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CHAPITRE YI ANTHROPOLOGIE

L'Homme préhistorique. — En Algérie, comme en Em^ope, l'Homme a certainement été contemporain de grands mammifères quaternaires aujourd'hui disparus. H se servait alors d'armes en pierres taillées par simple percussion, répondant aux mêmes types généraux que leurs similaires d'Europe.

De tous côtés, on a trouvé des haches grossières en silex , en quartzite, parfois en calcaire ou en dolomie du type de Saint-Acheul ou du type Moustérien. On a également trouvé des instruments plus perfectionnés: couteaux, scies, grattoirs et pointes de flèches en silex taillé encore, mais parfois d'un très beau travail. Ces pointes de flèches ne sont pas rares dans le Tell, mais on les trouve à profusion dans certaines stations du Sahara (Ouargla, M'zal), etc.). Il y en a de véritables atehers, généralement voisins d'anciennes Dayas desséchées aujourd'hui, ou de sources depuis longtemps taries qui ne se révèlent plus que par les dépôts travertineux témoins de leur ancienne activité.

Le Dr Weisgerber a remarqué que ces flèches étaient d'un travail d'autant plus grossier que l'on entrait plus avant dans le Sahara. Il en conclut que les peuplades qui les ont taillées ont dû cheminer du sud

au nord, reculant peu à peu devant la sécheresse croissante. Ces belles pointes de flèches paraissent appartenir à l'âge de la pierre polie. On a en effet trouvé avec elles des poteries grossières, des bijoux en coquille d'œufs d'Autruche, et même des haches en pierre polie.

Ces dernières sont assez rares en Algérie; on en a cependant trouvé d'un travail admirable. Il semble que la période néoUthique ait été moins longue ici qu'en Europe, peut-être par suite de très anciennes relations avec l'Egypte, où l'usage du bronze et des métaux fut connu de très bonne heure. Ces haches polies, en jaspe, en diorite, etc., sont encore semblables aux types d'Europe et ont été aussi trouvées un peu partout.

On n'a encore fouillé que peu de cavernes ou de stations de la période paléoUthique et l'on ne possède aucun document ostéologique sur l'Homme algérien de cette époque. Une des plus anciennes stations fouillées est certainement celle de Ternifine ou Palikao, dans la plaine d'Eghris au sud de Mascara. Là se trouvent des sables jadis accumulés par une source artésienne.

L'exploitation du sable a amené la découverte de nombreux ossements d'animaux divers, accumulés par l'homme qui n'y a laissé lui-même aucun osseinent, mais des haches en quartzite et en grès, rarement en calcaire, du type chelléen, et de petits éclats de silex souvent retouchés avec le nucleus dont ils étaient détachés. Les traces de ces outils se rencootrent souvent sur les ossements ; elles sont loujours grossières. Des pierres de foyer faites avec la carapace concrétionnée du terrain suballanliquc au travers duquel émerge la source, et des débris d'une poterie très grossière attestent une industrie moius primitive que ne le ferait admettre la grossièreté de l'outil principal, qu'on le nomme hache ou coup de poing.

L'HOMME PREHISTORIQUE. 177

11 résulte de ces constatations que l'âge de cette station n'est pas à proprement parler paléolithique, mais se rapporte à une phase plus récente de l'évolution des races préhistoriques que l'on pourrait désigner sous le nom de mésolithique (1).

Les ossements recueillis dans celte station appartiennent, d'après M. Pomel, aux espèces suivantes : Elephas allanticus Pomel, Elephas melitensis ou une espèce extrêmement voisine, un grand hippopotame, un sanglier, un chameau [Camelus Thoinasii Pomel), des bœufs et des antilopes indéterminés, un rhinocéros (lih. mauriianicus Pomel), Equus mauritanicus Pomel, Ihjxnn Spehea, etc.

Une station de la même époque se trouve à Aboukir.

Ces stations sont antérieures, d'après M. Pomel, aux alluAions du Chelif et de la Mitidja, ainsi qu'aux ébouUs de terre rouge de Kouba et du Cap Caxhine aux environs d'Alger. Dans toutes ces dernières formations, on trouve en effet le Bubahis antiquus Duvernoy etV Elephas africanus, espèces plus récentes que les précédentes (2).

