‹ L'AlgérieChapitre 32 sur 52 · LES FINANCES · texte numérisé non relu

LES FINANCES

Le budget algérien. ^ Impôts ftançab et impdta «nben.

La situation financière de l'Algérie a longtemps été mauvaise, he budget des recettes a toujours été inférieur à celui des dépenses. Aussi les advei'saîres de la colonisation ont-ils beau jeu à répéter que l'Algérie est une cause incessante de ruine pour la métropole. En cfTet, à ne considérer que les apparences, notre France africaine nous a jusqu'à présent coûté fort cher et rapporté très peu. Les recettes réelles sont presque toujours au-dessous des évaluations, et les dépenses présentent un excédant d'environ quatre millions par an. En outre, ce qui augmente encore le déficit, c'est qu'un grand nombre de dépenses relatives à l'Algérie ne sont pas inscrites à part et figurent au budget des différents ministères, confondues avec les dépenses métropolitaines. Ces dépenses montent à environ cinq millions.

Sans doute les frais de premier établissement, les grands travaux publics, les dépenses extraordinaires motivées par la sécheresse, la disette, les incendies de forets, les insurrections ont absorbé des sommes considérables. Mais conmie, après tout, l'Algérie est un pays de ressources, il est difficile de s'expliquer ce déficit. La cause doit sans doute en être imputée à la mauvaise organisation des recettes.

638 L*ALOÉRIE.

Les recettes en effet se divisent en deux groupes : iInIN^ts -iralies et impôts fniîiçais. Les premiers représentent seulement un quart du total, et les seconds les trois autres quarts. La proportion contraire serait pourtant la seule éipiitalile, puisque les indigènes sont beaucoup plus nombreux que les colons : or ils ne paient en moyenne que neuf francs par tetc, tandis que les Européens paient de trente-deux A quarantedeux fnincs. Les impôts d'origine française sont le timbre , Tenregistrement, le domaine, les p(»stes, les patentes, et divers autres produits. Les indigènes paient Vachour^ le zélchat et la lezma.

L*achour est établi par le nombre des charrues et Ton entend par charrue la superficie qu'un couple de bœufs peut mettre en culture chaque année. C'est une dîme déguisée.

Le zekkat est une taxe sur les bestiaux, sauf les chevaux : mais cette taxe, de même que l'achour, atteint le produit brut sans tenir compte des frais de production et ne peut servir de base à une appréciation sérieuse.

Quant à la lezma, c'est une capitation perçue seulement dans les pays kabyles, et en vertu de laquelle tous les contribuables sont divisés en trois classes d'après leur fortune présumée. Le plus déplorable est que l'achour, le zekkat et la lezma furent longtemps levés par les chefs indigènes qui usèrent et abusèrent de leurs pouvoirs pour s'enrichir, pour entretenir la haine de la France et pour faire peser sur nos officiers d'odieux soupçons de connivence. Mieux vaudrait peut-etre établir un impôt foncier, qui serait perçu, conmie en France, par les agents des contributions directes. Aussi bien on semble être entré dans cette voie, car le décret du 11 mai 1872 a confié la i>erception de l'impôt aral>e k nos agents financiers, et créé des recenseurs civils chargés de relever les matières imposables. Les résultats de cette réforme ont été très satis&isants et sont de nature à encourager de nouveaux efforts.

D'ailleurs l'Algérie traverse en ce moment une période de transition, ou, pour mieux dire, de formation. Nous avons déjà vu que le mouvement des affaires commerciales grandissait d'année en année. C'est h\ un signe d'heureux augure. Peu i\ peu l'équilibre se fera entre les recettes et les dépenses. Il n'y aura plus (pi'A entretenir et non plus

QÉ0G6API11E POLITIQUE.

à créer. Du jour oîi tossera k- (lOfit-it, les recotU-s iront toujours en grandissant. Il est plus que |iro1ia1ile <jiio nos enfants récolteront alors ce que nous avons semé, et que l'Algi'rie nous rentlra, et au delà, ce que nous lut aurons dotiné ]ieii<larit les {iretnières années de l'occupation.

DESCEIPTION KÉSUMÉE DE L'ALGÉRIE.

Alger. — Bniiron* d'Alger; Eahel, Mctidja. — PUin* du CUtilF. — Onn et m» CDvIrani, — Aa nord ■ Ai clwiBln da ter d'Aller à Onn. — An end du chinin da ter d'Alger à Oran, — Tlcmcen et •en en- Tirooe. — La gnliile Kibjlie. — La petite Kabjlle. — PhilippeTille et Bons. — Coantintine et ir* CDiiiODi. — De Coiutanline A U troativre tunûieanc. — Lea Haatt Plateani. — Le Hodua. — De CMutaottoe •* Bahara. — Le Bahara oninat». — Le Saban algèiieD. — Le Sahara de Coiutantiov.

^^-^^''^^^'''wJt^iL'-^^ — 'OjKCRiKE en quelques |)agus la France afri- ^^'^~^'~" '-^ -rT^!:>/>;J caine dans tons ses détails, n'est certes pas notre prétention. Ausiii bien nous no clicrchons pas ici à composer un guide de l'Algérie, ni niOnie à dresser la nonienclaliire de toutes les localités qui méritent un examen particulier. C'est plutôt une vud d'ensemble et comme une esquisse générale de la contrée que uuus essaierons de présenter & nos lecteurs. Afin de procéder avec régularité, nous commencerons notre étude par la capitale du [«js, et nous suivrons ensemble les voies ferrées et les grandes routes qui eommenct-nt i\ «illonner

la région, signalant sur notre pcissage les sites les plus remarquablés et les monuments les plus eurieux.

La baie «l'Alger est ouverte au nonl sur une [irofondeur de sept kilomètres et une largeur de vingt, entre les cai)s Matifou i\ Test et Pese.ide à l'ouest. Elle décrit un ilemi-cercle assez n'gulier, d'où se détache en saillie la ville d'Alger. Quand on arrive de la mer, on «iperçoit d'abord des collines à pente roide, couj/es par de nombreux ravins ct^*maillées de bastides. Au milieu s'étale une masse triangulaire d'une blancheur étrange qui, selon les jeux variés de la lumière, produit l'effet d'un grand tas de craie, d'un nuage argenté, ou d'un gâteau de miel à faces prismatiques. On a épuisé les comparaisons pour expliquer le panorama d'Alger. Les uns y ont vu comme un escalier de géants, les autres, plus pros<iïques, une belle lessive séchant au soleil. Pour ceux-ci,

La blanche Alger dormait comme un grand encensoir D*argcui qui fume encore api\*8 le saint office.

Pour ceux-là Alirer est un

Cygne au pied de TAtlas arrêté

Qui secoue au soleil son plumflge argenté.

En réalité ce long panorama, tennîné à l'horizon par la ligne bleuâtre de l'Atlas et inondé par la lunn'èrc crue du soleil africain, est un des plus merveilleux spectacles que l'on puisse contempler.

Que si nous approchons, la ville change d'aspect. Les parties liantes occupées par les indigènes disjmraissent et les parties basses, oîi s'entasse la population européenne, ressôrtent seules avec leurs édifices modernes et leurs gigantesques maisons. Du vieil Alger avec ses maisons percées de rares ouvertures, ses mosquées s'élevant sur des rochers A pic contre lesquels déferlait la vague, avec son port turc et sa Kasbali, il ne reste plus pour ainsi dire que des souvenirs. De larges quais s'avancent dans là mer. Les rochers de Bab-Azoun ont été remplacés par de larges magasins voûtés dont l'étage le plus élevé supporte une vaste terrasse, bordée de maisons monumentales. C'est ce qu'on nomme le boulevard de la République, qui sert aujourd'hui île premier plan à la ville mauresque.

OÉOURAl'lIIE.DEtiCltlPTIVE.

A peine aurons-nous débaniut; qut- iioub seroDS frapi/s iiar lu contraste du deux civilisiitious difTérc-Dtes brusquement mises en jtréseiice sur le même sol. Ici ce sont des rues dRiites, larges, Iwrdées d'arcades , où be dévulopjKi à l'aïse l'incessante activité de la France. Là, entre ces rues et au-dessus d'elles jusqu'à la Ka.-!t.-ili, c'est un enchevêtrement de ruelles tortueuses, étroites, difiiciles à monter, glissantes à la des-

PI» IH. — Le ul4 du lUvu k AIk« cd 11]<1^

cente, et encombrées de mille obstacles. Ici s'ouvre un café euro[>£'en . oh circulent l'air et la lumière, oîi se consomment nos boissons liabituellcs; là c'est un café maure où l'on boit, accroujii dans l'ombre, un é|wis liquide. A côté de kiosques élégants où se débitent les journaux de la niétroïiolc et de la colonie^ des musnlmans accomjdissent gravement leurs dévotions. Des cris iiercent l'aîr : ce sont les muezzins appelant les fidèles à la prière, mais lenr voix est couverte |«ir le mn des cloclics de l'église voisine.

Le contraste des types est plus saisissant encore que celui Jes costumes, car il se pr(?sente à chaque instant et en tout endroit. D'après le recensement de 1876, Alger comptait 18,216 Français, 16,381 étrangers, 7,098 juifs et 11,013 nmsulmans.

A première vue les Euroi^îens ne se distinguent pas entre eux, car runiformite du costume et des manières dissinude les différences dWigine, de race, de langue ou d'éducation; mais les indigènes sont bleu plus variés d'aspect, de teints et de costumes. <c Le Kabyle avec sa pliysionomie de travailleur, ses vêtements huileux, son tablier de cuir, sa {letite calotte plaquée sur le crâne, et surmontée d'un cha|)eau de paille monumental, se distinguera tout de suite de l'Arabe encapuchonné et toujours majestueusement drainé dans son burnous, fût-il eu loques. Le Maure au teint blanc mat, d'habitudes sédentaires, foncièrement urbain, gros et gras, soigné dans sa toilette, ne ressemble ni aux Kabyles ni aux Arabes; les Juifs gardent pour la plupart le costume que les marchands de dattes ambulants ont popularisé chez nous. Longtemps persécutés, its ont dans leurs allures une sorte d'humilité qui est le contraire de la fierté arabe et de la rudesse kabyle. > (Clamageran, p. 9.)

La variété des ty[>es féminins est moins apparente, car les femmes sortent peu. On reconnaît pourtant la lilauresque timide , qui glisse le long des murs, le viscige voilé par sa tunique, la Française toujours vive et pimpante, l'Espagnole alerte et gaie ou la Mahonnaise silencieuse. Alexandrie, au temps des Ptolémée, ressemblait sans doute à l'Alger de 1882. Ce devait être une véritable Babel de langues et de costumes, le rendez- vous de toutes les religions , le point central d'oii partaient et où aboutissaient voyageurs et négociants.

Jadis une double et même une triple nuuraille crénelée et bordée de fossés entourait la ville. Six portes s'ouvraient dans cette nmraille. Murs et i)ortes ont dispani au fur et à mesure des besoins nouveaux. De même que Lille, que Toulon, que Paris, Alger a élargi sa ceinture. Les faubourgs sont devenus partie intégrante delà ville, et voici déjà que la nouvelle enceinte bastionnc^ parait trop étroite. La place du gouvernement, entourée de platanes, rendez- vous des oisifs ou des lec-

h-W>:v^MMM:^^^^P&m,

GËOGKAPUIE DEt>CUIPTIV£. 045

teurs de journaux, est en quelque sorte le cœur île la ville. C'est là que le boulevard de la R<^*publique, les rues Bab-Azoun , Bab-el-Oued ou de la Marine portent des flots de populatioii toujours renouvelés. Panai les autres places, on peut signaler celles du Palais, de la Victoire, Mahon, MalakofT, Bresson, Isly, Bab-cl-Oued, etc.

