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sins un terme de comparaison favorable à notre influence.
Je n'ai jamais considéré la fondation de colonies agricoles comme nécessaire à l'approvisionnement de la ville d'Oran et à 1 assiette de notre domination dans la province. Sous ce double rapport, un bon système administratif et militaire nous procurerait à bien moins de frais des avantages beaucoup plus complets. Cependant, il existe à dix lieues E. N. E. d'Oran un point sur lequel nous formerons nécessairement un établissement maritime et com-
mercial : c'est le mouillage d'Arzeu. Du fort qui le commande, à la Macta, s'étendent des terres fécondes baignées d'un côté par la mer, bornées de l'autre par le territoire stérile et salé qui règne jusqu'à Oran, et auquel les Espagnols avaient donné le nom de plaine de Télamine. La culture de cette oasis se marierait à l'exploitation de l'atterrage sans compliquer nos relations avec les indigènes. Les ruines romaines dont il est couvert attestent la possibilité d'y former de grands établissements. Si l'on voulait fonder dans la province d'Oran quelque colonie militaire, comme en propose le général Bugeaud , la place en serait marquée par le choix des Romains , sur le golfe d'Arzeu , et l'on n'aurait, pour y bâtir une ville, qu'à relever les débris de leurs, demeures.
Le mouillage d'Arzeu a sur celui de Mers-el-Ke-
bir l'avantage d'être mieux abrité et d'être adjacent à des terrains sur lesquels on peut construire; mal heureusement, la profondeur de l'eau n'y admet que les frégates de troisième rang; les grandes frégâtes et les vaisseaux en sont exclus, et cette circonstance fixe à toujours la marine militaire à Mers-el-Kebir. La négligence dés Turcs a laissé de* vant Ârzeu un singulier monument de l'énorme quantité de grains qui s'en est exportée pendant que la présence des Espagnols interdisait aux indigènes l'atterrage d'Oran : les bâtiments qui venaient y charger sur leur lest en jetaient à la mer l'excédant, et l'accumulation de ce dépôt a obstrué la partie du mouillage la plus rapprochée de la côte. On ne trouve à la place qu'assigneraient à l'établissement maritime les dimensions des navires modernes , que des puits saumâtres , et, pour y amener les eaux dont s'abreuvait X Arsenaria rpmaine, il n'en coûterait pas moins de 400,000 fr. C'est le seul inconvénient de la situation d'Arzeu , sur laquelle M. Despointes, capitaine de corvette, qui a tenu la station du mois de mai 1833 au mois de mars 1834, a donné des détails pleins d'intérêt ( note AD). Quoi qu'il en soit , il ne faut détourner d'Arzeu aucune des ressources nécessaires à l'achèvement de l'établissement d'Oran, et longtemps encore cette plage suffira, telle qu'elle est, à tous les besoins du commerce local , c'est-à-dire aux ex-
porterions et aux approvisionnements de Mostaganem et des tribus voisines.
Quoique la nature du sol des environs d'Oran n'admette, en général , que le pâturage des troupeaux , il n'y manque pas , du côté de Test , de terres fécondes, où la propriété puisse s'individualiser. Avant 1830, le coton était cultivé dans la plaine de la Macta ; la garance y croît naturellement. Le voisinage d' Arzeu offre , dans ses riches salines naturelles, un objet d'échauge précieux. Leurs sels valent ceux d'Espagne et de Portugal, ne coûtent qu'un travail auquel sont très-propres les Arabes, celui de les recueillir et de les transporter, et sont livrables à un franc le quintal métrique aux navires et aux caravanes. Indépendamment des avantages directs de cette exploitation , elle peut concourir puissamment, par les ressources qu'elle offre pour la conservation des substances aniles, au développement des pèches, dont nous parlerons plus loin.
Le royaume de Tlemcen, qui comprenait toute la vallée du Ghéliff , était jadis couvert de cultures florissantes : sa capitale était renommée pour la grandeur de ses établissements publics, pour l'intelligence et la richesse de ses marchands; elle était le but de la course des caravanes du désert ; les Génois et les Vénitiens la fréquentaient lors-
qu'Oran tomba entre les mains des Espagnols '. Dès lors le mouvement qui vivifiait la contrée n'exista plus qu'autant qu'il couvint à la politique de Ferdinand le Catholique et de Charles-Quint ; bientôt il cessa tout à fait : les finances furent ruinées 2, et six cents des Turcs de Khaïreddin, avec quelques milliers d'Arabes à leur suite, suffirent pour précipiter un Etat prêt à crouler 3. D'Oran vient donc le bien ou le mal de la province ; ses portes sont l'anneau par où passent tous les fils qui réunissent les intérêts de cette partie de l'Afrique à ceux de l'Europe. Sa possession et celle d'Arzeu mettent en nos mains des moyens d'action sur les indigènes, qu'un peu d'habileté à les manier rendrait tout-puissants.