Il existe certainement en Algérie un grand nombre de grottes et d'abris qui ont servi de refuge à l'homme préhistorique. Mais bien peu, comme nous Pavons déjà dit, ont été fouillés, elles débris de l'industrie humaine que Ton y a recueillis ne remontent généralement qu'à l'âge de la pierre poUe et seraient, toujours d'après M. Pomel, contemporains des alluvions du Ghehf et de la Mitidja.

(1) Pomel, Ccu-ée (jéologique de l'Algérie^ description stratigraphique générale, 1889.

(2) On vient d'y trouver récemment des hippopotames, des antilopes Addax, etc.

Battandieiî et Tuabut. — Algérie. 12

La première des grottes fouillées est certainement, par ordre de date, celle aujourd'hui disparue de la Pointe Pescade près d'Alger. Le D"" Bourjot-Saint- Hilaire y avait trouvé deux étages très nets.

L'inférieur rempli de sable, d'origine marine, indiquait un ancien niveau delà Méditerranée à cette époque. L'homme n'y avait laissé aucune trace, mais il y avait des restes de grands mammifères aujourd'hui disparus : débris d'une faune probablement anéantie par les grands cataclysmes post-pliocènes : une mâchoire d'o*ars, des os de bovidés^ d'équidés, etc.

L'étage supérieur, plus récent, contenait quelques silex grossièrement taillés et évidemment apportés de loin, le silex manquant dans la région ; d'énormes amas de coquilles d'escargots et de buUmes, des débris de foyers, des ossements appartenant à la faune actuelle de l'Algérie, sinon à cette même région Uttorale.

Les grottes d'Ouzidan, près de Tlemcen, n'ont de même fourni à M. Bleicher que des armes en pierre taillée.

A l'instigation du D*" Bourjot-Saint-Hilaire, la Société de chmatologie d'Alger a exécuté en 1869 et 187U des fouilles considérables à la caverne du Grand Rocher, près Guyotville (1). On y a trouvé des silex taillés et des haches polies, des poinçons, des aiguilles et divers instruments en os, des restes de foyers, de poteries, des ossements humains, le tout mêlé à des ossements d'animaux existant encore actuellement, mais dont plusieurs, comme les cerfs, les bubales, les gerboises, etc., ont émigré dans d'autres lieux.

(1) Consulter, pour ces diverses fouilles, le Bulletin de la Société de climatologie d'Alger, 1875-1876.

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Parmi les poteries exhumées dans ces fouilles, se trouvent des vases à ornements losangiques, de tout point pareils à ceux figurés par sir Jolin Lubbock et trouvés dans les Tumuli anglais. On en a trouvé de tout pareils aussi dans des cavernes de Gibraltar. Les Kabyles du Djurdjura en confectionnent encore de parfaitement semblables. Rien ne se perd sur cette terre d'Afrique.

Au dessus de ces couches à débris préhistoriques, on a trouvé, dans cette même grotte, de nombreux restes de l'époque romaine.

Les auteurs de ces fouilles insistent sur la remarquable concordance qui existe entre les objets trouvés dans cette caverne et ceux trouvés par les Anglais dans les cavernes de Gibraltar.

Des cavernes de la banheue d'Oran ont donné des résultats semblables, moins les restes de l'époque romaine.

A Saint-Hippolyte, à Raz el Ma, à Saint-André de Mascara, le D"^ ïommasini a trouvé des grattoirs et des pointes de flèches des formes Moustérienne et Solutréenne. On pourrait citer un grand nombre de stations analogues.

En résumé, l'homme préhistorique a laissé en Algérie les mêmes vestiges qu'en Europe, soit, comme le dit le D^ Tommasini, qu'il y eût alors communication entre l'Europe et l'Afrique, soit que les mêmes besoins eussent créé à peu près partout les mêmes industries.

C'est du reste à cette même conclusion que conduit l'étude des sépultures mégahthiques, si nombreuses encore lors de la conquête, mais qui disparaissent rapidement depuis.

Si l'on n'a pas encore trouvé en Algérie ces jolies miniatures d'artistes préhistoriques qui ont rendu célèbres les grottes du Périgord, nous possédons un type particulier et assez répandu de dessins rupestres. Tels sont ceux depuis longtemps connus de Tyout et Mogbrar, près d'Aïn Sefra, et ceux plus récemment étudiés par M. Flamand, au sud de Géryville et sur divers points du Sud oranais. D'autres ont été signalés au Maroc (1), dans la province de Constantine (2), dans le Fezzan par Barth, dans la Haute-Egypte par Ampère et jusque dans la vallée du Sinaï par Niebuhr.