Les rues d'Alger n'avaient autrefois pas de nom. L'adniinistnitioii française les a toutes décorées de dénominations parfois singulières, les unes empruntées i\ la mythologie, les autres à Thistoire naturelle , ceux-ci à la France, ceux-h\ à l'Afrique. Il en est même qui ont ctc grotesquement travestis. La rue El-Akdar ou Verte est devenue rue du Locdor; Souk-ed-Djama, le marché de la mosquée, a été changé en rue Soggemah; Aïn-el-Sabath , fontaine de la voûte, en rue du Salibat. L'impasse Orali est ainsi dénommée parce qu'on avait couvert de chaux les prenu'ères lettres de Ben-Kour-Ali , qui est devenu Ouralî et avec plus d'élégance Orali. Quand on voudra reconstituer l'histoire du vieil Alger, on regrettera ces renseignements locaux qu'on laisse aussi se perdre ou se travestir.

Il en est de même pour les maisons. Les maisons europc^ennes rcs-

semblent à toutes celles qui ont été bâties en France depuis une tren^ taiue d'années. Les maisons mauresques disparaissent de jour en jour, et rîèn n'est plus locheux ; car elles sont fort élégantes et bien plus appropriées aux nécessités du climat que les lourdes et massives constructions françaises. Aucune de ces maisons n'a de façade sur la rue, car la vie nmsulmane est tout intérieure. Qu'on se figure un quadrilatère, dont les étages sont surmontés d'une terrasse ou d'un toit plat. Par une porte d'entrée massive, garnie de clous i\ grosse tête, ou i>éuètre dans un vestibule oîi le maître de la maison reçoit ses visites et expédie ses affaires. Le vestibule conduit à une cour ouverte pavée de marbres ou d'autres matériaux. Tout autour se profilent quatre galeries. Au-dessus de ces gîilerîes soutenues par des colonnes , s'étagc une seconde galerie oîi donnent toutes les portes des chambres. Au second étage est la terrasse qui sert de promenade aux hommes pendant le jour et aux femmes pendant la nuit. Quand il fait chaud, la cour est tendue d'un vélum. L'intérieur des chambres est blanchi k la cliaux.

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Les murs sont parfois onios de faïences. Le i)lafoiHl est soutenu par des poutrelles en lioîs seulptr, Ym résumé « rien n'est mieux compris sous un climat chaud que la maison mauresque avec ses g«aleries, ses portiques, ses ventilateurs finement évidés, ses appartements ol>lo!igs ouverts sur une cour intérieure rafraîcliif par une fontaine. J> (Pikssk, p. 28.) Parmi les maisons d'Alger (ja'on jieut encore visiter, nous signalerons le palais du gouverneur, rarclievcclié, la cour d'assises, raucien secrétariat du gouvernement, la maison de ^lustapha-paclia oiisont Installés la bibliotlièt^ue et le musée, etc.

Les monuments sont rares i\ Alger. Des IGG anciennes mosquées, il n'en reste que 21 affectées au culte musulman. Les plus importantes sont la grande mosquée (Djama-cl-Kebir), celle de la Peclierie, et les Zaouias de Moliammed-Chérlf et des marabouts Sidi Abd-er-Khaman et Tsalbi. De l'ancieune Kasbali, il ne subsiste que de hautes murailles, la vieille porte d'entrée, la salle du tré^sor, la mosquée du dey et de belles fontaines en marbre.

Les environs d'Alger, plus encore peut-être que la ville elle-même, méritent Tattention du voyageur. Ils sont pittoresques et charmants. On les a comparés avec raison à la côte de Provence de Marseille à Nice avec ses bosquets odorants et ses gracieuses villas. Il semble que la nature ait voulu se copier des deux côtés de la mer, et renfermer la Méditerranée entre deux rives éclatantes de fraîcheur et de beauté; mais le soleil donne au rivage africain plus d'énergie et de fécondité. On peut, tout autour d'Alger, dans un rayon de huit à dix lieues,'trouver des promenades ravissantes. Tantôt on se croirait au milieu d'un parc Terdoyant, tantôt sur une de ces routes imposantes des Alpes ou des Pyrénées, qui serpentent au milieu de rocs sauvages, et, çà et là, par de soudaines échappées, parait la mer bleue, toujours majestueuse, et dont on ne se lasse jamais.

Au nord d'Alger on trouve d'abord le village de Saint-Eugène, avec ses maisons tapissées de fleurs pourpres de la bougainvillea bresilea, puis la pointe Pescade avec ses roches aiguës, ses grottes creusées par les vagues et ses plateaux herbus. Au nord-ouest, sur une colline qui domine le village de Saint-Eugène, se dressent le séminaire et le sanc-

GÉOORAI'inF. UKSCBil'TlVB.

tuaire de Notre-Dame d'Afrique avec Bon dôme supporta par des colonnes. A l'ouest s'ctagcnt les pentes du iiinnt Bouzareali avec l'ancien fort VEiupereur. Au sud s'allongent les délicieuses villas de Mnstaplia supil-ricur et iiift'ricurj le ravin de la femme sauvage, et la

colline de la Koubba, sans parler du jardin d'essai, merveille qui, à elle seule, vaut le voyage.

Au-delîl des villages de la banlieue d'Alger, on trouve i\ l'oueat le Sahel et au sud la Mctidjn. Le Saticl est un massif montagneux qui borde la mer et que la Metidja sépare du massif int^'ricur. Il est nettement d<!:tcrmin6 par la ^fctidja >\ l'est, et au sud et j\ l'ouest par l'oued

Mazafran. Sa longueur est de 70 kilomètres sur une largeur de 20 kilomètres. C'est dans le Sahel, à Sidi-Ferruch, que débarquèrent nos soldats en 1830. Une inscription, placée au-dessus de la porte du fort qui a remplacé Torre Chîca, rappelle ce glorieux épisode militaire. C'est encore dans le Sahel, à Staoucii, que nous remportâmes notre première victoire. L'emplacement de la bataille est occupé par une abbaye et une ferme modèle de trappistes fondées en 1843. La ville la plus importante du Saliel est Koleali, à 35 kilomètres d'Alger. Des eaux abondantes, des jardins d'orangers et de citronniers en font une résidence fort agréable.

Signalons . encore les villages agricoles de Castiglione et Tefschoun, les villages maritimes de Bou-Ismaël, Bérard et Tagouret, et nous arrivons à la grande curiosité du Saliel, au tombeau de la clirétienne, ou Kbour-er-Roumia. On nomme ainsi un monument isolé qui de loin aiïecte la forme pyramidale et dont les proportions, grandies par risolementi paraissent énormes. Sa vraie forme est celle d'un cylindre surmonté d'un cône tronqué. Des gradins extérieurs, rudes à gravir, conduisent à une plat^-forme d'où l'on découvre un vaste panorama. La hauteur totale du monument est de 33 mètres. A la base, qui a été déblayée en 1866, on distingue comme un cercle de colonnes décapitées de leurs cliapitçaux et quatre fausses portes exactement orientée^ aux quatre points cardinaux. La vraie porte est très basse, mais elle permet de pénétrer dans les caveaux intérieurs. Ce monument est un tombeau. On croit que c'est le mausolée des derniers rois de Mauritanie, érigé par Juba II, celui dont Pomponius Mêla disait : monumentnm commune rcgiœ gentis. Le site a été bien choisi : au nord, la mer souvent mauvaise et une côte inabordable; par derrière, le lac Ilalloula, aujourd'hui desséché, mais dont le voisinage fut longtemps pernicieux, partout la solitude et la stérilité. Aussi la première impression est-elle celle d'un respect mClé de crainte. Les chrétiens persécutés y cherchaient un asile, car on y a trouvé des objets servant au culte. Les Arabes en avaient peur. Salah-Reïs (1552-1550) avait ordonné de le démolir, mais une femme, chrétienne sans doute, parut au sommet de l'édifice, appelant A son aide Ilalloula, et aussitôt

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une nuée de moustiques dispersa les travailleurs. Baba-Mohammed* beu-Osman (17GG-1791) fit démolir à coups de canon, mais avec aussi peu de succès, le revêtement oriental du monument. Les Français, après l'avoir exploré, ont formé le projet de le restaurer,

La Metidja est une grande plaine, célèbre par sa fertilité, de 100 kilomètres de longueur sur 22 de largeur moyenne. Ses limites sont à Test les premières pentes de la Kab} lie, au nord et i\ l'ouest le Salieli à l'ouest et au sud l'Atlas. Les points culminants des montagnes qui la dominent se trouvent au sud, aux environs de Blidah et de Mouzaïa. Les torrents qui de l'Atlas débouchent dans la Metidja lui portent les eaux d'environ 22G,000 hectares, qui versent en moyenne 42 mètres cubes d'eau par seconde ; mais ces torrents baissent en été, et, pour conserver les éléments d'irrigation qui augmentent la fécondité de la plaine, on a été obligé de les retenir par des barrages-réservoirs. La population européenne de la Metidja est eu progrès constant : 10,000 nmes en 1852, 20,000 en 18GG, 30,000 de nos jours! On la divise en trois parties distinctes : la partie orientale limitée par l'IIarrach (Rovigo, l'Arba, Rivet^ le Fondouck, la Regaïa, l'Aima, Belle Fontaine, tribus des Krachma et des Beni-Moussa), la partie centrale (Blidah, Boufarich, Birtouta, les quatre chemins, tribu des Beni- Khrelil) et la partie occidentale (la ChifTa, Mouzaïaville, El-Afroun, Marengo, tribu des Hadjoutes),

Le chemin de fer d'Alger à Oran traverse la Metidja sur une longueur d'environ 70 kilomètres. ITusscin-Dey, Maison-Carrée, Boufarik, Blidah, El-Afroun sont les stations les plus importantes. Les indigènes apprécient très fort ce genre de locomotion rapide. Il est peu de race pius sensible au plaisir de la vitesse. Parfois ils montent en wagon uniquement pour le plaisir de « dévorer l'espace. j> Boufarik était en 1830 un marais pestilentiel, rempli de sangliers et de betes fauves. Près de la Koubba de Abd-el-Kadcr-el-Djilani se réunissaient chaciue lundi les Arabes de la plaine pour y échanger leurs marchandises, mais ils se hâtaient de quitter ce lieu pestilentiel. En 1835 Drouet d'Erlon établit un camp dans ce point central de la Metidja. Peu après le maréchal Clauzel y résolut la fondation d'une ville. Les débuts en fu-

rent déplorables. En 1840 sur 400 habitants le mois (Voctobre enlevait 48 fiévreux, en 1841 on comptait 450 malades et lOC déc^s. Il fut uu instant question de tout abandonner ; mais, à force de travaux d'assainissement exécutés par des colons sans cesse renouvelés, Boufarik, cet endroit où, selon le dicton, les corneilles elles-mêmes ne pouvaient vivre, est devenu très prospère, oc C'est un verger normand, soigné, fertile, abondant en fruits, rempli d'odeurs d'étable et d'activité champêtre, la vraie campagne, elles vrais campagnards. i> (Fkomkntin.) Notre ténacité coloniale, dont on médit trop, a remporté à Boufarik un vrai succès. Au milieu de terres d'une fécondité merveilleuse, ce grand village sert de centre à de nombreuses et productives exploitations agricoles. Il s'y fait un immense commerce de bestiaux. Rien de pittoresque comme. les marchés du lundi qui ont persisté. Indigènes et colons s'y rencontrent. La blouse bleue de nos travailleurs tranche crûment sur le fond blanchâtre des vêtements arabes.

Blidah est plus séduisant que Boufarik. Les vergers d'orangers qui

l'entourent l'annoncent de loin par leurs suaves émanations. La nuit le parfum, est si pénétrant qu'il domine l'acre odeur des locomotives. On a comparé Blidah à Sorrente ; notre ville africaine est peut-être plus agréable , parce que les domaines n'y sont pas séparés par des murs, mais par des haies d'arbres, c Au mois d'avril, quand les fleurs et les fruits s'entremêlent sur les mêmes arbres, on ne saurait rien imaginer de plus délicieux à voir. Que de nuances heureusement associées depuis le vert tour à tour sombre et lumineux du feuillage jusqu'au blanc violacé des fleurs, depuis le rouge ardent ou le jaune intense des oranges jusqu'au jaune pâle des citrons! i> (Clamageran.) Blidah est une ville arabe, mais transformée par la France. Elle est fort recherchée pendant la chaleur pour la fraîcheur de l'air, des eaux et de la végétation. L'Atlas, dont elle occupe les premières pentes, n'a rien de sauvage en cet endroit. Sur ses flancs, aux mamelons arrondie, poussent de hautes herbes et de grands arbres, surtout des oliviers, plusieurs fois séculaires, dont le tronc semble avoir été troué à coups de canon.

