BÊTES A CORNES
Les troupeaux de bêtes à cornes sont innombrables en Afrique; mais l'aridité des sécheresses, la rareté des prairies arrosées, l'insuffisance des provisions d'hiver, assujettissent le bétail à des disettes périodiques. La constitution des animaux a été profondément affectée par ces circonstances extérieures; ils fournissent peu de viande, presque point de lait, et quoique parfaitement proportionnés, les adultes ne sont pas plus grands que les veaux d'Europe d'un an ou de quinze mois. Ils sont beaucoup plus forts et plus charnus partout où, comme sur le territoire delà tribu de Djeballah, la culture est passable. En Afrique comme en France, toute amélioration dans le régime alimentaire du bétail aurait pour conséquence immédiate celle de la race. Le développement de la culture des fourrages est tout le secret de l'accroissement des richesses pastorales de la régence, et si nous n'avions pas à y introduire l'usage de la castration des bœufs et des moutons, je dirais que tout autre moyen serait aujourd'hui impuissant ou ruineux.
Avant 1830, la viande avait peu de valeur en Afrique: un bœuf se vendait une vingtaine de francs, et beaucoup de tribus ne tiraient d'argent que des cuirs de leurs troupeaux. Les choses sont aujourd'hui bien changées ; notre consommation de viande a évidemment rompu l'ancien équilibre de la richesse pastorale du pays, et dans le rayon de nos approvisionnements, le prix des bœufs a triplé et quadruplé. Les inconvénients d'une si grave perturbation ont toutefois peut-être une compensation dans les nouveaux intérêts qu'elle crée parmi les Arabes. L'élévation du prix du bétail sollicite les tribus éloignées qui n'en ont point encore profité à entrer en relation avec nous, et les tribus voisines à accroître le nombre des bœufs aux dépens de celui des chevaux communs. Tout Arabe mis à pied est pour nous un ennemi de moins à combattre, et, dans l'état de trouble auquel le pays est en proie , ces accidents économiques auront peutêtre plus d'efficacité que nos mesures de gouvernement.
Je ne sais pas si l'intendance militaire a dirigé ses achats dans les vues que je me permets d'indiquer ; mais les vivres viande de l'armée ont coûté
en 1837 2,873,353 fr.
en 1838 2,125,102 »
et en lisant ces chiffres dans les comptes généraux du département de la guerre, on ne peut
s'empêcher de penser que de pareils crédits, employés avec intelligence en marchés directs avec les tribus , seraient de puissants instruments d'influé ace et de pacification.