‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 74 sur 90 · II · texte numérisé non relu

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mais si le but en est bien défini , l'expérience redressera de jour en jour la route par laquelle nous y marcherons. Ce but, hautement déclaré, doit être la réhabilitation de la race par la libération successive des individus, conquise par le travail. Les hommes font rarement un bon usage des biens qu'ils n'ont pas achetés; cela est plus vrai de la liberté que de tout autre: ce serait, d'ailleurs, faire à la société de funestes présents que de jeter dans son sein des êtres qui ne lui rendraient pas autant qu'ils auraient à recevoir d'elle. Il faudrait donc combiner des clauses de rachat telles, que l'esclave pût toujours les atteindre par sa bonne conduite et l'emploi du temps dont la libre disposition lui serait laissée. La rédemption serait ainsi la conséquence des habitudes laborieuses qui assureraient l'avenir de l'affranchi : ces conditions peuvent se trouver dans les services publics, comme dans les services privés.

Des expériences nombreuses sont déjà faites sur l'emploi des noirs dans les troupes : la discipline militaire est , pour ceux qui appartiennent aux races les plus intelligentes, un apprentissage suffisant. L'armée régulière du sultan de Maroc est de vingt mille hommes ; elle se recrute exclusivement parmi les noirs amenés par les caravanes du Soudan et de Timboctou. Achetés esclaves , ils deviennent , en entrant dans l'armée, pour y rester tant

qu'ils sont propres au service, libres, comme on Test à Maroc. Les mameluks que le général Desaix vainquit dans la haute Egypte avaient à Sédiman un corps de deux cents noirs armés et montés comme eux , mais habillés autrement; ces noirs se battaient fort bien. Lorsque , après la bataille d'Héliopolis , le général Kléber sentit la nécessité de remplir les vides faits dans nos rangs par la peste et par le fer ennemi , il résolut d'y pourvoir par l'acquisition de tous les noirs de la caravane du Darfour en état de porter les armes. Sa détermination était fondée sur le succès de plusieurs incorporations de nègres achetés à Syouf. Les Anglais ont à la Jamaïque et à la Barbade des régiments noirs aussi bien disciplinés que leurs troupes blanches et traités comme elles. Nous-mêmes, au Sénégal, nous achetons au prix moyen de 500 fr. des Yolofs et des Laptots qui deviennent soldats pour quatorze ans , et acquièrent ainsi leur liberté par un service moindre en durée que celui du soldat russe. Ils sont braves, dévoués et dociles , comme ceux que nous avions en Egypte, et ces qualités se retrouvent dans le petit nombre de noirs enrégimentés à Alger dans les zouaves et dans les spahis. Ces expériences faites dans des lieux et des circonstances si diverses ont eu un résultat commun : elles ont montré l'extrême aptitude du nègre à se régler sur les modèles qu'il

a sons les yeux, à prendre les habitudes et les sentiments de ceux dont il partage le sort. J'en ai moi-même eu sous les yeux un bien regrettable exemple : le 19 octobre 1836, Salem, spahi noir au régiment de Bone, naguère esclave, s'est tiré un coup de pistolet dans le cœur, ne pouvant survivre à l'humiliation d'avoir reçu la bastonnade en présence de la garnison du camp de Dràan. Vivant depuis quelques mois au milieu de nos soldats, il s'était persuadé que, courant les mêmes dangers, il ne devait pas subir un châtiment qui n'était pas fait pour eux.

Les corps ainsi formés ne seraient ni les moins fidèles, ni les moins propres à supporter les fatigues de la guerre d'Afrique, à résister aux influences du climat, à exécuter de grands travaux d'utilité générale. Le service militaire relèverait les noirs aux yeux des indigènes,, et, ce qui est plus important, aux leurs propres; les habitudes de subordination qu'ils prendraient sous le commandement de nos officiers les prépareraient à être plus tard des cultivateurs ou des ouvriers dévoués, et le but serait complètement atteint si , au lieu de se borner à les instruire dans les exercices de la guerre, on les formait, auprès de nos soldats, à d'autres emplois de leur adresse et de leurs forces.