On peut distinguer dans ces dessins trois époques principales (3).

Les uns, nettement préhistoriques, sont dessinés d'un trait continu et arrondi, très ferme. On y voit des chasseurs, ayant déjà le cliienpour auxiliaire, coiffés de plumes d'autruche, armés d'arcs et de casse-têtes à peu près comme les Peaux-Rouges d'Amérique et accompagnés de figures d'animaux très divers, parfois d'un dessin très remarquable, parfois difficilement reconnaissables : un éléphant à front très bombé et à oreilles courtes, des bœufs à cornes dirigées en avant, des bubales, des girafes, des lions, des panthères, des autruches, moins certainement l'hippopotame et le rhinocéros, etc. La plupart des personnages portent une ceinture ; une femme a un bracelet. D'après MM. Bonnet et Flamand, c'est à tort que l'on a voulu voir dans ces dessins des scènes

(1) Duveyrier, Bulletin de la Société de géographie, 1876. Hamy, Revue d'Ethnographie, 1882.

(2) Vigueral, Ruines romaines de r Alger le. {^] Revue d'Ethnographie, 1881).

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lubriques. Les énormes phallus paraissent avoir été ajoutés après coup, et les longs traits sinueux qui unissent les parties génitales des personnages indiqueraient simplement la filiation. Des instruments en silex abondent autour de ces dessins.

Une deuxième époque libyco-berbère est caractérisée par de nombreuses inscriptions en caractères semblables à ceux des Touaregs, et par les traits du dessin pointillés et non continus. Les animaux que représentent ces dessins existent encore dans la région ou Font quittée depuis peu.

Enfin une troisième époque arabe est également caractérisée par des inscriptions et par la présence du dromadaire, introduit seulement au v*" siècle de notre ère.

Parmi les autres monuments laissés par l'homme préhistorique sur la terre d'Afrique, nous citerons d'abord les curieux cordons de pierrailles signalés d'abord par Bourguignat et dont on ignore la signilication. C'est sur le Kef-Iroud, au sud de Teniet el Haad, que Bourguignat a remarqué un de ces cordons hauts de 1 mètre à i™,50, et courant en droite Hgne à travers tous les obstacles du terrain, franchissant ravins et collines sur une longueur d'au moins 5 à 0 kilomètres. Bourguignat est tenté d'y voir une représentation d'un serpent analogue à celles que l'on trouve dans les Mounds des vallées de l'Ohio et du Mississipi, du Wisconsin et de rilhnois. L'un de nous (1) a vu de semblables cordons dans la région de Mécheria, et les Arabes lui ont affirmé que cela était antérieur à leur occupation. Bourguignat

(1)|M. ïrabiit.

a cru remarquer aussi que certains tumuli du Nahr Ouassel, dans la région de l'Ouarsenis, étaient groupés de façon à simuler un homme couché, un scorpion, etc., toujours comme certains monuments symboliques américains (1).

Ceci nous conduit aux sépultures mégahthiques, si nombreuses et si variées en Algérie. On y trouve en effet tous les types généralement connus : tumuli, dolmens, menhirs isolés ou en lignes, cromlechs, trilithes, allées couvertes, etc., et un type très particulier de petites tours couvertes d'une dalle ou terminées par un couronnement conique (Djelfa, Medjana Djebel Mahdid, etc.). Ce sont les Chouchet de M. Letourneux(2). Ce genre de sépultures, qui a peutêtre quelque rapport avec les Nuragbi de la Sardaigne , aboutira plus tard, sous l'influence de la civilisation romaine, aux magnifiques mausolées royaux tels que le Médracen (fig. 15) et le Tombeau de la Chrétienne, et aura enfin sa décadence avec les Djedar de la province d'Oran.