Le chemin de fer traverse la Chiffa sur un pont métallique de quatre arches, passe à El-Afroun, franchit l'oued Djer, s'arrête à Bou-Medfa

aÉOGRArilIF. DF.SCnil'TIVK.

oïl il dépose les voyagent pour los bnîns fcrnigmeux d'Haniman-Rira, et s'engage jusqu'à AITrevilIc dans un paya accidenté et tr(s pittoresque. L'aspect de ta contrée s'est singulièrement modifié. II y a pon de maisons européennes : des gourbis arabes les rcmi>1accnt. On ne voit plus que des buissons ou des arbustes rabougris, que décliiront les

r%. 1*7. — t< •OdIuïIr '1< Noln-DiUM d'Atrlqur, i4«> d'AIirr.

troupeau^. Nous sommes dans un autre monde, oii la civilisation européenne n'a encore pénétré qu'avec peine.

Elle reparaît au contraire t\ AffrevIIle où commence, sur une longueur de 175 kilomètres, jusqu'à Relizane, la plaine du CliclifT. Cette plaine, bordée de hautes montagnes au nord et au sud, le Dalira, le Zakkar, rOuarcnscnis, plus longue, plus étroite et plus chaude que la Metidja, serait plus fertile encore, si elle était mieux cultivée. Itieii de monotone comme la traversée d'AfTreviile iV Relizane. : i\ droite et à

gauche, des montagnes dénudi^'es, au milieu, un cours d'eau qui s'enfonce profondément dans le sol sans s'y perdre. De loin en loin quelques maigres cultures, des fermes européennes perdues dans la solitude, de vastes espaces envahis par les jujubiers, les lentisques et les palmiers nains; sur les monticules épars se dressent quelques blanches koubbas, et grimpent péniblement quelques rares troupeaux qui de loin ressemblent à des pierres semées dans un champ. Une impression de tristesse et d'austérité se dégage du paysage. La main de l'homme fait défaut. On a devant soi une terre fertile, fécondée par l'eau et le soleil, mais les colons européens n'en ont pas encore pris suffisamment possession. Plusieurs millions d'habitants trouveraient à vivre largement dans le bassin de cette Loire africaine ; mais que d'espaces non défrichés! Que de forces productives inertes! Il est cependant un moment dans Tannée , en mars et avril , oîi les splendeurs de la flore printannîère font subitemient explosion/<c Des soucis répandus avec une profusion inimaginable colorent d'une teinte doucement orangée de larges bandes de terre ; les belles de jour à la corolle bleue, les pavots pourpres et violets, les adonis d'un ronge vermillon, les arums, les orchis et bien d'autres fleurs jettent sur ce fond leurs nuances vives et tendres. A certains endroits, près du Chélifl*, et sur le bord de co.urs d'eau plus petits, il y a comme une éruption de sève. 7> (Clamaghkan.) Affreville avec ses annexes d'Adelia et de Lavaranche est à l'extrétrémité orientale de cette plaine. Orléansville en occupe le centre, et Relizane l'extrémité occidentale. Afireville date de 1848. Cette petite ville, bâtie sur l'emplacement de Zuccabar ou Colonia Angusta, a beaucoup grandi. Elle a même à peu près complètement supplanté Milianah, sa voisine, en détournant à son profit le mouvement des aflaires. Milianah est pourtant une des villes les plus saines, les mieux situées et les plus pittoresques de l'Algérie. Bâtie sur le versant sud du Zakkar, h une altitude de 900 mètres, elle a utilisé pour des minoteries les eaux vives de la montagne. Rien de plus gracieux que la route qui conduit d'AffrevîlIe A Milianah. D'énormes prairies rappellent la Normandie, mais les cactus et les alors ramènent en Afrique. « Le rose tendre des pêchers se détache sur le bleu du ciel et les feuilles

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naissantes des grenadiers fout briller de toutes parts leur fine pointe couleur de feu. y> (Clamagkkan.) C'est encore d'Affreville que Ton va visiter la fimieuse foret de cèdres de Teniet-el-ïlaad.

Orléansville, le Castcllvm Tingitii des Romains, est située presque exactement A moitié chemin d'Alger à Oran. C'est un centre militaire, mais qui deviendra civil. Tout y est l'œuvre de l'armée, jusqu'aux bois de pins et de cyprès, au sud-ouest de la ville, qui ont sensiblement amélioré le climat. Au lieu de soldats mieux vaudrait dans le pays de vrais propriétaires, tout disposés à prendre les armes en cas de besoin. Orléansville possède les ruines d'une des plus anciennes basiliques de la chrétienté, Saint-Reparatus. En 1843 on y découvrit une mosaïque ornée de cinq inscriptions. L'une d'entre elles est ainsi conçue : a: En l'année provinciale 285, le douzième jour des calendes de décembre (20 novembre 325) ont été posés les fondements de cette basilique. » Il parait que^ pour conserver ce précieux document, on n'a rien trouvé de mieux que de l'enfouir de nouveau. C'est ce qu'on peut appeler une mesure e résolument conservatrice. »

Relizane date de 1857. Cette petite ville, admirablement située sur la pente occidentale d'une colline au pied de laquelle s'étend la plaine de la Mina^ semble appelée à de brillantes destinées. La culture du coton l'avait enrichie pendant la guerre de sécession. Elle a été remplacée sans trop de pertes par les céréales et l'élevage du porc. Bien que n'ayant pas d'enceinte fortifiée, Relizane n'a jamais été attaquée par les nombreuses tribus arabes qui l'entourent. Colons et indigènes, liés par des intérêts communs, vivent en effet en bons termes. Le barrage de la Mina contribue à cette prospérité. Une nappe d'eau considérable, retenue par de robustes piliers et de gros murs, sert aux irrigations de la plaine. A la même distance que le barrage, c'est-à-dire à deux ou trois kilomètres de la ville, sont épars autour d'un menti* cule les vestiges, encore très peu étudiés, d'une ville romaine.

De Relizane à Oran le chemin de fer continue î\ longer les pentes septentrionales de l'Atlas; mais, du côté de la Méditerranée, la place s'étend sans interruption jusqu'à la nier. Elle est parcourue par des fleuves, l'Habrah, le Sig et le TIélat dont les eaux sont retenues

par de gigantesques barrages et entretiennent la fécondité dans la plaine. Perregaux, Saint-Denis du Sîg et Sainte- Barbe du T161at, toutes villes nouvelles, sont les plus importantes stations. Saint- Denis du Sig, fondée en 1845, est entourée de verdure. Les places et les rues plantées d'arbres sont arrosées par des eaux courantes qui entretiennent la fraîcheur. C'est \h que fut formée en 1 846 la fameuse Union agricole qui tenta vainement de résoudre le problème de l'association du travail avec le capital. La tentative échoua, mais au moins l'union réussit-elle h mettre en plein rapport 2,000 hectares d'excellentes terres.

On approche d'Oran. Les montagnes s'abaissent à l'horizon, les céréales et les cultures maraîchères sont plus abondantes. De nombreuses villas p«'irsèmént la campagne. On contourne une grande sebka, et bientôt, au fond d'une baie, sur les deux côtés d'un ravin qui en forme le centre, on distingue les édifices de notre seconde capitale algérienne.

Oran présente un aspect plus africain qu'Alger. Les énormes cactus qui hérissent ses abords', les palmiers dont on aperçoit les cimes audessus des murs des jardins lui donnent une physionomie à part. Son port est mauvais, mais comme la place est commerçante et grandit & vue d'œil, les ingénieurs ont entrepris contre la nature une lutte, qui se terminera sans doute à leur avantage. Ce qui domine en effet dans la ville, c'est le mouvement commercial, la fièvre des affaires. Le nombre des navires qui chargent et déchargent augmente tous les jours; les maisons de commerce se multiplient et s'agrandissent; les constructions s'étendent ; les faubourgs deviennent partie intégrante de la ville. La population, qui en 18C0 n'était que de 2G,910 habitants, s'est élevée en 1872 au chiffre de 40,015 et en 1876 de 45,640. Pressée dans des ravines, juchée sur des hauteurs, couronnée par les blanches citadelles jadis édifiées par les Espagnols, Oran n'a que des monuments fort médiocres, à l'exception des deux mosquées du Pacha et- de Sidi-Haounari, dont les minarets et les colonnettes rappellent la Giralda de Séville.

Oran a été tour h tour anabe, espagnole et turque. Elle servit

QÉOUBArilIt: DESCIÎII'TIVV

longtemps de bagne A l'Espague. C'est la ville où itaîcut envoyés eu exil les seigneurs mécontents ou disgraciés : ce qui d'ailleurs ue les enipêcliaît pas de mener grand train. La population ue se composait

UsH) « da M kimuicil cl U» nmqr 1 Orw

alors que d'Espagnols, environ â,(KV), plus 7,()(X) forçats et autant de soldats pour les garder. Soldats et forçats s'entendaient i\ merveille. Les uns Veillaient le moins posbilde sur les autres qui s'en allaient, toutes les fuis que la fantaisie les eu prenait, grossir le nombre des re-

négats csp<'ignoIs au Maroc. Comme les bourgeois frateruîsaîent avec les uns et avec les autres, Oran était devenu un véritable lieu de délices. On le surnommait la carte cliîca^ la petite cour.

Oran est aujourd'hui française et tr^s française; pourtant, soit voisinage de l'Espagne, soit souvenir persistant d'une longue occupation, les Espagnols y sont encore plus nombreux que les Français. L'élément français ne représente en effet qu'un dixième de la population totale. On peut regretter que nos compatriotes, moins habitués aux climats chauds ou plus mécontents de leur sort, se soient ainsi laissés devancer par les Espagnols; mais si les colons andalous, catalans ou valenciens se font peu naturaliser, leurs filles s'allient volontiers aux Français et leurs fils s'absorbent aisément dans la nation prépondérante. La fusion s'opérera d'elle-même au bout d'une ou de deux générations.

La richesse du sol aux environs d'Oran est merveilleuse. Il est vrai que la terre, longtemps aride et brûlée, commence il peine à revêtir sa verte parure; mais l'eau, qui manque souvent 2\ la surface, est trouvée sans trop de peine à une certaine profondeur. On la fait monter au moyen de norias, mues par des ailes semblables i\ celles des moulins à vent. Toutes les ressources de l'agriculture moderne, appliquées au territoire immédiat d'Oran, l'ont singulièrement modifié. Si on veut se rendre compte de la flore naturelle du pays, on la rencontrera A Miserghiii, dans le fameux orphelinat fondé en 185L <c La meilleure partie du sol est occupée par de grands citronniers qui laissent pendre au-dessus du chemin leurs rameaux chargés de fruits. De gros caroubiers dressent au milieu des rocs leur dôme de verdure. Des aubépines énormes embaument l'air du parfum de leurs fleurs. Des vignes sauvages serpentent à travers les arbres et les buissons. Les lentisques mules et femelles, pointillés de rouge sur un fond vert, forment des groupes nombreux. Les genêts et les jasmins jaunes parsèment d'or les pentes abruptes, d (Clamagkiîan, p. IL) On peut encore visiter aux environs de la ville la magnifique ferme des Andalouses, le port militaire de îlers-el-Kebîr, le Kavîn-Vert, Santa-Cruz et la foret naissante du camp des Planteurs : mais les buts de pro-

mcuades n'abondent pas, comme aux alentours d'Alger et de Constantine. On dirait que la nature africaine résiste encore et que les jujubiers et palmiers nains cèdent à regret la place aux cér6ile8 et aux légumes.