Les noirs sont aussi très-propres à faire d'excellents matelots ; on sait le parti qu'on en tire , à cet

égard, dans les colonies: la marine royale pour* rait les employer dans le service des ports, et ils présenteraient une ressource précieuse à la ma* rine marchande française ou locale. 11 serait facile de régler équitablement les conditions auxquelles ils pourraient être embarqués, et racheter par leurs services la libre disposition de leurs personnes.

Etre soldat ou matelot, c'est être réellement citoyen. L'asservissement à une volonté privée est ce qui rabaisse l'esclave; mais, si humble et si étroite que soit la subordination par laquelle sont constituées les forces publiques , elle grandit celui qui la subit, par l'élévation du but qu'il concourt à atteindre. Les régiments et les équipages seraient donc pour les noirs l'école où ils se prépareraient le plus sûrement aux pratiques de la vie commune, où ils s'imprégneraient le mieux du sentiment d'une nationalité nouvelle. Mais ces considérations sur leur avenir et leur éducation ne sont pas les seules qui motivent leur introduction dans l'armée. S'il ne pouvait être pourvu à la défense de l'Algérie qu'aux dépens de nos propres frontières , une guerre européenne nous rendrait cette possession extrêmement onéreuse; et , tant que sa population ne fournira pas elle-même le contingent nécessaire à sa garde, sa conservation sera pour nous une véritable cause d'affaiblissement.

11 Faut prévoir de loin une si grave difficulté , et la formation de troupes noires dont toutes les inclinations seraient inspirées par nous en serait, assurément, la meilleure solution.

Il n'y a point en Algérie d'industrie particulière dont le concours puisse être employé aux travaux d'utilité commune , et des bataillons de pionniers noirs , à la solde du gouvernement , n'y seraient jamais oisifs. Certaines entreprises ne sont d'ailleurs peut-être exécutables que par les mains des noirs. Les défrichements , dont les résultats donnent à la longue le meilleur de tous les assainissements, ne se font pas toujours impunément en Europe , et lorsque la terre est exposée à l'action de l'air et du soleil , après y avoir été longtemps soustraite, elle ne reprend sa fertilité qu'après s'être purgée de miasmes d'autant plus dangereux que le climat est plus chaud. Ne disons pas , comme Tacite en parlant des juifs déportés en Sardaigne , que si les nègres périssaient dans ces labeurs, la perte ne serait pas grande * : mais les nègres bravent impunément des émanations mortelles pour les blancs , et cette propriété les appelle à devenir les pionniers avancés de l'Afrique; c'est à eux à dessécher les marais qui repoussent le laboureur, à creuser des canaux et

1 « Siob gravitatem cœli interdissent, vite dammim • (Ann., Iib. h).

des ports , à apprendre enfin dans ces travaux à cultiver le sol pour leur propre compte.

Le principe d'organisation des ateliers de noirs algériens devrait être diamétralement contraire à celui qui s'applique dans les Antilles. Là l'esclave , n'ayant de compagnons de travail que ses pairs , conserve parmi eux la brutalité de ses habitudes natives; observateur envieux de l'éloignement des blancs pour la tâche qui lui est imposée, il se persuade qu'être libre c'est être oisif. C'est ainsi que les exemples donnés par les blancs ont créé le principal danger qui menace les colonies, et que, si elles s'écroulent sur leurs maîtres , ce sera l'effet de l'aversion que leur sot orgueil et leurs exemples inspirent au nègre pour le travail de la terre. En Algérie , au contraire , où nos ouvriers et nos soldats ne se ménagent point, le génie imitateur des noirs ne recule devant aucun labeur. Dans les grands travaux hydrauliques du môle d'Alger , par exemple , on les voit faire, avec une ardeur peu commune , les manœuvres les plus pénibles et souvent les plus difficiles; ils mettent à surpasser les blancs en efforts et en constance autant de vanité que l'affranchi des Antilles à se montrer les bras croisés. Il en sera de même dans tout atelier où les noirs achetés seront associés à des individus libres; ils tiendront à honneur de n'en pas faire moins que les autres , et cet apprentissage sera tout autrement

efficace que celui que l'Angleterre se vante d'avoir mis à la place de l'esclavage.

