LES PREMIERS HABITANTS
perse tingi^ qui signifie passage, le mot Fraoueen, nom d'une tribu kabyle, de Fourouz, qui en arabe veut dire Persan; on propose comme étymologie du mot Numides IfMad^ les fils des Mèdes. Quant aux traditions berbères, elles se prononcent plutôt pour une origine cananéenne. Le fils d'Abou-Yézid , généalogiste indigène cité par Ibn-Khaldoun, déclare que les Zenata sont fils de Canaan, qu'ils ont été expulsés de la Palestine, leur pays, par l'in-. vasion israélite. Procope affirme qu'il existait une inscription portant ces mots : « Nous sommes les descendants de ceux qui ont fui devant la face de Josué ». Quand on demandait aux paysans du temps de saint Augustin ce qu'ils étaient, ils répondaient : Cananéens. On trouve dans l'Aurès un Yabous qui rappelle le Jébus de Palestine ; on peut rapprocher le nom de l'importante tribu des Zénètes et celui des Kénites de la Syrie. Les cités berbères du Mzab ressemblent d'une manière frappante aux vieilles villes de Canaan, telles que les décrivent la Bible et les voyageurs modernes.
Autant d'opinions, autant d'hypothèses. Si Ton s'en tient aux faits eux-mêmes, on constate dans la population berbère la coexistence du type blond et du type brun. Dans des fouilles exécutées sur divers points , notamment auprès de Khenchela, on a découvert des crânes qui n'appartiennent ni à des Aryens, ni à des Sémites, mais qui sont conformés comme ceux des Mongols ou des races négroïdes. Il y aurait donc eu dans l'Afrique du nord, avant l'arrivée des peuples actuels, cette race primitive, ce substratum ethnique, que l'on retrouve presque partout, quelque chose d'analogue à l'homme des cavernes en Europe. Ces anciens habitants auraient été détruits ou absorbés par de nouvelles races brunes et blondes, mieux douées ou plus puissamment outillées. La présence des types blonds doit dater de cette irruption, elle n'est pas du tout un fait récent. Dès le xvin* siècle avant J.-C, l'on voit apparaître en Egypte les Maschouaeh et les Wahu 4
Loubim, des guerriers blonds venus du littoral africain, comme pillards ou comme mercenaires.
Ces hommes étaient-ils originaires du nord, du sud oa de Test? Il est probable que le peuplement se fit à la fois par les trois côtés. Mais, comme la Berbérie n'est séparée de rOrient ni par une mer ni par un Sahara, comme elle est en quelque sorte inclinée vers l'Egypte et l'Asie, auxquelles elle se relie par la double ligne du littoral et des oasis, c'est avec l'est surtout qu'elle a communiqué. Sans vouloir préciser une histoire que l'absence de documents rend forcément incertaine, il est permis de dire que l'Afrique septentrionale a reçu , dès la plus haute antiquité , des populations orientales. Ainsi s'expliguerait la parenté incontestable de la vieille langue berbère avec les dialectes sémitiques. Quoi qu'il en soit, la race nord-africaine était constituée dix siècles au moins avant l'ère chrétienne et assez solidement pour persister à travers toutes les péripéties de l'histoire; sous les couches superficielles dont la recouvrirent les invasions, elle devait toujours former le fond durable et tenace de la population indigène.
Avant Carthage, avant les premières colonies phéniciennes, où en étaient les peuples berbères, à quel état social, à quel degré de civilisation étaient-ils parvenus? Nous ne pouvons le savoir que d'une manière très approximative et par des voies indirectes. L'influence phénicienne s'est longtemps limitée au littoral et n'a pas dû modifier sensiblement les mœurs des indigènes; même la conquête romaine a eu peu d'influence sur les tribus du sud. Avec des peuples aussi rebelles à tout changement, il est permis de croire que ce qui était vrai au temps d'Hérodote ou de Phne devait l'être également quelques siècles auparavant. D'ailleurs certains écrivains classiques 5 Salluste par exemple, ont puisé à des sources aujourd'hui perdues.
« Au commencement, dit Salluste \ l'Afrique fut habitée