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«'épure et se fortifie , la pierre de touche qui ea doit attester le titre et la vatear) c'est doso bien anssi rhoimeur et le salut de la nature humaine que la vérité, eti souffrant et en protestant sans cesse ^ pré^ pare l ailianchissement au moment même où elle snbit le joug; c*est donc bien encore une chose lo* giquc et simple à la lois que dans les époques ou tout est nuit et incertitude , les yeux qui cherchent la vérité, le droit et la justice se tournent vers les lieux d*exil et de captivité* Si les hommes qui s'agitent disent dans leurs passions : « Ces lieux en sont le tombeau, » Dieu, qui les mène, a dit bien plus souvent : « Us en sont ie berceau. »
A propos des douleurs dont palpitaient de belles et lamentables pages intilulccs l'Exilé, je disais aussi i « Nous sommes, hélas 1 dans un siècle où les décliirements de la patrie amènent des retours si
amers de fortune, et où les proscrits de la veille se
font si cruellement les prescripteurs du lendenjain, qu'il est peu de cœurs dans lesquels ces pages n aient du éveiller le ressentiment de douleurs anciennes OU présentes, et jeter quelques prévisions fâcheuses d avenu\ »
J'avais aussi tracé ce portrait du captif que feufermait alors cette prison d'Etat , et de qui je disais déjà : a Heureul prince, h qui Dieu, avant de Itti
donner le pouvoir de faire beaucoup et d'illustres iogratSy a envoyé ce qu'il n'accorde même pas toa-^ jours pour consolation suprême aux chutes profondes • qui suivent les élévations les plus hautes : des courtisans assidus de son infortune
i> Esprit net, lucide, ferme et droit comme tous les esprits qui voient de haut, loin et vite; façonné à la forme synthétique que donne l'étude des sciences exactes, il rend sa pensée avec clarté , avec précision et brièveté, en autant d'idées que de mots, dédaigneux . de montrer l'inconnu d'où elle s'est dé*^ gagée et les points intermédiaires qui Font jalonnée. C'est un boulet de canon qui frappe avant qu'on sache d'où il est lancé, ni quelle route il a suivie. Le but a-t-il été atteint? La pensée est-elle rendue? est^ elle claire? est-elle courte? est-elle vraie? Le prince n'en veut pas davantage, et il passe à une autre. Il y a là quelque chose du génie de Napoléon et du moule d'où jaillissait sa pensée
» Sans doute on reconnaît parfois que Tillusion, . cette riante fleur de la jeunesse de l'esprit et du cœur, vient bien encore jeter son voile et ses parfntûB sur les importuoités de la raison; sans doute la science des faits et des hommes parait encore rebelle
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aux leçons de rexpérieuce acquise.. Mais leve^ les yeuXj et lisez cette phrase qae le prisonnier a écrite lui-même sur les murs de sa chambre : « Pour » ks peuple» comme pour les individus, la souffrance » n'est pas toujours perdue. » Et vous vous direz alors qne les dernières illusions du cœur et de Tesprit ne vont pas tarder à se dessécher et à mourir dans le jenne et vaillant homme qui est là debout, le front pensif, Tœil voilé, la voix émue, le cœur plein et ouvert, et qu'assez tôt Texpérience viendra lui donner la juste valeur des hommes et des choses. »
J'avais écrit aussi ces paroles qui , pour le temps peut-être n'étaient pas une des moindres témérités
des aspirations d'un écrivain : « Le principe
sauveur de Torganisation du travail dans ses trois éléments, Vintelligence , les bras et les capitaux , est allé se perdre dans Texpausiou désordonnée d'un industrialisme cupide et sans merci, et porter avec rirritation et la misère le germe d'une révolution sociale au sein des classes populaires dont le bienêtre matériel et moral n'est pas en raison légitime et directe du développement du travail et des bénéfices de la production. »
Enfin, à la dernière page de ce livre, qui, par une coïncidence mystérieuse, fut annoncé dans les papiers publics le matin môme du jour où le jeune et
inalbeureuii dac d'Oriéàns se taa sur le Ghetnia dé la Révolte, on lisait:
nldj en 4842, s'arrête Thistoire particulière de la ville et du château de Haoi; mais elle n'est point fluie. Si Dieu, lui faisant un avenir semblable à son passé, la rattache encore à Thistoire générale du pays, elle aura vin dernier chapitre.
