PREMIÈRE PARTIE
Objeli et esprit de ce livre. — De Técart et du contre -poids des populations. — Les Romains, les Normands, les Francs, les Anglais. — Loi fatale des colonisations. — Qu*est devenu le million de Français passés en Afrique?
Après les émotions du retour dans la patrie retrouvée, on éprouve un charme secret à revenir par la mémoire dans le pays où, par l'exil, on avait été condamné à vivre.
Si ce pays est devenu une terre française ; si son cli«
mal vous a épargné; si vous y avez été comme adopté
dans des familles qui auraient vonlu vous consoler —
mais rien n'en peut consoler — des tristesses dont
sont accompagnées les chères images de la famille,
de la patrie et des amitiés absentes ; si vous y avez
laissé des compagnons d'infortune, de» amis, les uns
debout encore, les autres couchés dans la tombe,
VOUS sentez que ce payB vous est cher, que vous vous
étiez pris à Taimer comme Silvio Pellico ainiait la petite ûeur poussée daus i ioterstipe des pierres sur la fenêtre de sa prison.
Si , dans vos rêves de civiiisaliou , vous déplorez que cette terre, qu'il suffit presque de gratter à la surface pour qu^elle produise toutes les cultures de Falimentation des peuples et bien des matières premières de rindustrie, soit encore, dans sa plus grande superficie, abandoiinée aux broussailles et aux marais où vivent les chacals, les hyènes et les panthères; si elle vous semble, dans les desseins de Dieu, avoir été conquise, au seuil des siècles démocratiques, pour aider à résoudre le problème du bien-être physique et moral du plus grand nombre par le travail, vous voudriez la faire connaître, la faire aimer, l'aider, l'encourager à se relever de tout ce qui , si longtemps , Ta entravée dans sa marche , stérilisée dans sa fécondité ; de ce qui a éloigné d*elle les déshérités de la mère patrie^ les chercheurs audacieux de fortune, pour lesquels il n'y a pas toujours de place en Europe, au milieu des encombrements des vieilles sociétés.
De plus, s'il y a là une race conquise , que sa religion, ses mœurs, son fractionnement en tribus ^ ses institutions presque féodales, les exterminations et les refoulements de guerres et de conquêtes successives, ont en quelque sorte rivée à une époque de temps d'Urrét et de recul dans son histoire et dans