Au nord de la voie ferrée qui relie Alger à Oran, entre ce cliemin et la mer, s'étend un pays peu fréquenté, car les voyageurs suivent toujours de préférence les voies rapides ; mais lorsque un nouveau cliemin, parallèle à la côte, reliera les unes aux autres toutes les villes du littoral, les touristes ne manqueront pas de les visiter. Les principales de ces villes sont Chercbell, Ténès, Mostaganem et Arzew. Cberchell. Viol phénicienne, la Catsarea des Romains, couvrait jadis une superficie de 3G9 hectares. Fille était ornée de magnifiques édifices qui lui avaient valu la dénomination de splendtdiHsima colonia Cœsariensîs. Parmi les débris qui attestent cette antique splendeur, on cité ceux du palais des rois, du tliéatre, dont on a utilisé les gradins pour la construction des maisons de la ville moderne, des citernes, d'un cirque, où subirent le martyre saint Marciàn, saint Séverieu et sainte Aquila ; d'un hypogée appartenant à des affranchis de Juba, d'un aqueduc et d'un amphithéâtre. On suit encore en avant du port les traces de gigantesques constructions.

Tenès, l'ancienne Cartenna^ est aujourd'hui bien déchue. La poche du corail, la sériciculture et la vigne ont, dans ces dernières années^ renouvelé son industrie. De plus le cuivre, le plomb et le gypse abondent aux environs. L'exploitation de ces richesses enrichira Tcnès un jour ou l'autre. Mostaganem n'a qu'un mauvais débarcadère i mais elle est coupée en deux moitiés par le ravin d'Aïn-Senfra, la source jaune, dont l'eau est utilisée comme force motrice. Quant à Arzew, on lui a prédit de hautes destinées ; mais son immense rade n'est encore animée que par un bien petit nombre de navires et le chemin de fer qui l'unit à Saïda ne sert jusqu'à présent qu'à l'exportation de l'alfa.

Au sud du chemin de fer d'Alger à Ôran, et entre cette ligne et la région des Hauts Plateaux, toujours dans le Tell par conséquent, il nous faudra également signaler quelques villes, Medeah, Thaza, Tiaret, Mascara, Saïda et Sidi-Bel-Abbèp.

AUIÉMS. i)

Ce furent les capitales ou les citadelles de Yénnr Ab-el-Kader. IMedeah, ad Médias des Romains, ne fut définitivement occupée par nos troupes qu'en 1840. Elle est située à 927 mètres d'altitude. De nombreux ruisseaux descendent de la montagne à laquelle la ville est adossée, et fout mouvoir beaucoup d'usines. On dirait une ville du Gard ou de l'Hérault. La vigne et l'olivier garnissent les coteaux. Ou y remarque des teintureries, des minoteries et des fabriques de savon. De Thaza il ne reste qu'un cbuteau, massive construction oîi l'émir enfermait nos prisonniers. Tiaret est un point commercial très important. Les caravanes du Sud y viennent cliaque année échanger leurs produits contre ceux du Tell. Cette petite ville comprend deux quartiers distincts, celui des colons et celui des soldats, renfermés dans une enceinte bastionnée. Non loin de Tiaret était la citadelle de Takdempt, qui se dressait en amphithéâtre au milieu d'affreux escarpements de granit.

Mascara, la résidence favorite de l'émir, fut occupée en 1835 et en 1841. Elle est assise sur le revers méridional du djebel Chougran, le maudit Chougran, comme l'appelaient nos soldats qui luttèrent souvent oontre ses pentes escarpées. Bâtie sur deux mamelons séparés par le ' ravin de l'oued Toudman, elle présente un mélange de constructions françaises assez élégantes et de chétivôs bâtisses arabes. Les eaux de Toued Toudman alimentent plusieurs fontaines et bondissent en cascade dans un beau jardin, qu'on a converti en promenade publique. Mascara, quand le chemin de fer la reliera à Alger et à Oran, prendra une grande importance, car le sol et le climat y sont très favorables à la culture des céréales, du tabac, de l'olivier et surtout de la vigne. Ce n'est pas seulement en Algérie, mais en France déjà, qu'on apprécie les vins blancs que produit son territoire. Saïda, ou l'Heureuse, a été fondée en 1854 à 2 kilomètres de l'ancienne forteresse d'Abd-el-Kader, ruinée en 1834. Le pays est fertile, le climat sain, les eaux abondantes. C'est & Saîda que commence la mer d'alfa. Un chemin de fer la relie déjà à la mer. Sidi-Hel-Abbès était jadis un lieu de pèlerinage. Les Français y établirent un poste militaire en 1843. c C'est maintenant une ville prospère, émergeant d'une verte oasis qu'entourent, aussi loin

GÉOGRAPHIE DKSCRI l'TI VK.

que la vue peut porter, de vastes champs bien cultivés, de beaux villages, des fcnncs îniporlantcs, attestant la richesse de cette contrée privilégiée, les cfTorts des colons et la civilisation. » (Discours du général Chanzy.)

Entre Cran, Sidi-Bel-Al>t>6s et la frontière marocaine s'étend du pays montagneux, bien arrosé, très pittoresque, fertile, dont Tleniccn est la ville principale, Xemours le port, Lalla Maghrnla, Sebdou et

Hf. in. — Ancicu rmputi de )l<htii(uim.

Dava les marchés. Nemours est une ville toute moderne, bâtîe non loin de la station romaioe arl Fratres, et de la mosquée aralw de Djama-Oazonat Lalla Maghrnîa, non loin de l'importante mine de Garrouban, est très fréquentée par les Marocains de la frontière. Sebdou commando une mer d'alfa, qui s'étond à perle de vue. Daya n'était qu'un poste militaire, mais devient un poste commercial et industriel important k cause de l'alfa. Des chemins de fer la relieront sans doute bientôt à Sidi-Bel-Abbès et & Siiïda. Quant à TIemcen, c'est ta vieille capitale du iïaglireb. I^s Romains y avaient établi la station de Pomarta, ainsi nommée sans doute à cause des magnifiques bois d'oliviers, dos

arbres fruitiers de toute espèce et des jardins qui faisaient comme un vaste verger de cette localité prîviliîgire.

Pamana changea de nom lors de Tinvasion arabe, et devint Agadir. De nombreuses et puissantes dynasties indigènes, Edrisites, Ifrenîdes, Almoravides, Almobades, Abd-el-Ou«idites et Mérinides s'y succédèrent Elle atteignit îilors un degré inouï «le splendeur. Voici comment la décrivait Tliistorien musulman Ibn-Klialdoun : d Cest une ville solide* ment construite, jouissant d'une température agréable, pourvue d'eaux douces et possédant un territoire fertile et riche en productions. Placée sur le flanc d'une montagne, elle s'étend en longueur d'orient en occident. Les branches des arbres qui s'élèvent au-dessus de ses édifices sont comme les fleurons d'une couronne qui brille sur un front majestueux. Elle développe sa largeur sur une vaste plaine appropriée à la culture, dont les ondulations, pareilles i\ des bosses de dromadaires, sont déchirées par le soc do la charrue. Des hauteurs voisines se pré*cipitent des ruisseaux qui fournissent aux habitants l'eau qui leur est nécessaire. Cette eau leur est amenée pure et limpide par plusieurs canaux et conduits souterrains, et elle est ensuite distribuée aux collèges et aux mosquées par le moyen des fontaines et des bassins. Elle passe également dans les maisons des particuliers; l'excédant va arroser en dehors les jardins et les champs. Par la réunion de ces avantages, Tlemcen est une cité dont la vue fascine l'esprit, dont la beauté séduit le cœur. >

Survint la domination turque. Tlemcen tombe subitement, car elle est déchue de son rang de capitale, et d'ailleurs les Turcs savent détraire mais non édifier. Aussi la décadence se prononce-t-elle de jour en jour. La population industrieuse et polie émigré pour se soustraire aux brutalités de la soldatesque. Des luttes intestines, des intrigues de caserne et des exécutions capitales, telle est l'histoire de Tlemcen jusqu'A 1830 : mais les vieux souvenirs de sa gloire n'avaient pas disparu. Aux yeux des Arabes, Tlemcen était toujours une cité sacrosainte. Abd-el-Kader, qui connaissait fa force des traditions nationales, aurait voulu en faire la capitale de ses Etats. Dans le style imagé qui caractérisait son éloquence, il la comparait h une amie dont il vou-

OÉOGRAPIIIE DESCRIPTIVE. 661

laîtconquérîcraffectîon. d En me voyant, disait-il, Tlemcen m'a donné sa main à baiser. Je l'aime comme l'enfant aime le cœur de sa mère. Elle a eu des maîtres, mais elle ne leur a jamais témoigné que de l'indiiïérence. A moi seul elle a souri. > Les rêves de l'émir ne se sont jamais réalisés, car la France s'empara de Tlemcen en 1842, et, dès lors, elle n'a pas cessé de nous appartenir.

•f A notre arrivée en 1842, écrivait un témoin oculaire, Tlemcen présentait l'aspect morne et triste d'une ville en ruines. Comme il n'existait pas d'hygiène publique, nous avons partout trouvé les traces de cette incurie, de cette insouciance qu'ont les indigènes pour l'amélioration de leur bien-ctre ou la conservation de leur santé. Les rues et les places étaient alors le réceptacle d'immondices déposées sans aucun souci du voisin. Des flaques de boue, au milieu desquelles on trouvait quelquefois des animaux morts, fermentaient au soleil et infectaient au loin l'atmosphère. L'intérieur des maisons se ressentait de ce hideux entourage. La vie se passait au milieu d'eaux croupissantes, les anciens égouts étaient obstrués. Quelquefois les conduits d'eaux potables se crevaient, et alors un horrible mélange infectait les eaux destinées aux usages domestiques.]^ Tout cela est changé. Résolument on a fait la part du feu. On a renoncé au quartier arabe dans les ruines duquel les anciens habitants ont conservé quelques abris, et on a créé d[e toutes pièces une ville moderne. Au début la présence et les. attaques incessantes de trop nombreux rongeurs avaient fait surnommer cette ville Ratopolis, mais les chats ont fini par triompher de leurs ennemis^ et le Tlemcen de nos jours est tout aussi confortable que n'importe quelle autre ville française.

Ce qui donne à Tlemcen un caractère tout spécial, c'est d'abord son climat. Il est remarquable par les brusques variations de la température, variations aussi sensibles d'un jour à l'autre que d'une saison à l'autre. Les pluies sont très abondantes : elles commencent en octobre et continuent avec des alternatives de beau temps jusqu'en mai. Les pluies printanières et les brouillards du matin, très fréquents, même en juillet, donnent à la végétation un caractère de permanence qui étonne les voyageurs. Le sirocco souflle rarement et par séries de

deux OU troîs jours au plus. Aussi, dès qu'on «ipproclic de Li ville, la contrée prend un caractère nouveau. Les montagnes quî ferment l'horizon paraissent plus liantes, leur relief s'accuse davantage, et en même temps les cultures moins rares et les bouquets d'arbres plus fréquents animent les premiers plans du paysage. <r Peu à peu on découvre de grands bois d'oliviers formant une masse de verdure compacte..., maïs, comme l'olivier n'est pas un arbre jaloux, il souffre dans son voisinage tout un monde végétal. La ville émerge du sein de ces bois. Les minarets des mosquées la signalent au loin ; une muraille de rocs chaudement colorés se dresse derrière elle, d (Clamaghrax, p. 85.) Un climat tempéré, des eaux abondantes, une excellente position commerciale, ce sont h\ bien des conditions de prospérité. Les Euro* péens commencent à venir en grand nombre. Ils fondent des minoteries, des huileries et surtout des maisons de commission. Tlemcen est sans doute appelée à un grand avenir.