» Que sera-t-il ? Dieu seul le sait.
n Mais, dans un temps comme le n6tre, tout est possible en France. »
Ce qde soulevèrent alors de coutroilx, d*iroflie et de dédain dans tous les partis ces échéances diverses venùes à terme aujourd'hui et acceptées presque toutes à présentation, je ne m'en préoccupai j^nière, ôt je ne m'eu souviens plus beaucoup. Seulement, les beaux esprits, défenseurs du fait accompli triomphaût, et ibsulteurs-nés de toùte cause vaincue tfai en appelle à une éventualité plus ou moins probable, Ûmti leur métier eu donnant à Tauteur du Château dé Ham une bonne part dans les dérisions et les outragea qil^ils distribuaient très-largement à celui dont ils sont les courtisans à cette heure.
En 4 847, je publiai les deux premiers volumes de V Histoire des révolutions de Paris.
Dansi Tintroduction je disais, entre bien d*autres choses de ce même ordre d'idées : « L'émancipation
des dâfifted ilotes^ àe témoignant par les œttVt^s de
l'esprit, est dans rhisloiro générale de la civiiisatioa le phénomène dévdiicier od {larallèle dé leor ifiifti*chO ascendanle vers leur complet affraiichissemetit. »
Après avoir fbumi les pt^Ulreâ de ce théorètné so» cial , j'ajoutais : u A cette heure, les classes plébéiennes Ont brisé les lAnges sécnlairés qùi le» vouaient aux seuls travaux du corps, et déjà elles viennent prendre et apporter leur part à ce magni^ lique banquet de Tinlelligence auquel Dieu convie rbnmanité tout entière. Dans leurs foules et dans
leurs ateliers surgissent des poètes qui se laraetilent sur lent« niisè^es dont ils les vengent, des publicisteé qui les éclairent et les défendent dans leurs droits, des historiens qui rétablissent la vérité sur leur légitime part d action et d iulluence dans les progrès de la civilisation... Les temps sont donc bien proches où la société et TÉlat vont avoir à faire compte avec elles.* Je fns traité de rêveur par les uns, de tàujc prophète par les autres, de... je ne sais plus quoi eneore par plusieurs, qui se disent aujourd'hui des esprits fort avancés. Trois mois après, les classes plébéiennes posaient elles-mêmes snr leà barricades de février les formidables questions que soulève l*heuiie sonnée de leur avènement.
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L'année dernière, j'ai publié les JSatmalités, Je disais que les Dationalités disparaissent comme les races I parce que, pour les unes comme pour les antres , il y a la loi de ienr entrée dans le monde et la loi de leur sortie; que celle-ci est inévitable comme la loi de la mort et de la dissolution prononcée sur tout ce qui est matière^ qu'elle s accomplit, pour les nations comme pour les individus, le jour où celles-là comme ceux-ci ont épuisé les principes de vie qui étaient dans Torganisme de leur constitution; que tous les diplomates de la terre ne pourraient pas plus réaliser pour les nationalités mortes le miracle de la vision d'Ézéchiei, que tous les hommes réunis ne pourraient dire aux ossements des races humaines : « Sortez de vos sépulcres, levez-vous et marchez! »
Je disais que cette loi de la disparition des nations et des peuples faisant avancer Theure ou les races ne seront un jour qu*une famille, et les peuples qu'un seul peuple, le monde marchait fatalement vers l'anéantissement des nationalités et delà guerre; que par conséquent les nationalités et la guerre faisaient mal les affaires de Thumanité; parce que les nationa* lités, c'est l'égoïsme et les divisions , et que la guerre, c'est la haine et les déchirements; parce qu'enfin les nationalités et la guerre sont les grands obstacles à la formation de Tunité, qui est le but suprême , le but
ITII
final imposé à 1 homme par sa propre ualure et par ragrasdissement indéfini de .son existence.
