui créera un personnel maritime. Malle généralisera entre les indigènes et nous les rapports commerciaux; qui assurererout aux plus humbles une pari dans la richesse qu'attirent à eux tout entière aujourd'hui les plus fourbes et les plus forts; la Merci aura pour mission spéciale d'augmenter la population de l'Algérie, d'aller au loin nous chercher de nouveaux sujets, de renouveler pour eux le miracle de la manne, rosée du Désert.

Un mouvement remarquable se prononce enfin. Quelques conseils généraux commencent à s'apercevoir que le transfèrement en Algérie des enfants trouvés ayant atteint l'âge de douze ans au moins, est un acte d'excellente administration. L'exemple donné par un petit nombre d'entr'eux sera suivi par beaucoup d'autres ; mais l'idée fort peu neuve qu'on semble maintenant disposé à réaliser, n'a pas reçu sa formule complète.

Il y a des enfants trouvés dans tous les départements ; mais vingt-deux de ces derniers ont une frontière maritime, et nous voudrions que les enfants à la charge de ceux-là fussent remis à l'ordre de la Merci, tandis que les enfants nés dans les départements qui ont de toutes parts la terre pour limites, seraient seuls confiés à l'ordre de Saint-liloi. ].a vocation des premiers pour la mer doit être soigneusement encouragée. L'état actuel de notre inscription maritime est l'objet des préoccupations de tous ceux qui envisagent de sang froid le retour possible des éventualités si fatales dans d'autres temps, et la reconstitution de l'ordre de Malte accroîtra nécessairement une pénurie de mousses et de matelots dvjli trop grande. La Merci ralliera donc , 1" les enfants trouvés nés sur le littoral français; 2° les enfants que lui fournira la côte de l'Algérie; 3" les enfants des donnés de Malte ; 4° les enfants chez qui se déclarera l'amour de la navigation ; et il les répartira en six écoles de mousses. Ces inslituls seront placés à Arzeu et Mers-el-Kébir,

en Oran ; à léuès et Meis-el-Djeddi , en Alger; à Stora et Mers-el-Zitoum , en Bône. Dans chacun de ces centres, les enfants seront classés en autant de quartiers distincts qu'ils présenteront de races et de communions différentes, et tous les soins qu'ils pourraient obtenir d une famille tendre, leur seront prodigués par les dames de l'ordre.

La création de huit ports nouveaux, un accroissement de population et d'activité notable dans quatre de nos ports actuels, un immense mouvement d'affaires et de circulation dans sept autres , seraient donc les conséquences premières de l'introduction de Malte et de la Merci en Algérie.

Le commercé indigène se fait, en gros, à l'aide des caravanes , beaucoup moins nombreuses aujourd'hui qu'autrefois; en détail, sur les marchés de la frontière du Tell et des grandes villes sahariennes du sud.

Dans une mesure de plus en plus grande, il tend à se déplacer pour notre malheur; il peut devenir immense à notre profit; pour que nous nous emparions de lui . il nous faut la possession des principaux passages entre l'Algérie, Tunis et le Maroc. Notre devoir est donc d'appeler sur les tracés suivants l'attention, sans doute épuisée, des sceptiques et des indifférents dont, hélas! la, France est pleine.

Nous partons de la Galle, siège du premier des grands bailliages de Malte dans l'est, pour atteindre le chef-lieu de la nouvelle subdivision de Mdaourouch , nous tenant toujours entre la frontière de Tunis et les bassins de la Maffrag, du Bonna-Moussa, de l'Adjar et du Senab.

Arrivés à Bordj-Ali-Bey, nous nous jetons dans les vallées de l'Alloufa-Drea, du Zitoum , de la Louledja, la Bouguerma, le Meyhah et l'affluent du Cédra. A partir de Souk- Arrhas, la route des étapes militaires conduit au premier but que nous nous étions fixé.

Là, nous sommes à cheval sur la route arabe qui est , au nord, la communication principale entre l'Algérie et Tunis, et qui rattache Conslantine à El-Kef.

De M(kiouroiichàTébessa, nous suivons, presque en ligne droite, une voie déjà ouverte, au travers des bassins du Damnious, du Meilegue et du Cliabro. Tébessa est le point extrême de ce premier tronçon, dont le développement, depuis la Galle, est de deux cent vingt kilomètres environ.

Bntre Dordj-Aly-Ber et Souk-Arrbas aucun centre de population n'existe. Entre Souk-Arrhas et Mdaourouch, on trouve Aïn-ïamatiuat L'espace est vide de Mdaouroucb à Tébessa. Du point de départ au point d'arrivée, on traverse les o-roupes des Hanenclia et des Oulad-Si-Iahïa. Neuf commanderies ou monastères de St-Eloi suffiront pour donner la vie à ces contrées où la France n'a à peu près rien créé.

A Tébessa, la grande route des caravanes, dans les cinq provinces, se divisera en deux branches : l'une conduisant à Tougourt, et qui nous occupera plus tard; l'autre conduisant à lîousada , le plus grand centre commercial arabe de la région centrale à l'est.

Entre Tébessa et El-Kantara, nous touchons à Aïn-Krenchela l'extrémité de la route militaire venant de Balhna ; à El-Kantara nous croisons celle qui mène de Bathna à Biskara. Arrivé à Bousada, on se trouve avoir traversé le groupe des Nemencha, l'x^urès, les kaïdats des Sohari , des Hodna, des Derradj-liarraba, et côtoyé le grand Sebkhat, une des parties de l'Africiue les plus pittoresques et les plus dignes d'intérêt que l'œil humain puisse saisir.

Entre Tébessa et Bousada, la distance est de 280 kilomètres environ, et onze commanderies ou monastères de Saint- Eloi y sont nécessaires.

De Bousada à Taguin, on parcourt 00 kilomètres environ, sans sortir du pays des Oulcd-Ameur et des Oulad- Na'il, et frayant à tous une route entre le Zharrès-Chergui et le Zharrès-tihorbi, les deux lacs salés, anneaux intermédiaires de la chaîne septentrionale des Cholts. Oualiv commanderies ou monastères de la Merci trouveront lour iilace sur < 0 Ironcon.

— lOJ —

\oiis reviendrons k Taguin ; c'esl là que se ( roisenl nos grandes lignes de Test à l'ouest et du sud au nord.

De Taguin à Frenda, on compte 63 kilomètres, et on traverse l'aghalik de Tiaret. Deux conimanderics ou monastères s'y élèveront.

Knlre Frenda et Sebdou, on n'a pas à dévier de la roule militaire qui lie tous nos avant-postes en Oran , et sur laquelle on trouve trois centres organisés, neuf gîtes d'étapes, elles extrémités des voies qui conduisent à Mascara, Sidi-Bel-Ahbès et Tlemcen. Xeuf commanderies ou monastères de la jMerci devront être établis sur cette section, dont le développement est de 239 kilomètres.

A Sebdou, la ligne que nous jalonnons se brise encore. L'une de ses branches se dirige vers le nord, l'autre vers le sud. La première conduit, le long de la Haute-Tafna, entre la frontière du Maroc et le territoire de Tlemcen, à Lalla- Maghrnia, sur une longueur de 60 kilomètres environ, el deux commanderies y seront fondées.

Kntre Lalla-Maglirnia et Nemours, on n'a à franchir que 48 kilomètres, et Nédroma, aujourd'hui placée entre li^'s deux villes, en sera séparée, d'un côté par une commanderie, de l'autre par un monastère de St-Eloi.

Voici le cadre du Tell achevé; 1,000 kilomètres parcourus; trente-neuf commanderies ou monastères jetés à travers l'espace; Malte rayonnant dans toutes les directions: St-Eloi établi seulement sur les lignes du nord au sud, et le tronçon de Tébessa à Bousada; la Merci échelonnant ses fondations depuis Bousada jusqu'à Sebdou , mais en nombre moindre que celui des commanderies.

Pensera-t-on que commanderies et maisons conventuelles seraient mieux placées ailleurs que sur la ligne horizontale, où, entre les indigènes et nous, les habitudes de trafic sont <léjà régularisées, et où les caravansérails, les maisons du commandement et les smalas de spahis, répondent de la sécurité de tous? Eh bien! ménageons les forces qui plus loin

Irouveronl leur emploi. Allons nouer dans d'autres lieux les deux bouts flottants de la ceinture du Désert.

Nous suivrons successivement les trois lignes, parlant de Tébessa, de Sebdou et de Taguin.

De Tébessa à Tébesbest, on coupera les territoires des Nemencba , des Bracha , des Amamrba . la plaine d'EI- Ouazaren , l'oasis du Ziban, et on rencontrera les points intermédiaires de Frekkan, El-Fid, Ourlana-Kébira.

A Frekkan, on croisera la route arabe de Gafza à Biskara, grande artère commerciale du sud, et on la suivra jusqu'à El-Fid, une des portes du bassin de l'Oued-Djeddi. Ourlana est dans TOued-Rir une place moins importante que Temerna; mais la France aura dans cette dernière un bureau qui entraînera dans son orbite toute la partie orientale du pays. C'est donc à Ourlana, centre par lequel est commandée la partie occidentale du district de Tougourt , que les deux ordres ont à prendre position. Entre Ourlana et Tébesbest, les kzour sont plus nombreux qu'entre Temerna et Tougourt. La condition est la même pour Tébesbest, relativement au bureau de Temacin, que celle d'Ourlana relativement au bureau de Temerna. Le point de jonction naturel de deux roules conduisant, l'une dans le sud-ouest de rOued-Rir, l'autre dans le Souf, est encore Tébesbest.

L'orgueilleuse Tougourt ne demeurera donc plus la souveraine de celle belle et ricbe partie du Désert. Les municipes de Temerna et Temacin , les maisons conventuelles d'Ourlana et de Tébesbest, détourneront bientôt les courants d'affaires qui y aflluent aujourd'bui ; et Kouïnin, clef de la route de Nefta à Gnouça , deviendra le point de départ des caravanes de l'ouest pour Tunis, Rbédamès et le Tripoli.

Le champ d'opération n'est pas moins favorable sur li^ grande ligne de l'ouest. Entre ses têtes de pont , Sebdou et Mellili, elle aura pour stations principales Aïn-Gouliffa, Tiout et Omm(»grar, on Oran ; Ouad-Orris et Aïn-Gouffafa

sur les cours tloau (jui i'écliappenl du Djehel-Mahiguen.

A Ommograr, on rencontre la route arabe qui va de Figuigdans le biod Sidi-Cheik, la mêaie que nous avons traversée, dans l'est, à Frekkau, et qui, par le milieu du Sahara, dessert le Maroc et Tunis.

Placés dans l'est, à Kouïnin ; au centre, à Gnouça ; dans l'ouest, à Metlili ; les bureaux arabes et les deux ordres domineront à la fois le petit et le grand Désert, fermeront le cercle dont El-Agouath est le milieu ; et c'est à El-Agouath que se croisent les routes allant de Brésina et du Mzab à Bousada et Biskara ; et c'est de Metlili que partent les voie'^ qui mènent dans le Maroc et dans l'oasis d'El-Guelea ; et c'est Metlili encore qui sert de lien entre le petit Désert et le Touat , où s'organisent les caravanes de l'ouest pour Mourzouk et Gbrat, Aghadès et Tonibouctou.

Il ne nous reste plus à décrire que la ligne centrale qui, parlant de Gardaïa, nous ramène à Taguiu. Elle suivra le tracé arabe jusqu'à El-Agouath, à travers le pays des Oulad- Sidi-Yaha. Elle s'en écartera ensuite pour tourner le Djebel- Amour, eu touchant Tadjemont, El-Ghrieha, Berkennu, Tamedda.

Entre Taguin et Boghar, la dislance est de 150 kilomètres environ, et le point intermédiaire, la fraîche et riante Souagli. Au delà de Bogbar, les communications actuelles sufflsent. Elles sont non-seulement ouvertes, mais gardées sur les 166 kilomètres qui séparent celle ville d'Alger. Aucun monastère n'y sera établi ; c'est dans d'aulres lieux et dans les municipes que les ordres ont à multiplier leurs fondations.

Nous nous étions promis de ne pas préciser les distances à franchir dans le sud , et on ne manquerait pas d'abuser de notre réserve ; qu'on le sache donc : c'est de 1,050 kilomètres environ qu'il s'agit pour l'ensemble des trois lignes. Si nous ne nous trompons pas, leur développement est, entre Tohessa et Tébosbcsl , do ;V20 kilnnièlres ; entre Sobdou et

Metlili , de 420; entre Gaidaïa et Taguin , de trois cent dix. Le long de ces trois lignes, il faut une commanderie ou un monastère par chaque série de 60 kilomètres, et entre deux maisons conventuelles, il faut un fondouk.

Les matières diverses, objet du commerce indigène, sont lentement traînées de ville en ville, de marché en marché. Plusieurs d'entre elles sont d'un fort volume 6u d'une grande pesanteur. Toutes se transportent à dos de chameau à des distances énormes. Plus les commanderies se rapprocheront du colporteur fatigué, heureux de réaliser l'inlégrahlé de ses bénéfices, en traitant pour tout son chargement k la fois, et plus seront nombreuses les occasions réciproques de trafic et de gain.

Les vols à main armée se commettent dans tout le Sahara, non-seulement d'individus à individus, mais de tribus à caravanes. Celles-ci se gardent elles-mêmes, comme le font les troupes bivouaquant à portée de l'ennemi. Mais il arrive trop souvent qu'elles sont pillées et même détruites. Campant en rase campagne, elles sont toujours exposées à devenir les victimes d'un coup de main ou à demander merci.

Nous avons délivré le Tell de ce reste de barbarie ; mais on voit peu de caravanes, hélasl dans le nord de notre Afrique, Les ordres en délivreront le Sahara ; ils y ramèneront ces curieuses agrégations d'hommes et d'animaux qui fai- .saient la richesse, l'orgueil et la joie des deux contrées, et auxquelles les fondouks rendront la sécurité qui leur manque, et dont le commerce ne peut pas se passer.

Ces postes répondront à deux ordres d'idées différents ; ils seront des lieuv d'asile et de protection; ils seront un moyeu de communication rapide et continu, non-seulement entre les maisons conventuelles, mais entre le littoral cl la lisière du grand Désert.

Le fondouk s'ouvrira devajit toutes les caravanes et tous les colporteurs, non pasgraluilonienl, mais suivant un tarif s'abaissant ou s'élevanl dans la proportion de la dislance

qui séparera du la lisière du Tell le lieu où il recevra son application.

En tout temps, il entretiendra avec la conimanderie voisine dont il sera le complément, une correspondance du genre de celle dont la gendarmerie est chargée en France, et il sera la sentinelle avancée du monastère de la Merci, placé à 30 kilomètres de lui.

Dans son enceinte, les marchandises de toute nature seront en sûreté et sous les yeux de l'acheteur par excellence, l'ordre de Malte. Si leur vente ne s'y consommait pas, elles iraient plus loin vers le nord ou sur les marchés de nos bureaux arabes, dans d'autres directions.

Quand un fort convoi entrera dans le fondouk, une garnison y arrivera de son côté. La moitié des forces disponibles dans les deux monastères, la composerait immédiatement.

En cas d'alerte, d'attaque ou de désordre, un homme monté sur un méhari , un autre sur un cheval de race, seront dépêchés vers le double voisinage, pour y apporter la nouvelle, en ramener un secours.

Le brigandage cessera donc, et le commerce se concentrera sur nos lignes, aussitôt que les deux ordres y seront les maîtres par le droit du plus juste et du plus libéral.

Les gardiens sédentaires des postes fondouks seront des donnés de Malte et des indigènes dévoués à notre cause. Au nombre de douze, ils auront sous leurs mains armes et munitions, un équipage de quatre chameaux et deux méharis, de quatre chevaux de selle et deux mulets. Sur les douze hommes, deux auront le titre de chefs d'escouade, et dirigeront à lourde rôle le service du dedans et celui du dehors. 11 n'y aura jamais plus de cinq hommes en expédition à la fois, cinq autres pourvoiront à la garde de l'enceinte et aux travaux intérieurs.

Le rachat des esclaves, partout où l'humanité se couvre de la lèpre de la servitude, sera le but unique de l'activité

commerciale de la Merci ; elle effectuera ses opérations dans le sud du Sahara, à l'exemple de nos saintes religieuses françaises des bords de la Mer-llouge, sans compromettre en rien la loyale et complète exécution des actes diplomatiques prescrivant l'interdiction absolue de la traite.