D'après de Quatrefages, qui a examiné les crânes dolichocéphales recueilhs par le général Faidherbe dans les dolmens de Roknia, les constructeurs de ces dolmens étaient de même race que l'homme de Cro- Magnon et que leurs contemporains d'Espagne et des Canaries. Pour Henri Martin, ces dolmens auraient été construits par des Celtes. Pour M. Cartailhac, au contraire, il ne serait pas démontré que les dolmens d'Europe et d'Algérie aient été construits par une même race d'hommes. Ce qui paraît certain, c'est que

(1)" BoLirguigaat, Souvenirs d'ime exploitation scientifique dans le nord de l'Algérie. Paris, 1868-1870. (2) Letourneux, Lettre à Desor.

cette architecture tombale a persisté bien longtemps dans le nord de 1" Af ri que . Si certain s monuments mégalithiques semblent y remonter à une haute antiquité, d'autres au contraire ne remontent pas au delà de l'occupation romaine, ou du moins étaient encore utilisés à cette époque. On a trouvé une colonne romaine engagée dans la construction d'un dolmen de l'Aurès, et des monnaies et médailles romaines

Fig. 15. — Medracen ou mausolée des anciens rois de Numidie, au sud de Constantine, entre Lambesa et Diana.

dans le mobilier funéraire de plusieurs. LeD^ Reboud a môme fait connaître que la tribu des Denhadja,près de Philippeville, élevait encore naguère des menhirs appelés Snoba. Ces Denhadja s'attribuent une très ancienne origine et se qualifient eux-mêmes de fils des païens. Peut-être ont-ils conservé cette architecture tombale depuis les temps préhistoriques.

Les dolmens d'Algérie constituent en général une chambre mortuaire rectangulaire entièrement close. Chacune des quatre murailles latérales est généralement formée d'une seule pierre plane sur les deux

faces ou au moins du côté interne. Ces pierres sont dressées; les deux qui forment les grands côtés du rectangle sont naturellement plus grandes que les deux autres. Parfois le nombre de pierres qui constituent les murailles latérales est plus considérable. Le tout est recouvert d'une grande table débordante. Souvent ces dolmens sont entourés d'un cercle de pierres dressées [Cromlech). D'après beaucoup d'archéologues, et en particulier M. de Mortillet, tous les dolmens auraient primitivement été enfouis sous un tumulus, auquel le Cromlech, lorsqu'il existe, servait de limite.

Il est certain qu'il en a été souvent ainsi. On trouve parfois encore l'intervalle compris entre l'enceinte et le dolmen rempli de pierres ou de moellons, mais la terre a généralement été entraînée par les eaux . Pourtant il paraît probable que certains dolmens algériens n'ont jamais été recouverts. C'est ainsi que M. Féraud, interprète militaire, a signalé des dolmens au sommet de Tumuli. D'après M. le D"* Fauvelle (1), beaucoup de dolmens de Roknia n'auraient jamais été recouverts.

Par contre, on trouve dans le Sud oranais beaucoup de tumuli avec ou sans dolmen. Souvent ces tumuU, ayant été fouillés par les Arabes qui y cherchaient des trésors, présentent une dépression au centre.

Dans les dolmens, on trouve généralement des cadavres accroupis, les genoux rapprochés du menton, en nombre variable.

C'est dans la province de Constantine que les nécropoles mégahthiques sont le plus abondantes ;

(1) Fauvelle, Association française pour l'avancement des sciences. Congrès de Limoges.

nous allons en décrire sommairement quelquesunes.

i° Roknia. — La grande nécropole de Roknia est située k la base du Djebel Thaya, sur les bords de rOued Meziet et non loin de TOued-bou-Hamdam, aflluent delaSeybouse. Elle a été étudiée par le général Faidherbo (1) et par Bourguignat (2). Elle comprend, ou du moins comprenait, plusieurs milliers de dolmens sur une étendue de 5 à 6 kilomètres. La plupart sont aujourd'hui ruinés et renversés. Ces dolmens sont généralement petits, serrés et formés de blocs anguleux plutôt que de belles dalles. Le D' Reboud en a pourtant trouvé un très grand et un autre recouvrant la margelle d'un puits de 1™,75 de profondeur et de 95 centimètres de diamètre. Ils sont généralement entourés d'enceintes rondes ou carrées, plus hautes du côté de la déclivité du sol, de manière à maintenir horizontale l'assiette du dolmen. Une de ces enceintes présente un menhir encastré dans un de ses côtés. Ces enceintes, d'après Bourguignat, auraient jadis Umité des tumuli. Le D'" Fauvelle est d'un avis absolument contraire. Le général Faidherbo a constaté dans les dolmens de Roknia des alignements manifestes. Déplus, les os légèrement calcinés sont souvent recouverts d'une sorte de béton. Pour Bourguignat, ces ahgnements suivraient des Ugnes de fracture par où devaient s'échapper jadis des émanations A^olcaniques qui auraient calciné à la longue les ossements et cuitl'argile en forme de béton. Pour d'autres, ce béton mis intentionnellement aurait eu pour but de préserver les cadavres contre les fauves. Quant

(1) Faidherbe, BuUelin de V Académie d'Hippone.