Pour avoir dit ces clioses, écho et reflet de la pa- • rôle et de la pensée des pins grands esprits des temps * anciens et surtout du nôtre, j'ai perdu d'aucicDues amitiés et des sympathies récentes; les unes se sont changées en hostilités actives, les autres ont pris subitement le caractère d'antipathies invétérées-, et si j eu croyais ce qu'on dit, j'aurais perdu encore bien autre diose; mais je n'en crois rien* Ët après tont qu'y puis-je? Ce n'est pas dans ma vie le premier sacrifice que j'aurais fait aux droits de la libre pensée.
Voici pourtant qu'à cette heure (six mois à peine se < sont écoulés), mes idées sur les mliomlités ont fait déjà bien du chemin ; elles sont devenues un thème même pour des discours de solennités officielles, et aussi pour des articles de journaux. Une revue puis^ santé, mais qui passe pour professer peu d'initiative et d'enthousiasme à Teudroit des aspirations modernes vers l'unité humaine et peu dintelligence sympathique pour les grands changements politiques et sociaux que les découvertes de la vapeur et de Télectricité peuvent amener dans la vie morale et matérielle des peuples , s'est risquée naguère jusqu'à dire : « Les hommes qui désirent que la société humaine
» ohupg» do faa8 , 4oi?ent désirer que len formiss
Un joaroal ponsidérabld, le même ou j'avais été le . p}il^ m^^f9mé » ymi tomt téc&tfxmut 4e jet^r sur la tombe de quplqiw p^tioiialités des fl^un semblables À (^lies-à;
. iK Malheur à elles si des prétentions de castes on fè 4es intérêts de pi^rtis, si l'orgueil d'iiae patioMité 1^ intéressante sans doute, mais qui depuis tant de 0 siècles Q'a jamais p^ ^e fairQ sa place au milieu des if pations, les empêchaient d'aecepter avec reconpais^ » ^auce les iosUtutio^s q^i jserp^l établies... tt M^l^ n heur à elles si de sourds mécontentements ou des « machinations hostiles l^s empêchaient de jouir enfin 1^ du repos fécond qui leur est préparé. Ce qui perd ^ les pjairtis, p'isst r^spérancp. L,*espéraoco ne perd pas moins les nationalités déchues que les partis 1» tombés; respér^Aioe ^'m Avenir m^ili^r M pl<l» » complet empêche de jouir du présent , et compro-
» mf4f fiottv^^ p^r fses maoifesbilio»s i^^pportim^isi
9 {es améliorations progressives qui se fussent pro-
)) natiooalilés mécontenieâ du sort que les circon-^ ei les i^éqessltte politiqBen leur imposent,
» C'est en elles-mêmes , dans \q développement pro-r
ffmiS du tm l(9s éléments d^ imspéritéi d'indé^
Vf
n pondance et de grapdear qu'elleg portent 99 tour
» sein y qu'est renfermé tout leur avenir. »
. Aioai t va I0 train du monde 1 ces chom aont pasgjé^ prot^i^Uoa ^nçum > déckivm^ni mtéf-ieur, mx liaox mAmea où , pour n*ayoir guère rien dit ^ plaS| j'avais soalevé 4Ps cplèr^s et des ^crimP'^ m^s mattendaes, Qne faire? Les idéea ont lenra pion^ iper^ çou^m& le§ colonies t leprs essu^eurs de piètre e«^roe les maisons neuves. Quand elles paraissent, les préjugée et ie^ ai}Uâ qu eUes Croissent coip^ld^ntî les intérA(s et les droits qu'elles servent y voulant se dispenser un jopr de reconnaissance 1 les désavouent pu les déclarent inopportuues; et quand viennent les èvèfigimnt^ qui lenr donnent r4P)n, ces prpjngés, ces abnS) ces droits, ces intérêts faisant cause commune 0n sont qmifi^ ponr d\w » fce hm\i «aériJe d'avoir i»r prudemment pensé tout h^ut , au risque de tept com^
