IV. — Batraciens
La Grenouille [Rana esculenla) est commune partout; on observe aussi la Grenouille terrestre (Discoglossus pictus); la rainette fréquente les lieux frais; un gros crapaud, Bufo pantherinus^ est extrêmement répandu.
La Salamandre ne se rencontre que dans la région
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montagneuse, en Kabylie notamment. On trouve, dans les mares du littoral, un Triton intéressant pour les naturalistes, VEuproctes Poiretis.
Poissons de mer. — Les poissons que Ton rencontre dans la Méditerranée, sur les côtes algériennes, sont, pour le plus grand nombre, ceux du littoral européen ; mais on trouve de plus des espèces des Canaries et en même temps des représentants des genres Diagramme, Batracoïde, Hemiramphe, dont les autres espèces ne se retrouvent que dans les mers de l'Inde et sur les côtes de l'Afrique australe. Enfin l'ichtliyologie algérienne, encore peu étudiée, possède quelques espèces particulières.
Alger est le point de la côte Je plus riche en espèces ; la pêcherie y est intéressante par la diversité des types, dont quelques-uns sont des raretés, qui finissent misérablement dans une bouillabaisse.
On y remarque d'abord un grand nombre de Percoïdes : le Loup, le Merou, plusieurs Serrans, le Cernier, le Spet ou brochet de mer, quatre Vives, le curieux Uranoscope, le rarissime Pomatome Télescope, qui se retrouve à Nice, remarquable par la grandeur extraordinaire de son œil.
Les Rougets ou Mulles (Mullus surmuletus et M. barhatus) sont très abondants sur les côtes d'Algérie, leur chair est appréciée, les anciens déjà en faisaient grand cas, les Romains de l'époque impériale les achetaient à des prix fabuleux.
Parmi les Joues cuirassées, notons les Trigles [T. Itneaia^ T. lyra, T. Iiirudo, T. Lucerna, 7\ aspera)^ le Ma-
larmat, renfermé dans une gaine octogone d'écaillés relevées par une arcte épineuse, le Dactyloptère ou Trigle volante, qui se soutient en l'air avec ses na- «•coires pectorales prolong(''es en ailes, enfin les Rascasses ou Scorpènes à grosse tête armée de piquants. Les Scienoïdes sont représentés par le Maigre, le Corbs, rOmbrine, le Diagramma Mediterraneum, espèce propre à Alger et d'un genre étranger à l'Europe. ,
Les Sparoïdes sont nombreux: six Sargues, la Daurade, quatre Pageaux ou Pagels, trois Dentés, deux Canthères, le Bogue, l'Oblade, la Salpa, deux Pagres, dont l'un , le Pagrus auriga, est une rareté, qui se retrouve aux Canaries. Citons encore la Mendole et le rare Picaret Martin-Pécheur.
On trouA^e à la pêcherie d'Alger une grande diversité de Scombres : trois Thons [Tliyunus vulgaris^ ùrachi/pterus et Tliunnlna)^ deux Maquereaux, deux Pélamides ou Bonites , le Lepidope argenté, l'Espadon , le Pilote, deux Liches, le Saurel, deux autres Caraux plus rares, le Seriole R., le Temnodon sauteur C, la FiatoleR., le Poisson de Saint-Pierre (Zei<s FaOer), très comprimé et à bouche très large, la Dorée à épaule armée {Zeus Pungio), enfin le Sanglier [Zeus Aper).
La famille des Tœnioïdes ne se trouve représentée que parla Cépole rougeâtre, dont le corps, de 20 à 25 centimètres, a la forme d'une lanière.
Les Atherines sont de petites espèces appelées argentines par les pêcheurs, elles vivent en bandes serrées, si bien qu'un coup de filet en amène quelquefois plus de 50 kilos. On vend ce petit fretin, qui est mangé frit en beignets par la classe pauvre. Les
bandes d'Atlierines sont communes dans le port d'Alger, autour des embarcations et le long des quais. Les ichthyologistes en distinguent quatre espèces. Une cinquième Atherine [A. Rissoi) habite les cours d'eau de la Mitidja, près d'Alger.
Des cinq Mulets ou Muges qui habitent les eaux d'Algérie, deux remontent dans les rivières.