(2) Bourguignat, loco citalo.

à la raison qui aurait amené les anciens habitants de Roknia à aligner ainsi leurs dolmens le long de ces lignes de fracture, Bourguignat croit la trouver dans des croyances religieuses. Ces dolmens auraient été placés là sous la protection d'une divinité infernale. Sur le pourtour de la nécropole, du côté de la montagne, on trouve un grand nombre de niches creusées dans le roc [Haouanet de M. Letourneux). Ces niches ont aussi servi de sépulture, mais Bourguignat les croit bien postérieures aux dolmens.

Bourguignat a fouillé vingt-huit de ces dolmens ; le général Faidherbe en avait aussi fouillé un grand nombre. Chacun d'eux contient un ou plusieurs cadavres; Faidherbe en a trouvé jusqu'à sept dans un même dolmen. Ces sépultures ne semblent pas extrêmement anciennes. On y a trouvé de nombreuses poteries, des anneaux et des amulettes en bronze. Les crânes sont généralement doUchocéphales, et nous avonsvuque deQuatrefages y avait cru reconnaître la race de Cro-Magnon. Bourguignat et Pruner-Bey se sont livrés au sujet de ces crânes à des spéculations bien curieuses, mais qui auraient peut-être besoin de confirmation (1). D'après ces auteurs, les plus grands dolmens ne contiennent qu'un ou deux squelettes paraissant appartenir à la race arienne. Les autres contiennent en général trois corps, parfois sept ou huit appartenant aux races berbère et nègre ou à des métis de ces deux races. Les Arias, venus probablement par la Sicile et identiques avec les Tamahous blonds des Égyptiens, devaient constituer la race dominante. A côté des squelettes d'homme, on trouve,

(1) Fauvelle, Congres de Limoges.

d'après Bourguignat, un vase en poterie ; il n'y en a jamais près des squelettes de femme. On y trouve par contre des bijou.'c (bagues, bracelets) en bronze et môme en argent doré, d'un travail très primitif. Ces bijoux ont en général une forme spiralée.

Les poteries sont pareilles à celles des dolmens de France, qui, à cette époque, n'avaient pas encore d'objets en bronze. Mais (toujours d'après Bourguignat) dos populations de race japbétique, parties d'Asie, étaient arrivées en Afrique bien longtemps avant les Phéniciens et y avaient établi de nombreuses colonies. Ces populations, souvent en guerre avec l'Egypte, devaient avoir une civilisation déjà avancée. Pruner- Bey a cru pouvoir affirmer que parmi les crânes de Roknia se trouvait celui d'une femme égyptienne desXYII° et XAIIP dynasties, ce qui ferait remonter l'âge de ces dolmens à 2 000 ans environ avant notre ère. Bourguignat estime qu'à cette époque le climat de Roknia était plus froid et plus humide qu'aujourd'hui et que la moyenne de température ne devait pas dépasser -|-10". Il se base pour cela sur des calculs astronomiques appuyés sur la variation de l'excentricité de l'orbite de la terre, sur la variation de l'obliquité de l'écUptique, sur la précession des équinoxes, etc. Il arrive à des résultats analogues par l'étude des coquilles de mollusques enfouies à différents niveaux, et par d'ingénieuses déductions il est amené, d'après ces mômes coquilles, à assigner encore la date de 2000 ans avant notre ère aux dolmens de Roknia.

2° Nécropole de Bou Nouara. — Cette nécropole se trouve sur la route de Bùne à Guelma, sur les pentes du Djebel Mezala. Les dolmens de cette station ont été également fouillés par le général Faidherbe;

ils sont très nombreux et souvent entourés de plusieurs cercles de pierres dressées.