. Les environs de Tlemcen sont célèbres. A 3 kilomètres au sudouest on rencontre les ruines grandioses de la Mansourah. En 1303 un certain Abou-Yacoub assiégeait Tlemcen depuis trois ans. Désespérant d'un succès rapide, il convertit son camp en ville. Ce fut la Mansourah. Voici comment la décrit Ibn-Khaldoun : <c A l'endroit oîi l'armée avait dressé ses tentes s'éleva un palais pour la résidence du souverain. Ce vaste emplacement fut entouré d'une muraille, et se remplit de grandes maisons, de vastes édifices, de palais magnifiques et de jardins traversés par des ruisseaux. Elle renfermait des bains, an caravansérail et un hôpital, ainsi qu'une mosquée dont le minaret était d'une hauteur extraordinaire. » Les sultans de Tlemcen reprirent et dévastèrent la ]\[ansourah. Les magnifiques constructions qu'on y avait élevées ne furent jamais réparées. Les maisons et les palais ont disparu, mais l'enceinte, haute de 12 mètres, et entourant un espace de 100 hectares, est encore debout. La mosquée subsiste et présente encore d'énormes pans de mur, d'une teinte rougeâtre quî restent debout. Tout un côté du minaret est intact, et l'on voit à certains endroits quelques fragments des faïences qui l'ornaient. L'autre côté s'est écroulé. »

UÉUORAI'llIE bËSCltlPTlVE.

Après la Mansourab la grande curiosité des environs est le village de Bou-Mi'dine, célèbre par trois édifices élevés du douzième au quatorzième siècle en l'honneur d'un savant tliéologit-n, iié & Séville en 112G et mort sur la route de TIcmcen vers 1108. Ces trois édïHccs Boot la koubba, la mosquée, et la inédreçn. La Icoubba est un nioim-

U'uprb ma |4iotg(iii|iUij

ment funéraire. Elle aftecte la funne d'un dunie couvrant un tombeau; seulement cette koubba est très ornée. Elle renferme le cénotaphe du saint personnage. Une demi-obscurité règne dans l'intérieur. De toutes parts pendent des étoffes de soie; au centre se déploient des étoffes lamées d'or et d'argent. Dans tous tes coins de l'étroite enceinte sont déposés des miroirs, des lanternes, des œufs d'autruche et toute une collection d'offrandes qui rappellent les ex-voto de certaines de

nos églises. La mosquée est assez bien conservée. Son portique, sa cour intérieure, ses arcades, ses carreaux de faïence, son niinaret, ses sculptures, ses colonnes d'onyx sont de précieux spécimens de Tart mauresque. La médreça ou collège pour les hautes études est au contraire fort dégradée. Elle se compose d'une cour, terminée au fond par la salle servant à la fois de mosquée et dY'Cole, et entourée à droite et à gauche par un cloître sur lequel s'ouvrent les cellules des étudiants. L'eau qui suinte du rocher contre lequel est adossé le monument l'a dégradé par parties. La médreça présente néanmoins un grand intérêt, car elle est demeurée comme un spécimen à peu près unique des édifices de ce genre, et fut d'ailleurs comme une Sorbonne musulmane.

Nous signalerons encore, à G kilomètres au sud-sud-est de Tlemcen, la cascade d'El-Ourit| par laquelle le Saf-Saf déverse ses eaux du haut de la montagne. . c Qu'on se figure une muraille rocheuse de 80 mètres de hauteur, large de 2 à 300 et disposée circulairement comme dans un cirque. Tout le long des parois de cette muraille s'élèvent, grimpent, tombent et s'enlacent des fouillis de plantes et d'arbustes. L'eau se précipite en nappes comme un grand fleuve qui aurait rompu ses digues, et la végétation qui recouvre les parois de ce vaste cirque est tellement épaisse que ces nappes d'eau filtrent pour ainsi dire au travers de ce feuillage merveilleux et arrivent en poussière de diamants à la base des rochers. J> Soit par sa position, soit par ses monuments, soit par la variété de son site, Tlemcen méritait une mention spé^^iale. C'est une des plus originales parmi nos villes algériennes.

Que si nous rentrons à Alger pour étudier la partie orientale du Tell, nous remarquerons tout d'abord que le chemin de fer ne joint pas encore Alger à Constantine. Il est vrai qu'on y travaille, mais la construction de la voie ferrée n'avance que lentement à cause des difliicultés du passage i\ travers les montagnes. Le pays qui sépare ces deux villes et s'étend de la Méditerranée à l'Atlas a été nommé la Kabylie. D'ordinaire on distingue deux Kabylîes, séparées l'une de l'autre par l'oued Sahel. La première ou grande Kabylie, caractérisée par le massif du Jurjura, est comprise entre Tisser à l'ouest, et le

Sahcl & Test. Elle appartient à la province d'Alger; la seconde ou petite Kabylie, caractëris<5e par la chaîne des Babors, est comprise entre le Saliel à l'ouest et Toued Kebir i\ Test. Elle appartient à la province de Constantine. Chacune des deux régions a son port, la Kabylie du Jurjura Dellys, la Kabylîe des Babors Djidjelli. Bougie^ située à Tembouchure du Sahel, se trouve le centre maritime des deux régions.

Le Jurjura domine toute la grande Kabylfe. Le pic le plus élevé est le sommet de Lalla Kadidja (2,308 m.). On l'aperçoit de presque tous les cantons kabyles, même de la cote où il pro61e i\ l'horizon ses hardies découpures. Les rares voyageurs qui l'ont parcouru vantent la variété de ses paysages, la beauté de ses cascades et le pittoresque contraste que présentent ses cimes neigeuses et ses flancs couverts de forets verdoyantes.

A partir du Jurjura jusqu'à la mer s'étendent de puissants contreforts qui couvrent le pays de leurs ramifications. On dirait une Suisse africaine : c'est la même succession de vallées riantes et de défilés sauvages, avec la chaude coloration du soleil africain en plus et 2\ l'horizon l'azur de la ^léditerranée. Les eaux sont abondantes. A chaque pas tombent des cascades ou serpentent de frais ruisseaux. Ce qui peut-être frappe le plus c'est l'incroyable variété de la végétation. Partout des lentisques, des chcnes-Iièges , des lauriers- roses qui bordent le moindre cours d'eau ou s'étalent en champs fleuris d'un aspect féerique. Puis viennent des cactus dont les robustes raquettes protègent lianes et ronces, et des caroubiers dont les grappes noirâtres diaprent le vert éclatant de leur feuillage. Sur les crêtes des montagnes chcnes et frênes , sur les coteaux buissons do myrtes, aloès gigantesques, nombreux figuiers et vignes enroulées autour des oliviers. Enfin dans la plaine le blé, l'orge, le millet, et tout près de la mer, à l'abri des rochers, l'oranger, le citronnier et les arbres qui ont besoin d'une température constamment douce.

Les trois arbres qui sont le plus cultivés par les Kabyles sont le frêne, l'olivier et le figuier, arbres utiles, puisque les figues et les olives servent k la nourriture des homines, et les feuilles du frêne à

celle des bestiaux. A mesure qu'on s'élève dans la montagne ce sont les oliviers et les frênes qui dominent ; plus bas ce sont les figuiers, mais ils sont hauts de cime et amples de ramure. Ils se déploient avec la même vigueur dans tous les sens, dressant hardiment certaines branches et allongeant les autres jusqu'à terre oîi elles traînent parmi l'herbe et les blës. Les Kabyles prennent un grand soin de ces figuiers. Ils leur font même subir une opération singulière, la caprîfication. Elle consiste à 8us[)endre un chapelet de figues sauvages nommées dohkar aux branches des figuiers femelles. Chacun de ces dokkars, quand il est desséché, laisse échapper une multitude d'insectes ailés qui s'introduisent dans les. fruits de l'arbre auquel ils sont attachés, et les empêchent de tomber. Les Kabyles pensent que ce sont des agents de fécondation, et que l'abondance des figues, quelles que soient les localités et les circonstances atmosphériques, est en rapport avec celle des dokkars.

Les endroits à noter dans la grande Kabylie sont Icheriden et Koukou sur les pentes du Jurjura, Fort National sur le territoire de la tribu des Beni-Raten, Tizi-Ouzou à l'entrée du pays, Dellys et Bougie sur la côte.

Icheriden et Koukou sont des villes purement kabyles, c'est-àdire qu'elles couronnent des pitons escarpés, entourés de précipices ou de pentes abruptes. Ruelles étroites, enchevêtrées les unes dans les autres, maisons basses, sans fenêtres, avec des tas de fumiers aux portes, tel est du reste l'aspect de tous les villages kabyles. Fort National est de création récente (1857), mais l'activité coloniale y a pris un grand développement. L'importance de Tizi-Ouzou ne date que de 1871. Cette ville est dominée par un château bnti par les Turcs sur des ruines romaines, au sommet d'un col large de trois kilomètres environ, encaissé entre deux chaînes de montagnes. Le séquestre mis sur les tribus révoltées en 1871 a permis de constituer une banlieue agricole de plus de G,000 hectares. Aussi les colons ont-ils afflué. Dellys, le Busucurrum des Romains , est l'entrepôt de toute la Kabylie occidentale. Il s'y fait un grand commerce d'huile, de raisins et de fruits. Cette petite ville est en voie de progrès et d'amélioration. Elle est d'ailleurs située dans une contrée charmante et admirablement

GÉOGRAPHIE DESiCItlI'TIVË.

cultivée. Elle est divisée en dcui quartiers, Européen à l'est, Arabe au nord, tous deux en grande partie sur un plateau incliné, duquel se détache le cap Bengut. Dellys n'a pourtant ni l'importance, ni l'avenir

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de Bougie. Cette antique cité de i6î(^c/a.- compta jadis plus du 100,000 habitants- Elle pourra les avoir de nouveau, car elle possède uu excellent mouillage, et une anse abritée qu'il serait facile de convertir en port, su débouché d'une des vallées les plus fertiles du Tell. On a prétendu

que Bougie était un des endroits les plus malsains de la côte, pourtant son climat est fort doux et très égal. Bâtie sur le flanc méridional du mont Gouraya, entourée de bosquets de grenadiers et de figuiers, sa position est fort pittoresque. L'enceinte romaine est encore reconnaissable ; Tenceinte sarrazine a disparu sauf par fragments ; des forts détachés (Abd-el-Kader, Barrai, Gouraya, Clauzel, Salomon deMusis), des casernes et des magasins de subsistances militaires en font une forteresse redoutable. Les routes qui la relient à Sétif, Aumale et Alger assurent sa prospérité commerciale.

La petite Kabylie, entre l'oued Saliel et Toued Kebîr, est couverte par les ramifications des Babors. Ces montagnes ne dressent pas leurs cimes aussi haut que le Jurjura; pourtant le grand Babor et le Takitoun, entre lesquels s'ouvre le défilé de Cliabet-el-Akra, s'élèvent jusqu'à 1,900 et 1,674 mètres. Le Babor ne termine pas la petite Kabylie au sud, de même que le Juijura termine la grande Kabylie. Il la traverse» et la séparation est même nettement tranchée entre les deux versants. Du côté du sud ce sont des plateaux ouverts à tous les vents et presque nus; on y voit peu d'arbres, mais dès céréales et des pâturages plus ou moins gras, oh circulent d'immenses troupeaux de moutons et de chèvres. L'altitude de ces plateaux est telle que le froid de l'air oblige à se couvrir, même au mois de mai, de vêtements chauds. Les plantes n'y croissent pas librement : elles sont presque naines. Au nord de la ligne des Babors changement absolu et immédiat. On se croirait soudainement transporté dans un autre pays. Ce sont d'abord des chenes-verts, dont les feuilles naissantes sont couvertes d'un duvet blanchâtre, taudis que les vieilles gardent leur vert foncé, puis des aubépines, des églantiers et même quelques eucalyptus qui lancent droit au ciel leurs lames d'un vert métallique. Plus on avance vers la mer, plus le pays devient un véritable Eden. <t On s'enfonce d'abord au milieu d'une épaisse forêt de frênes et de chênes-verts. Les vignes sauvages serpentent autour des arbres, et leurs rameaux entrelacés forment des cônes qui pendent en l'air comme les lianes dans les forêts vierges; de toutes parts s'épanouissent des roses blanches, tantôt à la portée de la main au sein des buissons, tantôt au travers

OÉOGRAPUIE DESCRIPTIVE. ee&

du feuillage des grands arbres. 2> (Clamageran, p. 194.) Un des traits caractéristiques et un des cbarmes de l'Algérie c'est le grand nombre des oiseaux chanteurs. La petite Kabylie semble leur lieu de prédilection. Nulle part on n'entend de pareils concerts. Quand on arrive au bord de la mer, un ciel sans nuage et un soleil brillant donnent aux moindres détails un relief et une intensité de couleur extraordinaires. Il est diflicile d'oublier ce merveilleux spectacle de la plaine couverte de frênes et d'oliviers, des coteaux avec leurs forets de chênes*Iièges, et au loin de la chaîne des Babors émaillée de plaques de neige.