Nous avons reconnu l'avantage d'autoriser les chrétiens à acheter, comme les musulmans, les noirs des caravanes ; l'emploi de ceux-ci dans les travaux de la campagne est peut-être la condition inévitable de l'exploitation de certaines parties fertiles mais insalubres des plaines de l'Afrique, et de la culture lucrative du riz à laquelle les Européens ne se livreraient pas sans danger. Les garanties que présentent aux noirs les services publics seraient» on ne peut en disconvenir, moins faciles à leur assurer dans les établissements particuliers. Si , cependant , il était établi en principe que tous leurs travaux seraient partagés , dans une proportion déterminée , par des ouvriers libres , cette combinaison présenterait le double avantage d'exciter leur émulation et de rassurer leurs amis sur les traitements qu'ils éprouveraient.

Il existe à Alger une institution susceptible de recevoir une grande extension et de rendre à la cause qui nous occupe les plus utiles services : c'est la corporation des nègres. Elle se composait, au 1er janvier 1839 , de 390 individus ; au 1er janvier 1840, de 408; un tiers à peine est né en Barbarie, le reste y a été amené par les caravanes; presque tous ont été esclaves : ils exercent les professions de manœuvres , de portefaix , dedomesti-

ques, et sont syndiqués sous l'autorité d'un amin choisi parmi eux. La corporation répond des actes de ses membres ; lorsqu'un dommage est commis par l'un d'eux, elle le répare, sauf son recours contre le coupable, et l'amin, autrefois nommé roi des nègres, est à cet effet muni de pouvoirs incontestés. Elle ne ressemble point aux associations de Mozabites, de Cabyles et de Biscris, auxquelles les tribus correspondantes envoient et reprennent alternativement leurs enfants ; c'est donc à l'autorité à lui donner un mode de recrutement régulier , et elle n'en saurait avoir d'autre que les achats de noirs aux caravanes de l'intérieur, quand elles reprendront le chemin d'Alger, ou dans les bazars des régences de Tunis et de Maroc. En organisant ce système, il serait nécessaire de déterminer avec précision les conditions du noviciat, du service et de la libération des hommes achetés, les droits et les devoirs des nègres libres affiliés. Aujourd'hui que la corporation ne reçoit plus de travail et de direction que de nous , ih serait facile de séparer complètement ses membres des musulmans et de leur faire apprendre le français au lieu de l'arabe. Ces institutions ouvriraient à la race noire l'enseignement du travail et une excellente transition de l'esclavage à la liberté. Beaucoup d'oisifs cherchent, dans la réforme électorale et datis l'accroissement des pertes de temps que leur politique impose

déjà aux ouvriers, la solution de la grande question de l'organisation du travail : les expériences que la corporation noire ferait sur l'usage de ses forces seraient probablement aussi instructives que leurs banquets.

Les difficultés de la fondation d'un établissement européen sur la côte d'Afrique ne se résolvent pas toutes sous la tente du guerrier ou dans le cabinet de l'homme d'Etat. À côté des exigences de la politique se montrent celles de la famille , non moins essentielles à satisfaire, car les choses vulgaires sont les choses de nécessité universelle. Or, il n'est pas en Algérie de ménagère un peu prévoyante qui ne s'inquiète de l'extrême rareté des domestiques, et n'aperçoive dans une circonstance si prosaïque un obstacle sérieux au progrès de la colonisation. L'obtention à bon marché des plus humbles services du ménage est, en effet, dans l'exploitation agricole et dans l'existence industrielle au milieu des villes, la condition à laquelle il reste du temps pour l'organisation du travail et le développement de l'intelligence. La population européenne et la population indigène offrent peu de ressources contre cet embarras : d'une part, on n'émigre que pour être mieux , et qui sert en Europe veut être maître en Afrique; de l'autre, les différences de ràœurs et de religions créent des obstacles presque invincibles. La race noire, dont