Parfois, lorsque le terrain est trop en pente, les pierres des enceintes, superposées en assises du côté de la déclivité, forment de véritables murs de soutènement. Une de ces enceintes a 22 mètres de diamètre et renferme trois dolmens formant triangle. Un des sommets de ce triangle est tourné vers l'est.

3° Nécropole de Djebel Mérah. — Cette nécropole se trouve près du SS*" kilomètre de la route de Constantine à Batna. Comme monuments remarquables, on y voit une allée couverte de 1 mètre de large sur 3'", 50 de longueur, dont les murailles sont larges de plus de 2 mètres. Les parements de ces murailles sont formés de grosses pierres réunies en assises, le milieu est rempli de moellons et peut d'ailleurs renfermer des chambres sépulcrales. Cette allée est enfermée dans un cercle de gros blocs dressés, ayant environ 10 mètres de diamètre. Outre plusieurs autres monuments analogues, on rencontre encore, au Djebel Mérah, un cromlech ayant à son centre une chambre elhptique dont les murs sont formés d'assises superposées. Cette chambre est recouverte par trois dalles. Ce monument est entouré d'un cercle de pierres levées d'environ 7 mètres de diamètre. L'intervalle entre ce cercle et la chambre centrale est rempli de pierres et de moellons. Aux deux extrémités de la chambre, on remarque à la surface du cromlech deux petits cercles de 1 mètre de diamètre. L'orientation du monument est N.-E.-S.-O. On trouve encore dans cette même nécropole des dolmens doubles et triples, un Cist-Vaen^ un dolmen entouré d'une enceinte carrée, etc. Près de cette station, se

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trouvent quelques grottes qui n'ont pas été fouillées.

4° Nécropole de Bou Merzoug. — Dans cette station, voisine de laprécédente, les dolmens ont des dimensions considérables. Les enceintes sont circulaires ou carrées et il existe parfois plusieurs enceintes concentriques. Le nombre des pierres qui portent la dalle est assez variable. Dans un dolmen, il y en a cinq séparés par des intervalles égaux; dans d'autres, ces intervalles sont fermés par de menues pierres. Un a la forme d'une petite tour ronde. Les dalles ont parfois 3 à 4 mètres de long sur 2 ou 3 de large.

5° Nécropole de Sigus. — Cette nécropole se trouve sur la route de Constantine à Tebessa, à environ 38 kilomètres de la première de ces villes. Elle est contiguO à un cimetière numido-romain. Elle a environ 1 kilomètre de long sur un demi-kilomètre de largeur, mais elle se relie par des dolmens épars avec celle du Bou Merzoug. Les dolmens y sont très serrés, un petit nombre seulement sont demeurés intacts.

Ou est frappé, dit M. Reboud, du volume relatif des blocs anguleux qui eutreut daus la coiistructioQ des monuments : cromlechs, cromlcchs-tumulus, ^algalls. Le cromlech proprement dit est rare. Comme nombre, c'est le galgall qui domine, 11 forme un véritable amoncellement de blocs volumineux aux angles aigus, assez irrégulièrement disposés en cercle autour de la tombe, dont la dalle supérieure, intacte ou brisée, n'est souvent visible que de près, dominée qu'elle est par des pointes saillantes.

Chaque monument est entouré d'une enceinte généralement circulaire. Le nombre des assises de pierres qui entrent dans la composition de ces enceintes est très variable. Dans les parties déclives, on en compte jusqu'à cinq. L'enceinte, dont le diamètre

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varie de 6 à 14 mètres, d'après les mesures du D'" Reboud, est parfois ornée de quelques blocs isolés et saillants de 1 mètre et plus de hauteur, que l'on serait disposé à prendre pour des menhirs. Dans beaucoup de ces dolmens, les murailles sont en tota- Uté, ou en partie, de vrais murs en pierres sèches, au Heu d'être formés chacun par une dalle dressée. On remarque, sous un cromlech-tumulus, une grande allée couverte de S'^jSO de long sur i°',20 de large. On accède à cette allée couverte par un couloir perpendiculaire sur son mib'eu. Ce cromlech a 12 mètres de diamètre. Les monuments de Sigus sont généralement orientés de l'est à l'ouest. Les squelettes sont souvent recouverts de dalles, qui ont dû les protéger contre les fauves. C'est la même raison qui a fait fermer entièrement les dolmens de l'Algérie. Les dolmens de Sigus servaient encore de sépulture à l'époque romaine, car M. Thomas y a recueilU une monnaie de Domitien, contenue dans un vase placé sous une double rangée de dalles. Quelques monuments présentent un commencement détaille, entre autres une sorte de dolmen porté sur des piliers équarris.