Où la France règne, l'esclave redevient homme ; mais Tougourt, Ouargla, Guerera, Gardaïa , ne sont pas tout h fait la France, et par ces portes toujours ouvertes sur le Tombouctou, le Haoussa et le Barnouli, les noirs des deux sexes, enfants et adultes, enlevés a leurs sillons et à leurs cases, • leurs familles et à leurs souverains, comnie un gibier pris à la chasse, comme un bulin enlevé sur les débris fumants d'une ville mise à sac, se répandent dans tout le petit Désert.

Us y arrivent à l'état de troupeau ; ils s'y classent à l'état de choses ; ils y demeurent une marchandise et une propriété. Nous voulons être les maîtres du pays, selon le principe chrétien , nous avons donc à nous incliner devant les droits acquis ; et pour notre part, nous nous refusons à admettre qu'il nous appartienne d'y émanciper , sans une indemnité préalable, ceux qui ont trouvé un maître avant d'espérer un libérateur.

Le noir est dans ses régions quelque chose de plus qu'un objet d'échange. C'est lui qui vaque à tous les travaux de la culture , à tous les soins du ménage. 11 ne dépend pas de nous que ces faits ne produisent pas leurs conséquences nécessaires. Tirons parti de leur existence dans l'intérêt de l'humanité d'abord, dans celui de notre domination ensuite, et ne tentons rien de plus.

La Merci achètera tous les nègres valides et jeunes, qu'aucune politique et aucune force n'empêcheront de conduire sur les points où leurs bras sont indispensables ; et les moyens de le faire ne lui manqueront jamais. Au Désert, comme dans les sociétés civilisées, l'argent peut tout, et Dieu a armé son Eglise de la verge qui, dans la main do Moïse.

faisait jaillir l'eau du rocher. Plus l'ordre dépensera, plus ses ressources seront abondantes. La foi l'enseigne, l'événement le prouvera,

■ Il veillera à ce qu'aucun nègre ne soit introduit dans l'intérieur de nos possessions pour y être vendu, et le législateur lui viendra en aide quand il en sera temps. Les malheureux achetés par lui seront solennellement avertis qu'ils sont redevenus maîtres de leurs personnes, et qu'ils seront rendus à leur pays, après qu'ils auront gagné, par leur travail , sur notre terre, le prix: du contrat par lequel ils auront été délivrés.

Celte condition sera toujours acceptée, et si elle était violée, la peine ne se ferait pas attendre; elle serait cruelle. L'esclavage ressaisirait les fuyards chez les horribles Touareugh, s'il leur était donné d'échapper miraculeusement aux autres périls du grand Désert.

Us seraient tous établis dans les monastères, par séries de dix petits garçons et vingt hommes, de dix petites fdles et vingt femmes ; et ils y trouveraient, dans des proportions égales, les enfants de l'Lgypte et de l'Asie.

Les petits garçons, les lilles et les femmes de ces races diverses, seraient abandonnés aux soins des dames de l'ordre. Sous leur direction, ils apprendraient à lire, écrire, compter, parler le français, prier leur Dieu ou le nôtre ; à se livrer aux travaux manuels dont leur sexe, leur âge, leur état futur, rendraient la pratique du plus haut intérêt pour eux.

Les adultes mâles seraient employés aux semailles des bois et à l'exploitation des terres.

Les plantations forestières s'étendraient , à droite et à gauche du monastère, sur une longueur d'un kilomètre, sur une largeur de deux hectares.

En face, et do l'autre côté de la route, seraient les cultures divisées en carrés de deux hectares chacun , par des

rangées d'arbres , composées suivant la méliiode de l'habile .'^I. Hardy.

Le bambou qui , en moins de trois ans, donne du bois propre aux usages les plus divers , serait l'essence domiuante dans la foret; les variétés d'arbres que nous appellerons nourriciers , seraient au nombre de ceux qui protégeraient les cultures contre l'ardeur du soleil, les pluies de sable, le soufûe des vents redoutés.

Des mariages seraient préparés entre les noirs, ou entre eux et des individus d'un autre sang, et ceux qui contracteraient ces unions, auraient à faire un libre choix entre les destinées s'offrant à eux. Les uns seraient ramenés dans les lieux où était demeuré leur berceau ; d'autres se disperseraient dans l'intérieur du Sahara, pour y vivre du travail, que rendrait plus productif pour eux l'éducation reçue dans les monastères ; d'autres, et ils seraient les plus sages, créeraient des propriétés qui deviendraient leur chose privée, suivant notre droit, dans des villages dont ils seraient les seuls habitants, et placés à dislance égale du fondouk et des deux maisons conventuelles.

Les petits garçons recueillis dans les monastères, seraient donnés pour serviteurs à ces derniers, responsables envers l'ordre du bien-être de ses pupilles tant aimés ; et comme le fond et non pas la surface de toutes ces œuvres serait l'amour de Dieu : comme l'homme inspiré par la gratitude veut toujours multiplier les ressemblances entre lui et son bienfaiteur, la Merci fera plus de chrétiens en faisant des heureux, qu'elle ne grossirait le trésor des âmes en mettant le baptême ou l'approche des sacrements pour condition d'un état nouveau.

Oh ! (juand sera-t-elle ouverte, celte grande route des caravanes, promenant ses méandres dans les cinq provinces; oasis étroite et sans lin , étincelante de monastères et de commandcries, de villages et de fondouks ; conviant par ses

recolles opimes et ses alluvions humaines, ses ombrages et ses eaux, tous les esprits rebelles à l'élude sérieuse et charmante (les régions qu'ils connaissent si mal ? Vous ne pourrez plus, vous tous qui , depuis vingt ans, vous épuisez et non^^ fatiguez en disant : l'Algérie est un tombeau ; on s'obstine h le tenir ouvert , nous nous obstinons à le fermer. Vous ne pourrez plus, quand vous l'aurez suivie, du nord au sud, de l'est à l'ouest, nous refuser l'aveu qui coûte tant à votre orgueil, et qui sera la récompense suprême de ceu-x qui, les premiers, ont cherché et aftirmé le vrai.

L'Algérie un tombeau 1 Elle était une des merveilles ignorées de la création, avant d'être devenue la plus jetine gloire de la France I Le monde avait autrefois entendu parler vaguement de steppes torréfiés; on lui en avait dit : Le sable y roule comme le flot s'agite dans l'Océan ; les bêtes féroces y usent leur rage contre des naturels sanguinaires, hideux, affamés comme elles; et le monde, qui n'a pas voulu en savoir davantage, a cru follement que la main de Dieu s'était ouverte pour faire succéder cet horrible ensemble au chaos.

Le grand Désert et ses pirates ne seraient pas eux-mêmes reconnaissables à de tels traits; mais voici ce qu'est notre Sahara, la pacifique conquête de la dernière heure, le futur domaine de deux ordres vénérés.

Les chemins qui, du Tell, y mènent, sont des forêts assises sur des croupes rocheuses, de riches vallées aux bornes cydopéennes , des plaines sillonnées par des rivières, l'hiver, plus ou moins torrentielles, l'été, plus ou moins desséchées.

On n'y voit jamais ni le lion ni la panthère, si rares dans l'Atlas. La hyène et le chacal , que nous prenons pour des monstres, n'y sont pas plus redoutés que le sanglier. Aucun des trois n'est le but des tireurs habiles La vipère v fait des morsures mortelles ; le boa, dont on parle beaucoup, n'y a été rencontré par personne. Les lézards les plus gros

\ sont complètenjeut iiioffeiisifs. La moindre prudence inel il l'abri du contact de l'immonde scorpion.

Le sable ne s'y soulève que doucement. Il se mêle à l'air quelquefois, comme la poussière chez nous, sous l'action du vent. Il se déplace par petites masses; jamais il ne se transforme en tourbillon dévastateur. Une nuit pluvieuse le couvre d'une herbe fraîche, touffue, qui engraisse les troupeaux errants sous la garde d'un berger, rappelant ceux qui, dans les «îges bibliques, étaient les sujets des rois pasteurs.

Pendant des mois entiers, ce sable est une prairie où le» tentes des tribus nomades multiplient les camps, les villes, les rendez-vous bruyants de plaisirs et d'affaires.

On place l'oreille près du sol, et on entend l'eau gémir de la captivité à laquelle aucune main ne l'arrache. Dieu l'a placée là; heureux de n'en pas douter, l'Arabe attend, dans sa paresseuse indifférence, que le chrétien la fasse jaillir et pour lui et pour tous.

Tissue en poil de chameau, la tente abrite une population belle de formes, insatiable de rêveries et de délices , ardente à la mêlée, avide d'aventures, que les improvisations de ses poètes enchantent, à laquelle les surates du Coran tiennent lieu de science et de sagesse.

Les tentes se dressent autour des kzour, se plient pour se porter loin d'eux. Chaque saison les voit se montrer et disparaître, par centaines, sur un point donné, conformément à une loi qui n'a jamais été écrite, qui est observée. toujours. Le croissant d'or brille à leurs sommets, des cordes finement tressées en relèvent les bords flottants. L'œil mesure, à leur seul aspect, la richesse de leurs maîtres. On y man*];^c et on y dort, rangés en cercles, assis les jambes croisées, ou étendus à la romaine, la tête appuyée sur un bras musculeux, blanc, énorme, soigneusement épilé. les selles, couvertes de brocart ; les housses en lampas , les bandes

mélalli<jues du coursier favori ; les tapis soyeux ; les bracelets et joyaux, des femmes; les bannières, aux couleurs chatoyautes ; tout a sa place dans ces étroits réduits qu'un voile partage eu deux. En avant du voile, se tiennent les hommes; derrière lui se pressent les femmes. Au dehors, les chevaux entravés, les serviteurs oisifs, attendent le signal qui toujours les trouve prêts. Quand tout dort, à l'heure du repos et du crime , des songes et des faiblesses , si le maître se senl aiguillonné par le seul désir qui soit commun aux plus grands et aux plus humbles , il soulève silencieusement le voile; se glisse en larron dans l'étrange gynécée, et le jour ne sait rien des plaisirs goûtés dans l'ombre.

Il a des villes, le Désert, il les dédaigne. Elles sont riches, spacieuses. Elles ont des mosquées et des bazars, des murs crénelés et des tours. Qu'importe ? Elles sont un point dans l'espace, il est l'immensité; elles sont quelque chose , il est tout. Ses moissons, qu'un esclave lève, un mercenaire les gardera pour lui, dans ces enceintes, derrière lesquelles on ne vit pas sans déchoir. Les oasis, voilà sa parure et sa couronne. Les sources qui les fertilisent vont, à quelques pas de leurs limites, se perdre dans les sables, d'oi'i elles étaiajjl sorties sur la lisière opposée, comme si tout était fini pour elles quand elles les ont arrosées. Pareilles à de beaux fruits couchés dans des corbeilles , les habitations des notables sont là avec leurs tuiles plates sous la ramée , leurs galeries embaumées, les jardins où le soir la jeunesse des deux sexes se mêle, saimant et se trompant avec grâce et candeur. Pour le Musulman, le plaisir est un article de foi; pour la femme indigène, quelles que soient sa race et sa couleur, le caprice est un besoin , l'inconstance une habitude et un art.

La saison des semailles arrive ; un cheval est attelé à la charme, qui, courant sur le sol, l'écorche à peine. Une main servile jette avec précipitation dans ces raies informes quelques poignées d'orge ou de blé, de millet ou de maïs,

puis la nalure fait de chaque grain une plante, des pailles, des épis.

Quand l'été brûle tout, jusqu'au lit des rivières taries, l'Arabe, suivi de sa smala, se dirige vers le nord. Ce qui lui manque, ou ce que sa fantaisie désire , il rachète. D'où vient la somme qui en est le prix? Nul n'en prend souci. Quand son trésor sera vide, la razzia le remplira. Les tribus ennemies sont l'inépuisable mine ([u'il fouille avec bonheur.

Si, dans le long voyage, on approche du ruban do sable jaune qui marque la place où coulait un fleuve , on prie Dieu et on fait un trou. A un ou deux mètres de profondeur, l'eau se montre. Abandonnés à leur seul instinct, les animaux savent découvrir les lieux où cette eau si désirée se trouve au niveau du sol. Elle abonde dans les contreforts qui limitent les vallées, dans les citernes que le peuple roi a léguées à la postérité qui , ingrate, les dédaigne.

Pendant l'hiver, les visites qu'il avait faites lui sont rendues. Le Tell descend vers les plaines. Les deux populations et leurs troupeaux se mêlent. La poudre chante sans qu'on pense à mal. Comment être joyeux au Désert sans s'exposer à se tuer quelque peu? Les funérailles ressemblent à des fêtes, et on oublie dans le Sahara presqu'aussi vite qu'à Paris.

On veut bâtir, on veut planter, avoir une oasis pour soi tout seul ; on gratte un carré de terre; les récoltes se succèdent deux ou trois fois par année. On creuse un puits, l'eau bondit, et avec elle on a tout: dattes et herbages, fleurs et vergers, céréales et jardins. On dépense quelques boudjoux, et on se donne do l'eunes négresses qu'on ménage comme instruments de travail, dont on abuse comme créatures dépendantes. Les Mauresques ne s'achètent pas. Blanches ou de sang mêlé, elles s'offrent et on les reçoit, inconnues, venant de loin, la liHe cl h cœur pleins tl'nmour,

échappées de la teule où elles n'étaient ui voilées ni recluses, oublieuses du frère sans bonté, du mari sans tendresse. On a des gardes devant la porte de son fort, et leurs armes damasquinées reluisent au soleih On a ses faucons, et on chasse l'oiseau ; ses lévriers , et on lance la gazelle ; ses chevaux, aulhentiquement issus de la jument du prophète , et^ à courre, on force Tautruche.

La guerre et la poésie ont aussi leurs heures. Quand elles viennent, on part, rapide comme la flèche ; on revient, comme un Henri IV , pour dire aux femmes si on a été le battant ou le battu ; on fête les trouvères , on se passionne pour les chances de la lutte de gloire, cette ferraka, cour d'amour de la Barbarie.

Faites donc de l'épicurisme , pauvres riches de la Chaussùe-d'Antin ! Arrangez-vous, à grands frais, des amours faciles , sultans chauves des foyers de nos théâtres ! tous les vices pour lesquels vous vous donnez tant de mal , sur nos boulevards, s'épanouissent dans leur fleur depuis Goudjila jusqu'à Tarzout , depuis Chellala jusqu'à Negrin ; et votre maître à tous par le luxe, les jouissances, le contentement de soi, le dédain de tout ce qui n'est pas lui, c'est l'homme delà tente, le beau, le voluptueux, le brave Saharien.

Un enseignement plus grave ressort de cette pointure dont la (idélité ne nous sera pas reprochée. Ce peuple est heureux, il ne se transforme pas. Sa religion étant fondée sur ce double principe : les intérêts de l'homme ne peuvent pas l'égarer; la satisfaction de tous les appétits naturels est légitime ; il lui est iidèle, et cela se comprend ; elle le pare de la chaîne dorée des passions ; elle élève au rang de ses droits ou de ses devoirs tous les moyens d'acquérir la puissance et le renom, le plaisir et la fortune. Aussi a-t-il notre nation pour maître, sans que rien change dans ses croyances. Nous aurions résolument essayé de le contraindre à offrir à Dieu le sacriiice des jouissances dont le goût nous semble une servitude et une honte, cl tout Français que nous

sommes , nous y aurions échoué. Sachons donc couronner l'éciKice que de belles intelligences conlinuenl à élever , en nous mêlant aux indigènes sans exiger qu'ils se fassent semblables à nous; en leur donnant tout ce qu'ils peuvent recevoir de nos biens matériels, de nos idées fondamentales, sans cesser de demeurer eux-mêmes. Pour tout dire, en un mol, il y a impiété à croire que le petit Désert a été créé comme type de terre maudite ; il y a impiété à ne pas reconnaître que la France accomplit en Afrique la plus belle mission que le génie humain ait jamais tenue de la Providence.