prpmatlf§ff ce qne pbacnn de nous , pour mi^M^ servir, pe contentait de dire tout bas I Renreux encore l^s préiHifîi^if <tos idées fim ^bovU^at, les mt^^réu parvenus et ralliés qui ont Tm^ploitation du triomphe k r^^priji^, m 1^ traitent point de la fa^îon qup lits rois d'Israël et dl3 )uda traitaient leurs prophètes» Au demeurant, je n'ai en mi d'antres n^oyens d'expliquer cette destinée de mes livres que par leur
prigind mim* U n'en e@t ai^pn dont je n'mvm^ pi^
dire ce que j'ai écrit de l'un d*eax dans son introduction :
. « Ce livre a été fait sans tne préoccaper des intérêts et des idées que je pourrais froisser ou servir, ni des sympathies et des colères que je pourrais soulever. Ces pages ne veulent donc être et ne seront, en effet , qae ce que sont sons la main de Bien ces graines des arbres et cette poussière des ûeurs que le vent de la naît emporte sans savoir où , mais qui tombent comme il plaît au Seigneur : ici sur des roches arides où elles meurent ; là snr tin coin de terre où le soleil et Tean du ciel les fécondent pour les desseins de Dieu. 9
Qnand on peut sMsoler ainsi da milieu des passions et des intérêts de la fouie et des partis, on est bien près de n'avoir plus ni intérêts , ni passions pour son propre compte, et on est conduit sans eôbrt dans le milieu qu'habitent seules la logique et la bonne foi. Or, il est rare qu'avec la logique et la bonne foi on n'arrive pas tout naturellement à la connaissance de ce qui est, et, bientôt, par l'intuition, par cette faculté de l'homme qui naît des combinaisons mystérieuses de Taction et de la réaction mutuelles de l'ordre DK)ral et de l'ordre physique, au pressentiment de ce qui peut être. C'est ainsi que s'établit le courant merveilleux de ces idées et de ces choses dont , pour peindre leur puissance mystérieuseï on dit qu'elles sotU d(m l'air»
Voiià poarqaoi il a été écrit sans doute qu'à certaines
heures, nul dans le monde n'était beul à penser, à dire on à faire, œ qu'il pensait, disait ou faisait
Il n'y a pas trois semaines qu'il m'en a été donné une preuve assez étrange.
Aux dernières lignes d'un feuilleton dont lauteur n*a plus, je le soupçonne , aucune raison de me vouloir être agréable, et qui était lom d'ailleurs de se douter que je pourrais apparaître comme une évocation au carrefour de sa pensée, on lisait :
« On peut voir^ par les faits qui précèdent, quelles
» représailles les amis de la Révolution pourraient
!> exercer; combien il leur serait ^acile^ en parcourant
» les diverses époques de la monarchie , de donner
» aux personnes, aux actes, aux événements des
» aspects nouveaux, un autre caractère ; de rendi'C
» aux vices et aux crimes, couverts par ie manteau
» royal et oliicieusement dissimulés , leur couleur et
» leur nom propre
» Sile travail dont je parle était exécuté en
» dehors de tout esprit de parti , il en
» résulterait des rapprochements imprévus, un nouvel
» enchaînement de causes et d'efiets; on verrait dis-
» paraître rkoportanoe donnée jusqaid à des futilités,
» et de grandes catastrophes s'expliquer par des actes
» peu 'Connus ou aysiématiqument dénatuiés. Ce tra-
d vail serait Tiiitrodactioii naturelle à l'histoire de la » Révolution française , il serait aussi carienx qu'in- 2> structify et il eU trop nécessaire pour que, tôt ou ' 9 tard, il ne saU pas entrepris. »
0 puissance magnétique des idées qui sont dans Fairl Ce travail que, le^Sfévrierdmiier, nn critique disait être une nécessité de ce temps , n'était déjà plus à entreprendre : je Tavais commencé en octobre 4 855, et par une de ces fatalités qui me sont familières , Je venais d'en écrire les dernières lignes le H janvier.
