SAURIENS
L'intéret^£ue présente la faune des reptiles alg('3riens doit ôi-re attribué à un certain nomlire de formes vivant dnn.s J,a régiofi^saharienneou sur les confins du désort. Sur le littoral, nous retrouvons des espèces européennes types ou seulement des races locales.
Tortues. — Les Tortues de mer (Chdonia Caouana^ Dum. et Bib.) sont communes dans toute la Méditerranée, les pêcheurs en capturent fréquemment. Il n'en est pas de même de la Tortue Luth {Sphargis coriacca)^ qui dépasse parfois 2 mètres, et que Ton observe accidentellement sur le littoral africain.
Dans les mares et ruisseaux, pullulent les Emys leprosa^ qui ont une allure vive et plongent comme les grenouilles quand on passe près des bords qu'elles occupent pendant les heures chaudes. La Cistude d'Europe, qui est moins plate, est plus rare; on la trouve surtout dans la région des chênes-liège de la province de Constantine.
La tortue qu'il est le plus facile d'observer est le Testiido mmiritanica, la Tortue de terre, peu différente delà tortue grecque de l'Lurope méridionale ; elle est herbivore, on la mange assez couramment.
Sauriens. — On connaît trente-six sauriens; vingt- deux sont cantonnés dans les steppes ou dans le Sahara.
Le plus remarquable est le Varan, qu'Hérodote appelait le Crocodile terrestre \ il peut atteindre un mètre; sa tête est effdée, portée sur un cou allongé, ses membres très puissants lui permettent de courir avec la plus grande vitesse, sa queue est longuement atténuée en une fine pointe, il s'en sert comme d'un fouet.
Le Varan passe pour l'ennemi de la vipère cornue, il habite les mêmes stations sahariennes.
Un gros lézard court, à ventre de batracien, àtôte de tortue et à grosse queue épineuse, V Uromastix ou Fouette-queue, est encore un des sauriens remarquables du Sud, il est herbivore; les Arabes le mangent, ils Amendent sa dépouille dans tous les bazars. Ce Fouette-queue, comme les Caméléons, change de couleur, il est susceptible de s'apprivoiser.
Les Agamcs du même groupe ont de belles couleurs et se font remarquer par des faisceaux d'épines qui garnissent les côtés de la tête et du cou.
Le Scinque officinal, ou Poisson de sable, vit aussi dans le désert, court sur le sable et s'y enfonce avec une grande agihté, les Indigènes le mangent grillé.
Les Scincides, sont assez bien représentés en Algérie par Mabuia vittata^ Eumoces algeriensis, Gongylus oce//«/w5, excessivement commun dans toute l'Algérie, quelquefois confondu avec le scinque; trois Seps et VAnguis fragilis ou orvet, qui est très rare.
Parmi les six Geckoïdes de la faune algérienne, une espèce, le Tarentula mauritanica ou Tarente, se trouve partout, de préférence dans le voisinage des habitations. Grâce à ses pelotes et à ses griffes rétractiles, la Tarente poursuit les insectes dont elle se nourrit sur les plafonds, et même sur les vitres des réverbères, où il n'est pas rare d'en observer à raffut pendant toute la nuit. Cet animal passe à tort pour venimeux à cause de l'humeur acre sécrétée par ses doigis. C'est un petit lézard bien inoffensif, que l'on devrait même tolérer dans l'intérieur des maisons, où il rend des services.
Le Caméléon, avec ses allures étranges, ses yeux
mobiles dans tous les sens, son occiput pointu, sa queue préhensible, est un animal fort curieux, en raison de la faculté qu'il possède de changer de couleur, il est commun dans toute l'Algérie, sa marche est lente et il est toujours facile de s'en emparer, il vit assez bien en captivité, il se nourrit alors de mouches, qu'il capture en projetant sa langue comme une flèche.
Le Lézard vert d'Algérie se rapporte au Lacerta ocellata; mais par l'écaillure, la taille, la coloration, il constitue une variété qui se rapproche du Lacerla viridis ; il est commun en Algérie, sur le Littoral et les Hauts-Plateaux.
Le Lézard de muraille est cantonné dans la région montagneuse, où il est assez commun. Il est remplacé sur le littoral par un Psammodrus^ et, dans le désert, par les Acanthodactyles .
Le groupe des Amphisbènes est représenté par deux espèces, dont une, Trogonophis Wiegmanni, est commune. Ce petit saurien vermiforme est le plus souvent jaunâtre avec des taches noires figurant un damier; son absence de pattes le fait prendre poiu^ un serpent suspect, il est cependant inoffensif.
Serpents. — On connaît en Algérie dix-huit serpents, dont six venimeux. Quelques types sont assez intéressants, tel est le Javelot [Ei-yx Jaculus), de la famille des Boas et Pythons. Ce serpent n'atteint guère que 85 centimètres de longueur, la queue est tronquée, obtuse, terminée par une plaque conique. Sa tête petite est couverte de petites écailles, il répond assez bien au signalement que l'on donne des vipères, aussi est-il regardé comme dangereux, bien qu'inoffensif et même susceptible de s'apprivoiser.
