CULTURES DIVERSES
Les joueurs à la hausse sur les terres de Métidja n'ont pas hésité à donner le sol de l'Algérie comme éminemment propre à la culture des denrées coloniales : ils ont énuméré avec assurance, dans des prospectus déguisés sous divers titres, les balles de coton, de café, d'indigo que l'Afrique allait envoyer à la France. Ce charlatanisme a fait peu de dupes. L'introduction de récoltes nouvelles dans un pays ne peut jamais être l'ouvrage que d'une agriculture avancée; elle suppose d'ailleurs une étude du sol et du climat que nous avons à peine effleurée.
11 serait toutefois possible que la culture du
coton prospérât en Algérie. Les Mores la pratiquaient jadis en Andalousie i; elle est établie en Sicile; elle réussit à Majorque, dans le district d'Arta ; à Malte, elle produisait, il y a trente ans, une valeur annuelle d'environ trois millions, et, malgré la concurrence des étoffes anglaises, elle tient encore une place importante dans les ressources de l'île. La plante est moins délicate sur la nature du sol que sur celle du climat, et la principale condition de la réussite des plantations est que les pluies d'automne, peut-être plus hâtives sur les revers septentrionaux de l'Atlas que dans les îles de la Méditerranée, n'arrivent pas avant la récolte du duvet. Les Majorquins. et surtout les Mallais, qui sont excellents cultivateurs, sauront reconnaître les parties de la côte propres à une culture avec laquelle ils sont familiarisés, mais dont ils ne s'exagèrent pas les avantages : ceux-ci sont, en effet, limités par le prix auquel d'autres contrées saturent le monde commerçant de leurs cotons, et rien ne prouve encore que l'Algérie put livrer le sien à meilleur marcbé que l'Egypte, le Levant et les États-Unis, où les profits de cette culture sont depuis longtemps réduits au niveau de ceux que donnent le blé et les autres plantes usuelles.
Une acquisition plus facile, et peut-être aussi profitable au pays, quoiqu'elle ne fût point un
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objet d'exportation, serait celle du bambou : ce bois solide et léger se prête à des usages si multipliés en Asie que les Indiens et les Chinois ne conçoivent pas l'existence dans les pays qui en sont privés; il est le meilleur et le plus économique des matériaux pour les constructions légères des climats chauds. Le jardin d'acclimatation de Toulon en possède depuis longtemps un pied d'espèce indienne, dont les rejetons sont déjà nombreux : quelques-uns de ceux-ci donnent à Hyères des pousses annuelles de dix à onze mètres de longueur, quoique leur développement soit contrarié en Provence par la durée, si ce n'est par la rigueur des froids; ils feraient mieux encore en Afrique, où la belle saison est plus longue et l'hiver plus doux.
Il a été démontré, dans la discussion de la loi du 12 février 185a sur les tabacs, que les bénéfices des planteurs de tabac des huit déparlements privilégiés étaient alors de quinze à seize cent mille francs, et que, pour les assurer, le trésor s'imposait un sacrifice de dix à douze millions naturellement reporté sur d'autres impôts. En Angleterre, où la comptabilité est moins bonne et le système financier meilleur que chez nous, cette culture est prohibée. Les améliorations introduites depuis cinq ans dans la législation doivent beaucoup la restreindre en France; mais pour remplacer sur le marché les produits des cultures de l'intérieur, et ne pas se mettre à la discrétion des
planteurs américains, il faut se créer ailleurs que chez eux des ressources. Le territoire de Bone pourvoirait facilement à lui seul à l'alimentation de nos manufactures du Midi; les essais faits à celle de Paris sur les tabacs des Ouled-djeb, des Djeballah et des Seybas, que j'ai envoyés de la Galle à Paris (roj. t. J, p. 200), ne laissent à cet égard aucun doute, et si la régie se décidait à faire des achats en Afrique, cette culture, à laquelle se livreraient concurremment les Européens et les indigènes, réunirait à l'avantage d'offrir un puissant encouragement à la colonisation, celui d'établir un lien solide entre les intérêts des Arabes et ceux de notre établissement. Ce double résultat se concilierait avec une économie pour nos finances, et de pareilles combinaisons sont trop rares en Afrique pour ne pas mériter un peu d'attention. La pauvreté des potagers de l'Algérie est au niveau de celle de ses vergers; la plus grande partie des melons, des pastèques, et même des pommes de terre qui se consomment à Alger et à Oran, vient des Baléares et d'Espagne. Cettecultureestappelée à prendre de très-grands développements, et devra, comme celle des vergers, ses progrès à des mains européennes; les plantes à propager et les méthodes de culture viendront, en effet, d'Europe; et c'est dans le voisinage immédiat des villes que s'établiront les jardins. En laissant faire les soldats dans leurs cantonnements, en favorisant, par des affectations de terrains, leur tendance à chercher
dans le jardinage un délassement profitable, on imprimerait un essor vigoureux à cette utile industrie. Le jardin des condamnés militaires à Alger, celui de Miserghin, près Oran, les tentatives faites par la garnison de Bone et arrêtées par des questions de propriété, ont montré tout ce qu'on est, à cet égard, en droit d'attendre des troupes. Les habitudes contractées dans ces travaux, si essentiels pour le bien-être et la santé de l'armée, disposeraient beaucoup de soldats libérés à s'établir en Afrique, au lieu de retourner en France , et l'on verra, quand nous traiterons de la population européenne, combien il importerait, dans un intérêt politique facile à comprendre, de multiplier pour nos compatriotes les motifs de maintenir leur supériorité relative parmi les colons européens.
Le chanvre et les autres plantes textiles sont à peu près inconnus au sol algérien. Leur culture se rapproche, par les soins qu'elle exige et par le peu d'espace qu'elle occupe, de celle des plantes potagères : la qualité de terre qui leur convient est commune en Afrique; leur prix est élevé et ne peut être affecté parlaconcurrence des produits arabes. La production du chanvre se rangera donc parmi les travaux de la colonisation, et elle est d'autant plus digne d'intérêt que la propagation semble en être une des principales conditions de l'établissement d'une marine locale.
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