Quand ce livre nouveau sera-t-ii publié? je 1 ignore. Je sais seulement qu'il le sera le jour où il deviendra nécessaire qu'il le soit ; de même qu'il a été écrit le jour oii'il a semblé nécessaire qu'il le fftt. Est-ce que je n'arrive pas toujours la veille?
Est-ce qu'aujourdlui je ne publie pas mon livre de l'Algérie française? et cependant jamais livre a-t-il pu semMer davantage devoir être condamné par son origine à un boisseau éternel? et voici que c'est son origine même qui, après trois années, en fait une publication de circonstance, une publication nécessaire.
Tiré de lettres écrites à un ami du fond d'un milieu d'événements, de droonstances, de captivité et de misères qui jettent un homme dans un parfait dégagement dlllasions, d'intérêts et de tonte arrière-
pensée d'influence, d'action et de publicité, ce travail
de i853 répond à des préoccupations de i856. Il y répond d'autant plus que, dans cet intervalle de trois années , plus d'une réforme gouyerDeaieutaie et administrative à laqudle auparavant la pensée ou le temps n'étaient pas venus de mettre la main , plus d'un événement dont on niait la possibilité, ont attesté la raison pratique de ce que des intérêts menacés s'efforçaient de faire passer pour des excentricités de rêveur ou des colères de mécontenl.
Au Deux-Dégehbui, placé comme on sait entre mes idées et mes ailections, j'avais pris parti pour mes idées* Après un an de captivité, en France et en Afrique, dans les prisons et dans les camps, on estima que, puisque la commission mixte des. Basses* Pyrénées ne m'avait pas exécuté à mort, il pouvait être juste temps de m'interner à Hussein-Dey, sur les bords de la mer. C'est là que je reçus la lettre dans laquelle le publiciste célèbre dont, à Tinverse des amitiés humaines dans les mauvais jours, rattachement pour moi avait grandi en proporUon de mon infortune, m'incitait à me reprendre au courage, à la vie et au travail, a Profitez de votre séjour forcé en » Afrique pour la bien étudier et en mesurer Tavenir
» possible, m'écrivait-il • • Qu'y feriez-
» vous? qu'y verriez- vous à faire? » Et, avec cette
SX
ïiettetô et cette initiative qoi le caractérisent » il me
posa carrcmcQt de» questions qui eurent pour réponse, de février à jain 48ô3, douze lettres dans Tinter^
valle desquelles il me répondiL celle-ci ; a J'atten-
» dais votre conclusion, mon dior amî, pour vons
» dire quelle satisfaction m avait fait éprouver ce » travail marqué au coin de la plus haute indépen-
» dauce d'esprit- Je n'ai rien lu sur TAlgério qui fût
» plus d'accord avec ce que je crois être la vérité. »
Cette haute indépendance d'esprit dont M. Émile de Girardin voulait bien me faire honnenri nui plus que lui en effet ne pouvait lui porter témoignage. Il voyait bien» au ton contristé de mes lettres» qu'il me fallait chaque jour tenir ma raison et mon amitié à deux mains pour ne pas me dérober à ce travail de recherche et de sonde dans lequel je ne pouvais plonger un regard sans rencontrer un abus» ni 6ire un pas sans me heurter à une assise du monopole. Que de fois» cherchant à éloigner de mes lèvres ce calice d'amertume, je lui ai écrit avec défaillance et dégoût: « Tous m'avez donné le chaos à débrouiller» les étables d'Augias à nettoyer ; aussi j'hésite non-seulement à tout vous dire, mais aussi à tout fouiller» à tout ap-> profondir. Eh 1 à quoi bon d'ailleurs? osera-t-on jamais
révâer ces énormités ; et Fesàt^ » qui jamais vou^
dra et pourra y mettre la main? .... Et puis, les
Diyitizeo by LiOOgle
choses sont i»m un ai avanoé que, malgré moi^
dé^ir de voir T Algérie siiuvée, je désespère de TacoomplisaeineQt de oe grand œavre. Tout ioi eal à re^ f^irç ; pouvoir, administratiou, justice, terre, çlimat, santé, mœurs, société, rjiommo lui-même! , . • »
a Mo» ami, lui écrivais -je un autre jour, pins ^avance dans ce chaos inextricable de Tagonie algérienne, où, vous le savez, je ue suis en(ré que par amilié ponr vous , et plus je reconnais mon insuffisance, et plus j'ai envie de m*arréter court et de vous écrire : ^ Ma M! venec vona^méme* Dn diable si aucun des administrateurs, des économistes, des pu- Uicisies, des hommes d'État qui piétinent dans la vieille ornière des routines politiques et sociales, est en possession de rintelligenoe , de Tiaitiative, du vouloir, de l'audace et de la fermeté de mains uécessaires à la reconstitution d'une Algérie nouvelle sur la table rase de l'Algérie présente 1 »
Un an plus tard , au moment où, répondant à mon appel, mea amis de France m'aidaient dans mes arrangements en prévision d'un long exil , il me fut spontanément envoyé quittance définitive et sans conditions des années d'Algérie qui me restaient à faire.