Les Blennies sont nombreuses dans les eaux stagnantes des ports (12 espèces) ; il en est de même des Gobies ou Goujons de mer (8 espèces).
La Baudroie et le Batrachoïde représentent la famille des Pectorales pédiculées , le Batrachoïde [Batrachus planifrons) est une intéressante espèce algérienne, décrite par Guichenot sur un échantillon provenant d'Oran; ce genre n'était pas encore connu dans la Méditerranée.
Les Labroïdes sont nombreux; les Labres ou Vieilles de mer, les Girelles aux couleurs vives habitent les endroits rocailleux des côtes, où ils font les déUces des pêcheurs à la hgne.
Enfin le Centrisque bécasse, de la famille des Bouches en flûte, est une petite espèce commune, remarquable par son museau allongé tubuhforme.
Parmi les Malacopférijgiens, notons : l'Aiguille [Bellone acus), d'un bleu vif, à long bec en aiguille, avec les arêtes verdâtres, la Saure, l'Exocet volant, l'Aulope filamenteux.
Les Clupéoïdes comprennent plusieurs poissons d'une grande utiUtè alimentaire sur les côtes d'Algérie.
Le Hareng n'a été observé qu'une fois par le D' Bourjot {Harengus virescens de Dekay).
L'Alose {AloMsa fini a) remonte les rivières. La Sardine (Alausa pilchardus) est souvent abondante et
bonne ; mais il ne faut pas la confondre avec l'Aliche ou Alache [Clupea alacia), qui aune belle ligne clorcc sur le flanc et dont la chair est sèche, moins blanche et très inférieure. L'Anchois pullule sur toute la cote, il est recherché et depuis quelques années mis en conserve.
On pêche à Alger deux Gades ou Merlans. Le Gadicule argenté de Guichenot est une petite espèce, propre à la côte africaine, où il est rare. Les Pleuronectes ne sont pas aussi abondants dans la Méditerranée que dans TOcéan, cependant le nombre des espèces observées à Alger est considérable. Lq Flétan n'est pas rare, le genre Rhombus ou Turbot est représenté par le Turbot commun {/ih. maximus)^ la Barbue, le Rh. Candidisslmus, le Rh. podas, le Rk. mancus et le Rh. Gesncri.
On signale cinq Soles ; mais la Sole cendrée seule est commune.
Les Lepadogasier, remarquables par le disque concave analogue à celui des Gobies qui leur permet d'adhérerauxrochers,sontpetitsetaunombredecinq.
Enfin le Rémora [Echineis Naucrates)^ bien connu par sa ventouse occipitale, transformation de la première dorsale, est assez rare à Alger.
Les Anguilhformes marins comptent quatre Congres, deux Murènes, VOphiure serpent^ la Donzelle barbue et le Fierasfer imberbe.
Aux Lophobr anches se rattachent : deux Hippocampes et sept Syngnathes ; nous trouverons, parmi les Poissons d'eau douce, une huitième espèce de Syngnathe (S. Algeriensis, Playfer et Lctourneux), qui a été pêchée dans l'Oued-bou-Hamdan (prov. Constantine), à 80 kilomètres de la mer.
Le Mole vulgaire ou Poisson-Lune n'est pas très rare ; on prend aussi le Batiste caprisque.
Les Sélaciens sont assez bien représentés, quelques espèces même pullulent et fournissent une nourriture abondante aux pauvres gens.
Les Requins [Carchai^ias vulgariSy C. ferox et C. leucos) sont rares : de temps à autre, les pêcheurs en exhibent de beaux spécimens ; la grande et la petite Roussette abondent, ainsi que l'Aiguillât; deux Marteaux, l'Ange ne sont pas rares ; enfin on note encore cinq autres Squales. Les Raies comprennent le Rbinobate, quatre Torpilles, six Raies, laPastenague, la Pteroplatée des Canaries (R),la Mourine aigle, le Cépha loptère de Giornaqui atteint des dimensions énormes.
