‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 23 sur 93 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Justinien meurt en 565; moins d'un siècle après, dès 644, l'islamisme mattre de l'Egypte poussait ses avantgardesversle Moghreb. Les Arabes ne se risquèrent d'abord qu'avec précaution dans ce « lointain perfide » ; des razzias heureuses les mirent en goût, et ils revinrent bientôt en plus grand nombre. Le patrice Grégoire était alors gouverneur de l'Afrique ; il s'entendait assez bien avec les indigènes, dont l'appui lui avait permis de se rendre indépendant. Aidé de leurs contingents, il essaya d'arrêter les pillards ; il fut tué dans une sanglante bataille. Les villes, effrayées du sort de Tripoli et de Sufetula mises à sac, se cotisèrent pour acheter la retraite des vainqueurs. C'était le moyen de les attirer, une contrée aussi riche devant leur paraîtie une proie désirable. Les Khalifes ommiades songèrent sérieusement à en faire la conquête et y jetèrent 10 000 cavaliers. Sidi Okba fonda la place d'armes de Kairouan et s'enfonça dans le Sahara pour soumettre Ghadamès et les oasis du Fezzan. Dans une seconde expédition, il gagne les Ziban, les parcourt, puis, se lançant à l'aventure, traverse l'épée à la main tout le Moghreb. Les Grecs, enfermés dans leurs places de Lambèse,deTiaretet de Tanger, laissèrent passer cet ouragan. Arrivé sur les bords de la « mer environnante » , Okba pousse son cheval dans les flots, et, pris d'un sauvage en-

thousiasme : « Seigneur, crie-t-il, si cette mer ne m'arrêtait, j'irais dans les contrées éloignées en combattant pour ta religion et en tuant tous ceux qui ne croient pas à ton existence ou qui adorent d'autres dieux que toi I » Le héros musulman ne brillait point par la tolérance et la modération. Son compatriote El-Mohadjer, qui l'avait un instant supplanté, était tratné à sa suite, chargé de chaînes; il traitait cruellement les vaincus, faisait mutiler les chefs, « afin qu'on s'en souvienne, » abreuvait d'affronts immérités ceux qui s'étaient ralliés. Les haines qu'il avait amassées éclatèrent enfin, et à son retour les Berbères insurgés lui barrèrent le passage. Il avait renvoyé à Kairouan presque tous ses soldats, il ne lui restait que 300 hommes. C'était assez pour mourir *. Il dit sa prière, descendit de cheval et brisa le fourreau de son épée ; ses compagnons l'imitèrent et se firent tuer bravement autour de lui. L'auteur de la révolte était un grand personnage indigène, Koceila, chef reconnu de toutes les tribus de l'ouest; mais une armée arabe s'avança pour venger Okba. Koceila périt les armes à la main. La résistance se concentra alors dans les montagnes de l'Aurès, autour d'une Débora africaine, Dihya la prophétesse {Kahina). Le général musulman Hassan enleva facilement Garthage aux Grecs ; mais, quand il voulut s'attaquer à l'Aurès, il fut battu et rejeté dans le désert de Barca. Au bout de cinq années, il reprit l'offensive ; cette fois, la Kahina succomba. Ses fils, dont elle avait elle-même préparé la soumission, passèrent au service des vainqueurs. Mouça-ben-Nocéir, comme autrefois Genséric, occupa au dehors l'ardeur belliqueuse des Berbères et, en faisant la conquête de l'Espagne, pacifia pour un temps l'Afrique.

Avant l'irruption islamique, les tribus de l'extrême ouest pratiquaient des cultes mal connus ; Kahina et ses

"^^ 1. Okba a laissé son nom à une oasis située près de Biskra, où Ton montre son tombeau. .

78 L'ALGÉBIB DANS LE PàSSÉ

Djejfâoua profei^saient le judaïsme ' ; mais la plupart des Berl)ères étai^ot chrétiens. Ils passèrent, avec une rapidité qui surpread^ à la religion des envahisseurs ; il est vrai qu'ils Tabandonnaient plus faeitement eneare ; « ils apostasièrent jusqu'à douze fois, » dit le fils d'Abou Yezid ^. En général, ces paysans africains ne devaient pas être de très grands clercs ; le montanisme, le donatisme, Tariainisme et tant d'autres doctrines hétérodoxes leur avaient été présentés tour à tour conune la vérité suprême. L'islam leur arriva de l'Orient et leur parut une forme nouvelle de l'andenne religion. .11 annonçait un Dieu unique , l'égalité de tous les fidèles ; tout dusulmaii, * quelle que fût son origine, pouvait être homme ilibre, pro^ priétaire, dispensé de la capitation. Plus de privilèges de race, plus de gouverneurs étrangers, plus de fisc imp^ial; c'était une émancipation. De plus, il y avait gloire et profit à suivre les drapeaux des eonquérants devenus des alliés, à n[iarcher derrière eux au pillage de l'Europe. La conversion définitive date de Mouça-ben-Nocéir. Les Berbères devinrent musulmans comme ils étaient devenus* chrétiens et à peu près pour les mêmes raisons.

Ils le furent à leur manière, portés aux exagérations, ajieptes fanatiques des doctrines extoémes; comme au temps de l'empire romain, la lutte contre l'orthodoxie servit de prétexte à la rébellion -contre l'autofité centrale. Les Ommiades avaient substitué à la simplicité primitive des Khaii/e^ par faits un despotisme brillant et coûteux^ ils avaient de grands t besoins; leurs favoris, qu'ils envoyaient comme gouverneurs, pressurèrent la riche Afrique; l'un d'euoc, Yézid, prétendit faire payer aux Berbères musulmans le khara(^\ l'impôt de <^pitation, exigible seulement des infidèle. Vers 720, le mécontentement était devenu général ; ce fut alors qu'arrivèrent dans le Mo^i^ les missionnaires ouabites. Soixante ans auparavant,

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