Les villes à citer dans la petite Kabylie sont au centre Takitount et Mila, sur le rivage de la mer Djidjelli, et au sud Sétif. Takitount, chef-lieu d'une commune indigène considérable , est dominée par un château construit sur l'emplacement d'une station romaine. De ce château on jouit d'une vue splendide sur les montagnes kabyles. Mila, l'ancien Mileum ou Milevis, d'abord ville romaine, puis arabe, est destinée à un grand avenir. Par sa position géographique qui en fait le centre commercial d'un pays riche, fertile et industrieux, par Fa* bondance de ses eaux, la salubrité de son climat et la création de nombreux villages qui commencent à rayonner autour d'elle, elle deviendra comme le cœur d'une agglomération importante. Aucun des monuments de la ville antique n'est resté debout, mais on rencontre sur divers points des fûts de colonne, des chapiteaux et beaucoup d'inscriptions.

- Djidjelli, Ylgilgilt des Romains, l'ancienne résidence de Barberousse, a été détruite par le tremblement de terre de 1856. Elle commence à se relever de ses ruines. La ville arabe assise au bord de la mer sur une presqu'île rocheuse est affectée aux soldats. La ville française s'étale gracieusement sur la plage , et s'y développe en toute liberté, car elle n'est pas arrêtée dans son essor par une inutile mu« raille. Lorsque des voies commodes auront mis son port en communication directe avec les principaux centres de l'intérieur, il est pro* bable que cette petite ville grandira rapidement, d'autant plus que, depuis 1871, sur d'excellents terrains séquestrés après l'insurrection.

noà colons ont britî les villages déjà florissants de] Duquesne, Strasbourg, Chedclia et Cap Cavallo. Quant à Sétîf, Tancienne Sttifis Colontaj Tancienne métropole de la Mauritanie Sitifienne, elle ne garde de sa splendeur passée qu'une belle collection d'inscriptions votives ou tumulaires, un autel à Mars, et l'épitaplie d'un évoque, ami de saint Augustin : mais son heureux emplacement au point de rencontre des communications de Constantine à Alger, du Hodna et de Bougie ; la salubrité de son climat, l'importance de son marché du dimanche que fréquentent parfois jusqu'à dix mille indigènes, et les richesses agricoles de la plaine qu'elle commande, la fertile Medjana , assurent son avenir.

De Philippevllle, Bone et la Calle sur la Méditerranée jusqu'à Constantine, Guelma et Souk-Harras, dans l'intérieur des terres, entre la petite Kabylie et la frontière tunisienne, s'étend un Tell plus large çt plus fertile que. celui d'Alger ou d'Oran. On arrive en effet de la ]|iléditerranée jusqu'à la région des hauts plateaux presque sans s'apercevoir que les cultures aient changé, et, mcme dans les hauts plateaux, la fertilité du sol continue jusqu'au Sahara. C'est la partie la plus riche, la plus peuplée de notre France africaine. Elle correspond à l'ancienne Numidie.

Les trois villes les plus importantes de la côte sont Philippevllle, Bone et la Calle. C'est en 1838 que le maréchal Valée , après avoir acheté 150 francs aux Kabyles l'emplacement de la phénicienne liusicada^ y jeta les fondements de Philippeville. Bien que la plupart des matériaux du vieil emporium aient été employés à l'édification de la. ville nouvelle, Rusicada n'a pas disparu tout entière. Dans l'ancien théâtre romain on a installé un curieux musée archéologique qui renferme des statues, un cadran en marbre blanc, et de nombreuses inscriptions. On peut encore visiter les grandes citernes restaurées du fort d'Orléans, les colonnes et frises de la place Corneille, les longues arcades qui ont longtemps servi de quais, et de fort belles mosaïques. ^Malgré ces débris d'une splendeur passée, Philippeville est avant tout une ville moderne. On l'a dotée d'un port artificiel, pour remplacer celui de Stora, rade mal abritée du voisinage, oîi

GÉOGRAPUIE DESCRIPTIVE. 671

les navires étaient brisés à Tancrei comme en février 1841 .De plus, Phîlippeville est devenue la tête de ligne du chemin de fer de Constantîne. De nombreux villages européens, Damrémont, Saint- Antoine, Valée, Saint Louis, Saint-Léon de Filfila ont été bâtis dans la banlieue. D'importantes fabriques y ont été construites. Philippe ville en un mot grandit tous les jours, et ressemble tout à fait A une ville du continent.

Bone a gardé une physionomie plus originale avec ses blanches murailles, ses forts, sa kasbah, son port animé et. le rocher à forme de lion, préposé comme une sentinelle à la garde de la ville natale. Bâtie t\ l'extrémité d'un contrefort du massif de l'Edough, dont les forets forment un fond de tableau grandiose, sur un golfe magnifique, à deux kilomètres environ de l'ancienne Hippone, Bone est une des plus jolies villes de l'Algérie. Elle est séparée en deux parties par le cours national qui relie la cathédrale au port, large artère dont seraient fières bien des cités européennes. Bone a peu de monuments, mais sa banlieue, la plaine de la Mafrag, est comme le jardin de TAlgérie. On l'a comparée à la huerta de Valence. Il serait difficile de trouver sur un même point plus de richesses agricoles de toute nature et plus de facilités pour les exploiter avec profit. Entre la ville et te phare du cap de Garde sont semées de petites fermes et des villas de plaisance. Saint- Augustin, Bugcaud, Herbillon,rAlelik sont devenus comme les faubourgs de la ville. Les grottes des Saints au bord de la mer, gigantesques carrières d'où les Romains ont tiré les monuments 4'Hippone, et les ruines d'Hippone attirent les touristes. Les minoteries, les fabriques de pâtes alimentaires, les tanneries, les chênes-lièges de TEdough et les mines de fer de ^lokta-el-IIadid attirent les commerçants et les industriels. Quand seront achevées les voies ferrées qui aboutissent à Bone, il est probable que son port deviendra le plus important de l'Algérie,^ car il recevra les produits de toute la province.

En arrière de Philippcville et de Bone et déjA reliées à ces deux villes par des chemins de fer, on trouve Constantine et Guelma. Le chemin de Phîlippeville à Constantine est fort varié. Le paysage change d'aspect à chaque instant et mène par degrés jusqu'aux pittoresques splen-

denrs du rocher de Cirta. Les montagnes, d'abord basses et vastes, deviennent plus accidentées et plus arides. On aperçoit çà et là de petites fermes entourées de liaîes, où de vigoureux géraniums s'enlacent autour des cactus. Après le col des Oliviers les montagnes s'élèvent sensiblement. Sur leur penchant de beaux troupeaux paissent en liberté. On voit les villages indigènes, près des sources, avec leurs huttes qui ressemblent à des taupinières, et les villages français, près du chemin de fer, avec leurs maisons couvertes de tuiles rouges. De loin en loin se dressent quelques palmiers avec leur tronc svelte et leurs têtes panachées. La vallée se termine par un immense bloc carré formé d'un rocher à pic au sommet duquel on aperçoit confusément quelques maisons blanches. On traverse un tunnel , un large pont de fer jeté hardiment h cent mètres au-dessus du Rummel, et on entre à Constantine.

Nous avons déjà décrit le site pittoresque de la vieille Ctrta (p. 122). On sait que cette formidable citadelle, qui a subi quatre-vingts sièges, est bâtie sur une presqu'île contournée par le Rummel et dominée par les hauteurs de Mansourah et de Sidi-Meçid, dont la sépare une profonde anfractuosité. La ville est traversée dans toute sa longueur par une rue française percée au beau milieu des quartiers arabes. Comme elle n'est pas encore entièrement garnie de maisons des deux côtés, on aperçoit dans les espaces laissés vides des habitations mauresques, dont il ne reste debout que des cours ou des arcades, ou les nmrailles blanches de quelque mosquée se détachant sur le ciel. L'effet général est saisissant et pittoresque. Dans le quartier européen, qui comprend un peu plus du tiers de la ville, se trouvent les vastes bâtiments de la kasbah, l'ancien palais d'Ahmcd-bey, la préfecture, etc. Le quartier arabe a conservé la couleur locale qui disparaît des autres villes algé»rîennes. Rien de plus curieux que cet enchevCt rement de ruelles étroites, et d'impasses tortueuses formant un labyrinthe inextricable. Un grand nombre de marchands et d'ouvriers sont entassés daiis les boutiques. Ce sont surtout des cordonniers : ils occupent de3 rues entières, car tous les indigènes de la province achètent leurs chaussures à Constantine. Dans les rues circulent les types et les costumes les plus

GÉOORAPniE HESCItlPTIVE.

varias. Tout ce monde qui Be mt-le et se coudoie, les uns k pied, les autres à cheval ou ]\ clianicau, présente un spectacle iil-s original.

IjCS monuments de Constantine sont rares. On cite pourtant la cathédrale, ancienne mosijuée Souk-el-Iiezcl, dont leinirubar musulman, transformé en chaire chrétienne, est im précieux travail de niarqnc-

l\g, ÏOÏ. — Enti«r 'l'BM ma^att

terie; la mosquée de Sidi-el-Âkdar avec ses colonnes de marbre et mm gradeux minaret; le palais d'AIinied-liey, dont l'extérieur rappelle un cloître ou une prison, mais dont la décwation intérieure est trl-s élégante, l'ancienne maison du licy, la kashah restaurée par les Français, avec Bes immenses citernes et ses murs où sont encastrées de nombrensesinscriptions romaines. On trouve encore dans le square Valée

de nombreuses pierres tombales et votives, et au musée une précieuse collection de bijoux et de médailles.

Constantinc fut de tout temps le grand marché sur lequel les bestiaux s'échangeaient contre les produits sahariens. Elle est restée active et industrieuse. Les Européens ont utilisé les chutes du Rummel pour leurs minoteries. Les indij^îmes fabriquent des ouvrages et des tissus de laine. On dirait une ruche. Personne ne reste inoccupé. Cette activité féconde contraste avec Tindolence ordinaire des indigènes.