Voici un enseignement plus élevé encore. La course faisait autrefois la richesse de Malte, et l'extermination des intidèles, la gloire de ses chevaliers. Demain Malte préférera le travail au butin , la pratique de la tolérance à la guerre religieuse. H acquittera sa dette envers Dieu et les bommes sur les chantiers et les marchés, dans ses bazars, par des expéditions pacitiqueset lointaines, et son histoire aura d'autres épisodes que les audacieux abordages , les mêlées sanglantes sur les ponts fumants. Le lier gentilhomme ne croira plus que le commerce d importation et d'exportation soit une cause de dérogeance. Il conciliera le culte de la race et l'esprit du siècle , et nous verrons ce que le monde n'a jamais vu : les patriciats de Gêne et de Venise surpassés; le négoce relevé par ce qu'il n'aura plus pour but unique le gain, moralisé par l'union de l'esprit des affaires et de l'esprit de charité.

La règle des autres ordres n'est pas moins caractéristique. 11 y a du mérite à se refuser au monde pour se rendre ^ Dieu ; il y en a un plus grand à se partager entre le monde et Dieu. La vie contemplative ne profite qu'à ceux qui la mènent au fond d'un cloître; la vie saintement passée sur la brèche civile est un bienfait pour tous. Le religieux qui console et instruit un prisonnier , le religieux qui allège la charge du |)ère de famille, tarit la source des pleurs dans les

yeux de l'épouse dont la misère avait desséché ia mamelle , agissent sur les consciences autrement que ne le pourraient faire et les ordres mendiants et les ordres brûleurs , et cette société qui, bravant les arrêts par lesquels elle a été flétrie , la légalité , dont les prohibitions la menacent, grandit sous nos yeux malgré le détestable souvenir des directeurs faciles à l'aide desquels elle a égaré nos rois ; des surveillants altiers dont elle a entouré nos évêqucs ; de la persécution de Port-Royal ; de la révocation de l'édit de Nantes ; des abjurations extorquées aux enfants malheureux dont les pères étaient jetés sur les galères , les mères enfermées dans des couvents, les patrimoines et les serviteurs livrés aux dragonnades.

Grâce à celte réforme féconde , les dernières blessures de l'église gallicane seront cicatrisées, et sa majestueuse hiérarchie deviendra complète.

La Trappe, Saint-Jean-de-Dieu, la Merci et Saint-Eloi seront soumis à la juridiction de l'ordinaire, auront en Afrique autant de provinciaux que nous y aurons de divisions militaires, un général à Alger, un agent-général à Paris, un cardinal français pour protecteur en Cour de Rome.

Malte seul ne relèvera d'aucune autorité épiscopale, et son patriarche prendra rang, à côté de son chancelier, derrière le grand-maître. Seul encore, Malte aura des établissements en France , et ses trois grands bailliages de Provence, d'Auvergne et de France n'y seront composés que de ports de passage , de constructions et approvisionnements maritimes, d'entrepôts pour les marchandises, d'hospices et d'auberges pour ses malades et ses voyageurs.

La Merci aura, dans chacun de ses monastères d'hommes, quarante religieux; dans chacun de ses monastères de femmes, dix-sept religieuses; et de ses maisons de l'intérieur , se détacheront les frères et les sœurs qu'il enverra successivement en mission au dehors.

Le personnel de toutes celles de Sainl-Eloi se dédoublera dans le même but.

Tous ces pieux représentants de la charité chrétienne, tous les infortunés et orphelins qu'ils prendront sous leur aile, seront transportés sur les galères de Malte et internés dans les grands bailliages du littoral africain, jusqu'à ce que les uns et les autres puissent être classés dans les monastères respectifs.

Les enfants nés dans un même département français ne seront pas séparés les uns des autres. Petits garçons et petites filles passeront ensemble les journées du dimanche et des fêtes. Les écoles de la Uerci et celles de St-Eloi échangeront entre elles les enfants dont la vocation serait reconnue contraire à la direction choisie pour eux. L'éducation donnée dans les maisons de St-Eloi aura pour but de former, suivant les aptitudes constatées et les succès obtenus, des concessionnaires cultivateurs, des maîtres valets pour les grandes exploitations rurales, des domestiques pour la bourgeoisie. Si elle amenait le développement de dispositions particulières pour les arts mécaniques ou les professions libérales, les chapitres aviseraient immédiatement, et l'Etat accorderait des bourses dans les instituts spéciaux aux enfants que distingueraient des facultés exceptionnelles.

Des mariages entre les lauréats devenus propriétaires et les jeunes iilles les plus méritantes, seraient contractés à l'âge de vingt-un ans pour les premiers, de dix-sept pour les secondes, et ces âges seraient ceux où les monastères se fermeraient devant les jeunes gens des deux sexes, dont ils auraient assuré l'avenir.

Nous avons expliqué ailleurs pourquoi Malte verrait nécessairement ses cadres se remplir vite, et de quelles ressources matérielles il pourrait user dès le premier jour où sa transfiguration ser.iit saluée par l'Europe; prenons le même soin relativement aux autres ordres.

Beaucoup de molifs sérieux porteront les filles élevées pour le monde à enlrer dans les maisons religieuses où leur vie sera si douce. En France, on se marie peu. L'égoïsmc, le luxe et la vanité y font plus de martyrs que n'en avait fait la persécution des premiers siècles. Plus que jamais la fille bien née, pour qui la maturité de 1 âge est venue, y souffre dans son amour-propre, y cache dans les derniers replis d'un cœur saignant l'amertume que lui cause le vide d'affections exclusives , créé par nos mœurs autour d'elle. Sa famille, source abondante des pures joies de l'enfance, à côté de laquelle elle se trouve bientôt, qui chaque jour se détache d'elle un peu plus, ne lui apporte pas le tribut de ces sentiments profonds et tendres dont une belle et délicate nature ne peut pas se passer. La femme veut sa part de toutes les ardeurs, de tous les dévouements; il faut qu'elle aime et qu'elle se croie aimée ; qu'elle se rende nécessaire, pour qu'elle s'honore elle-même. Sous le joug de l'opinion, par respect pour sa dignité personnelle, elle se résignera à ne pas se parer des noms d'amante et d'épouse; mais sa patience se lassera , son courage tombera , le jour oîi elle se «era dit, comme on se parle quand on se retrouve au sortir d'un songe pénible: La maternité est toute la femme, et, malheureuse! je n'ai pas même un enfant d'adoption ! A cette heure solennelle , elle voudra Dieu pour époux, et elle le voudra avec une énergie d'autant plus grande, que des orphelins, des préservés, des coupables , seront les enfants bien-aimés de son union avec lui. Ayons donc confiance. Les monastères dont les grilles redoutées se fermaient autrefois sur les victimes en pleurs d'un ordre social barbare pour elles, se rempliront désormais de personnes distinguées, y bénissant leur sort, et gardées contre la fragilité humaine par leur inaliénable liberté.

L'exécution de nos plans entraînerait la création d'un assez petit nombre de monastères.

Pour les quarante-deux municipes, grands et petits, les

routes du nord et du sud el le tronçon de Taguin à Boghar, il ne faudra h Malte que 70 commanderies peuplées de 1,610 religieux et de 657 religieuses.

La Merci, qui n'aura pas de nrionastères dans les grands municipps, mais qui en aura sur le littoral et dans les futurs bureaux arabes, aussi-bien que sur des routes de caravanes, suffira à tout avec 60 maisons, 2,400 religieux et 1,020 religieuses.

La Trappe et Sl-Jean-de-Dieu, qui n'auront d'établissements que dans les grands municipes , pourvoiront au service des prisonniers, le premier avec 800 religieux, le second avec le même nombre d'hommes et 340 religieuses.

St-Eloi, qui n'aura de maisons ni dans les petits municipes, ni en dehors du Tell, mais qui en créera dans les treize futurs bureaux arabes, réunira dans 45 monastères 1,800 religieux, 765 religieuses.

235 commanderies ou couvents, 7,410 religieux et 2,782 religieuses, voilà tout ce que le monde et la France catholique seraient appelés à donner à l'Algérie, si, à un même instant, étaient créés ces grands et petits municipes. ces bureaux arabes, et ces routes de caravanes, qui ne nous coûteront pas moins de dix années d'efforts. Il est doncclair que ce ne sont pas les exigences du système qui en compromettront le succès. Il est même permis d'espérer d'un zèle selon la science et la chanté, plus que nous ne lui avons demandé. Assurément beaucoup de bons esprits admettront que l'ordre de St-Eloi n'aura pas seulement 45 monastères en Algérie, puisque le nombre des départements français, dont les enfants trouvés ne seraient pas confiés à la Merci, est de 04. Nous le croyons nous-même, quoique nous ne le disions pas : chaque département voudra voir son nom el la partie la plus généreuse de sa population glorifiés par l'Afrique régénérée.

Les conseils généraux de tous les départements, les commissions adminisiralives de tous les hospices , donneront

à Sl-Kloi et à la Merci ce qu'ils portent aujourdliui à leurs budgets au compte des enfants trouvés âgés de plus de douze ans. L'Etat donnera à la Trappe et à St-Jean-de-Di<»u une somme tout au moins proportionnelle à celle qu'il alloue aux entrepreneurs des services des maisons centrales. L'association de la foi se montrera , à elle seule, plus libérale envers ces quatre ordres que les départements, les hospices et l'Etat. Voilà des ressources acquises; mais la plus ample et la plus assurée de toutes, c'est le produit de la souscription à un sou qu'ouvrira la propagande de la paix , du travail, de la propriété; l'ennemie éternelle des révolutions par la violence, de la démocratie par le socialisme ou le communisme. Les deux écoles seront en présence, usant du même moyen sur les masses , el nous verrons qui , des croyants aux traditions libérales, ou des hommes d'Etat dont la protection a couvert l'assassin du comte Rossi , recueillera les plus abondantes offrandes.

Les dix-neuf maisons conventuelles de St-Eloi, sur la fondation desquelles il semble raisonnable de compter, ne pourraient pas être placées plus convenablement que dans les bassins de la Seybouse et de l'Oued-Guebli, en Bône ; de l'Oued-Rebir et du Bousselam, en Sétif; du Sahel et du Cliélif, en Alger ; de l'El-Riou et de la Mina , en Oran.

Ce secours complémentaire sera ou ne sera pas donné par la France catholique à la civilisation africaine; mais une création d'un autre ordre nous viendra en aide pour rendre le travail, la propriété el le commerce de plus en plus chers aux indigènes.

Le IMrsuLMAN pauvre est contraint par la force des choses à se placer sous le patronage d'un grand qu'il aide à s'enrichir, et qui lui impose une condition presqu'aussi^nisérable que celle dont il était sorti.

• Cet homme , appelé par nous à la possession d'avantages pour lesquels il n'était pas fait, sera, à partir du moment où la propriété lui aura révélé le prix de l'indépendance , el

inspiré l'amour du travail, devenu, soit qu'il le comprenne, soit qu'il ne s'en doute pas, membre de notre société.

Pour le riche et le noble, les charges du protectorat et de la représentation ont toujours été lourdes; elles vont croissant, et les moyens d'y faire face diminuent. Il s'en est aperçu à temps, et il s'ingénie à produire pour acquérir, à trafiquer pour ne pas déchoir.

Ce noble et ce riche a toujours eu de la terre autant qu'il en a voulu ; il use d'elle comme de ses serviteurs, sans que son pays ou ses frères en retirent le moindre avantage. Acacceptons les faits accomplis, mais disons très-haut que le domaine de la France est ce qui reste de cette terre qu'on ne sait pas même remuer; ce qui reste de cette race, que le découragement, l'ennui, la misère, n'ont que trop décimée.

Quand elle s'emparera de ce double et beau domaine , la France s'attirera des bénédictions nouvelles.

La culture et le parcours ne s'étendent que sur une trèspetite partie du territoire des tribus. Le droit musulman reconnaît, en principe, la propriété indivise ; à titre d'exception, la propriété personnelle. La réunion d'un certain nombre de melk. quand elle affecte un caractère fédéral quelconque, s'appelle belad. Laissons à chaque tribu vingt fois plus de terre qu'elle n'en utilise; respectons religieusement tous les melk; en mtMiie temps, sachons user de la faculté que nous nous sommes à si bon droit réservée de disposer, dans l'intérêt général, du sol dont personne ne jouit, et des gerçures duquel s'échappent les miasmes qui sont comme le châtiment de la stérilité dont il s'indigne.

Slr ce sol peuvent être créés des centres de population exclusivement musulmans, composés de cent chefs de famille, dotés chacun d'un melk de dix hectares, groupés autour d'un chef désiré par eux, institué par nous. Ce centre serait le belad de la tribu, du territoire de laquelle il aurait 4*'té démembré; ce chef serait un Sidi-el-Belad.

C^p dernier s offrira à nous, ou nous irons au devant de

lui; rien n'est plus indifférenl. Il est prêt à nous s«rvir, impatient de répondre k la confiance de ses partisans. (]'est UB homme de race, bien doué, ambitieux d'une position élevée, ayant du prestige et de la richesse, voulant être chef et sachant J'être. Nous le voyons d'ici, il espère, il attend.

Le corps dont il deviendra la tête et le bras, sera placé à une des extrémités de la tribu qui lui laissera son nom. Il sera séparé du territoire demeurant à celle-ci par de grandes concessions européennes. Aux mille hectares répartis entre ses 4.'ent chefs de famille, on en ajoutera cent pour le Sidi, cinquante pour la Zaouïa , autant pour le Cheik , autant pour le Cadi, Cent hectares seront couverts de bois, six cent cinquante seront affectés au parcours , au marché , au douair, aux établissements publics, aux places, aux rues, aux chemins. Une surface de deux mille hectares se trouvera ainsi transformée sans qu'il en coûte absolument rien h l'État.

La population enlevée par une prévoyante sagesse au milieu dans lequel elle était perdue, ne s'imposera pas le moindre effort pour se soumettre de bonne foi à des règlements municipaux tels que ceux-ci :

Sa djemmaa sera composée d'un marabout ou d'un iman, du cheik, du cadi , et de dix notables choisis par eux et le Sidi. L'étal civil sera régulièrement tenu, suivant les prescriptions de la loi française, par le cheik. La vaccine sera j)raliquée, sans exception, en temps convenable, sur les nouveaux-nés, et sur les enfants ou les adultes qui, dans le passé, auront été soustraits à sa bienfaisante influence. La propriété concédée à chaque chef de famille , sera possédée et aliénée selon la loi française, transmise héréditairement selon le droit musulman. Elle ferait retour à l'Élat dans les cas de trahison constatée, de délaissement volontaire, de fuite après un crime, ou une condamnation pour délit non exécutée , d'absence prolongée sans motifs connus , de non accomplissement des conditions mises k l'octroi de la propriété. La dotation de la zaouïa sera perpétuelle, celle des trois

fonclionnaires attachée à l'exercice de leur m.indnt public. Kile serait perdue pour eux en môme temps que ce dernier. L'une et l'autre pourront passer à leur descendance. Melk et dotations seront entièrement couverts de maisons, de hâtiments ruraux, vergers et cultures. A cause des fruits qu'ils en retireront, le sidi, le clieik, le cadi, le ministre du culte, ne recevront de l'État aucun traitement ni allocation. Tous les actes de leur ministère seront gratuits. Ils seront déchargés de toute espèce d'impôts. Le produit intégral des amendes prononcées par eux sera versé au trésor. Aucune taxe ne pourra être levée, soit par eux, soit par la djemmaa, sans l'ordre de l'autorité française. L'éducation primaire sera donnée gratuitement, dans la zaouïa, aux petites filles ainsi qu'aux petits garçons, sans exception aucune, et conformément au programme arrêté par notre Gouvernement. La concordance entre nos poids et mesures et ceux à l'usage exclusif dos indigènes, sera affichée dans le marché et dans les prétoires. Les formules des deux systèmes seront énoncées dans toute convention civile ou commerciale écrite. Les nôtres seront seules appliquées en cas de contestation.

Rien dans cet état de choses ne jette les Arabes en dehors de leur hiérarchie, de leurs préjugés, des idées qui leur sont familières. Il est donc impossible que les forces vives des tribus n'aillent pas se consoler dans les belad de la privation des exploits guerriers, et que des associations de cette nature ne se détachent pas des masses actuelles comme des essaims s'envolent d'une ruche.