Il y a quarante ans que les territoires de Mostaganem, de Matamore et de Mazagran comprenaient, de l'embouchure du Chéliff à celle de la Macta , une population de vingt à vingt-cinq mille âmes ; elle était réduite de moitié en 1830, mais la banlieue de Mostaganem présentait encore, en 1833, l'aspect le plus riche et le plus frais. Aujourd'hui les arrosages et les plantations ont dis-
1 L'Afrique de Marmol, liv. v. — Léon l'Africain, liv. iv.
2 « Ce royaume a rendu , plusieurs années subséquentes, trois, voire quatre cent mille ducats, tandis qu'Oran était compris en icelui. > Léon l'Africain, liv. iv.
3 Pieux exploits dAroudj etde Khaïreddin, zm.
paru ; les arbres fruitiers ont servi à chauffer nos soldats» et Matamore n'est plus que la caserne de la garnison française. Àbdelcader, de son côté, a violemment transporté à Tagadempt l'ancienne population de Mazagran , et elle a élé remplacée par des réfugiés des tribus de Bethowa, de Mekalia, de Chourfa, et surtout de celle de Borgia: celle-ci habitait le territoire d'EI-Borg, sur la route de Mostaganem à Mascara ; elle a été frappée, en 1836, de contributions ruineuses, et transférée sur la Mina, près des Àkermas. Au milieu de ces vicissitudes, et malgré notre incurie sur tout ce qui, dans la province, ne se rapporte pas directement aux opérations militaires, les indigènes placés sous notre domination immédiate s'attachent à nous , en comparant la douceur avec laquelle ils sont traités aux avanies qu'ont à souffrir les sujets d'Abdelcader. À la fin de 1839, la population de Mostaganem se composait de
1428 musulmans, 406 israélites , 282 chrétiens.
Les musulmans sont fort industrieux ; leurs femmes travaillent beaucoup; elles fabriquent des haicks, des bournous, et toutes sortes de vêtements. Les marchés de Mostaganem sont très -fréquentés, surtout depuis que les négociants Puggimundo,
Bugarolas , et Canapa, juif de Gibraltar, s'y sont établis pour exporter des grains en Espagne. Une protection active, éclairée, discrète, accordée à ces agglomérations de musulmans, serait la meilleure guerre à faire à Abdelcader. On voit, à ses violences , qu'il compte peu sur l'affection de cette contrée. Les Couloglous, qui sont, parmi les indigènes, les plus disposés à faire cause commune avec nous, sont les objets particuliers de son animad version. Ceux deMazouna et d'El-Gallah ayant laissé percer le vœu de se placer sous la protection des Français , il a fait saccager leurs demeures et enlever une partie de leurs familles pour peupler sa ville de Tagadempt : ils forment la principale partie du bataillon musulman que nous avons à Matamore. Plusieurs tribus arabes obéiraient volontiers aux tendances des Couloglous : ce sont celles qui trouvent à Mostaganem un débouché pour leurs, denrées. En première ligne sont parmi elles les Âchems et les Aribs : ceux-ci, voisins du Chéliff , ont des troupeaux à laine fine, des bœufs et des chevaux de haute taille ; les Achems, dont le territoire est adjacent, du côté du Sud, à celui de Mostaganem, ont également des cultures étendues, et noua faisaient des propositions de soumission lorsqu'est intervenue, en 1834, la convention du général Desmichels avec Abdelcader. Les tribus qui habitent le long du golfe
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Une partie de ces considérations s'applique aux Dooairs et aux Smâas qui habitent a l'ouest <F0ran : ils ont été pour nos soldats de brades et fidèles auxiliaires, et la reconnaissance nous engage envers eux aussi bien que la politique.
La civilisation met le pied sur ce rivage près des «lieux ou elle aborda jadis avec Scipion : c'est par son secours que nous saurons y affermir et y étendre nos conquêtes. La décadence du pays est due à la direction donnée à l'occupation des Espagnols et des Turcs ; la notre doit avoir un autre caractère. Le rétablissement de la force maritime,
commerciale et militaire d'Oran est la tâche assignée à notre temps; nos descendants feront le reste, et recueilleront le fruit de notre sagesse et de notre modération , comme nous sommes maîtres de recueillir à Bone ceux de la sagesse et de la modération de nos pères. Mais en attendant , il faut que l'Europe apprenne , aussi bien que l'Afrique , à nous considérer comme inexpugnables à Oran; il faut en achever les fortifications. Le reste touche surtout l'Algérie ; ceci importe directement à la France.
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