rattachement à l'humilité de sa condition est devenu proverbial parmi les musulmans, est appelée à remplir cette lacune et à compléter les éléments de notre organisation sociale en Afrique. Docile , affectueuse, fidèle, la négresse, en entrant dans les familles européennes, en contractera les habitudes , en apprendra la langue , en épousera les intérêts, et transmettra, sous leurs yeux, ces inclinations aux enfants dont elle deviendra mère. L'éducation complète des familles noires exige une succession de générations passées au milieu des blancs, et les importations de négresses sont d'autant plus nécessaires, qu'une expérience constante a démontré l'impossibilité de conserver des troupes noires en les sevrant de femmes: l'obligation d'un certain degré de continence exerce sur elles tous les ravages de la nostalgie. C'est enfin dans le sein de la négresse que se consomme l'alliance de la race blanche et de la race noire , que s'établissent entre elles les liens de famille et de parenté qui sont la meilleure garantie de l'admission future de l'une au partage de tous les biens dont jouit l'autre. Dans une société ou le nombre des hommes ex* cède de beaucoup celui des femmes, et où la disproportion peut être longtemps maintenue par l'introduction des colons militaires et les autres nécessités de l'émigration , il est à souhaiter que, par compensation, le sexe féminin prédomine, comme

par le passé, clans les importations de noirs; la fusion entre les deux couleurs en sera plus rapide , les nœuds qui les uniront plus forts et plus multipliés. La femme noire n'inspire pas à l'homme blanc la répugnance que la femme blanche ressent pour le nègre. Généralement remarquables par leur taille et la régularité de leurs proportions, les négresses de la régence ne sont pas toutes laides de visage; beaucoup d'entre elles ont les épaules , la poitrine et les bras dignes de la Vénus antique; celles de certaines peuplades se distinguent par des traits gracieux et par une véritable supériorité d'intelligence. La belle et forte race qui sortirait du croisement serait pour nous , dans l'occasion , un excellent contre-poids à opposer aux indigènes.

Avant la conquête , l'importation annuelle était de 6 à 800 noirs dans la province d'Alger ; elle est aujourd'hui interrompue, et les familles musulmanes qui ont émigré ont emmené leurs esclaves avec elles. Le débouché étant plus large dans les régences de Tunis et de Maroc, les arrivages y sont beaucoup plus considérables, et leurs bazars alimenteraient au besoin les corporations semblables à celle d'Alger que nous organiserions dans les villes de Bone et d'Oran. Le Maroc possède, à lui seul, 120,000 noirs '. Le rétablissement de la

1 Giuberg di Hemso, Specchio delCimperio di Marocco ; 1834.

circulation des caravanes en procurerait à l'Algérie autant que nous en voudrions recevoir, et il dépendrait de nous d'en faire autant de sujets fidèles et dévoués. La facilité de leur assimilation à des mœurs nouvelles résulte de l'imperfection même de l'état social dans lequel ils naissent. On sait que les langues et les croyances des peuplades noires de l'intérieur de l'Afrique n'ont aucune espèce de rapports entre elles; on en a compté jusqu'à 27 des unes et des autres parmi les esclaves de la seule ile de Cuba, et il en est à peu près de même partout où est réunie une nombreuse population de noirs d'origines diverses. Forcés de vivre ensemble , la confusion des langages les oblige , pour communiquer entre eux, à se servir de celui que leurs maîtres leur font entendre à tous; leurs idiomes grossiers sont d'ailleurs impuissants à désigner les objets nouveaux dont l'aspect les frappe chez les Européens. Un effet analogue se produit dans leurs croyances : dès qu'elles sont en présence, elles se détruisent les unes par les autres , et comme le sentiment de l'adoration est très-prononcé chez eux , leur esprit troublé demande une religion à ceux dont ils croient que le Dieu a vaincu les leurs. C'est ainsi , et grâce à leur disposition à apprendre les langues, qu'en Barbarie tous entendent l'arabe et professent l'islamisme. L'adoption de notre langue commencerait à les franciser, et

leur éducation sociale ferait des progrès rapides, si les chefs militaires 9 les magistrats ci vite et surtout les ministres de la religion, en fesaint un des objets les plus sérieux de leur sollicitude.

