‹ L'Algérie françaiseChapitre 2 sur 61 · C. m Feuillidk · texte numérisé non relu

C. m Feuillidk

Paris, 15 mafs 1856.

ffabeni tuf^/i^a libellL

CTest vrai : les livres on( leurs destinées.

Ëa 4 839 y parurent mes deux volumes de T/r- IfLnde. Je disais dans Fintroduction : « L'Angleterre et l'Irlande sont deu^ tè^ jetées sous la même couronne; voyez comme la couronne est légère au froi^t de l'une y et çampie die a meurtri le front de Faatre. » Je comparais les lanières des haillons du paddy aux crins éparpillés de la queue d'un cheval jetée sur ses épaules; et j'ajoutais qu'à certains jours ^ f^m resseo^blait à celle des chiens errants qui, dans les grandes villes, s'en vont fouiller dans les

Et Von m'accusa d'avoir calomnié l'Angleterre, 4VQir iÀventé le )iaiUpn, la qiisère et la famine

d'Irlande.

yp an s'était; écpulé à peine que les journaux de

Dublin, de Cork, de Limerick et de Galvvay racon-

taient que des enfants, s'é(ant jetés dans les eaux du Louch-£rné et du Louch-I^eath, avaient poussé à bord des vacbes noyées dont ils s^étaient ensuite mis à se partager et à manger les lambeaux f ils racontaient encore que des fomilles entières étaient trouvées mortes au carrefour des landes et des tourbières et le long des fossés des chemins, ayant les lèvres toutes vertes des berbes qu'elles avaient broutées pour assouvir la faim dont elles étaient mortes.

J'avais dit de Daniel O'Connell : a Le vent des idées bourgeoises a trop soufiSé sur loi. Ce n*est pas une agitation politique qu'il faut à llrlandei c'est une agitation sociale. y> 0*ConnelI avait répondu : « Je planterai le drapeau de i indépendance sur ma tombe. — Sur votre tombe, lui avais-je répliqué, Tlrlande ne trouvera que votre suaire qui lui servira de lin* ceul. »

Et je fus accusé de méconnaître la puissance révolutionnaire des idées politiques. C*est possible ; mais je connaissais du moins la puissance révolution* naire des idées sodales. Les premières ne sont que ^ d'un pays, d'un temps. Incertaines et variables, elles ne passionnent guère que le cercle borné des générations, des peuples et des intérêts auxquels celte forme et cette couleur des vêlements du corps social peuvent convenir plus que d'autres. Les

secondes sont de tons les temps , de tons les pays. Toujours les mêmes, elles ont passiouué, passionnent et passionneront éternellement tous les peuples, toutes les races ^ car elles sont inhérentes au corps social tout entier , et le méine jour, à la même heare, elles peuvent établir le courant électrique qui le jK>tilèye.

Aujourd'hui, Daniel O'Connell est mort. Qu'a produit sa longue agitation? Qo*en est-il résulté, et qu'en reste-t-il? Où ea est l'Irlande? Que fait-elle? Qui en parle? Qui s'en souvient? Saurait-on seule-* ment qu'elle existe, qu'elle est encore peuplée, si deux Oju trois fois par an , les journaux ne nous racontaient des naufrages dans lesquels ont péri par centaines des Irlandais émigrant aux terres des mondas nouveaux.

En 1842, je publiai lb Cha^tbau de Ham. Ce livre avait pour épigraphe ces paroles de Châteaubriaud : Quand an aime la gloire , c^est m noble parti que de s'attacher au malheur.

Dans les premières pages, où j'expliquais les causes et le but de cette publication, je disais :

« L'auteur a secoué la poussière des chemins quMl avait parcourus saus trouver la solution du problème politique et social qui, dans sa pensée, se réduit à ces termes (c'était en 1842; Tauteur, depuis lors, a

cru voir la vérité plus loin, et il y est allé) ; Sous quelque ibrme de gouvernement que ce soit et sur UD espace donné, procurer au plus grand nombre d*hotnmes qu'il se pourra la plus grande somme pasisible de perfectionnement moral, de développement intellectuel, de bien-être physique, de libertés oom-> patibles avec le degré acquis de perfectibilité sociale et humaine...

)) Isolé dans son aniour de la patrie comme en tin lieu élevé où n'arrivent ni les terreurs, ni les pré* tentions, ni les haines de la mêlée politique el sociale, il s'est mis de nouveau, comme il Favait longtemps fait, à étudier les événements et les hommes du passé, pour leur demander la condamnation du présent et les enseignements de Tavenir. Eu mémo temps, il a tenu Toeil et Toreille ouverts à toutes les lueurs, à tous les bruits qui pouvaient surgir dans quelque point du ciel, espérant y découvrir Fissue qui serait ouverte de nos jours à la lutte engagée entre tant de passions diverses et d'intérêts opposés.

C est donc bien le sort de toute vérité de n'arriver aux nations que du fond d*un cachoi on du haut d un calvaire j la persécution est donc bien rétemelle et providentielle fournaise où l'homine

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