Plus ces associations seront nombreuses, plus sera grande l'activité du commerce colonial. Avec le produit de dix hectares et la jouissance d'un parcours considérable, l'Arabe aura toujours des céréales et des têtes do bétail à vendre , et la France achète h l'étranger tout ce que l'Algérie produit.

La création des municipcs sera un stimulant à l'organisation des belad. Il n'y a rien à précipiter. Les indigènes, aux(|uels le joug des grands chefs pèse trop, ne manqueront

pas de se soustraire à une suprêmalie inconimodo. en s'élablissant dans des centres de celte espèce.

Le but à atteindre serait complètement manqué si un antagonisme se déclarait entre les tribus et leurs belad. Les deux groupes seront maintenus dans les rapports qu'entretiennent aujourd'hui les diverses sections dune même tribu, et il n'y aura de rompus que les liens matériels.

L'Algérie compte un millier de tribus dans le Tell. Parmi elles quelques-unes ont un territoire si exigu , une population si petite, qu'il n'y a rien à en attendre. Pour d'autres causes, il faut peu compter sur les tribus kabyles, il est néanmoins facile de se rendre raison du déclassement d'hommes et de choses qui peut sortir de la pratique du système que nous venons d'esquisser. Certaines tribus ont 1,830 et 3,500 âmes, réparties sur des surfaces de 14,400 et 144,000 hectares, et d'autres possèdent jusqu'à deux millions d'hecares, couverts par une population de 48,000 el 64,000 individus.

Si ce que nous regardons comme favorable nous trompait, les belad ne s'en constitueraient pas moins. L'Algérie renferme des territoires qui suppléeraient à ceux dont les tribus ne se dessaisiraient pas, et leur état les rend parfaitement propres à cette destination. Théâtres de luttes prolongées et sanglantes, ils ont été abandonnés à la suite <l'un accord tacite entre les ennemis fatigués de se vouer au deuil el à la ruine. Gourbi et tentes se sont éloignés assez pour que la fumée des uns ne fût plus aperçue par les habitants des autres, et on évite de traverser les solitudes créées de la sorte. Elles sont comme si elles n'étaient pas. Champs de désolation et de mort î la France va vous toucher, et des cultures remplaceront vos herbes parasites, et le bruit du vent dans le feuillage, ou le chant du laboureur, succéderont bientôt au silence morne, aux cris lugubres des oiseaux de proie !

La création des belad aurait pour le trésor des résuliàts qui ne seraient pas sans importance.

Les cent trois propriétaires qui seraient établis dans chacun d'eux auraient acquitté, avant leur changement de condition, h titre de lesma , d'eussa et de taxe d'habitation , 1,854 fr., et les deux mille hectares a eux affectés, auraient produit un hokor de 500 fr. Les deux sources de revenu auraient donc représenté 2,354 fr.

Dans le belad, cent propriétaires acquitteront, 1" une contribution de 7,450 fr., y compris un zekket liquidé à 25 fr. par cote individuelle, sans préjudice à la faculté toujours ouverte de le payer en nature ; 2° pour les bois et les terres de parcours, 187 fr.; au total , 7,637 fr.

La différence entre les deux masses étant de 5,283 fr., malgré les exemptions accordées aux quatre personnage» importants du belad, le revenu public se trouvera augmenté, quand dix belad seront organisés, de 52,830 fr. , et quand il en existera cent, de 528,300 fr.

Le moment est venu pour nous d'examiner les questions qui se rattachent à la future organisation des pouvoirs.

Nous n'avons rien à objecter contre les conséquences de la division du pays en territoire civil et en territoire militaire, contre le régime auquel sont soumises les enclaves de l'un et de l'autre, contre l'action respective ou combinée des préfets et des commandants supérieurs. Sa base admise , et elle est de nature à l'être , le système est logique, il fonctionne convenablement.

Quelle différence, au fond , existera entre le gouvernement général d'aujourd'hui et la vice-royauté de demain? Voilà ce que nous avons hâte d'examiner , car c'est un mai réel que la divergence des opinions sur ces deux points : la haute direction doit-elle émaner de l'autorité militaire ou de l'autorité civile? avoir son centre à Paris ou dans la capitale même de la colonie ?

Qu'est-ce qu'un gouverneur général? Un haut fonction— naire relevant du ministre , dont la responsabilité est seule engagée devant le chef de l'Etal et devant l'opinion, parles actes de son subordonné.

Qu'est-ce qu'un vice-roi? Le titulaire d'une dignité plus encore que d'une fonction, le grand officier de la couronne qui seul participe de la nature du souverain, et qui, par conséquent, ne voit au-dessus de lui que ce dernier.

Le vice-roi de l'Algérie peut-il être ce qu'ont été le prince Eugène à Milan, le prince Constantin à Varsovie? Non. Le royaume d'Italie , le royaume de Pologne étaient des souverainetés complètement distinctes des empires qui , en même temps qu'eux , se trouvaient placés sous la domination des porteurs de leurs couronnes. L'Algérie n'est pas une nationalité indépendante de la nôtre; elle n'est qu'une région. Les princes Eugène et Constantin avaient des niinistres , le vice-roi de l'Algérie n'en peut pas avoir. Les vice-rois d'Italie et de Pologne n'admettaient pas d'intermédiaire entre eux et les empereurs dont ils relevaient; le vice-roi de l'Algérie n'étant pas un ministre, ne peut pas correspondre directement avec le chef de l'Etat, et étant dans la hiérarchie des pouvoirs, supérieur à un ministre, il doit être affranchi de l'autorité de ce dernier. Dispensé de demander des ordres et des instructions à aucun secrétaire d'état, il sera soumis à un contrôle direct aux lieux où tous les fils de la centralisation administrative aboutissent pour se rattacher entre eux. Dépositaire du pouvoir, non-seulement d'administrer, mais de gouverner sur pl.ice, il aura à présenter un exposé périodique et complet de ses actes à un des membres du cabinet.

Nous disons àiin des membres du cabinet, et non pas à celui des ministres au département duquel correspondront les affaires traitées, les intérêts réj^lés, les personnes discutées; parce que nous repoussons la doctrine qui compte

beaucoup de parlisans, et parait ce qu'elle n'esl pas, ralioQiielie el pratique.

Dans aucun temps, il ne sera ni logique, ni utile, de scinder l'apprécialioD, à Paris, des affaires el des tendances, des besoins el des passions de l'Algérie.

Lorsqu'il s'agit de services soumis à une comptabilité, à une législation uniformes, dirigés par des fonctionnaires, les mêmes partout, ayant partout la même mission à remplir, les choses peuvent se passer comme on voudrait qu'elles se passassent pour l'Algérie ; mais dans cette colonie, tout est distinclion , exception , complication ; tout est dominé par des différences de lieux, de races, de coutumes , de juridictions, de textes. Si le vice-roi de l'Algérie avait à diviser son travail entre les dix portefeuilles de la métropole, il faudrait que chacun des dix ministres commençât par apprendre et par faire apprendre au-dessous de lui , tout ce dont le dépositaire de l'autorité locale ne se pénètre qu'après un labeur sérieux et pénible. Il serait dangereux de le tenter , il est déraisonnable de le conseiller.

Sans unité , il n'y a rien de possible, soit pour un gouvernement, soit pour une administration, et l'unité doit se trouver dans le contrôle aussi-bien que dans la direction. Si le dépôt de la pensée et de la tradition gouvernementales de l'Algérie était confié à dix ministres au lieu de l'être h un seul, ce dépôt ne serait pas gardé de la même manière par chacun des conseillers de la couronne ; cette tradition serait appréciée diversement dans leurs bureaux. Les lenteurs d'abord , les conflits ensuite, le désordre , la neutralisation des forces, l'impuissance la plus radicale enfin, obligeraient bientôt à rentrer dans le simple et dans le vrai.

Chargé du gouvernement de l'Algérie, le ministèrede la guerre a noblement porté ce lourd fardeau. Il ne faudrait rien moins que des hommes d'élite, ils sont toujours rares ; des efforts puissants, il est sage de ne pas trop compter sur

eux quand il s'agil de bureaux; un temps Irès-lonj; . nous n'en avons plus à perdre ; pour -créer les dix appareils adininislralifs par lesquels serait remplacée Tunique direclion qui, aux applaudissements de tous, fonctionne avec tant de promptitude et d'habileté sous la vigoureuse impulsion d'un générai sachant vouloir et commander, après avoir su apprendre et obéir. Ne pensons donc pas à autant de directions des affaires de l'Algérie, que nous comptons de portefeuilles; ne pensons pas davantage à déposséder le département de la gi^erre d'une de ses plus précieuses attributions. C'est assez de lui enlever l'initiative dont il a bien usé. Le foyer étant déplacé, le rayon partira d'Alger et n'ira frapper à Paris qu'un simple réflecteur. Sans doute on ne verra pas toujours l'hôlel de la rue Saint-Dominique occupé par des Trézel et des Cavaignac , des Lamoricière et des Ru- Ihière, desd'IIautpoul, des Randon, des Saint-Arnaud, mais l'ensemble des idées et des faits de l'Algérie ne peut être saisi complètement et d'une manière utile que là. Lorsque les convictions du ministre ne seront plus en harmonie avec celles du vice-roi, la lumière s'y fera vite , et l'Empereur pourra toujours opter en parfaite connaissance de cause entre les unes et les autres.

Ce système permettra de prendre un vice-roi dans la vie civile ou dans les rangs de l'armée. Quand ce dernier ne sera pas homme d'épée, il aura à sa droite, au conseil et partout, un commandant général de nos forces en Afrique. Dans le cas contraire, il aura sous sa main la guerre comme l'intérieur. H est manifeste qu'il appartiendra tantôt à l'une, tantôt à l'autre partie de la grande famille, sans que la condition des fonctionnaires de la colonie cesse d'être la même. Le vice-roi aura des emplois à donner, il demandera aux ministres compétents des hommes ayant leur confiance. Il aura des emplois à retirer, il rendra aux ministres qui avaient mis leurs titulaires à sa disposition, les subordonnés dont il

n'agréera jjIiis les services. L'état de ceu\-ei ne sera pas perdu ; leur résidence sera seule changée.

AupuÈs du gouvernement général est institué un conseil composé de hauts fonctionnaires , et dans le sein duquel se traitent, à la suite de rapports spéciaux, les matières dont il est appelé à connaître. Celte institution laisse peu à désirer. Les races indigènes n'y comptent aujourd'hui aucun représentant direct; celle étrange lacune pourrait êlre comblée, et il est facile autant que juste de faire cesser un légitime sujet de mécontentement et de défiance .Pendant que la guerre était notre état habituel sur le sol africain, l'exclusion qui subsiste encore , trouvait dans la nécessité une explication trop acceptable. La paix, la sécurité, l'ordre, nous avons dit pourquoi , se raffermiront de plus en plus ; ne craignons pas de nous montrer sympathiques pour ceux qui s'interdisent la révolte de l'ingratitude. Convaincus de leur loyauté, associons-les à l'étude des intérêts qu'ils comprennent déjà. L'Arabe est fidèle à sa parole; il sait garder uu secret, nos dignités le fascinent. Tous ceux de ses frères qui nous ont trahis sont allés à la ruine et à l'expiation; tous ceux qui nous onl servis avec honneur sont traités à l'égal de nos nationaux eux-mêmes. Le moment est donc venu de donner des sièges dans le conseil du gouvernement, à côté de Tévèque, au grand rabbin ; à côté du chef d'étal majorgénéral, au marabout le plus vénéré du pays.

Le général, chef de l'arme du génie, est membre da conseil ; le général , chef du service de l'artillerie, ne l'est pas. Celte différence entre les commandanls de deux armes savantes, entre les titulaires de deux fonctions dont le relief est le même, ne semble pas pouvoir se perpétuer.

Le chef du bureau politique des affaires arabes, commandant supérieur des goums, apporterait au conseil un précieux contingent de faits, d'observations, de récits. Sa présence et son concours v sont donc nécessaires.

Le secrétaire général du gouvernement , chef de tous les services civils, y représente tous les directeurs d'administration ; on n'a pas eu à le regretter dans le passé , on en souffrirait certainement dans l'avenir.

Trois hauts fonctionnaires civils manquent à la hiérarchie coloniale, nous voulons parler des directeurs généraux de la comptahilité, de la statistique, de la caisse centrale de l'Algérie. Au bureau d'un conseil de gouvernement doivent toujours être assis, et prêts à éclairer par des chilTres toutes les questions posées, l'homme public ayant pour mission d'appatroner les ordonnancements de dépenses et les crédits ouverts , les espèces en caisse et les sommes à employer ; l'homme public tenant à jour les rôles , les états , les tableaux, se référant à tout ce que les écritures officielles peuvent atteindre et certifier ; l'homme public chargé de la garde et de la gestion du trésor colonial dont nous exposerons bientôt le mécanisme et la puissance.

Si l'institution des ordres religieux réalisait nos patriotiques désirs , personne ne se refuserait à reconnaître que le délégué du grand maître de Malte, et les généraux de la Merci, de la Trappe, de Saint-Jean, de l'Oratoire et de Sainttloi , donneraient, en prenant une part dans l'accomplissement de son mandat, à une assemblée investie du respect de tous, une autorité et un éclat nouveaux.

Si le nombre des rapporteurs au conseil était augmenté dans la même proportion que celui des provinces, le mémo rapporteur serait chargé de toutes les affaires intéressant la même contrée, et on aurait beaucoup à s'en féliciter.

Les chefs des divers services qui n'ont pas entrée au conseil, sont notamment les directeurs des domaines, des doua-, nés, des forêts, des contributions diverses, les ingénieurs en chef des ponts-et-chaussées et des mines. Nous voudrions qu'ils fussent élevés au rang de directeurs généraux . tout en demeurant placés sou? le? ordres du secrétaire général.

Nous examinerons de plus près l'orgaiiisalion de la magistrature, celle du corps enseignant et celle de notre armée.

L'Algérie a été dotée d'une Cour d'appel, de six tribunaux de première instance et de quinze justices de paix, aux travaux desquels participent des assesseurs musulmans.

Sa Cour se compose d'un procureur général, chef du service de la justice, membre du conseil du gouvernement; un président, un vice-président, deux avocats-généraux, douze conseillers, deux substituts, un greffier en chef.

Ses tribunaux ont pour sièges Alger, Blidah, Oran, Bône, Philippeville et Constauline.

Les justices de paix sont instituées dans ces dernière» villes, et, en outre, à Douera, Koieah, Vlédéah, Ténès, en Alger; Moslaganem , TIemcen , Sainl-Cloud, en Oran , et Guelma, en Constantine.

Si le personnel de la Cour suffit à sa tâche , c'est parce que la plus vitale des attributions judiciaires n'est pas encore le partage de la magistrature assise.

Dans le ressort d'Alger, cet état de choses est abusif el dangereux, l'exercice et la disposition de l'action publique appartiennent exclusivement aux officiers des parquets. Ceux-ci requièrent des poursuites contre un inculpé; ils les apprécient ensuite sans le concours d'aucune chambre du conseil. Us saisissent enfin , quand et comme ils estiment qu'il y a lieu , le juge ayant compétence pour connaître du crime auquel ils ont seuls donné une qualification. Même à l'audience, et jusqu'à ce qu'un jugement ou un arrêt soient prononcés, il leur est loisible de mettre au néant ou de suspendre toute information.

Ce pouvoir sans contre-poids ni contrôle juridiques est effrayant, moins pour le justiciable sur lequel il plane, que pour le magistrat qui en est investi, et nous ne connaissons pas un seul homme, comprenant le poids de la loge, qui no forme avec ardeur le vo'u de sn limitation.

