CHAPITRE VITl GÉOLOGIE
L'âge du relief orographique aussi bien que les formations scdimenlaircs qui le constituent, rattachent bien plus l'Algérie à l'Europe, plus spécialement à l'ensemble du bassin de la Méditerranée, qu'au reste du continent africain, cet immense plateau de roches cristallines ou paléozoïques, très anciennement émergé et auquel les sédiments du Nord ne sont venus annexer leur relief qu'à une époque relativement récente. Aussi on peut dire, avec M. Pomel, qui, le premier, a mis ce fait en évidence, que la limite naturelle de l'Europe est bien plutôt le Sahara que la Méditerranée.
Les massifs montagneux du nord de l'Afrique sont le résultat d'une série de plissements qui se sont succédés pendant la période tertiaire. Ces mouvements orogéniques sont contemporains de ceux qui ont produit le relief définitif de la chaîne des Pyrénées et des grandes Alpes. Les plus importants ont eu leur influence principalement à la fin de l'époque éocène; mais c'est surtout dans la dernière partie du Miocène que les grandes lignes orographiques se sont dessinées.
Les sédiments des terrains tertiaires éocènes ont été portés aux altitudes les plus élevées dans les crêtes principales, et les dépôts miocènes ont con-
tribué à former des chaînes importantes, témoignant ainsi de leur participation à l'orographie générale.
Les terrains plus récents du Miocène supérieur et du PUocène se sont au contraire cantonnés sur le Uttoral, formant des chaînons de moindre importance et d'une altitude relativement faible.
Tout le reUef orographique de l'Algérie se rattache au massif principal de l'Atlas, qui se décompose en chaînes parallèles au bord de la mer. En Algérie, on distingue facilement deux grands axes principaux, l'un, dans le ïell, à une faible distance de la mer, l'autre, plus au sud, à la hmite du Sahara. Dans la région occidentale ou oranaise surtout, ils sont séparés par une large zone moins surélevée et formant une série d'immenses plateaux; mais dans la partie orientale ou constantinoise, les deux chaînes sont coupées par des chaînes secondaires, si bien que la région des plateaux perd son aspect uniforme, elle se transforme en une série de plaines, limitées par des chaînons et dominées de tous côtés par des sommets souA^ent isolés au miheu d'elles.
Les plissements du nord de l'Afrique ont mis en rehef surtout des terrains secondaires et des terrains tertiaires; mais de grandes érosions ont emporté les couches supérieures et mis à nu les assises inférieures, charriant dans les parties plus basses de puissants dépôts d'alluvions.
La prédominance des terrains de grès et des roches argileuses est très remarquable et c'est sous l'influence d'une désagrégation souvent très prompte, que ces grès fournissent les masses énormes de sable que les vents charrient, puis accumulent en dunes, surtout dans la région désertique où la rareté
(les pluies supprime le manteau protecteur des arbres et des gazons.
Si, dans le département d'Oran, on trouve les terrains jurassiques à nu dans toute la région montagneuse de Tlemcen, Saïda, Tiaret, c'est que le manteau crétacé dont on peut voir encore les lambeaux sur les flancs des massifs a été en grande partie détruit et entraîné par les érosions.
Dans l'Est, le Jurassique est recouvert encore et ne pointe que sur de faibles étendues.
11 paraît évident que les massifs montagneux de l'Algérie étaient plus élevés à la fin du tertiaire qu'à l'époque actuelle; mais, par suite de la nature peu résistante des matériaux et d'nne action érosive très puissante, les sommets se sont progressivement abaissés et un nivellement général a commencé pour se continuer encore de nos jours.
Les massifs plus soUdes ou plus puissants ont résisté et portent encore leurs cimes au delà de 2 000 mètres, comme les pics de l'Aurès, des Babor, du Djurjura, de l'Ouarsenis, du Mzi.
Pendant que les actions répétées de plissements produisaient un relief d'autant plus accidenté que l'on s'avance plus vers le Nord, le Sud, resté à peu près en dehors de ces grandes oscillations, conservait l'horizontalité de ses sédiments, dans toute la partie occupée aujourd'hui par le Sahara.
Le fond de la Méditerranée, par un effet de compensation de l'exhaussement du Tell, se trouve abaissé, à une faible distance de la cote, à plus de 2 000 mètres, et l'Algérie forme ainsi une sorte de bourrelet montagneux. De l'autre côté du Sahara, les dépôts plus anciens sont profondément
découpés et entaillés dans les massifs des Touaregs, et au delà, c'est l'Afrique primordiale du granit et des terrains paloozoïques.
La carte géologique de l'Algérie, qui est aujourd'hui arrêtée dans ses grands traits, a été surtout l'œuvre de M. Pomel. Ce traA^ail, entrepris en 1853, a réclamé de son auteur une activité et une sagacité au-dessus de tout éloge. C'est à cette source que nous puiserons les renseignements nécessaires pour mettre en vue les caractères dominants de la constitution du sol algérien.
Schistes cristallins et terrains paléozoïques. — Les terrains cristallisés anciens sont peu développés en Algérie; cantonnés dans la région littorale, ils forment des caps ou des massifs voisins de la mer, disséminés depuis Bône jusqu'à Alger; ce sont les monts de l'Edough à Bône, le massif qui s'étend de PhiUppeville à DjidjelU, le massif Kabyle au pied du Djurjura, la Bouzaréa à Alger. Ces terrains comprennent quatre divisions principales :
a. Bu gneiss, formant des masses puissantes;
b. Des micaschistes, généralement superposés au gneiss ;
c. Des calcaires, plus ou moins cristallins et souvent de véritables marbres qui sont intercalés dans les gneiss et les schistes et fréquemment accompagnés de gisement de fer magnétique ;
d. Des schistes détritiques, accompagnés de conglomérats.
Ces roches cristallophylliennes sont traversées par des roches granitoïdes éruptives : ce sont des pegmatites ou des granuhtes souvent tourmaUnifères.
Dans la province d'Oran, également sur le htto-