A mon retour, H* de Girardin me rendit mes \^ très. Quelques - uues avaient déjà couru cei laines
ZXII
régions da monde administratif , et il y èn avait été
gardé copie. Je leur fis subir le travail de remaniement nécessaire à la possibilité de lenr publicationdans la Presse, où sous ce titre : De la colonisat ion algérienine, elles parurent en vingt*cinq articles, du 43 juillet au 24 octobre. Quelque émotion fut causée par la publicité inattendue de révélations sur lesquelles on aurait bien pu prendre son parti à huis clos, mais qni arrivaient malencontreusement à Thenre même où on mettait la main à T œuvre, pour n'en plus faire qu^n anachronisme et appliquer à leur auteur le Sic vo$, non mbis, si connu , de Virgile. Les doléances même furent assez bruyantes ;. et après la publication de la première partie , la seconde aurait pu rester sons le coup de la loi du silence, s'il n*y avait pas eu ailleurs un désir prononcé de voir enfin l'Algérie autrement qu'à travers les miroitements de l'officialité et les extases mutuelles de la société algérienne d'admiration.
Ce sont ces articles de 1 854 , tirés eux-mêmes de mes l^res de i 853, qui sont réimprimés aujourd'hui sous le titre nouveau de l'Algérie française, la seule chose qne j*aie changée. Quant an texte, je n'ai rien modifié, rien revu, rien affaibli, rien corrigé, rien retranché. Je bais le rapiécetage littéraire autant que le rapiécetage politique et légal : Ce qui est écrit
xxin
est écrit! Cette réponse da gouvemear romain est la
fin de non-recevoir par laquelle, en ce qui me conoeme, j*ai toiqoQrs résisté aux opérations de cè genre. A relouclier sous la pressiou d'un milieu nouveau ce qui a été pensé et écrit sons b pression d'an miliea déjà loin de nous, on court le risque de ne faire qn^nn livre d'arlequin» sans harmoniei ni couleur ni unité, par conséquent sans vénLé , ni valeur ni
autmté.
Pourquoi d'ailleurs aurais-je altéré en rien, dans son texte et dans son esprit , un livre qui porte si fortement empreint le cachet de son origine, et dont j'ai bien le droit de dire ce que Montaigne disait du sien : « Cesl icy un livre de bonne foy. » Les pouvoirs publics eux-mêmes ne lui ont^-ils pas déjà plus d*une fois donné raison?
Les décrets qui, depuis 4854, ont fait passer sous l'autorité civile des populations soumises jusqu'ici à Tautorité militaire, reculé la domination des bureaux arabes par delà les territoires envahis par la population européenne , réglé le mode d'administration de la population arabe dans les territoires civils , étendu la compétence des justices de paix, fait entrer des indigènes dans la composition des municipalités, réduit les droits à Timportatioo de certaines denrées alimentaires, abrogé le décret oublié qui tenait TAl-
gérie en état de si^e , créé des bataiiions iadigènes^ noyau d'aae force africaine, pour arriver à la réduction presqae totale de Tarmée française d'occupatioD| étendn enfin à TAlgérie les dispositions de la loi française contre les fraudes commises dans la vente des marèhandises et contre la sophistication des vins...; tons ces décrets, que sont-ils , sinon des commencements de réformes dont il n'y a, je pense, nnUe pré* somption à soupçonner que les lettres communiquées de 4853 et le travail pnblié en 4854 peuvent bien avoir donné Tidée, ou tout au moins facilité et bâté la venue?
