PAYÉS
La pêche du corail né fixerait sans doute pas sur la côte les 2,606 matelots qui l'ont faite en 1838. r4ette industrie n'est, pas plus qu'une autre , affranchie de cette loi générale qui conduit de l'encombrement à la stagnation : elle a ses intermittences, et ses débouchés ne sont point illimités. La conséquence des avantages qu'auraient les corailleurs d'Afrique sur ceux qui viendraient d'Europe serait, d'ailleurs, que le même travail pourrait se faire avec un moindre nombre d'hommes; ils ne 1 20.
manqueraient pas de joindre à la pêche d'été la pêche d'hiver : mais la pêche ne fixât-elle qu'un millier de niatelols, une marine algérienne serait dès lors fondée, et elle se tiendrait au niveau des besoins et des progrès du pays.
Sans que le gouvernement l'ait en rien provoqué, un léger mouvement s'est déjà fait sentir. En 18ô6, vingt -sept corailleurs napolitains sont restés à la Galle pour la pêche d'hiver, et ont continué la pêche d'été de 1857, passant, en attendant mieux, dix-huit mois de suite sur la côte, et économisant les frais de quatre traversées. En 1837, ils ont eu vingt-cinq imitateurs, vingt et un en 1838. Trois propriétaires fixés à Bone, et fort au fait de la pêche du corail, sont allés plus loin : ils ont monté des coralines, payent leurs matelots sur le pied de 280 fr. par an, et paraissent y trouver leur compte. C'est bien peu, mais cela montre au moins quelle serait l'efficacité des moindres garanties accordées.
Les corailleurs, avons-nous dit, sont tous cultivateurs ou marins de profession. Les premiers ne seraient pas embarrassés en Afrique de l'emploi du temps que leur laisserait la pêche; il ne manque pas, autour de la Galle et de Bone, de terres qui attendent des bras. D'un autre côté, la sécurité qui eliendrait les corailleurs sur la côte serait le signal du rétablissement de l'ancien commerce d'exportation. Par une heureuse coïncidence, depuis plusieurs années une tendance visible à l'agran-
(lissement des bateaux se manifeste, et peut-être ne s'arrêtera-t-elle qu'à la dimension des coralines du xii° siècle, qui étaient le double des nôtres. Les deux nations qui exercent cette industrie sur la plus grande échelle, les Napolitains, et, après eux, les Toscans , sont les plus avancées dans ce système 1. Il est heureux que les embarcations les mieux appropriées à la pèche le soient aussi au transport des marchandises : elles pourront, avec d'autant plus de facilité, être employées entre deux pêches au cabotage, ou recevoir cette destination
• On ea jugera par la force des deux cent quarante-cinq embarcations qui faisaient la pèche en 1836, à l'époque de mon séjour en Afrique.
PAR BATEACX.
TOHKAGE
NATIO>iS.
pour
T055 AGE. 'matelots.
Napolitains.
Toscans. , .
Français. . .
Sardes. . . .
Espagnols. .
Il règne entre la pêche, la fabrication et le commerce du corail une trop étroite connexion, pour que la révolution qui s'opérerait dans Tune de ces branches d'industrie n'affecle pas de quelque manière les autres. Quand la compagnie d'Afrique exploitait seule les mers de la régence , la supériorité des coraux qu'elle y recueillait donnait à nos manufactures de Marseille et des environs un avantage marqué sur celles de Gênes et de Livourne, qui n'étaient alimentées que par les côtes d'Italie et de Sardaigne. Pendant les guerres de la République et de l'Empire, la pêche est devenue italienne; l'industrie en a suivi le sort , et Livourne est aujourd'hui le centre de la fabrication du corail : c'est vers son port que se dirigent tous les ans les barques des corailleurs, et les manufactures de • 31arseille presque tombées, celles même de Gênes, ne peuvent pas se comparer aux siennes : celles-ci occupent à l'année au delà de sept cents ouvriers ou ouvrières. Cet avantage de Livourne sur Naples tient moins encore aux facilités de lazarets qui décident les pêcheurs napolitains à purger leur quarantaine en Toscane, qu'à ce que le commerce du corailouvréeslpresqueentièremententrelesmains des juifs, comme on sait, très-nombreux et trèspuissants à Livourne. Ils en expédient de grandes quantités en Russie; le reste se répand en Gallicie par Brody, dans l'Inde, la Chine et le Japon, par Londres; enfin en Afrique, surtout dans le Maroc. Ils ont dans toutes ces contrées, sauf les deux plus
lointaines, des correspondants sûrs et zélés parmi leurs coreligionnaires. On destine, de préférence, le gros corail rond à la Russie , le corail rose de première qualité à la Chine, celui de qualité inférieure à la Pologne, le barbaresco et la roba-chiara à l'Inde. Les dernières qualités ont servi longtemps à la traite des noirs : ce débouché se rétrécit tous les jours davantage; mais des relations à renouer ou à créer sur d'autres bases en ouvriront dans les mêmes lieux un plus large. La ville d'Alger est un des points d'attache de ce réseau Israélite qui est tendu sur le monde commerçant. Elle emploie déjà chaque année pour environ 200,000 fr. de menus brins, dont la taille et le polissage occupent des familles juives, et les expédie ensuite dans Tintérieur de l'Afrique.
Les juifs d'Alger ont en Afrique et en Europe, les relations les mieux établies pour le développement de ce commerce; ils se feraient au besoin commanditer par les négociants de Livourne : leur activité et celle des corailleurs s'entr'aideraient réciproquement; car, si l'industrie manufacturière suit les destinées de la pêche, c'est en raison d'une attraction mutuelle dont celle-ci ressent de son coté les effets; après le voisinage des bancs de corail, celui des débouchés est le plus propre à la fixer.
On a récemment réclamé pour les marins fraon^ çais l'exercice de la pêche du corail, comme si le peu d'effet de l'exemption du droit de llau fr.
par saison d'été n'indiquait pas qu'ils sont occupés à des travaux mieux rétribués. Le mouvement de la pêche, depuis son rétablissement, offre la meilleure indication des lieux où nous devons chercher les corailleurs à fixer ^u Afrique. Voici quel il a été :
ANNÉES. Il