‹ L'Algérie (volume 3)Chapitre 10 sur 17 · OLIVIERS · texte numérisé non relu

OLIVIERS

Les plantations d'oliviers en plein rapport sont très -nombreuses et très-étendues en Afrique, notamment dans les environs de Bougie, de TIemcen. et au pied de l'Atlas, le long de la Métidja; mais la grossièreté des procédés de fabrication employés par les indigènes réduit les produits qu'ils obtiennent aux plus basses qualités. « Les Arabes

dit Desfontaines, qui avait bien observé i, se contentent d'écraser les olives sur une pierre plate, en faisant rouler dessus un tronçon de colonne, ou quelque autre corps pesant de forme cylindrique; ils mettent le marc dans de grandes jarres remplies d'eau, puis, en le comprimant avec les mains, ils en expriment le plus d'huile qu'il est possible, et la ramassent sur la surface de l'eau, où elle surnage : mais une si légère compression n'en saurait faire sortir qu'une assez petite quantité, et, de plus, ils perdent toute celle qui est miscible à l'eau. !> Le savant botaniste aurait pu ajouter que les olives, ordinairement laissées plusieurs mois en macération, contractent une rancidité qui n'est supportable que pour des palais indigènes, et perdent une grande quantité de leur huile. Près des villes, on se sert de pressoirs tels que savent les fabriquer les charpentiers du pays. M. d'Armandy , qui commandait l'artillerie à Bone, a montré en ISo'S combien les moindres soins peuvent être profitables à cet égard : avec les ustensiles moresques, tout défectueux qu'ils sont, il a tiré des mêmes olives dont on n'avait jamais fait que de l'huile à savonnerie, de l'huile de table égale à celle de Provence. Bien d'autres épreuves ont du donner, à mon insu, la mesure de ce qu'on serait en droit d'attendre de la généralisation de leur application.

" Fmjage dans les réf/ences d'Alger et ds Tunis, par Peyssoiiael et iK-sfontaines, t. n.

La fabrication (Je Tliuile est fie celles dans lesquelles on n'obtient de succès qu'à la condition d'opérer sur de fortes quantités : aussi, partout où elle a pris quelque développement, les cultivateurs se sont- ils trouvés dans l'heureuse nécessité de s'associer pour leur manipulation, et tous les villages à olives des côtes de la Méditerranée ont leur moulin banal.

Il n'existe rien de semblable en Afrique, et les indigènes ne savent pas quelle différence établit entre les produits des mêmes arbres celle des procédés de fabrication : l'avantage qu'ils tireraient des nôtres les propagerait peu à peu dans le voisinage des villes, puis dans les tribus. L'introduction, dans des lieux bien choisis, de moulins à olives et de presses à huile perfectionnées, l'emploi d'un peu d'intelligence et de soin dans la manipulation, relèveraient immédiatement la valeur des récoltes, et les indigènes en viendraient bientôt, soit à faire exprimer leur huile dans nos établissements, soit à vendre leurs récoltes à l'état de fruit à des Européens, entre les mains desquels se concentrerait la fabrication. Dans l'une ou l'autre hypothèse, un double but serait atteint : la richesse du pays serait notablement augmentée, et une industrie qui ferait valoir celle des Arabes établirait entre eux et nous un lien de plus. Une très-vaste amélioration à obtenir avec l'emploi d'un très-faible capital, tel est le résultat assuré du perfectionnement de la fabrication de l'huile.

Dans un pays nouveau, le principal avantage des opérations rapides et bien conçues est de fournir les moyens d'en exécuter de nouvelles. Cellesci conduiraient à l'extension des plantations d'oliviers. Par application d'une pratique très-suivie à Majorque, I\DI. Roche et Colombon ont, à cet égard, donné, dans une propriété située à une lieue d'Alger, au sommet de la vallée de Babeloued, un exemple qu'on ne saurait trop recommander. Ils ont lait extirper dans des broussailles garnies d'oliviers sauvages tous les arbustes d'espèces différentes et greffer les oliviers. Le sol a reçu de la sorte une façon qu'a presque payée le fagotage extrait. L'olivette, si économiquement formée, est en rapport au bout de quatre à cinq ans. Je ne saurais en évaluer le produit net que par des termes de comparaison. Dans le déparlement du Var, il est porté, sur les matrices cadastrales, de 90 à loO fr. par hectare; mais du produit brut sont déduits des frais de culture considérables, les chances d'incertitude des récoltes, et celles bien plus graves de la perte et de la détérioration des arbres par Teffel des froids. L'olivier ne les craint pas plus en Afrique que le chêne en Provence; il atteint les dimensions des arbres forestiers, et, quoique très -productif, n'exige presque pas plus de culture. L'ensemble des terrains sur lesquels est pratiquable l'opération à la fois si simple et si pleine d'avenir que nous venons de citer est incalculable : sur les flancs d»i Boudja-