Outre les nécropoles que nous venons de passer en revue , H en existe beauco up d'autres dans toute l' étendue de la province de Constantine ; telles sont celles des Beni-Medjaled, de Bled-Guerfa, de Zoia, du Tarf près de La Galle, de Mengoub au sud-ouest de Biskra.

Dans le bassin de l'Oued Taga, à l'est de Lambèse, on trouve quatre nécropoles, probablement numides, où les dolmens sont remplacés par de petites tours. Dans la nécropole de la Medjana, les dolmens et les petites tours existent simultanément.

A 3 kilomètres de la ferme Markouna, aux environs de Lambèse, se trouve un remarquable trilithe (1) à pierres un peu équarries, placées sur un piédestal formé de deux rangs de blocs. Ce trilithe paraît avoir été encadré d'un parallélogramme formé d'alignements, dont quelques rangs persistent.

Dans la province d'Alger, les principales nécropoles mégalithiques connues sont celles du Moulin de Djelfa, de Laghouat, d'Aïn Kerma, entre Bou Saada et Aumale, et deGuyotville près d'Alger.

La nécropole du Mouhn de Djelfa est très remarquable par la présence de plusieurs trilithes, de nombreux dolmens alignés en rectangle, de dolmens accouplés, etc. Ces dolmens sont constitués par de petites tours rondes, bien que la chambre intérieure soit carrée. La table repose sur un mur circulaire en pierres sèches à plusieurs assises, haut de 1 mètre environ. Ces dolmens sont petits, parfois de grande taille, et généralement entourés d'un cercle de pierres plus ou moins rempli de moellons. On en a fouillé quelques-uns, sans y trouver de cadavres. Cependant, dans les Mahdids, des tours toutes semblables ont donné de nombreux crânes, des anneaux en bronze, etc. Les cromlechs sont plus élevés que ceux du Bou Merzoug (2).

A Guyotville, les dolmens, qui étaient au nombre de plusieurs centaines il y a seulement quelques années, ont presque tous disparu. Il n'en resterait môme plus de trace, sans le professeur Kuster, qui a acquis les derniers et les conserve religieusement. Le

(1) Voy. Henri Martiu, Association française pour l'avancement des sciences. Congres d'Alger.

(2) Voy. Reboud, loco cîtato.

D'" Bertherand, qui en avait fouillé quelques-uns, y avait trouvé les débris de nombreux squelettes, quelques fragments de poterie et des anneaux en bronze. Tout près, sur les bords de l'Oued Tarfa, on voit encore une série de logettes, qui semblent avoir servi d'habitation aux constructeurs de ces dolmens.

Dans la province d'Oran, outre les nombreux tumuU dont nous avons déjà parlé et qui contiennent des crânes dolichocéphales, comme ceux des dolmens de Roknia, on trouve quelques curieuses nécropoles sur les bords de la Mina ; d'abord les Souamah sur la rive gauche. Ce sont des chambres funéraires, adossées à un rocher qui forme la paroi du fond. Les parois latérales sont formées de blocs superposés et la couverture est formée par des sortes de longues poutres en pierre brute juxtaposées. D'après M. R. de La Blanchère, les Souamah seraient des sépultures chrétiennes, mais il est probable que ces monuments sont bien plus anciens qu'il ne le suppose et que les quelques signes chrétiens que l'on y rencontre y ont été ajoutés longtemps après leur construction, de même que certaines parties en pierre taillée et ornée, évidemment d'origine chétienne.

Toujours sur la rive gauche delà Tafna, mais plus en aval, se trouve un groupe de tours rondes en pierre de taille et renfermant des galeries sur lesquelles s'ouvrent des chambres mortuaires ; galeries et chambres sont recouvertes par de grandes dalles en pierre brute.

Vis-à-vis des Souamah, sur la rive droite, se trouvent des tumuli de grande dimension, avec des galeries et chambres mortuaires pareilles à celles des tours de la rive gauche.

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