Les faits rrprorhcs . Irur oxistonce , leur criminalité , les

éléments d'excuse ou d'atténuation qu'ils présentent , sont appréciés, avec le scrupule le plus complet, par ceux qui s'acquittent seuls et dignement du double devoir qui se partage en France ; mais la question n'est pas là,

La magistrature assise, qui n'a pas été appelée à émettre un avis préalable sur les résultats de l'information ; à imprimer une qualification doctrinale aux faits qui y ont donné lieu ; à couvrir de sa sauvegarde les inculpés qu'elle croirait indûment poursuivis; reprend tout le travail fait. Avant l'audienee, un de ses membres le soumet à un examen méticuleux. En présence du public, il en rend à ses collègues un compte détaillé. Jusqu'à ce moment, certaines garanties de droit commun avaient manqué à l'accusé; malgré eux, tous s'en émeuvent et s'en inquiètent. On hâte lentement le débat oral ; on prend en très-grande considération l'emprisonnement préventif, plus cruel et plus long en Algérie qu'ailleurs , et on arrive souvent à l'application de pénalités qui, en PVance, paraîtraient légères, même à ceux qui le comprennent le mieux : sous un ciel de feu , la répression doit être adoucie , et le corps de justice , dont un jury n'allège pas la responsabilité par ses déclarations, tient à honneur de traiter le coupable qu'il frappe, avec une sévérité moins grande que celle dovant laquelle ne reculerait pas une des Cours d'assises de la métropole.

Tous les tribunaux du ressort, à l'exception du siège de Biidah, connaissent aussi des causes criminelles; mais ils ne les jugent qu'à charge d'appel, en sorte que les condamnés des provinces d'Oran et de Constantine obtiennent que la Cour procède à la révision de leurs procès, tandis que les condamnés de la province d'Alger se trouvent atteints par une sentence définitive.

Les accusés sont transportés des points les plus éloignés du Tell dans la capitale de la colonie. Souvent les témoins les y suivent, après avoir comparu devant les juges du premier dcgrc. On \oit alors se produire d'inévitables dommages

— Mil —

pour les tiers, mêlés, à un titre <|uelronque, à ces débats, dont le théâtre est tantôt à une extrémité, tantôt à une autre extrémité de nos possessions , et des liquidations de frais de justice véritablement énornjes, presque toujours retombant à la charge du trésor.

Il est urgent de modifier une telle situation , et elle demeurera irrémédiable aussi longtemps qu'on n'augmentera pas le personnel de la (^our d'Alger d'un vice-président et de huit conseillers.

Grossie de ces neuf magistrats, cette compagnie compterait seulement trois conseillers de plus que la Cour de Baslia , dont le ressort comprend le seul département de la (iOrse , et elle aurait le même nombre de présidents que cette dernière.

Ces rapprochements suffisent pour ôter toute valeur à l'objection qui serait tirée de l'élévation de douze à vingt du nombre de ses conseillers. Ce sont bien neuf magistrats qui sont nécessaires à l'expédition des affaires en Algérie, et les preuves en abondent.

On y juge maintenant au civil à cinq voix, et les procès de cette nature ne sont vidés en France qu'entre sept opi- Jianls au moins.

Avec trois présidents et vingt conseillers, il n'y a de possible que la formation de deux chambres. Quant à une d'elles auront été attachés huit conseillers, et à l'autre sept, il ne restera que cinq magistrats pour les présidences d'assises dans les cinq provinces.

Toutes les Cours de France, celle de Bastia exceptée, ont leurs chambres composées d'un nombre de magistrats plus considérable, et il est évident que, même aux époques où les sessions d'assises ne seront pas tenues, la force des chose* réduira presque toujours au minimum de sept, le nombre des magistrats siégeant dans les chambres de la Cour d'Alger.

Alin dnssurcr le service, snns le rendre trop pénible pour

le» conseillers d«nl l'élal de sauté ne contiendra p;is le zèle,, il sera indispensable de charger la seconde chambre de l'expédilion de tniis rôles, celui des affaires urgentes, celui des affaires de police correctionnelle, celui des mises en accusation, car il est absolument impossible' à un magistral de tenir habituellement, sous le ciel d'Afrique, deux audiences par jour, ou une audience chaque jour.

Les audiences de cette chambre seront toujours très-chargées, et, le plus souvent, le service des mises en accusation remplira des heures destinées au repos.

La tâche des présidents d'assises sera exceptionnelle encore. Leurs sessions devront se succéder de deux mois en deux mois, et non pas par trimestres, pour deux motifs, graves l'un et l'autre.

Peu de crimes se commettent dans le ressort, quand les grandes chaleurs y sévissent, et la magistrature algérienne, qui n'a pas de vacances, suspend réglementairement ses audiences, du 20 juin au 10 juillet, du 20 juillet au 10 août. Il serait sage, à tous égards, de décider qu'elle entrera eu vacances, pour deux mois, depuis le l*""" août jusqu'au 1" octobre, et que les fériés en usage dans les compagnies de la métropole, à Pâques et à la Pentecôte, seraient compensées pour elle par un repos unique, commençant le 20 juin, finissant le 5 juillet.

Les présidents d'assises tiendraient leurs sessions pendant les huit premiers mois de l'année judiciaire, sans que l'inconvénient le plus redoutable de tous, celui de la prolongation d'un emprisonnement préventif, pût se produire autrement que comme fait accidentel pendant les quatre autres mois. Nous entendons que chacun de ces cinq présidents ferait son service dans la même province, pendant une année entière, s'y transportant successivement de siège en siège, n'ayant à adresser à la chancellerie qu'un seul rapport, et après le 1" juin.

Les hommes habitués au maniement des choses et de la

comptabilité judiciaires, ne regarderool pas comnie un obstacle insurmontable à des réformes si désirables, l'augmentation de crédits qui serait leur première conséquence.

Qu'est-ce que les 58,000 fr., montant des traitements du vice-président, des douze conseillers et du commis-greflier. dont l'institution est nécessaire?

N'hésitant pas plus sur les questions d'argent que sur les diflicultés d'un autre ordre, nous croirions manquer à un devoir, si nous ne protestions pas, au momenl où nous espérons une augmentation de travail pour eux, contre la diminution du traitement des substituts du procureur général.

Ces deux magistrats , avant la révolution de février, recevaient du trésor 5,000 fr.; ils touchent 4,500 fr. Aussi longtemps qu'on ne reviendra pas sur la mesure inconsidérément prise par le gouvernement provisoire, tous les procureurs de la République du ressort achèteront, par un sacrifice annuel, l'honneur d'appartenir à la Cour en qualité de substituts, tandis qu'en France les chefs de parquet près les tribunaux de dernière classe obtiennent un avancement de cette nature sans voir diminuer leurs revenus.

Le crédit à ouvrir serait donc de 59,000 fr., et non pas de 58,000 fr., en ce qui touche la Cour d'Alger.

Les tribunaux du ressort, en connaissant, à la chambre du conseil , des procédures suivies au grand et au petit criminel, gagneraient un surcroit de travail dont ils seraient fiers, et le retour au droit commun rendrait indispensable une augmentation dans leur personnel.

Plus les compagnies judiciaires gont nombreuses, plus leur zèle est actif, plus leurs études sont fortes, plus leur autorité sur les justiciables est grande, plus enfin l'esprit de corps, dans ce qu'il a d'élevé et de fécond, les inspire heureusement. Au surplus, que signifie l'accroissement de dépenses dont nous allons parler, quand on le met en regard et des économies qui seront obtenues sur les taxes liquidées au profit des témoins ou à l'occasion des conduites d'accusés,

©t de la (liininutiuii du lein()s employé aux informations criminelles, et du temps à passer dans les liens de l'omprisonnement préventif?

Chacun de ces tribunaux , celui d'Alger laissé k l'écart , se compose aujourd'hui d'un président, un juge d'instruction, trois juges, un procureur de la république et un substitut. Le service des audiences civiles serait donc à peu près impossible pendant les sessions d'assises.

Des juges suppléants leur manquent à tous ; il est donc facile de résoudre le problème qui consiste à ménager les intérêts du trésor, en mettant les justiciables à l'abri de toutes lenleurs dans 1 expédition des affaires.

Deux juges suppléants par siège suftiraient pour que la cour d'assises et la chambre civile fonctionnassent en même temps. En chargeant spécialemanl l'un d'eux des procédures d'ordre et de distribution, et en attachant l'autre au parquet, on obtiendrait des améliorations véritables.

L'Algérie fournit à grand'peine des suppléants à ses juges de paix ; elle ne peut donc recevoir que de la métropole les suppléants qui entreraient dans les tribunaux de première instance.

Un traitement sera attaché aux fonctions de ces derniers. En France elles sont gratuites, parce que les membres d'un barreau nombreux et éclairé s'y disputent l'honneur de les remplir de loin en loin, pendant quelques heures. Elles réuniront dans la colonie tous les caractères des suppléances dont sont titulaires les magistrats composant les chambres temporaires de première instance dans la métropole.

Dix-huit cents francs seraient une rémunération équitable pour les jeunes gens destinés à devenir , aussitôt que leur noviciat judiciaire serait achevé, que leurs preuves d'aptitude auraient été faites, juges de paix, substituts ou juges.

Aujourd'hui, ces importants mandats sont nécessairement confiés à des hommes, nouveaux-venus dans un pays où personnes et choses «ont d'une si difficile pratique, que la

conscience se trouble et la responsabilité se sent trop engagée, jusqu'à ce qu'on les ait étudiées par soi-même. ;*, Grâce à la création des juges suppléants, des règles d'avaucement pourront être définitivement arrêtées, et le niveau moral de la magistrature en sera sensiblement élevé.

Les ressorts des tribunaux actuels sont d'une telle étendue, que ces sièges sont inabordables à la plupart des justiciables. Dans beaucoup d'arrondissements, on est en France trop près de son juge ; presque partout , en Algérie, on en est beaucoup trop loin. Les frais, les délais plus redoutables qu'eux, s'en accroissent outre mesure, et les intérêts les plus chers, notamment en matière d'expropriation et de faillite, de séquestre et de ventes de biens de mineurs, d'ordres et de liquidations de succession , en sont compromis de la manière la plus regrettable. La province d'Oran n'a qu'un seul tribunal , et elle couvre dans le Tell une surface de 35,000 kilomètres carrés! La province d'Alger, un peu moins mal partagée, n'en a que deux ; celle de Conslantine en a trois, et, dans le Tell seulement, elle se compose de 73,000 kilomètres carrés! Nous voudrions que, sous ce rapport, les trois provinces n'eussent rien à s'envier l'une l'autre, et que le Gouvernement instituât des tribunaux à Milianab, en Alger ; à Mostaganem et à TIemcen, en Oran. Chacun de ces sièges donnerait lieu à une dépense de 37,600 fr. Ce total excède de 5.100 fr. le crédit ouvert aux autres tribunaux, parce que nos calculs comprennent les traitements de deux juges suppléants et d'un deuxième commis greffier.

L'introduction de ces magistrats et officier ministériel dans les tribunaux de Blidah, Oran, Rône, Philippeville et Constantine, entraînerait par conséquent une augmentation de dépenses de 5,100 fr. pour chacun do ces derniers.

On peut maintenant choisir entre l'intérêt des justiciables, la dignité delà magistrature, les garanties de droit commun dans les informations criminelles , la célérité dans

les procédures civiles qui ne comportent pas de retard , la suppression du privilège de l'appel pour deux séries de condamnés, el un accroissement de dépense de 197,300 fr.

Aucun siège de juditature n'existe dans les vastes contrées que commandent, sur le littoral, Dellys, Bougie, Djijelli, Collo ; dans l'intérieur du pays, Sétif, Bathna , Bousada, Biskara.

Cet état de choses parait anormal ; mais nous nous empressons de reconnaître que les justices de paix elles-mêmes ne peuvent être érigées que dans les centres où l'élément européen présente une certaine cohésion, où la propriété et l'industrie ont pris un développement sérieux.

Ces conditions n'ont été remplies complètement dans le passé, ni par ces places , ni par celles de Cherchell et Orléansville, en Alger; Mascara et Sidi-Bel-Abbés, en Oran. Entre le refus de ce qui est indispensable et l'octroi do ce qui n'esl pas absolument nécessaire , il est un milieu dans lequel un gouvernement aussi éclairé que le nôtre sait toujours se renfermer-

• ^e qui semble le plus opportun el le plus sage, ce serait l'institution, dans chacune des deux provinces de Sétif et de Tileri, d'un tribunal unique, composé autrement que ceux pour lesquels nous venons de demander une augmentation de personnel.

Ces nouveaux sièges seraient établis à Sétif et à Aumale; leur ressort ne s'étendrait pas, quant j présent, au delà des limites du Tell, et la justice serait administrée : par eux, selon le droit commun; pour eux , en vertu de délégations permanentes, ei de manière à rendre inutiles des créations de justices de paix.

Leur juridiction s'exercerait sur des territoires déclarés ou réputés civils, et formés des villes et banlieues de Sétif, Bougie et Djijelli, en Sétif; d'Aumale, Boghar et Tiaret, en Titeri. Plus tard, il en serait de môme pour Bathna et Bousada, pour Taguin et Kzar-Zaccar.

Ils auraient deux assesseurs, un substitut, un commisjj'reflier et deux interprètes de plus que les autres tribunaux. Chacun de ces derniers donnant ouverture à un crédit annuel de 37,600 fr. ; le personnel de chacun des sièges de Sétif et de Tileri entraînerait une dépense de 45,700 fr.

Pour nous renfermer dans ce total, il a fallu réduire le traitement de l'interprète en litre de 2,400 fr. à 2,000 fr., et créer des emplois d'interprètes adjoints, ayant le même traitement que les commis-greffiers.

On va voir que ces sièges tiendraient lieu de six tribunaux de première instance et d'autant de justices de paix. Affecter 91,400 fr. à leur organisation, c'est donc échapper pour longtemps à une dépense qui s'élèverait jusqu'à 245.700 fr.

Le président, le juge d'instruction , le premier juge, le procureur de la république et les deux suppléants composeraient la section sédentaire du tribunal. Un juge et un substitut, délégués, le premier par le tribunal, le second par le procureur de la république, iraient s'établir dans les résidences qui leur seraient assignées.

Ils y seraient suivis par un assesseur, un commis-greffier et un interprète adjoint. A Bougie et à Djijelli, à Boghar et à Tiaret, ils jugeraient et concluraient au civil et en police correctionnelle, ils instruiraient et requerraient au grand et au petit criminel, chacun dans sa sphère d'action, et en usant de la plénitude des altributions que leur compagnie ou ses chefs tiendraient de la loi.

Ils cloraient leurs informations criminelles par des rapports écrits, et sur les dossiers complétés ainsi, interviendraient, en la chambre du conseil, l'ordonnance de la section permanente du tribunal, et en la chambre des mises en iiccusation, l'arrêt de la Cour.

La Cour d'assises à Sétif et à Aumale serait complétée à I aide du premier juge, de l'assesseur musulman et du secrétaire du parquet, qui y remplirait les fonctions de gref-

fier; à Bougie et Djijelli, à Boghar et Tiarel , par les deux, magistrats délégués et l'assesseur musulman.

Ce système est le meilleur possible. S'il exclut , en la forme, le prélin»inaire de la conciliation, il en conserve tout le bénéflceaux plaideurs. S'il confère à un magistrat unique le droit de statuer en matière civile , l'expérience , acquise dans d'autres temps, a démontré que les justiciables algériens n'étaient pas disposés à s'en plaindre. La dérogation ]a plus grave au droit commun est celle qui permettrait au magistrat instructeur de siéger dans les Cours d'assises , mais elle est acceptable, en ce qui louche l'Afrique, par les théoriciens eux-mêmes. Les Cours d'assises y procèdent selon les formes réglées pour les chambres des Cours de la métropole qui connaissent des appels de police correctionnelle.

Le droit de délibérer dans les Cours d'assises, conféré à un assesseur musulman , quand l'accusé ne sera pas son coreligionaire, paraîtra quelque chose d'excessif; mais aucune innovation ne frapperait davantage l'Europe et les indigènes. La justice, qui est le premier besoin des peuples, est aussi la seule institution humaine pour laquelle l'égalité absolue ne soit pas la plus folle des chimères, le plus grand des périls. La France juge les Arabes avec le concours des Arabes, c'est beau ; elle jugera des Français avec le concours des indigènes, ce sera plus beau encore.

La nature de ces considérations nous dispense de faire remarquer que si l'assesseur musulman n'était pas membre des Cours d'assises , le personnel des deux tribunaux se trouverait insufûsanl, quoiqu'il ait un moment paru tout autre.

Ce régime pourra recevoir son application jusqu'à ce que Sétif et Titeri aient reçu une organisation complète, puisque des augmentations proportionnelles et des délégations nouvelles deviendront seules nécessaires, quand Bathna et Bou-

sada , Taguiii et Kzar-Zaccar, seront à leur tour appelés à jouir de ses avantages.