Constantine est située entre deux grandes vallées, à l'ouest celle du Hamma terminée par la silhouette majestueuse de Jurjura, à Test celle du Rummel. La première, d«ji\. plantée du temps des beys, appartient encore aux grandes familles indigènes, qui y ont conservé leurs jardins et leurs vergers. La seconde, occupée par les Européens, est plus austère : elle n'en est pas moins ravissante au printemps, quand la rivière coule à grand bruit sous une voCite de saules, d'amandiers , de mimosas roses et de vignes. Aussi bien les environs de Constantine sont justement réputés. C'est d'abord le Hamma, dans une vallée où des ruisseaux d'eaux thermales entretiennent une végétation luxuriante; la riante oasis de Salah-bey oîi les oisifs, du temps de la domination romaine, gravaient sur le marbre l'expression de leur contentement : € Le mignon volatile de l'Attique revient de mes collines, et| rassasié de thym, distille en ce séjour de doux rayons de miel. C'est pour m'enchanter que les oiseaux feront résonner de leur ramage les grottes verdoyantes, etc. » Vient ensuite la gorge du Rummel, le Khreneg, où s'élevait jadis, entourée d'infranchissables escarpements, la petite ville de Tiddis, célèbre par sa nécropole romaine et ses six colons centenaires, Burososa, Januaria, Porcia ^laximina, et Sittius Januarius qui vécurent cent ans, Quintus Julius et yElius qui atteignirent cent un et cent cinq ans. Aïn-el-Bey, jadis Saddar, était plus favorisée encore. Les inscriptions funéraires mentionnent en effet Sextus Arius, 115 ans; 8econdînus, 120 ans; Quintus Cominius, 125 ans et Lucia Marula, 132 ans. II nous faut encore sî^îtialer près de Khreneg le monument des Lollius, vaste cylindre qui couronne le som-

met d'un massif; la rcgion du Chcttaba c<!;lcbre par sa grotte des martyrs et les inscriptions d'Arsacal; et enfin les nouveaux villages de RoufTach, Belfort, Altkirk, Ribeauvîllé, Eguishem et Obernai, dont les noms rappellent aux colons qui les ont peuplés la patrie absente. Guelnia n'est pas comme Constantine une vieille cit6 transformée

par la civilisation moderne. On a cru qu'elle occupait l'emplacement

de Sutliul, la citadelle où Jugurtha déposait ses trésors et sous les murs de laquelle il battit les Romains. Elle correspond à l'antique Calama. Le marécLal Clauzel, qui préparait l'expédition de Constantine, y fonda en 183G un camp destiné à surveiller le bassin de la Seybouse, et dès lors Guelma n'a cessé de prospérer ; mais c'est une ville toute* moderne, qui ne conserve plus que les ruines d'un cirque romain et d'une imposante citadelle. Très fréquenté par les indigènes, le marché de Guelma augmente cliaque jour d'importance.

A seize kilomètres nord-ouest de Guelma, à Roknia, se trouvent d'innombrables tombeaux, monuments mégalithiques tantôt en plein air sous forme de dolmens, tantôt creusée dans le roc. Ou discute sur l'âge de ces monuments et sur la race d'hommes dont les os y ont été retrouvés. Il est probable que ce sont les premiers occupants du^sol.

La Galle, sur les bords de la ]\Iéditerranée est au contraire en décadence. Il semble que le voisinage de la frontière lui ait enlevé toute sé^curité : Souk-Harras au sud de la Galle est également une ville morte. Jadis elle s'appelait Tagaste. Aussi bien toute la région présente l'aspect de la désolation. Ge ne sont que ruines d'aqueducs, de citernes, de temples, d'arcs de triomphe et de chemins qu'envahissent les broussiuUes et les palmiers nains. Les animaux féroces reprennent possession de la contrée. Le fleuve qui la parcourt, la Medjerda, roule péniblement ses eaux limoneuses dans une vallée qu'il ensevelit peu à peu sous une épaisse couche d'alluvions. Des villes d'autrefois il ne reste que le nom, et des décombres. Tcbessa, la The veste impériale, fait exception. Toutes les maisons y sont bâties en pierres romaines : la monnaie romaine y avait encore cours en 1842, lors de l'arrivée des Français. L'arc de triomphe de Septime Sévère et de Caracalla, le temple de Minerve et les restes de la basilique sont encore debout, ainsi que les

remparts byzantins dominés par quatorze tours et percés de deux portes monumentales. Ces magnificences d'autrefois ne font que mieux établir la décadence d'aujourd'hui. Ce pays, il y a plusieurs siècks, était florissant : il n'a perdu aucun de ses éléments essentiels de prospérité ; il faut que la France ks lui rende.

Nous avons jusqu'à présent, dans cette rapide revue, esquissé la physionomie générale du ^J ell. Il nous reste à décrire la région des hauts plateaux, puis nous nous enfoncerons dans le Sahara.

Les hauts plateaux, dans les provinces d'Oran et d'Alger, sont bordés de montagnes au nord et au sud, et arrosés par les chotts , véritables chaudières d'évaporation qui contiennent plus de sel que d'eau, ou par de maigres oueds qui roulent un filet d'eau, souvent tari, entre des berges d'argile, de schiste ou de calcaire. C'est une succession de champs k perte de vue, tantôt verts et tantôt roussis par le soleil. Çà et I}\ des bouquets de jujubiers ou de térébinthes coupent la monotonie de ce qu'on a nommé la mer d'alfa. De loin en loin, autour d'une source, se dressent quelques maisons. Des vents infatigables secouent la poussière ou versent la chaleur, mais avec des écarts de temperaturé qui varient de douze degrés au-dessous de zéro à quarantehuit au-dessus.

Ce rude pays n'est cependant pas une contrée déshéritée : on l'a comparé non sans raison à l'Australie intérieure. Il peut en effet nourrir, comme elle, dans ses pâturages aromatiques, d'innombrables troupeaux; plus d'un arbre, capable de former avec le temps de vraies forets, y pousse à merveille; de ses calcaires s'épanchent parfois de magnifiques fontaines; l'air y est sain et le climat salubre. Enfin sur dcb millions d'hectares croît l'alfa, dont l'industrie moderne a su tirer des usages variés. D'ailleurs les hauts plateaux sont parfois aussi riches que le Tell. A Chelalla les jardins arrosés par une source intarissable sont aussi beaux que dans la Metidja ou la Mafrag. A Djelfa, une vraie rivière présente une série de cascades ({u'on peut utiliser comme force motrice, et, pendant Tété, de nombreuses tribus sahariennes accourent aux environs pour faire paître leurs troupeaux, et récolter leurs céréales. La région du djebel Amour est encore un

QEOCRAPIIIE DESCRIPTIVE.

vrai Tell. Dans ses gorges, tout près d'une source ou d'une petite ri-

.dè&f- /j-v--^ :L.-^-]., ; );:r,i-

pg. IV]. — Vmte d'uiu; maluiD j<ir(l>:ulk.n' ■ Cui-.-UutLuï,

viire, Boiit blotties de petites villes, Stittuti, Aïu-XIadIiy, Brczîna, ïcdniena, Aflin et Géryville qui, malgré leur cufouceiuent dans le suJ,

voient parfois la neige couvrir leurs toits, et récoltent toutes les productions des pays tempérés.

Il est vrai que certaines parties des hauts platçaux oranais et algériens sont vraiment désolées. Rien de morne et de désolé comme la région des cliotts ou celle des Zalirez, avec leurs dunes basses, leurs falaises, leurs argiles sèches ou leurs bourbiers. C'est la région des mirages décevants, des fondrières qui deviennent des gouffres en temps de pluie ; mais ce ne sont là que des cantons isolés. Les hauts plateaux considérés dans leur ensemble ne sont pas, comme on Ta trop répété, improductifs. Bien des plateaux en France n'ont pas tant de sol créateur, et s'étehdent sous un soleil moins capable de prodiges. Les bras manquent encore. Que nos colons se mettent à l'œuvre, et ils pourront conquérir un territoire où tiendraient au large une douzaine de nos départements.

Le bassin lacustre du Hodna appartient aux deux provinces d'Alger et de Constantine. Ce n'est pas non plus une steppe inféconde, mais plutôt une terre mixte. Tell quand on l'arrose, Cihara quand le soleil la dévore. Jadis le Hodna s'appelait la Metidja du sud : les pl^unes qui entourent le grand chott central n'attendent en eiïetp qu'un aménagement intelligent des e<iux pour transformer la contrée. On prétend que le» Romains et après eux les Berbères avaient soumis & Tirrigation une partie du Hodna, et en effet on retrouve de nombreux restes de barrages, de maçonnerie, de canaux et de rigoles. A l'oued Chelal on pourrait presque utiliser l'ancien barrage. Il suffirait de rétablir sa brisure. Sur l'oued Legouman les eaux étaient retenues par quatre digues. Les Français relèveront sans doute quelque jour toutes ces ruines. Ils ont déjà commencé h creuser des puits artésiens. Le Hodna retrouvera sa fertilité d'autrefois et nos colons seront largement indemnisés de leurs travaux.

La ville la plus curieuse du bassin est ^Isila. Elle a conservé sa physionomie orientale. Ses rues sont tortueuses, raboteuses, terminées en cul-de-sac, et d'une malpropreté révoltante. On compte dix-sept mosquées, dans la construction desquelles on a entassé sans ordre et sans goût de belles colonnes torses, des chapiteaux corinthiens, des ffits et des

GÉOGRAPHIE PESCniPTIVE. 679

piliers provenant des ruines de Bechlîga. Elles sont surmontées de minarets de construction singulière, étages les uns sur les autres au moyen de rondins, se rétrécissant à mesure qu'ils s'élèvent, et conservant leur aplomb, bien qu'il y ait au moins un mètre d'inclinaison du sommet i\ la base. Bou-Saada dans le même bassin n'a aucun caractère. La ville se compose d'un millier de maisons en briques, sécbées au soleil : ce ne sont que des masures de boue entassées les unes sur les autres et présentant des phénomènes alarmants d'équilibre. Une partie de la ville repose sur des blocs taillés, vestiges de ces postes que les Romains avaient établis à la frontière du àSahara pour ravitailler leurs colonnes lointaines. Elle est entourée par de frais jardins où poussent un grand nombre d'arbres fruitiers. Par sa position h peu près centrale Bou-Saada est un marché important pour les tribus méridionales qui viennent s'y approvisionner de grains et d'huile.

Au nord du Hodna, au sud de la grande Kabylie, à mi-chemin entre Sétif et Alger, est la ville d' Aumale, jadis Auzia, centre essentiellement militaire. Après les Romains qui y ont laissé comme traces de leur séjour quelques tombeaux, des bijoux^ et un nombre considérable d'inscriptions tumulaires ou votives, les Turcs, frappés de l'importance de la position^ y construisirent un fort destiné à maintenir les tribus voisines et h surveiller le marché. C'est en 184C que le gouvernement français fonda sur les ruines d' Auzia et de la citadelle turque ce poste militaire qui devint promptement une ville, et que sa situation appelle à une grande importance commerciale.

Dans la province de Constantine la région des hauts plateaux se confond à peu près avec le Tell. Malgré sa nudité, ses lacs de sel et son sirocco, elle produit des céréales, comme au bord de la Méditerranée. Si les colons européens s'y établissaient, elle continuerait les terres fertiles do la région maritime. Au sud de Constantine la première ville importante est Batna. Ce fut d'abord un camp établi en 1844, et qui fut érigé en ville en 1848. La ville, à moite détruite lors de l'insurrection de 1871, sort aujourd'hui de ses ruines. La voie ferrée qui la reliera k Constantine et }\ Sétif assurera sa prospérité, car son territoire est d'une fertilité exceptionnelle en bois et en minerais. De

Batna on peut visiter la ma^ifique foret du djebel Tongourt, dont les arbres plusieurs fois centenaires ne le cèdent ni en taille ni en beauté aux cèdres de Teniet*el-IIaad : mais le touriste sera surtout attiré par le Medracen et par les ruines de Lambessa.

Le Medracen est un vaste édifice, qui fut peut-être un autel élevé au dieu Soleil et destiné aux sacrifices, ou plutôt le tombeau des rois de Nuniîdie, Massinissa et ]\Ticipsa. C'est un gros cylindre très court, servant de base à une série de vingt-quatre cylindres qui décroissent successivement. Voici comment le décrivait Thistorien EI-Bekrî : « Ce monument ressemble à une grosse colline. Il est construit avec des briques très minces et cuites au feu. Il est bâti en forme de niches peu jgrandes et le tout est scellé avec du plomb. On voit sur cet édifice des figurés représentant des hommes et des animaux. De tous les côtés le toit est disposé en gradins. Sur le sommet pousse un arbre. > Le Medracen ne présente plus aujourd'hui qu'une masse' imposante, mais dégradée soit par le temps, soit par les chercheurs de trésors. Il a été fouillé en 1874 par la Société archéologique de Constantine, qui n'a découvert qu'une seule chambre à laquelle on accède par un couloir en pente. Lé Medracen était donc un hypogée.