Poissons d'eaux douces. — Les cours d'eau de l'Algérie ont une faible étendue, ils parcourent depuis la région montagneuse où ils prennent naissance une série de plans très inclinés qu'ils ravinent, ce sont des torrents, roulant après les pluies des eaux boueuses et montrant, entre des berges souvent très éloignées, un lit de gravier et de sables avec un mince fdet d'eau et quelques flaques croupissantes. Les rivières les plus considérables, la Mafrag, la Seybouse, rOued-el-Kebir, l'Harrach, la Macta ont une barre et à quelques kilomètres au-dessus une certaine quantité d'eau stagnante qui est peuplée de quelques poissons. Les ruisseaux d'eaux vives se rencontrent cependant dans la Kabylie orientale, et de véritables lacs se sont formés dans la région de La Galle. Dans les Hauts-Plateaux, on observe une série de bassins fermés, mais les eaux sont trop peu abondantes pour former des lacs, les Chotts ou Sebkhas se dessèchent en été.
Dans le Sahara, une partie élevée en terrasse est privée d'eau, mais le Bas- Sahara, au sud del'Aurès, est riche en eaux souterraines formant un véritable réseau qui se montre, çà et là, au fond de puits naturels ou gouffres, que les Indigènes appellent Bahr, et qui sont habités par des poissons et autres animaux aquatiques pouvant aller par des voies souterraines d'un gouffre à un autre ou bien sortir par un puits artésien rencontré dans ce parcours.
L'Ichthyologie del'Algérie n'est encore qu'imparfaitement connue, elle a été étudiée par la Commission de l'exploration, plus spécialement par Guichenot et Paul Gervais, plus récemment par M. le colonel Playfair, consul d'Angleterre à Alger, etpar Gh. A. Letourneux. Ces travaux portent à vingt-trois le nombre des espèces observées.
Parmi les poissons que l'on rencontre dans les eaux douces du littoral, il faut noter d'abord sept espèces qui vivent aussi dans la mer; ce sont : Gobius rhodopterus^ G. paganeltus, Blennius vulgaris, AtherinaRissoi^ Mugil cephalus, M. Capilo, Clupeaflinta. Mais les eaux douces ont en propre : le Barbeau de La Galle, qui se trouve partout en Algérie, parfois en quantités énormes; il est pour bien des localités de l'intérieur une ressource précieuse, ce poisson se retrouve dans le Tage. Plus rarement on trouve le Barbeau de Sétif, qui diffère par le nombre des séries longitudinales d'écaillés entre la ligne latérale et l'insertion delà ventrale, qui est invariablement de six pour le Barbus callensis et de cinq pour le B.sitifensis.
L'Anguille ne manque dans aucun cours d'eau, lac ou mare; dans le Felzara et à la Macta, elle est péchée en grande quantité.
Une Truite {Sah/io macrostigma)^ qui est le représenlant le plus méridional du genre, se rencontre en assez grande abondance dans l'Oued Zhour, dont les eaux froides et limpides roulent sur un lit de gneiss et de granit, à l'ombre des forêts de chênes. Cette truite a été propagée dans les rivières du littoral constantinois, et c'est à ces tentatives de propagation que l'on doit attribuer une croyance erronée assez répandue touchant l'origine de cette Salmonide, qui aurait été introduite en Algérie. Il n'en est rien, le Salmo macrostigma est bien ime espèce indigène, commune de tout temps dans l'Oued Zhour et bien connue des Kabyles de la région.
Le Leucisciis callensis peuple tous les lacs et tous les cours d'eau, dans Test de l'Algérie.
Une épinoche [GasterostcMS brachyceniru?) est assez commune dans la Mitidja.
Le Carassius ou Poisson rouge de Chine s'est naturalisé dans beaucoup de cours d'eau, il abonde notamment dans la Moulouia.
Nous comptons aussi, au nombre des poissons d'eau douce du Tell, le Syngnalhus a/geriensis, dont les congénères vivent dans les mers et deux autres espèces dans les fleuves africains. Ce poisson, découvert par M. Letourneux, au confluent de l'Oued Cherf et du Bon Hamdan (Constantine), habite à 80 kilomètres delà mer.
Dans les Hauts-Plateaux, les sources sont peuplées de petites espèces, qui se propagent parfois avec une intensité extraordinaire, tels sont les Cypridon calarinaius et C. Iberus^ le Tellia opoda, le Leuciscus callensis et enfin le Cristiceps argentalus signalé par MM. Letourneux et Playfair, dans les rigoles d'écou-