Au fur et à mesure que ces quatre villes seront dotées d'une section de tribunal, la dépense s'accroilra annuellement de 9,500 francs pour chaque section. 38,000 francs représenteront donc alors les 160,200 francs montant des crédits auxquels donnerait ouverture la création de quatre tribunaux de première instance et d'autant de justices de paix.

L'action répressive de la magistrature civile ne s'exerce pas dans le territoire militaire, et on comprend qu'il est impossible d'innover à cet égard. Attendons patiemment la réforme que rendra praticable un avenir plus ou moins prochain. Ce qui ne peut pas être ajourné, ce qui, au contraire, doit être réalisé immédiatement, c'est la restitution au parquet de la Cour d'Alger du droit de surveillance et de discipline que l'ordonnance de 18i-2 lui avait attribué sur les magistrats indigènes, et qui lui a été récemment et mal à propos enlevé.

La magistrature indigène ne se compose que de cadis, hane/i et ma/e/ci' ; des corps du heU-el-mal et des midjeles. Le concours d'un ministère public lui manque à tous les degrés. Ses grefliers, qui de jour en jour deviennent plus utiles, sont de véritables officiers ministériels.

Tout ce personnel est aujourd'hui sous la main des préfets, en territoire civil ; des officiers généraux, en territoire militaire. Il serait peu raisonnable que les choix à l'aide desquels il se recrute et s'amélidre, ne fussent pas confiés à ces hauts fonctionnaires ; mais après que magistrats et adoul ont été renvoyés à l'exercice de leurs mandats respectifs, ce ne sont plus eux qui sont le mieux placés pour veiller sur les actes et les abstentions, sur les tendances et les habitudes de ces derniers.

Tout homme (jui est pourvu d'une commission judiciaire

doil compte ù la juslice de l'usage des droits dont il est investi ; et en Algérie, comme partout, le procureur général donne seul à la société toutes les garanties dont elle a besoinsous ce rapport. La vie magistrale ne ressemble à aucune autre, et le respect des règles de conduite qui la constituent ne peut être enseigné et imposé qife par ceux dont elle est la seconde nature.

Le cadi sera plus désintéressé, le beit-el-mal plus circonspect, le midjeles plus jaloux de se montrer docte ; l'adoul tiendra ses écritures plus régulièrement ; les présents seront plus dédaignés par eux tous; les amendes seront frappées avec plus d'équité , quand le procureur général verra et appréciera par lui-même. Maintenir les préfets et les généraux dans le droit de nomination ; rendre au parquet de la Cour le droit de provoquer les suspensions et révocations, voilà le partage d'attributions contre lequel aucune opposition ne peut prévaloir.

La bastonnade existe encore comme moyen de répression ; qu'elle disparaisse enfin î 11 nous faut des travailleurs et non pas des malades. Son application oblige ceux qui l'ont subie à demeurer coucbés pendant un temps plus ou moins long. Nous voudrions voir substituer à ce châtiment corporel, l'amende ou une condamnation au travail sans salaire dans un chantier public.

La juridiction rabbinique réprimait les délits, les contraventions, les fautes que prévoit le statut hébraïque et que la loi française n'atteint pas. Elle n'existe plus, nous le regrettons; car elle avait été réglée avec sagesse, et avec elle a péri un droit aussi respectable et plus précieux quelle.

La répudiation, divorce des Israélites, présente dans certains cas ce caractère particulier, qu'au lieu d'être facultative, elle est imposée à l'époux sans reproche, comme dette civique à acquitter, exemple salutaire à donner, acte de foi a accomplir

Les répudiations de toutes sorlcs étaient prononcée» au-

trefois p.ir le juge français, sur l'avis écrit du grand rabbin, pt ce document demeurait annexé à la minute du jugement. Celte forme était solennelle ; elle ménageait la pudeur publique , plus et mieux que les anciens textes du Code civil eux-mêmes; elle enlevait toute leur force aux scrupules de nos magistrats. Pourquoi voyens-nous, à côté du Musulman qui abuse du droit illimité du divorce, un Israélite qui n'est plus admis à sortir juridiquement de l'état que sa conscience l'oblige à regarder comme inconciliable avec ses devoirs envers Dieu et sa nation, avec sa dignité personnelle? Pourquoi? Parce qu'un abus existe, et qu'on ferme les yeux, afin d'être dispensé de l'appeler par son nom. Nous le signalons cet abus, et nous demandons qu'il cesse. Il n'y a pas de désuétude pour une législation qui date dbier; il n'y a pas de dénis de justice possibles sur la terre que la France a placée sous la protection du droit ; il n'y a pas de considérations ni d'intérêts qui puissent nous relever de la loyale exécution des traités, en vertu desquels les vaincus sont nos égaux et nos frères.

Quand il aura disparu, on reconnaîtra que la libérale ordonnance de 1 842 n'était pas l'expression complète du justBi L'Israélite ne sera réellement traité suivant sa loi, et placé dans la position qui est celle du Musulman., que lorsque le grand rabbin prononcera seul en une matière dont le juge français ne peut pas connaître, sans que de grands frais, de longs délais, une publicité injpitoyable et l'incertitude sur l'issue du procès, n'aggravent la situation des intéressés.

L'enseignement assuré par l'Etat à tous, dans ses écoles primaires et au lycée d'Alger, donné aux indigènes par leurs thaleh ou dans les zaouia et établissements consistoriaux, est insuffisant.

Il deviendra ce qu'il peut et doit être, si on ne perd pas de vue, quand il s'agira de l'étendre, «}ue tout désormais doit Htv conibiiié, en Algérie, do m.iuièrc a liAl«r l'accroisscmcnl de la p<>piilatioii , à favoriser le rai)prochcment des races.

L'L'iiiversilé et l'Lglise peuvent eflicacemenl , l'une et l'autre , rallier autour d'elles et les familles auxquelles ont manqué si longtemps les moyens d'élever leurs enfants auprès d'elles, et les étudiants de toutes les communions entre lesquels il est si utile d'établir une confraternité d'études, source inépuisable, en tous lieux et dans tous les temps, d'affections douces et profondes.

Alger a un lycée ; Oran , Bônc et Constantine attendent et obtiendront les leurs. Les villes d'une importance moins grande demeureraient privées même de collèges communaux ou d'institutions privées de plein exercice, si l'Oratoire ne venait pas au secours de l'Étal, offrant à la jeunesse algérienne les leçons et les exemples que la génération présente n'a pas reçus , mais dont la mémoire est chère à ceux qui apprennent un peu et n'oublient rien.

Les maisons de l'Oratoire pourraient être successivement fondées dans tous les chefs-lieux de subdivisions; des concessions de territoire et de bâtiments domaniaux seraient tout ce qu'elles coûteraient à l'État. Elles et les lycées sont également nécessaires. Si on se reposait, après avoir ouvert les unes et les autres, on aurait travaillé dans l'intérêt des Européens seulement. Rien ne serait moins juste et moins habile. L'organisation de quatre écoles supérieures, dans lesquelles seront pris des degrés à la lin des années classiques, est une mesure d'une portée plus haute.

La première de ces écoles assurerait aux fils des grands chefs, des fonctionnaires, des notables musulmans ou israélites, tous appelés à se rendre utiles un jour par la pratique de la vie publique ou par l'administration de fortunes privées considérables, la langue, la littérature, la civilisation françaises, les éléments des sciences morales et politiques.

La seconde recevrait toute la jeunesse européenne , qui se destine à la carrière des fonctions publiques en Algérie, et l'initierait à la législation et au système économique, à l'histoire et à la géographie, à la langue et à la littérature,

aux mnrurs et aux usages des races et des tribus indigènes.

La troisième serait ouverte aux Européens et aux indigènes qui, se destinant aux emplois d'instituteurs, interprèles, traducteurs, secrétaires d'administration ou de chefs indigènes, greftiers de tribunaux et justices de paix , midjeles, beit-el-mal et cadi voudront se perfectionner dans l'étude des langues française et arabe, se pénétrer des règles de leur état futur.

Dans la quatrième se formeraient les contre-maîtres et les chefs d'atelier, les premiers commis et teneurs de livres, les voyageurs pour l'achat et le placement, qui conslitiieront la classe d'hommes spéciaux dont l'Algérie, si impatiente de voir prospérer son commerce et son industrie, est aujourd'hui complètement dépourvue.

Chacune d'elles répondant à un besoin généralement senti , attirera aux pieds de ses chaires et à la barre de ses jurys d'examen une jeunesse déclassée , sans élan , sans moyens d'accroître son perfectionnement moral. Les leçons données par un petit nombre de professeurs bien choisis, les brevets distribués avec une impartialité éclairée, une sévérité paternelle, révéleraient à l'Etat les aptitudes qui promettent les bons serviteurs, créeraient entre ceux qui s'évitent encore, parce qu'ils ne peuvent pas se comprendre, les mêmes liens qui unissent déjà la terre dépendante à la terre suzeraine.

Les programmes seront le moins chargés possible , et conçus de manière à rendre le travail attrayant pour ceux qui commencent à en sentir le goût, et qui, amollis par une tiède atmosphère, sont habitués à la rêverie plus qu'à l'étude, enclins à la somnolence plus qu'à l'argumentation.

On se plaint bruyamment de la fausse direction imprimée à la jeunesse indigène dans les zaouïa, où elle croit apprendre le droit, les sciences mathénjaliques, la médecine et l'astrologie. Il est bien plus sage d'ouvrir devant elle une faculté de droit, une de sciences, une de médecine; qu'on le

fasse, el aussitôt, de tous les points du pays accourront, plus uonabreux que nos nationaux, les jeunes Arabes, dont le cœur bat el l'œil s'enflamme au souvenir des astronomes, des métaphysiciens, des savants dans l'art de guérir, des moralistes, des jurisconsultes, dont l'écrasante dominalion des Turcs a interrompu la lignée.

On a tort mille fois de le nier : les indigènes se sont jetés à notre suite dans la voie où nous marchons; pas plus que nous, ils ne rétrograderont vers le passé , et quand florira celte académie dont trois Dieux béniront les travaux, nous n'entendrons plus prononcer à leur sujet les mots dont on a tant abusé : déloyauté, fanatisme et barbarie. Ceux qui, nés sous une autre loi que la nôtre, ont épousé notre cause, élèvent les maisons de commandement , nous aident à percer des roules, désertent la tente pour des habitations fixes et solides, conduisent nos médecins auprès de leurs femmes malades, choisissent pour arbitres de leurs litiges les chefs de nos bureaux arabes, appellent devant notre magistrature des sentences de leurs juges les plus respectés, acceptent pour prix des livraisons qu'ils effectuent dans nos mains des billets de banque sur les marchés les plus éloignés de nos grands centres, méritent que nous conquérions leurs fils à la science et aux arts utiles ; et la France mérite elle-même de les entendre dire aux siècles à venir, qu'en moins de trente années elle a refait un monde.

Oui, les lycées, les maisons de l'Oratoire, les écoles supérieures, les trois facultés seront fondées; et si elles ne l'étaient pas, la belle Djezaïr, la blanche sultane, qui livre son large sein aux baisers du soleil , en haignant ses pieds de marbre dans la mer fraîche et capricieuse , pourrait se demander, après que toutes les provinces seraient comblées, après que toutes ses filles seraient dotées au-delà des promesses de leurs rêves, quelle est. sa part à elle dans tous les biens dispensés? Des établissements universitaires peuvent seuls attirer et retenir dans ses murs ceux qui désormais auront ce

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motif nouveau de prélcror son séjour, les uns , à celui des pays froids el humides ou dos vi!!es que le luxe dévore ; les autres, aux forêts de l'Edoug, au sahel de Jîougie, au\ vallées de l'Aurès, aux oasis des Zibans.

Faire d'Alger un centre académique , c'est relever les écoles de Bagdad el de Cordoue , rappeler du tombeau les Averrhoës, les Klialil-Ibn-Ishah, les Kaïrouani ; c'est transformer le quartier Bab-Azoun en un autre pays latin ; c'est grouper autour de la statue du glorieux maréchal bibliothèque et musée, amphithéâtres et salles de conférences, jardin des plantes el salons de lecture ; c'est rappeler la vie et concentrer le mouvement là où la crise de 1847 a laissé tant de maisons vides, tant de rues silencieuses, tant de terrains sans emploi.

L'Europe ne croira à la sincérité d'une politique se refusant toute conquête par les armes au-delà des frontières que la nation n'aspire plus à briser dans une vengeresse colère , que si l'empire, naturellement suspect d'appétits de gloire , recourt à l'un des deux moyens que notre législation lui donne pour réduire l'armée en deçà des Alpes et du Rhin, (le la Moselle el de la Meuse.

Le Gouvernement de Décembre fera donc preuve d'une habileté véritable, en faisant tomber au dehors les préventions injustes, eu assurant aux Etats dont le crédit et les ressources sont à peu près épuisées, la liberté d'entrer à sa suite, dans la voie du licenciement et des économies.

Au contraire, si pour se ménager ces précieux avantages, il ne maintenait pas son effectif el sa situation militaire de l'autre côté de la Méditerranée, il s'amoindrirait dans l'estime des cours étrangères, et affaiblirait sensiblement la puissance qu'il a la légitime ambition d'étendre, de consolider.

L'utilité du désarmement en Europe, la nécessité de no rien ( hangtr :. nos conditions de force en Algérie, seraient p,u" liMir sinuillanéilé une source d'cinbarras vrrifablrs, si la

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populaliou indigène n'était pas toute prête à recruter indéfiniment les corps spéciaux , éprouvés déjà, quoique leur existence date d'hier.

Ces corps remplaceront, quand on le jugera opportun, les régiments que la mère-pairie rappellerait à elle.

Nous avons parlé des divisions, des subdivisions, des cercles, des municipes à créer, sans aller au devant des objections que notre système soulève. Maintenant nous sommes tout à celles-ci, et elles se résument en ces termes: Combien d'hommes et de cadres impliquent tant de nouveautés? Destine-l-on d'autres niasses vivantes à grossir celles qui déjà sont si pressées autour du drapeau, ou à se substituer à ces dernières? A-t-on à s'inquiéter de savoir si elles sont trop considérables ou trop faibles? A ces doutes, à ces difficultés, notre réponse est : L'armée d'Afrique conservera un effectif de 70,000 hommes et de plus de 20,000 chevaux, et elle se transformera, parce que l'Afrique se transforme. Cette réponse est de nature à satisfaire à la fois et ceux qui nous accusent de trop entreprendre, et ceux qui craignent que nous mettions trop de confiance dans le bon sens des Arabes, pas assez dans Vuliima ratio.

Nous n'avons proposé aucun remaniement dans les armes de la légion étrangère et du génie, des spahis et de la gendarmerie. Nous avons demandé la création de nouveaux cadres pour celle des Zouaves et des tirailleurs, et démontré la nécessité de détacher dans les grands municipes dei pelotons d'artilleurs. Nous avons proposé la formation d'un corps nouveau de cavalerie, celui desBerranis; nous crovons qu'il est éminemment utile d'en créer un autre, celui des hadar, et d'augmenter lo nombre des régiments de chasseurs d'Afrique, des bataillons légers et des corps qui ont successivement porté les noms de chasseurs d'Orléans , tirailletirs deVincenncs, et que nous désignerons sous celui de carabiniers.

Quelles seraient les conséquences de ladoption dj» ces

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ha^es? Nous allons le dire, en continuanl à calrulfr sur la donnés la plus compromettante pour nous, celle de cinq divisions, vingt subdivisions, vingt grands inunicipes, vingtdeux petits municipes.

Les forces disponibles toujours prêles à faire campagne, seraient dans ce système :

Pour chaque petit municipe : deux compagnies de cavalerie, représentant 68 hommes.

Pour chaque grand municipe : deux compagnies d'infanterie, représentant ensemble 140 hommes, deux compagnie* de cavalerie en représentant 68.

Pour chaque chef-lieu de subdivision : douze compagnies d'infanterie, représentant 920 hommes; quatre compagnies et deux escadrons de cavalerie en représentant 492.

Pour chaque chef-lieu de division : dix-huit compagnies d'infanterie, représentant 1 ,420 hommes, el un régiment de cavalerie en représentant 1,285. •

A la moindre alerte, sortiraient donc de chaque petit municipe 68 hommes ; de chaque grand municipe, 208 hommes ; de chaque chef-lieu de subdivision , 1,412 hommes ; de chaque chef-lieu de division, 2,705 hommes.