Les ruinés de Lambessa sont plus intéressantes : c'est en quelque sorte une Pompiéi saharienne, non pas ensevelie sous les cendres, mais abandonnée par ses habitants, et dont le temps seul a rongé les pierres au' milieu d'une imposante solitude. Ce fut une cité fort importante. On pense qu'elle a été fondée sous le règne d'Auguste. La légion Auguste s'y installa. Elle servit de grande place d'armes pour le départ des colonnes chargées de réprimer les insurrections. Pendant trois siècles elle fut la capitale de la Numidie et la résidence du légat impérial propréteur. Ce fut Constantin qui la ruina , en lui enlevant à la fois sa garnison et ses fonctionnaires. On évalue sa population h 40,000 umes. Ses ruines s'étendent sur une superficie de 600 hectares. Bornons-noqs à citer les débris du temple d'Esculape, le cirque, l'arc de triomphe de Septime Sévère, le praîtorium, les thermes, le grenier d'abondance, les belles mosaïques de l'Eurotas et Léda, et des quatre saisons, et enfin près de mille cinq cents inscrip-

0£00RAPUIË DESCRIPTIVE.

tîons qu'a reproduites M. Léon Renier. Lanibcssa devrait être converti en musée archéologique, mais en 1871 nos soldats jouaient encore aux boules avec des têtes de statues, ou gravaient leurs noms sur des plaques de marbre.

Au sud de Batna et Lanibessa commence la route qui conduit au Sahara par El-Kantara, El-Outaîa et lîiskra. Uoasis d'El-Kantara,

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c'est-à-dire du pont, est ainsi nommée d'un pont de construction romaine, jeté en travers d'une coupure étroite, qu'on dirait faite de main d'homme dans une énorme muraille de rochers de trois à quatre cents pieds d'élévation. Du centre de ce pont on aperçoit tout à coup l'immensité du désert. C'est ce que les Arabes nomment Foumes-Sahara, la bouche du Sahara : spectacle étrange, saisissant, et qu'on n'oublie jamais ! fin 1841 la première colonne militaire qui franchit ce pont célèbre s'arrêta dans un mouvement subit d'admi-

jojaiMiK,

682 LALGÉEIE.

ration, et la musique se mît à jouer d'enthousiasme. Voici comment un grand peintre, qui fut en mcme temps un habile écrivain, Fromentin, a essayé de traduire son impression : <c Les palmiers, ce petit Tillage couleur d'or, enfoui dans des feuillages verts, déjà chargés des fleurs blanches du printemps ; une jeune fille qui venait à nous en compagnie d'un vieillard avec le splendide costume rouge et les riches colliers du désert, portant une amphore de grès sur sa hanche nue; tout le désert m'apparaissait ainsi sous toutes ses formes dans toutes ses beautés et dans tous ses emblèmes ; c'était pour la première fois une étonnante vision. Ce qu'il y avait surtout d'incomparable, c'était le ciel. Le soleil allait se coucher et dorait, empourprait, émaillait de feu une multitude de petits nuages... Au delà commençait l'azur et alors, à des profondeurs qui n'avaient pas de limites, à travers des limpidités inconnues, on apercevait le pays céleste du bleu. Des brises chaudes montaient, je ne sais avec quelles odeurs confuses, et quelle musique aérieime du fond de ce village en fleurs. Les dattiers agités doucement ondoyaient avec des rayons d'or dans leurs palmes et Ton entendait courir sous la foret paisible des bruits d'eau, mêlés aux froissements légers du feuillage, à des chants d'oiseaux, à des sons de flfite. i^

Après l'oasis d'El-Kantara, le Calceus Herculls des Romains, la route traverse l'oasis d'El-Outaïa, oîi l'on cultive le coton, franchit au col de Sfa le dernier rameau de l'Aurès, et arrive à la capitale des Ziban, à l'étrange et originale Biskra, à qui ses 140,000 palmiers et ses G,000 oliviers font comme une verte ceinture. Il y a trois Biskra, la ville française qui s'est groupée autour du fort Saint-Germain, et dont les coquettes maisons disparaissent au milieu des lauriers roses ou blancs, des palmiers et des ricins hérissés de capsules d'un rouge vermillon ; le village nègre peuplé d'hommes qui ressemblent à des athlètes, et de femmes qui portent avec fierté des costumes de couleur voyante; le village arabe, seul débris de la Biskra si florissante au moyen ôge. Une vieille mosquée est restée debout. Du sommet du minaret on domine l'oasis tout entière, qui prend l'aspect d'une foret compacte ; mais on aperçoit aussi le désert avec sa couleur fauve et

GÉOGRAPHIE DESCRIPTIVE. eH3

son immobilité absolue. Au delà commence un monde nouyeau, le Sahara!

Nous avons d<îcrit plus haut le Sahara (voir p. SS/î-SOD). C*est une des fournaises de l'univers. Pourtant, il vaut mieux que sa réputation. Avec deux gouttes d'eau on y crée des paradis, et Teau, surtout dans le Sahara de Const.intine, est fort abondante. Il suffît de la chercher dans le sous-sol. A peine a-t-elle jailli que des jardins verdissent^ que les oasis se forment, et que le désert disparait.

Le Sahara oranais est le moins favorisé. De loin en loin, près de quelque source, languissent de misérables villages mal gardés par de branlantes murailles. On les nomme les ksours. Deux de ces ksours ont une certaine importance. El-Abiod-Sidi-Cheick qui abrite le tombeau d'un marabout vénéré, et est un lieu de pèlerinage fort visité, et Tiout, remarquable par ses eaux vives, ses jardins enchanteurs et ses roches de grès noir et rouge oîi sont encore visibles deç dessins gravés il y a déjà bien des siècles : mais bientôt l'eau disparait : on la retrouve quand on suit le lit desséché des oueds, assez pour boire, trop peu pour arroser. Les ksours s'espacent, la vie cesse. On n'a plus devant soi que l'immensité des sables brûlés par un soleil dévorant ou soulevés par des vents furieux.

Laghouat est la ville la plus importante du Sahara algérien. Une grande route la relie déjà à Alger. Elle deviendra peut-être une des grandes stations du futur Transsaharien. Construite au milieu d'une verdoyantc oasis de palmiers, sur les deux flancs d'une montagne, elle est entourée d'une muraille en pierres et défendue par les deux forts Bouscarin et Morand. Deux bazars indigènes et quelques édiflces modernes entourent la place Randon à laquelle aboutissent des rues bien alignées. Un grand barrage sur l'oued Mzi a rendu possible la culture d'une vaste plaine restée jusque-là inféconde. Les tribus voisines, Ouled-Naïl et Larba, viennent au marché de Laghouat. Les Sahariens s^y rendent également. C'est la future capitale de l'Algérie méridionale.

De Laghouat on se rend directement dans le Mzab. Nous avons déjà décrit le pays et ses habitants (voir p. 581). Berrîan, Ghardaia, El-Guerrara en sont les villes les plus considérables. En général elles

affectent la forme d'une pyramide dont le sommet est occupé par une mosquée. Les maisons s'étagent au-dessus les unes des autres avec des terrasses soutenues par des arcades qui s'ouvrent au dehors. On dirait une ruche : mais une ruche entourée de murailles et flanquée de tours.

Ouargla fut longtemps la ville française la plus méridionale de FAlgérie. Elle est située dans une foret de palmiers qui, vus de loin, semblent se balancer au-dessus d'une nappe d'eau resplendissante de lumière. Ouargla fut jadis considérable. Bien qu'elle n'ait que 2,000 habitants, elle compte encore quatorze cents maisons dans son enceinte fortifiée. Ces maisons forment un ensemble régulier, percé de rues longues et étroites. Sur les murs de beaucoup d'entre elles on peut lire la date de leur construction et un verset du Koran. Au-dessus des portes figurent de grossiers dessins formés de lignes droites qui se coupent plus ou moins obliquement, et dans les vides qui séparent ces lignes brillent des bols et des tasses en faïence bleue. Les anciens édifices tombent en ruines : mais le minaret de la mosquée de Lalla-Aza est encore debout, et du haut de l'édifice on embrasse d*un coup d'œil la ville entière et les cent cinquante mille palmiers qui l'entourent.

Depuis 1873 El-Goleah marque dans le désert la limite de la domination française. Ce ksar est bâti sur la partie supérieure d'une montagne conique, dont le sol est formé par des roches d'argile alternant avec des calcaires. Les indigènes ont profité de cette alternance des terrains pour creuser dans les couches argileuses des réduits obscurs dont ils se contentent comme demeures. Ils sont d'ailleurs peu nombreux, et, malgré la tradition qui veut que la contrée entre Ouargla et Kl-Goleah ait été jadis un pays fertile, ils régnent surtout sur des solitudes. PIl-Goleah néanmoins sera sans doute une des importantes stations du futur Transsaharien. Elle verra reparaître alor§ son antique splendeur ; ses jardins fleuriront de nouveau ; elle deviendra peur de longues années la reine incontestée du désert.

Le Sahara de la province de Constantine est moins aride et plus peuplé que les Saharas oranais et algérien. Au sud de Biskra com-

GÉOGRAPHIE DESCRM'TEVK.

mcncc la région des Zibans. Oq en distingue trois : le Zab oriental, le Zab du sud, et le Zab du nord. Ce sont de pauvres villages en terre séch^-e au soleil, cliacun dans son oasis. De ces villages trois BOnt c<!lèbrc3 : Zaatcba qui n'sista si longtemps en 1840 ; Kl-Amri oîi le gi-niral Carteret-Trécourt ri-prima en 187G une des dernières révoltes du Sahara, et Sidi-Obka oîi les musulmans révèrent le tombeau d'Obka, le conquérant arabe du !klaglireb.

ri» vu. — la uucU i BUkn.

Au sud des Zibans s'ouvre la large plaine dont le cliott Melgliigli et ses annexes occupent la dépression centrale. Les flots de la mer saharienne, projette par le commandant itoudaîrc, battront peut-être quelque jour le pied des oasis actuelles, devenues des îles. En ce moment la plaine est malsaine et les eaux qui se déversent dans le Mclgliigli sont sauaiâtres. Mieux vaudrait peut-être, pour ren-Irc ce paya à la culture et à la civilisation, essayer de ramener à la surface du sol les eaux souterraines. Cest ainsi qu'on a fait, au sud du Mel-

gfaîghj dans le bassin de l'Igliarghar ou de l'oued Rhir , et nos efforts ont été heureux. Grâce & nos puits artésiens, tout un chapelet d'oasis renaissantes 8Vgr6ne aujourd'hui de Mraier h Temassinin. La capitale de cette forêt <ïe palmiers incessamment accrue est Tuggurt, ville de briques sécliées an soleil, et qu'on vient d'assainir en comblant ses fosses. A l'ouest de l'oued Rhir et jusqu'à la Tunisie s'étend le Souf, triste contrée oit le sol est constitué par une agglomération de dunes de sable mouvant : sept oasis sans eau courante, au milieu des dunes mobiles, dans nn air tout chargé de sahle fin, abritent sept bourgades dont la plus importante est EUOued. D'après les traditions locales Dn grand fleuve coulait jadis du nord au midi et fécondait la contrée. Les Rourais, c'cst-A-dîro les chrétiens, l'ont caché sous terre en fuyant ût'Vant les conquérants arabes ; mais ils le ramèneront an jour. Ce sont les Français qui sans doute accompliront la prédiction.

Telles sont les villes, telles sont les contrées qui reconnaissent à l'heure actuelle la domination française : maïs l'Algérie n'a. pas de limites fixes, et la France n'a pas dit son dernier mot. Fuissions-noos £tre obligés de corriger bientôt notre travail, et de l'augmenter en décrivant de nouveaux territoire^ annexés non pas à l'Algérie, mus àTAfrique française!

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