Les événements, qui, supérieurs aux iiommes et indépendants de leur action, n'attaident pour se pro* , duire les convenances de personne, ont fait une part non moins large de réalisation à Tesprit de sincérité et de prescience qui caractérise ce livre.
Mes révélations sur la façon cavalière dont les bureaux arabes traitaient les choses de la justice en territoire militaire, et sur le scandale des faveurs accordées à certaines congrégations religieuses, n'ont-
elles pas été confirmées en novembre dernier par les
paroles contristées à la fois et sévères qu'ont fait entendre le oolonel-président et le capitaine-rapporteur du conseil de guerre devant lequel ont comparu, à Oran, les brutalités idiotes et sauvages de ces frères
ignares de lAmonciation, auxquels ont été pourtant aeïïordé» plus de 80^000 francs de concesaions on de subveuiiouy à charge d'instruction agricole et pri-. maire?
La guerre d'Orient, en réduisant de plus des deux tiers notre armée en Algérie , a justifié ce qne f avais avancé sur la soumission de la plaine et de la montagne et sur r inutilité ruineuse d'entretenir en Afrique, pour la garder, un grand commandement mili-. taire et une armée de quatre-vingt mille hommes.
£a fournissant à notre expédition de Crimée la plus grande masse des approvisionnements en fourrages , an bestiaux, enfarinés, en biscuits, l'Algérie indigène a témoigné dans un moment difficile de la vérité de mes assertions sur ses aptitudes agricoles et commer*» dales, et sur les miracles de production qu^enfanterait la perspective de marchés assurés et ouverts*
Le siège de Sébasiopol et l'Exposition universelle ont prouvé que je n'avais pas surfait le génie arabe en prédisant la part glorieuse qu'à un moment donné il prendrait dans nos victoires, dans notre industrie et dans nos arts.
L'effet immeose produit à cette heure jusque dans les tribus les plus éloignées, dans le Sahara ou dans les deux Kabylies, au fond des gorges les plus pro**. fondes et sur les dmes les plus âevées de TAtlas, par
IXYI
les récits émerveillés des soldats indigènes qui ont partagé nos périls^ notre gloire ^ et va à l'œavre la supériorité de nos armes, ne me donne-t-ii pas raison? Car j'avais dit que dans les relations obligées do camp et du bivouac, sous le même drapeau, dans la cornmonanlé de péril et de gloire, il y avait un mélange de mœurs, de langues, de coûtâmes qui concourait à former cette fusion, cette imité de peuples et de races sans lesquelles je ne voyais point d'Algérie française possible.
J'avais dit encore que les tribus sahariennes, les tribos kabyles surfont, me paraissaient suffisamment préparées pour incliner vers notre civilisation et accepter la loi de Tassociation des intérêts* — « Tons les peuples déshérités, à quelque degré que ce soit, de bien-être et de Inmières^ qontais-je, ontdes instincts secrets qui les poussent vers les nations el vers les tores où se trouve une pins grande masse de Inmières et de bien-être : races arabes, races kabyles, races sahariennes, subissent cette grande loi des migrations des peuples barbares vers les foyers de la civilisation. Cest le développement de ces instincts secrets, c*est leur excitation, leur création même que la France . devrait donner pour but à son gouvernement en Algérie. »
Voici ce que les fiiits ont répondu* Trois mois à
peine s'étaient écoulés, que ïougourth se soumettait sans coup férir, et que la plas puissante triba de la Kabylie était réduite, cernée qu'elle avait été uniqoement par nn cordon de douanes qui , la frappant dans son agriculture et dans son industrie, l'avait mise au ban du cominme de la France. Et ce ne sont déjà plus les tribus sahariennes seulement qui des* cendent dans le Tell, et chez lesquelles on peut monter en toute sécurité, avec certitude d'y trouver hospitalité et respect. De par delà les oasis du Sahara, du fond e&trème de cet océan de sables qui s'appelle le Grand-Désert , et dont les qnatre cents lieues séparent TAlgérie de Tombouctou et du Pays des Nègres, il est, en janvier i]emier, venu à Alger « une députation des tribus nomades qui l'habitent sons le gourbi ou sous la tente. Or, que sont venues faire chez nous, en 1856, après une marche de trois mois , ces Touaregs dont M. le général Daumas fut si niaisement accusé, il y a dix ans, d'avoir, par fentasia arabe, inventé le nom, les mœurs, le costume et le pays, et qui jamais, en aucun temps connu de rhistoire, n'avaientfranchî les limites du désert, qu'ils parcourent en pirates, pour se montrer sur le versant de la Méditerranée, que dWres pirates rançonnaient?
