‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 21 sur 93 · LES VANDALES · texte numérisé non relu

LES VANDALES

serfs de la glèbe ; ils travaillèrent à la fois pour les anciens et pour les nouveaux maîtres.

Gomme chez les Francs, comme chez les Ostrogoths, la décadence commença à la mort du fondateur. Le peu d'aptitude des barbares à accepter une organisation régulière, la turbulence des guerriers, les divisions des chefs, ces causes partout les mêmes produisirent partout les mêmes effets. Dans cette Afrique débilitante, les Vandales, charmés par le climat, étourdis par les splendeurs d'une civilisation raffinée , perdirent en peu de temps leur énergie militaire. Ils s'habillaient avec recherche, abusaient de la bonne chère, couraient les thermes, les cirques, les théâtres. Les bons rapports que la politique prévoyante de Genséric avaient établis avec les indigènes ne furent pas entretenus. Des révoltes éclatèrent, non seulement en Mauritanie, mais dans la Numidie, en Byzacène, en Tripolitaine. Avec les gens de TAurès retranchés dans leurs montagnes, avec les nomades qui lançaient des traits à l'abri de leurs chameaux, les Vandales, lourds cavaliers , sans autres armes que Tépée et la lance , n'avaient pas la partie belle. Les places ayant été démantelées par Genséric, nul obstacle n'arrêtait les incursions. Enfin les passions religieuses , toujours ardentes en Afrique, avaient gagné les nouveaux venus ; les donatistes faisaient cause commune avec les ariens et les poussaient à des persécutions contre les catholiques; ceux-ci, de leur cdté, ne ménageaient pas les provocations. Genséric et ses successeurs immédiats se prononcèrent contre le clergé orthodoxe et lui fermèrent ses églises. Plus tard, Hildéric, élevé à la cour de Constantinople, ami personnel de Justinien, se prêta imprudemment à une réaction; il devint impopulaire, et son parent Gélimer le renversa. Justinien prétendait alors revendiquer toutes les anciennes possessions de l'empire ; il jugea l'occasion favorable pour intervenir en Afrique. Un grand armement fut préparé. Bélisaire, qui le commandait, descendit avec 15 000 hommes

k Caput-Veda, sur les confins de la Tripolitaine et de 1» Byzacène. Les Romains étaient tout disposés à Ini faire accueil ; pour les indigènes, ils étaient tonjours^ les ennemis des maîtres du pays. Un premier combat ouvrît aux Grecs le» portes de Carthage ; battu encore dans une affaire décisive, cerné dans l'Edough, où il s'était réfugié, Gélimer capitula ; Fempire vandale n'avait duré qu'un sfède.

Justinien songea aussitôt à organiser TAfiriqne; eHe forma nue préfecture du prétoire, comprenant comwe divisions to Tingitaoe, ta Numidie , la Proeonsolaire , ïaf Byzacène, la Tripolitaine et enfin la Sardaigne, égalemea* reconquise. Un préfet, chef de l'administration civile, résidait à Carthage; il avait sous ses ordres les gouverneurs , prsesides oii consulaires, et un personnel de 396 secrétaires et emptoyés-, don* l'empereur hri-mème avait réglé le nombre et fixé les émoluments. Le commandement des troupes était à part. Il était dans chaqiTe pro^ vince confié à un duc;' il était recommandé* aux généraux de tenir leurs effectifs an complet et de reconstituer par une sorte de colonisation militaire la garde des frontières. En même temps, on travaillait à rétablir les défenses, à réparer les places, à dresser de nouvelles forteresses. Les matériaux ne * manquaient pas ; on ramassait pêle-mêle les décombres de maisons, les pierres tombales, les frises des temples, les statues, et on les empilait dans d'énormes murailles. On peut voir de ces étranges bâtisses à Madanre, à Tébessa, à Thamgad. La restauration byzantine est là tout entière, reconstruction informe ébauchée avec les débris du passé. Les vastes espérances de l'empereur ne se réalisèrent point ; jamais on ne put occuper la Tingi^ tane et l'intérieur de la Césarienne ; partout ailleui*s, la domination grecque à peine établie était déjà vacillante; le fisc, réorganisé avec toute la rapacité du Bas-Empire, exaspérait la population romaine ; les persécutions religieuses chassaient les ariens. Procope estime que pendant le règne

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