réah et de TEdough, sur le revers occidental du cap Rose, au pied de l'Atlas, dans la vallée de la Seybouse jusqu'au Ras-el-Akba, j'ai partout vu l'olivier sauvage en possession des terrains en pente en exclure la ronce et le chardon.

L'étendue des débouchés ouverts à l'huile d'olive est heureusement proportionnée à celle du champ de production. De 1828 à 1837, la France seule en a reçu de l'étranger 5,6o6,04o quintaux métriques, ce qui, au prix modique de 80 cent. Je kilogramme, taux d'évaluation adopte par la douane, revient à une moyenne annuelle de 29,248,560 fr. L'importation de 1838 a été de o7.267,bo0 kilogrammes, valant 29,81 4,040 fr.; et par les besoins de la France, on peut juger de ceux du reste de l'Europe et de l'Amérique. Ni les uns ni les autres ne sauraient diminuer. Indépendamment de sa supériorité comme aliment, l'huile d'olive ne peut être remplacée par aucune autre dans le graissage des machines dont chaque pas de l'industrie et de la navigation à la vapeur étend l'usage. L'emploi du savon et l'éclairage se développent en raison des progrès de l'aisance générale. La production de l'huile devient la base principale du commerce de la Méditerranée avec le reste du monde civilisé, et bien des générations de planteurs d'oliviers passeront en Algérie avant que leurs imitateurs rencontrent les limites de la consommation.

::: i. aloerip,.

MURIERS.

Au commencement da dix-septième siècle. Gramaye comptait, dans les familles mojadares et lagarines, réfugiées d'Espagne à Alger, six cents individus adonnés à l'éducation des vers à soie, et un nombre beaucoup plus considérable d'ouvriers employés à la fabrication de ses produits. Peyssonnel retrouvait, cent ans plus tard, les nombreuses plantations que ces réfugiés avaient faites sur la côte. Les Turcs en ont détruit les propriétaires, et il ne reste aujourd'hui qu'un peLit nombre de mûriers magniûques, qui, disséminés dans les campagnes, semblent protester contre cet abandon. L'activité que prend chez nous la culture de la soie n'atteint pas celle de nos manufactures, et de 18:^8 à 1838 nos importations de soie brute se sont élevées de vingt-six millions à soixante et un. Cultiver des mûriers en Afrique, c'est donc préparer des matières premières à nos ouvriers. L'Angleterre offre un débouché encore plus considérable : elle a reçu, en 1857. :2, 307.700 kilogrammes de soie brute, et 104,800 de soie moulinée, ce qui, au taux d'évaluation de nos douanes, présente une valeur de 99,634.000 fr. Les Algériens eux-mêmes fabriquent quelques soieries.

Mais la production de la soie rencontre une limite infranchissable dans la quotité de la population. La récitlte de la feuille et les soins à donner

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aux versa soie pendant les huit derniers jours de l'existence de l'insecte, sous la forme de chenille, exigent, par quintal métrique de cocons, la coopération de quatorze personnes actives : il est inutile de pousser aux plantations de mûriers au delà de ce que comporte ce rapport.

L'Afrique fournira les grosses soies qu'on obtient avec désavantage au nord du 4o^ degré, et, quoiqu'il y ait beaucoup à rabattre des espérances qu'on a fondées sur ce produit, il tiendra une place importante dans l'économie algérienne. Cette culture est une de celles où les soins et l'intelligence ont le plus d'efficacité et sont le mieux récompensés; elle est familière à tous les habitants du midi de l'Europe ; elle exige plus d'attention que de fatigue, cl les descendants des émigrés des côtes de Valence etd'Andalousie,qui l'ont oubliée, la réapprendront volontiers des nouveaux compatriotes que leur envoie aujourd'hui le pays de leurs aïeux.

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