Ces chefs des tribus du désert, dont les tentes en gardent rentrée du côté de nos possessions, sont venus
dire à la Franee : « Voua avec dea chaduaa, dee
» draps, des soieries » des cotouoades, dea pipea; » portez-nOQs ces prodoita de voire tDdaaIrie et d*aih » très encore^ et qous vous doûaeroDs en échange do n rivoire, des peaux de toatea sorlea d'anumax, des 9 parfums, de la ciret de la gomme et de la poudre a d*or. Noos y trouverons, les nna et les autres, dee a bénétices considérables, et ces bénéfices resserreront » de jour en jour les liens de notre amitié. »
C'est comme si ces barbares du Sud africain avaient dit : — Algérie I le percement de Fisthme de Suez va âure de tes ports sur la Méditerranée le marché dea échanges du monde : car nous te donnons la clef du Soudan, et pour en avoir les richesses, il faudra que rinde, l'Asie, l'Europe, toutes les lies et tons les ooih tinents t'apportent les leurs.
Voyant ainsi que les réalisations et les réformes se greffaient si vite sur mes projets et sur mes rêves, loin de rien changer ni retrancher à mon livre, je Tai augmealé de quatre nouveaux chapitres. Qui sait? Les travaux publics dont je proclame la nécessité seront peut-élre mis à exécution; les abus du mono» . pôle financier de la Banque algérienne, que je dénonce, seront peut-être supprimés, tout au moins reMnés. Qui sait encore? Les utopies ne sont bien souvent que des idées pratiques qui ont avancé d'une
XXR
heord t ne 86 ponmiMi donc pas que «ertaios deft
rêves inédits de mes lettres de 1 853, sur b réorganisation des pouvoirs publics de 1* Algérie , el auxqnds je fais voir le joar dans ce livre de 1 So6, ne parassent point, malgré leur radicalisme, trop indignes d'attention?...
Et veut-on savoir maintenant ^ en 48&6, pourquoi
déjà en \ 853 j'allais ainsi, sans transitions , du monopole absolu à la liberté absolue, de Tautorité mili^ taire prépondérante à Tautonté militaire subordonnée? Ce n*était, conune on pourrait le penser, ni par réaction et représailles de ma position d'exilé, ni par idée préconçue et propagande d'esprit de parti. Non* La raison, la vraie, celle que j'atteste avec toute l'énergie de la consci^ce que j*ai de mon parfait dégagement, à mes heures, des passions des autres comme des naennes propres, lavoicif etje récris en grosses lettres, parce qu'elle est le dernier mot, l'argument suprême qui dôt toute discussion et qui foit qu'une administration, un pouvoir, une organisation politique et -sociale, smit à jamais jugés et condamnés, si in<fluents que soient leurs soutiens, si désespérée que soit leur résistance, si utiles et si glorieux q«*en d'autres temps aient pu être leurs services.
Dm \ 840 à 4 851 imusivBHnirr, l'âlgérib est ailée
CHËKCaER AU DËUOliS, POUR LES BESOINS DE SA LUNSOM-
lUTiONi BNTIEON POUR ilO 1I1U.I01I3 DB FRANCS DX