Le Javelot vit dans les stations sableuses des steppes et du désert. On ne le voit pas souvent, parce qu'il se cache dans le sable.
Parmi les Aglyphes, la couleuvre la plus commune est le Zamenis hippocrèpis, qui atteint d'assez grandes dimensions, elle offre un beau coloris, elle tire son nom de P'^er à cheval, d'une figure formée sur la nuque par deux bandes jaunâtres. Le corps est brun avec une série détaches rondes jaunâtres irrégulières, le dessous est rose. Cette couleuvre est souvent montée en canne.
Le Zamenis algirus^ découA'crt par le D"" P. Mares, est une belle couleuvre de la région désertique, le corps est brun verdâtre, avec des raies transversales noirâtres et une série de taches noir bleu sur les flancs. On trouve dans le même région le Zamenis dladema.
La Couleuvre vipérine est répandue à proximité des cours d'eau, elle pénètre jusque dans le Sahara, où elle habite les Seguias.
Trois Opistoglyphes sont assez répandus et caractéristiques. La Couleuvre de Montpellier, Cœlopeltis lacertina, gchiéralementd'un brun verdâtre, atteint de grandes dimensions, 1™,50 et plus, elle est commune dans tout le ïell.
Le Cœlopeltis producia, qui habite la région désertique et les steppes, a été découverte en 1853 par le D'" P. Mares. Ce serpent a la teinte claire des vipères à cornes et possède, quand on l'irrite, la propriété de gonfler ses côtes cervicales sur une longueur de 3 à 4 centimètres à partir de la nuque, il a alors un air redoutable.
Le Psammophis sihilans, le'Zeurig des Arabes, est
un type désertique curieux, il a la forme d'un fouet mince, il a la queue très effilée, il atteint souvent l'",50. Son extrême vivacité et la rapidité de sa course le font passer pour redoutable auprès des Arabes qui le craignent au moins autant que les vipères.
Au sud-est de Biskra et dans le sud de la Tunisie et du Maroc, on rencontre le terrible Naja [Naja Haje) le serpent des Charmeurs, le fameux Aspis des Grecs et des Romains. Le Naja se dresse sur la partie postérieure de son corps, gonfle son cou en sifflant et n'hésite pas à attaquer. La blessure est rapidement mortelle et, dansle sudde la Tunisie, quand unhomme d'une caravane est mordu par ce redoutable reptile, sans tarder, on se met à creuser sa fosse et à préparer ce qui est nécessaire pour la toilette d'un mort. Des charmeurs arabes dressent ces animaux et leur font exécuter des mouvements cadencés au son d'une flûte accompagnée de tambourin. Le Naja est d'une couleur brun noirâtre, il peut atteindre de grandes dimensions, i^,^0 et plus.
Une autre vipère également redoutable est la Vipère mauritanique ( Vipera lebetina ou Echidna mauritanica) . La tête est large, plate, écailleuse, le museau arrondi, le corps brun jaunâtre avec des taches plus sombres, le dessous plus clair avec mouchetures grises, longueur de 1 mètre à i^'joO. La vipère mauritanique habite le littoral oranais et marocain, les Hauts-Plateaux et principalement la Tunisie. Sa morsure est dangereuse; mais les accidents sont assez rares.
Sur le littoral, on trouve encore, surtout dans la région des chônes-Uège, une variété de la vipère ammodyle, le Vipera Latastel de Bosca, intermédiaire Rattandier et Tp.abut. — Algérie. 18
entre la vipère Aspic et l'Ammodyte ; ce serpent a été déterminé sous ces deux noms; il ne paraît pas rare et cependant on note peu de morsures graves ayant entraîné la mort.
Dans la région saiiarienne, trois vipères sont très répandues, deux Cérastes et VEchis carinata^ localisé dans l'extrême sud.
La Yipère à cornes (Cerasles cornutus) (fig. 26) est très fréquente sur le versant méridional des Hauts- Plateaux et dans tout le Sahara, elle est delà couleur jaune du sable. Les plus forts sujets atteignent 80 centimètres, la queue est courte, au-dessus de chaque œil une écaille allongée et aiguë constitue une corne. Un autre Céraste {Cérastes Vipera) habite les mêmes régions, mais vit uniquement dans les sables et a des habitudes nocturnes qui le font redouter des nomades, car il vient volontiers dans les bivouacs. Cette vipère diflere de la précédente par l'absence de corne et la taille plus petite.
Dans l'intérieur du Sahara, on a encore observé VEchis carinata^ qui est surtout bien connu en Egypte. Cette vipère est gris pâle, avec des séries de taches noires ocellées et une tache blanche triangulaire ou cruciforme sur la tête.