Ces forces, toutes à l'état de corps expéditionnaire, seraient fournies par quarante-deux compagnies de Berranis-guides, autant de Borranis-courricrs ; vingt-trois compagnies détachées de tirailleurs indigènes; autant de Zouaves; quinze bataillons légers et autant de carabiniers, composés chacun de huit compagnies de 80 hommes ; par cinq régiments de hadar, composés chacun de huit escadrons de 178 hommes; par cinq régiments de chasseurs d'Afrique, composés chacun de cinq escadrons de 257 hommes.

■Les grands et petits municipes laissés à l'écart, elles se répartiraient, savoir :

Dans les chefs-lieux de subdivision : en deux compagnies de tirailleurs, deux compagnies de Zouaves, un bataillon léger ou de carabiniers; doux rojnpagnies de Rerranis-guidcs,

deux compagnies de Benaiiis-courriers , deux escadrous de iiadar.

Dans les chefs-lieux de division : en une compagnie de tirailleurs, une de Zouaves, un bataillon léger, un bataillon de carabiniers, un régiment de chasseurs d'Afrique.

Par conséquent, chaque général de division serait assuré de trouver, en tous temps et en toutes circonstances , au point de ralliement qu'il indiquerait à ses brigades, une force totale de 8,353 hommes , en infanterie et cavalerie seulement.

(^et effectif représente pour les cinq provinces 41,766 hommes, et il sera grossi, quand les grands et petits municipes seront organisés, de 2,800 fantassins et 2,850 cavaliers ; au total, de 5,656 hommes.

Il est manifeste que ces corps divers, les 6i0 artilleurs détachés dans les grands muuicipes, les dépôts de régiments et les armes pour lesquelles rien ne change, maintiendraient l'armée d'Afrique sur le pied qui est pour elle celui de la guerre et celui de la paix.

11 est manifeste encore que les populations indigène et européenne nous donneront les volontaires qui prendront dans le rang la place des Français que la métropole libérera ou n'immatriculera plus.

Nous sommes donc dans le vrai quand nous disons : la France peut reconstituer son armée d'Afrique si elle le veut ; et si elle ne le voulait pas , elle manquerait à sa fortune.

Qu'est-ce que l'arme des hadar?

Celle qui assurerait à la population des villes les mêmes avantages que les compagnies de Berranis procurent à la population des tribus ; celle qui remplacerait dans les chefslieux de subdivision les spahis cantonnés aujourd'hui sur la lisière du Tell ; celle qui donnerait h l'armée d'Afrique un corps de dragons.

Ses rangs s'ouvriraient devant les Arabes qui ne se rési-

goent pas à quitter la vie du soldat et du cavalier, qui manquant de fortune et des moyens d'eu acquérir.

Soumis au même régime que les Berranis, lisseraient nos colons en Kabylie et dans le petit Désert.

Ils n'auront pas de quartiers dans les chefs-lieux de subdivision où se trouveraient cantonnés des smala de spahis.

Une partie de leurs officiers et sous-officiers serait priie parmi les indigènes.

Comment serait composée la garnison d'Alger?

La vice-royauté de l'Algérie, cette première née de l'empire, ne peut pas être privée de l'orgueilleuse jouissance de montrer au voyageur enthousiaste ou hostile, aucun ne saurait être dédaigneux ou indifférent, un groupe de chacune de ces armes spéciales dont le renom se fait si vite.

La garnison d'Alger sera donc composée d'une compagnie de Berranis-guides et d'une de Berranis-courriers par province , de dépôts de tirailleurs, de Zouaves, de légers, de carabiniers, de spahis, de chasseurs d'Afrique et de hadar.

A l'aide du placement des autres dépôts , il faut obtenir une répartition de forces égales entre les places de même importance stratégique. En conséquence , celles qui sont gardées par les smala de spahis ne recevront pas de dépôt.

Quatre dépôts de chasseurs d'afrique seront par exception établis dans les bureaux arabes de la subdivision d'Alger, à cause des agglomérations de condamnés à former sur ces derniers points.

Il n'existera que deux dépôts de spahis et de hadar , par le motif que tout Arabe naît cavalier et soldat, et que l'organisation de ces daux armes n'en comporte pas un plus grand nombre.

Aucun dépôt n'a été placé au sud de la frontière du Tell ; ce ne sont pas nos armes qui ont soumis le petit Désert, qui nous y feront respecter. L'indigène appartient au maître qui s'empare de son esprit, par lequel il se sent conduit et soutenu d'une main habile et ferme. Toutes les révoltes dont

nous avons eu raison sont allées (inir dans ce même Sahara, d'où s'est élevée en 18-H, à l'approclie du duc d'Aumale, la voix du khalife desTsijani, la voix qui a couvert celle des Mouleï-Taïeh , et a déjiosé dans toutes les consciences musulmanes celte instruction prophétique : « Dieu a donné w aux Français TAIgéri»; et tous les oulhan qui en dépen- » dent. C'est lui qui protège leur domination. Restez donc » en paix, et ne faites pas parler la poudre contre eux. » Dieu a changé ceux qui, jadis vos maîtres, n'avaient » d'autre loi que l'oppression, d'autre règle que la violence, » qui sans cesse faisaient le mal et portaient le trouble avec » eux. Laissez donc faire aux Français ce qu'ils veulent, » car ils paraissent, quoique inlidèles, avoir pris un che- » min juste et sag« qui doit faire fructifier le bien de » tous. »

Un mot sur les détails.

Les colonnes expéditionnaires sont chacune composées de telle sorte que dans quelque direction qu'elles soient lancées , il est impossible qu'elles luttent avec désavantage, qu'elles soient coupées des forces avec lesquelles elles ont à opérer leur jonction. Tous les principes de la stratégie algérienne ont leur application dans ce système, véritable résultante de tous les essais heureux, de toutes les doctrines sur la valeur desquelles l'expérience a prononcé.

L'existence de dépôts pour les armes des tirailleurs, des Zouaves, des légers et des carabiniers, ne préjuge pas le moins du monde dans notre esprit la question de savoir si ces corps seront organisés en compagnies détachées, en bataillons ou en régiments. Sur ce point , les publicisles n'ont qu'à s'effacer devant les hommes du métier. Tout ce que nous nous croyons en droit de dire, c'est qu'un corps morcelé est placé dans une condition mauvaise pour lui comme pour ses chefs, et qu'il est plus sage, en Afrique surtout, de former au commandement les officiers subalternes, que de créer des bataillons pour ne pas tenir leurs compagnies en

faisceau, créer des régiments pour disperser leurs bataillons.

Si on forme autant de régiments que de provinces, aucune difncutté ne naîtra de notre système, car les dépôts de chacune de ces armes sont au nombre de cinq. Si on s'arrête au parti de ne former que des balaiHons légers et de carabiniers, il n'en faudra pas moins six bataillons dans chaque province. Si on assimile les Zouaves et les tirailleurs aux compagnies de Berranis, aucun état-major ne sera nécessaire pour eux. Le trésor n'en souffrira pas, la vie militaire y gagnera. Les plus braves et les plus éclairés de nos officiers rerherchent avec raison l'honneur de servir dans les bureaux arabes ou les spahis; ils ne se montreront pas moins désireux d'entrer dans les deux armes d'infanterie où chaque capitaine sera chef de corps.

Quoique nous ayons toujours à nous tenir en garde contre l'opposition des hommes qui croient qu'on fait trop en faveur de l'Algérie , nous n'hésitons pas à dire qu'une belle mission pourrait être confiée aux officiers-généraux récemment promus : l'exercice d'une autorité directe et permanente, avec le titre d'inspecteur-général ou de colonel-général , les mots importent peu, sur les corps de tirailleurs, de Zouaves et de Berranis.

Tout le monde en conviendra, quatre inspecteurs, ou colonels-généraux, seraient mieux placés que des états-majors régimentaires à la tète et de ces armes diverses , et de ces goum et makzen qui, eux aussi, sont des corps indépendants les uns des autres.

Ils rendraient dans cette haute position des services d'autant plus grands que leurs tournées les placeraient au cœur du pays , et leur permettraient d'étudier, sous des aspects nouveaux, les hommes f^t les choses desquels les bureaux arabes ont déjà tant obtenu.

Les makzen représentent aujourd'hui , sous le nom de troupesauxiliaires, une force indigène considérable, répartie.

dans (les proportions inégales, entre les bureaux arabes et les chefs musulmans.

Elle demeurera ce qu'elle est dans les bureaux arabes qui ne seront pas convertis en municipes ; elle disparaîtra dans les autres; nous voudrions qu'elle fût la même pour chaque chef indigène de même rang, et puisqu'elle est soldée par l'État et chargée d'un service spécial, qu'elle devînt une troupe régulièrement organisée.

Douze cavaliers pour un kaïd ; vingt pour un kaïd des kaïd ; trente pour un agha ; quarante pour un bach-agha ; cinquante pour un khalifa , constitueraient une escorte d'honneur et un corps de police suffisants.

Toutes ces modifications dans le personnel de l'armée se résolvent en diminutions plutôt qu'en augmentations de dépenses. Sous ce rapport, le nombre des officiers généraux supérieurs et subalternes qui seraient à l'avenir employés eu Algérie, ne peut pas être un sujet de préoccupation. Le ministre de la guerre y appelle, sans jamais avoir h le regretter, une foule de militaires à remplir des fonctions audessus des grades dont ils sont titulaires.

LeGouvernkmkm qui a doté Alger d'une caisse d'épargne €t d'un mont-de-piélé, a voulu qu'une commission recherchât les moyens de constituer en Afrique une société de crédit foncier.

En cette matière, le zèle et la science demeurent impuissants contre des obstacles d'un certain ordre.

Les capitalistes qui tirent de leurs fonds dix pour cent , ne se rendront pas actionnaires d'une banque qui effectuerait ses placements à un taux d'intérêt infiniment moindre, ne recouvrerait les sommes prêtées que par la voie de l'amortissement, serait contrainte à recourir souvent aux exécutions les plus rigoureuses

De son côté, l'Etat ne peut ni affecter à une création de cette nature des capitaux assez considérables pour remédier à une situation véritablement déplorable, ni orga-

niser une adiuinislration publique dans le but de suppléer ù la spéculation privée.

Il faut cependant que la propriété immobilière se liquide et que le numéraire circule avec plus d'abondance.

Nous avons essayé d'arriver au mieux, de réaliser le possible, à l'aide d'un établissement propre à recevoir les dépôts nécessaires et les dépôts facultatifs à court ou à long terme, et en combinant les procédés selon lesquels fonctionnent en France la caisse des consignations et les sociétés naissantes de crédit foncier.

A la caisse centrale de l'Algérie seraient versés, i" tous les cautionnements exigés par l'État des fonctionnaires et employés civils et militaires, des officiers ministériels ; 2" tous les cautionnements exigés par des communes , des établissements publics, des syndicats, des sociétés, des gérances, des particuliers, de ceux auxquels ils confèrent des mandats salariés, ou avec lesquels ils passent des marchés, ou qui contractent dés engagements envers eux; 3° les sommes dont les propriétaires ou détenteurs ont à faire un emploi utile et momentané; 4° les recettes des caisses d'épargne et des associations de secours mutuels ; 5° les deniers touchés par les curateurs aux successions vacantes, les syn- «lics de faillite, les préposés aux séquestres, les commissaires-priseurs chargés de ventes de meubles après décès ou sur l'ordre de personnes absentes, les notaires, défenseurs, huissiers et agents d'affaires chargés de recouvrer des créances pour le compte de personnes absentes de la colonie ; 6° les sommes à distribuer judiciairement par la voie de l'ordre; 7° celles dont les tuteurs et administrateurs légaux, autres que le père «l'cnfants mineurs, seront tenus de faire emploi ; 8" le montant des dots; reprises et conventions matrimoniales ayant donné lieu à une inscription d"hypothè(|ue légale contre un mari; 9" les sommes dont la recette par un tuteur a été suivie d'une inscription d'bypollièque légale contre ce dernier.

Les cdutionuements fournis à l'Elal, aux communes, aux. établissements publics, représentent des capitaux considérables. Paris peut se passer d'eux ; l'Algérie trouvera dans leur masse un moyen d'action sur elle-même d'une incontestable puissance.

Les cautionnements exigés par des sociétés ou des particuliers ont été l'occasion de fraudes et d'abus, d'escroqueries et de dommages dont la caisse arrêtera le scandale sans léser aucun intérêt privé, en servant efficacement l'intérêt général.

Les dépôts de sommes avec stipulation de retraits facultatifs et d'une mince bonification, sont à peu près impraticables en Algérie. Leur nombre sera très-grand aussitôt qu'on y renaîtra à la confiance, qu'on y jouira des facilités qui n'existent plus.

Les recettes des caisses d'épargne assureront h la caisse un mouvement de fonds hebdomadaire qui lui sera aussi profitable qu'il est en France incommode aux receveurs des finances, onéreux à l'Etat lui-même.

La difficulté de régler compte avec les officiers publics ou les autres intermédiaires ayant reçu et quittancé, au nom €l dans l'intérêt de tiers, des sommes même petites, est un des faits qui a le plus compromis la prospérité et le renom de la colonie. Il ne s'y passe pas un seul jour, sans que les plaintes les plus légitimes ne se produisent à cet égard, sans que des actes d'indélicatesse, de détournement, de malversation ne soient découverts, et les restitutions reconnues impossibles.

Tous les officiers ministériels effectueront à In caisse les dépôts des sommes par eux reçues, à ce titre, dans les cinq jours qui suivront les réalisations, sous peine de servir au taux légal de dix pour cent rintér.H de ces dernières, et de payer à l'Etat une amende proportionnelle.

Les prix de ventes donnant lieu à un ordre seront déposés dans les trois mois de la venin.

— ir>f» —

Les leiileurs des procédures d'ordre entraînent des dommages d'autant plus grands, exposent à des chances d'autant plus redoutables, que souvent les débiteurs spéculent sur elles, travaillent à les prolonger, et deviennent insolvables, après que les accessoires du prix de vente se sont accumulés.

Les tuteurs astreints à faire des placements, ne sont pas toujours aussi exacts et prudents que l'honneur et l'esprit de famille le commandent. Les veuves sont trop souvent victimes de conseils, d'obsessions, de manceuvres, qui les conduisent à la ruine ou au repentir, quoiqu'elles aient voulu Lien faire, aient cru ne rien compromettre.

Le tuteur ou l'administrateur autre que le père d'enfants mineurs, qui n'aura pas vidé ses mains à la caisse, sera responsable des prêts faits par lui , même sans faute lourde.

On voit chaque jour dés ventes d'immeubles manquées, des opérations de toutes sortes entravées, des bénéfices acquis devenir irréalisables, parce qu'une hypothèque légale s'est opposée à ce qu'un débiteur se libérât, à ce qu'un emprunt fût consommé.

Les sommes pour la sûreté desquelles auraient été prises des hypothèques légales, demeureront immobilisées à la caisse, pour la sûreté et le bien de tous, quand un mari ou un tuteur auront intérêt à liquider leur situation sous ce rapport, vis-à-vis de toutes personnes, ou à dégager l'immeuble grevé de ces inscriptions; quand un acquéreur ne voudra pas demeurer chargé de la partie du prix, correspondant à ces inscriptions. Il en sera de même quand un ascendant ou un bienfaiteur voudra compter des deniers dotaux que le mari ne sera pas en mesure de recevoir dans les termes de son contrat de mariage. La consignation de ces sommes diverses en emportera quittance délinitive, et sur la représentation du titre libératoire, les inscriptions seront radiées, sans que les femmes ou les mineurs puissent en éprouver jamais le moindre dommage; disposer ou aliéner en dehon du dr(Ml commun.

La caisse centrale payera un inlérêl de 4 et 1/2 pour toutes les sommes qui auront été en sa possession pendant plus de quinze jours.