Deux grandes expériences sur les voies par lesquelles peu t s'améliorer la condition des nègres sont faites sous nos yeux; l'une, dans un pays où ils forment le fonds de la population , et où l'on se prétend libre en raison des formes démocratiques du gouvernement ; l'autre /dans un empire despotique. Les noirs sont traités dans le Maroc comme des membres de la famille ; libres , ils forment presque exclusivement l'armée régulière, et se sont mis dans l'industrie et la culture au niveau des autres habitants ; ils sont renommés entre ceux-ci par leur douceur et leur fidélité. Ce résultat s'est obtenu naturellement, sans secousse, par la seule efficacité de l'exemple (note AT). A Haïti, les noirs ne sont point soumis à l'influence des blancs : ils sont les maîtres. Un demi-siècle a passé sur l'insurrection de Saint- Domingue; depuis longtemps leur indépendance n'est plus -mise en question par personne : leur république a trois fois plus duré que la république française. En sont-ils beaucoup mieux pour cela ? Entre mille documents , leur code rural , promulgué le 4 mai 1826, peut répondre: les esclaves d'autrefois s'appellent des citoyens de profession agricole; voilà tout le progrès (note AU). Les noirs

de Maroc sont donc, en réalité, très-supérieurs à ceux d'Haïti : c'est que la famille se constitue parmi eux , tandis que les autres n'ont de prétentions qu'à la constitution de l'Etat, et de libertés que celle de ne rien faire et de retomber dans la barbarie. Nous avons à choisir, pour ceux que nous attirerons parmi nous, entre ces deux résultats, et ils nous devraient bien peu de reconnaissance, si nous ne leur réservions pas d'autre condition que celle des républicains des Antilles.

S'il est facile de faire mieux que les législateurs d'Haïti , s'il est permis d'espérer que les noirs qui se trouvent bien du régime de Maroc gagneraient encore davantage à s'assimiler à la société que nous formons en Algérie, lé rétablissement du commerce dont ils sont l'objet est commandé par l'humanité. Résumons-nous donc :

L'importation des noirs dans la régence est pour eux le passage de la servitude la plus abrutissante et la plus cruelle à l'apprentissage de la liberté;

Les noirs considèrent comme un bonheur l'esclavage auprès des mulsumans;

En leur créant en Algérie une condition meilleure encore, et dans laquelle ils deviendront graduellement capables de jouir de droits égaux aux nôtres , nous consolidons notre établissement, nous élargissons les bases de sa prospérité.

A observer les faits avec un peu d'attention et

de bonne foi , la vérité de ces trois propositions semble palpable, et dès lors hésiter sur l'adoption franche et complète de leurs conséquences serait de la pusillanimité. Osons donc rétablir les caravanes dont les importations de noirs sont l'aliment : les noirs ramenés par elles s'identifieront avec les mœurs, les idées, les intérêts de leurs maîtres. Admis dans la famille , ils apprendront à s'en former une ; associés aux travaux des blancs , ils contracteront des habitudes laborieuses. Toute éducation a son côté pénible, et la plus sévère est rarement la plus mauvaise. Si celle que nous devons aux noirs est bien conduite en Algérie, un jour viendra où ceux qui l'auront reçue reflueront vers la patrie de leurs aïeux, et, missionnaires puissants, lui porteront, sous les bannières de la France, le christianisme et la liberté. Nous aurons alors mieux fait que l'Angleterre : elle poursuit la traite sur les mers , et, grâce à nous, on pourra la permettre impunément.

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