Ses opérations auront pour objet, 1" de liquider la grande propriété, en employant des sommes égales à la moitié de la valeur des immeubles sur lesquels elle prendra hypothèque, à désint^îresser tous les créanciers précédemment inscrits ; 2" de prêter aux propriétaires et fermiers les sommes nécessaires à la composition de cheptels vifs, à l'exécution de travaux d'irrigation ou de drainage , à la construction de bâtiments ruraux ; 3° de prêter aux grands chefs, aux tribus, aux communes, aux établissements publics, aux associations autorisées par l'Etat, aux sociétés commerciales, industrielles, ou formées pour exécuter des travaux d'utilité publique productifs de revenus annuels.

Elle procédera ainsi qu'il suit :

' Une moitié de son actif sera employé en rentes trois pour cent, l'autre lui servira de fonds de roulement.

Le fonds de roulement sera composé : jusqu'à concurrence d'un tiers, par des espèces ; d'un autre tiers, par des lingots d'or ou d'argent ; d'un autre tiers, par des titres au porteur.

Son portefeuille contiendra uniquement les contrats notariés, établissant les prêts faits par elle, et les lettres de gage exprimant la liquidation de ces prêts.

Les lettres de gage ne porteront pas le nom des propriétaires à la dette desquels elles se référeront. Une date et un numéro d'ordre les rattacheront aux contrats dont elles seront le complément.

Elles représenteront le montant intégral des sommes liquidées au profit de la caisse pour la remplir, 1° des frais dont l'emprunt aura été l'occasion , et dont l'avance sera toujours à sa charge ; 2" des intérêts calculés sur le pied de h cl demi ; 3'' d'un amortissement de 2 pour cent par année.

Cliarjue opération dt» prêt entraînera la création immédiate.

et rendra t'acultalive l'omission de quarante lettres de gage, payables de six en six mois.

La caisse ne prêtera qu'aux propriétaires dont les revenus immobiliers nets s'élèveront à 6,000 fr. au moins.

Elle n'eiïeciuera jamais dans les mains des emprunteurs eux-mêmes la remise du montant des prêts. Elle le comptera directement aux créanciers inscrits sur l'immeuble , aux vendeurs des têtes de bétail formant les souches de cheptels, aux entrepreneurs et confectionnaires des travaux d'irrigation, de drainnge, de constructions.

Toute fraude commise, quand même elle n'aurait été suivie d'aucun préjudice, entraînera l'annulation du contrat passé, de la liquidation faite, et rendra exigibles toutes les sommes réellement dues au moment de sa découverte, sans faire perdre à la caisse aucune de ses sûretés et garanties.

Les payements par anticipation seront effectués sans perte pour le débiteur.

Les lettres de gage mises en circulation par la caisse, seront productives d'un intérêt de 4 et demi, payable par elle, tous les six mois, à bureau ouvert, aux tiers porteurs.

Elles seront échangées contre des espèces, sans décompte d'intérêts au profit du porteur, toutes les fois que leur remboursement sera demandé avant échéance.

Elles seront reçues comme espèces ayant cours légal, par tous les comptables et receveurs de lElat.

Elles seront annulées et détruites au fur et à mesure de leur remboursement, et il en sera justifié, tous les six moiSf par un procès-verbal énoncialif et authentique.

Quand une lettre de gage arrivée à échéance ne sera pas payée, la somtne en faisant l'objet sera de plein droit productive d'un intérêt au taux légal pour la colonie.

Si celle qui la suivra dans l'ordre fixé pour les remboursenients est à son tour laissée en soulfrance, la caisse frappera de séquestre l'immeuble hypothéqué, et elle en fera contradicloiremcnt expertiser la valeur.

Elle eu jouira comme si elle en était la propriétaire ; elle accordera ou retirera au débiteur la faculté de demeurer sur les lieux ; elle fera compte à ce dernier de la moitié des produits nets qu'elle retirera de sa gestion.

Six mois après le séquestre, la caisse pourra faire procéder, quand elle le jugera à propos, de gré à gré, s'il lui est fait une offre égale à la valeur fixée par l'expertise, à défaut d'offre, par la voie de l'enchère et le ministère d'un notaire, à la vente de l'immeuble hypothéqué.

Elle aura aussi le droit de le mettre en loterie, ou de se l'approprier en faisant compte au dépossédé de la somme fixée par l'expertise.

Les lettres de gage seront livrées par la caisse en échange de toutes les sommes qui lui seront versées à titre de dépôts volontaires.

Elle fournira des récépissés motivés pour toutes celles qui seront déposées pour le compte de li^rs, et des titres obligatoires contre elle, nominatifs, incessibles, insaisissables, pour toutes celles qui représenteront des cautionnements, seront versées par la caisse d'épargne, appartiendront à des incapables.

Au fur et à mesure de ses besoins, elle convertira en monnaie ses matières métalliques. Elle ne réalisera ses rentes que dans les cas où elle aurait à faire face, soit à des demandes extraordinaires, soit à une crise financière ou commerciale.

Tous ses bénéfices seront li(}uidés par semestre, et employés en accroissement de capital.

L'Hôtel des Monnaies qui sera créé à Alger, aura la même administration que la caisse.

Des la première année de son existence, cette dernière aura à Oran, Bône et Constantine, des succursales soumises au même régime que celles de la Banque de France.

Pour les détails d'exécution, nous rcnvov(ms nos lecteurs

au (lêcrel du 28 février, qui, dans quelques-unes de ses dispositions principales, n'a pas satisfait de très-bons esprits

La propriété n'est constituée, ni en France, ni en Algérie, comme elle l'est dans les États qui nous ont enseigné la théorie et la pratique du crédit foncier.

La grande propriété et les institutions politiques qui la protègent contre ses propres détenteurs , sont au nombre des bases nécessaires de l'organisation sociale de ces États.

Chez nous, le sol appartiendra bientôt à peu près tout entier aux cultivateurs, et les grandes fortunes seront essentiellement mobilières. Ainsi le veut la loi nouvelle, le travail, loi inexorable, qui, sur trois générations, en condamne une à l'amoindrissement de la condition dont avaient joui leurs auteurs.

La petite propriété ne peut plus vivre sous le poids de sa dette. Elle produit 5 ou 6 pour cent à celui qui la travaille avec ses propres bras. Il n'y a rien à prélever sur ce revenu pour faire face à des intérêts même modérés, ou à un amortissement quelconque. Les besoins de la vie la mieux réglée sont devenus si nombreux, ils créent des charges si lourdes, qu'il reste à peine une légère épargne à la On d'une année ordinaire.

La bourgeoisie se dépossède elle-même de la terre, puisqu'elle ne sait pas lui faire rendre plus de 2 à 2 1/2 nets, et qu'elle lui refuse les capitaux absorbés par les spéculations et les entreprises dans lesquelles elle se jette avec fureur.

Le crédit foncier serait une chimère en Algérie, si l'emprunteur n'y justifiait pas d'un revenu immobilier double dn montant des annuités qu'il s'obligera à servir.

Lne des causes d'insuccès du système dont le décret du 28 février est la remarquable formule, c'est la lenteur des liquidations. Aucun homme, aucune famille ne peut honnêtement s'engager aujourd'hui à payer une somme quelconque dans cinquanl;^ années.

— toi —

Ki\ allribiiant nu\ sommes prêtées par los sociélès de crédit foncier une préférence sur celles qui sont dues aux: femmes et aux: mineurs, on a introduit dans la famille un élément nouveau de trouble et de ruine.

Dans ce système, l.i responsabilité de l'avenir d'une maison ne pèse plus sur le mari; elle accable la femn.e. Si celle-ci laisse purger son hypothèque légale, elle tombe dans un état aux terribles chances duquel la loi civile de son union ne l'exposait pas , et cet état menace ses enfants plus encore qu'elle-même. Si elle sauvegarde son droit et ses intérêts, elle rend impossible ce que le chef do la communauté avait jugé sage, honorable, utile.

Toute femme sera malheureuse d'avoir à prendre l'une ou l'autre résolution; quant aux conseils de famille, ils y regarderont à deux fois avant de détruire la garantie qui protège la fortune des orphelins contre l'imprudence ou la mauvaise étoile de celui dont ils surveillent, on sait avec quelle méfiance inquiète, les actes et les projets.

Il n'y a donc aucune témérité à indiquer des moyens qui, sans compromettre l'avenir des incapables, dégagent les immeubles grevés de l'hypothèque légale; qui permettent aux maris, aux tuteurs de contracter des emprunts, sans manquer aux engagements pris par les premiers en leurs contrats de mariage, par les seconds quand ils ont accepté leur qualité.

Complétons par un exemple et un parallèle notre argumentation sur l'efticacité de ces moyens.

Le propriétaire d'un immeuble ayant une valeur de 100,000 fr., productif d'un revenu de 6,500 francs, grevé d'une hypothèque légale représentant 30,000 fr. et d'inscriptions conventionnelles s'élevanl à 20,000 fr. , emprunte à la caisse centrale 50,000 fr.

S'il traitait en France avec une société de crédit foncier, celle-ci purgerait l'hypothèque légale, afin que l'accomplisseracnt de cette formalité non suivi d'inscriptions eût pour

elle les effets d'une subrogation , lui assurât la priorité de rang que le Code Napoléon lui refuse. Les choses en cet état, la mort de l'emprunteur, un revers de fortune pourraient entraîner la ruine d'une veuve, ou d'enfants mineurs, ou d'un interdit.

Traitant en Algérie, il fera inscrire l'hypothèque légale de 30,000 f., puis la caisse comptera fictivement 30,000 f., réellement 20,000 fr. ; elle immobilisera pour ordre, par la voie du dépôt, au nom de l'incapable, les 30,000 fr. ; et l'intérêt qu'elle aurait à payer à cause du dépôt, se compensera avec celui qu'elle aurait à recevoir à cause du prêt.

Le jour où la liquidation commencerait, le crédit de l'emprunteur serait relevé , et l'avenir des siens complètement sauvegardé.

Pendant sa durée, l'emprunteur, compensant avec luimême 1,350 fr., n'aurait à payer à la caisse, chaque année et en deux fois, que 1 ,900 fr. , composés de 900 fr. , intérêts de 20,000 fr. , et 1,000 fr. , amortissement de 50,000 fr. En d'autres termes, avant le prêt, il payait 2,000 fr. au moins à titre d'intérêts ; postérieurement au prêt , il n'a à payer que 1,900 francs, et il voit sa fortune grossir proportionnellement aux trois cinquièmes de l'amortissement total acquitté par lui.

Le jour oîi elle serait consommée, il se trouverait avoir acquis un capital disponible, non pas de 30,000 fr., puisque il n'y aurait eu qu'une opération fictive, mais un capital consistant en la somme entière produite par les deux pour cent comptés chaque année en raison de ces 30,000 fr.

De son côté, la caisse centrale jouira du triple avantage de se livrer à une opération de 50,000 ïv. en n'engageant que 20,000 francs; de donner un second emploi utile aux 30,000 fr fictivement immobilisés ; de mettre en .circulation les annuités se référant au capital de 50,000 fr. en même touqis que les annuités créées en conséquence du |)rêt nouveau de 30.000 fr.

Il est presqu'inutile de le l'aire remarquer : aucun vice de eoinptahililé , aucune complication d'écritures, ne seraient le mauvais côté de ces opérations. Le prêt est une chose, le dépôt en est une autre , et les porteurs de lettres de gage n'ont rien à voir dans une compensation, affaire exclusive de la caisse et du premier emprunteur.

Si, dans le cours des vingt années, tout ou partie du montant du dépôt était réclamé par l'incapable devenu maître de ses actions, ou par ses représentants après sou décès, le dépôt serait annulé ou réduit. La caisse compterait à qui il appartiendrait la somme entière qui se trouverait alors avoir été produite par l'accumulation des deux pour cent, à elle comptés chaque année à cause des 30,000 fr., et des intérêts de ces deux pour cent. Elle compterait de plus, et en même temps, le solde des 30,000 fr. Un traité complémentaire régulariserait la situation pour le passé comme pour l'avenir ; et de nouvelles lettres de gage, prenant rang après celles qui avaient été précédemment émises, seraient créées dans les proportions de droit.

Si cette hypothèse ne se réalisait pas, l'immeuble retomberait, à l'expiration des vingt années , dans les liens du l'hypothèque légale selon le droit commun.

Nous ne dirions rien des prêts relatifs aux cheptels, aux travaux et constructions agricoles, aux sociétés commerciales, s'il ne nous semblait pas nécessaire d'expliquer que les conditions de richesse territoriale formulées plus haut sont, dans notre pensée, exclusivement applicables aux opérations dont le but serait l'extinction d'un passif hypothécaire, et qu'ils donneront lieu à des appréciations d'un autre ordre, même, dans certains cas, à des combinaisons de chiffres de nature à diminuer le nombre des annuités et par conséquent la durée de l'opération-

La caisse centrale de l'Algérie sera digne de son nom; elle s'ouvrira pour faciliter l'extension des travaux qui augmentent les fortunes privées, les espérances do tous ; l'élève

du bétail par nos colons les moins favorisés du sort ; pour donner la vie el la sécurité aux sociétés qui exploiteront ces mines dont les merveilleux aflleurements s'élèvent à hauteur d'homme , ou s'étendent sur le sol comme une cuirasse couvre un corps gigantesque; qui convertiront en papier les fibres du palmitos que déjà l'on ne maudit plus; qui importeront en France les blés de la colonie pendant les mois de juillet, août, septembre et octobre , et importeront en Afrique les blés de la France , aussitôt après les battages ; qui rendront secourables à l'humanité souffrante, ces sources thermales sans nombre , à côté desquelles on passe encore indifférent, et qui seront un jour pour les uns l'eau de Jouvence, pour les autres l'eau du Pactole.

La caisse centrale de l'Algérie prospérera parce qu'elle servira un intérêt de quatre et demi à tous les titulaires de ses engagements. A ce taux il n'est personnne qui ne préfère, de l'autre côté de la Méditerranée, ses lettres de gage à des placements sur la rente ou sur des particuliers.

La caisse centrale de l'Algérie sera populaire, parce qu'elle améliorera la condition des bailleurs de cautionnements; parce qu'elle n'exigera de ses emprunteurs que ce qu'ils peuvent lui donner. La différence entre des annuités de six et demi et un intérêt à dix, correspond à celle qui sépare la gène imméritée que d'bonorables colons subissent , du bien-être par lequel ils seroiit consolés des sacrifices accomplis.

L'Hôtel des Monnaies , l'accroissement de circulation du numéraire , ol l'abaissement des cours du change, double conséquence de sa création , délivreront la n>étropole des transports d'espèces dont elle se plaint, et ([ue la science réprouve. Causes et effets p(»rleront les indigènes à abandonner lours habitudes de tbésaui isalion , à jeter enfin sur le marché et lingots et douros.

Dans l'écrit que nous nous sommes attaché à rendre court, nous avons énoncé plutôt que développé, affirmé plus

que déinonlré ; il y aurail injustice à ne |)as nous en lenir coniple. Au temps des ballades, les morts allaient vite; aujourd'hui ce sont les événements qui se précipitent. Nous aurions voulu publier un livre, et notre (ruvre n'est qu'une esquisse, parce que le temps manque aux meilluurs citoyens pour s'éclairer sur les plus chers inlérêts du pays. On lit peu quand les phénomènes se succèdent. Incedimus pcr aidera, fi.ilgore slupentes,

La métropole a assisté jusqu'à ce jour, sans le compren- <lre, au plus magnifique des spectacles ; nous lui souhaitons de ne plus dire do lui ce (jue les imj)ies disent de Dieu : il est trop loin ; ce que la petite sagesse oppose toujours à la grande : il coûte trop cher pour plaire. La cause dont nous sommes le serviteur obscur et pieux, c'est la cause de la paix et de la charité, de la justice et de la liberté ; et nous en avons la confiance, quand la nation, fille de tant de nations, aura régularisé son commerce dans l'enceinte des municipes , sur le seuil des commanderies ; placé ses titres de propriété individuelle sous légide de notre droit; renouvelé ses richesses intellectuelles au foyer de notre université régénérée elle-même ; pressé de ses lèvres la coupe enchanteresse de notre vie publique ; personne ne voudra croire qu'après vingt années on nie encore , avec obstination et hauteur, tout ce qu'attestent les travaux du passé, les succès du présent, les impérissables assises sur lesquelles repose le monument, au sommet duquel rayonnent la croix, le tabernacle et le croissant , salués à la fois et dans un même esprit d'amour et d'espérance , de gratitude et de respect.

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