‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 24 sur 93 · Cité par Ibn-Khaldoun, ibid · texte numérisé non relu

Cité par Ibn-Khaldoun, ibid

Abdallah-ben-Ouab s'était déclaré contre Ali, parce que celui-ci avait admis un arbitrage entre son compétiteur Moaouia et lui. Excommunié avec les siens, Ben Ouab en appela aux armes; il fut écrasé ; mais les Kharidjites, les « séparés », survécurent à leur défaite et se réorganisèrent dans « la voie de secret » *. A les croire, tous les autres musulmans s'étaient écartés de la vraie foi, eux seuls l'avaient gardée intacte dans sa pureté. Ils professaient que le Coran, parole de Dieu, ne doit être ni corrigé ni commenté; la révélation est une et immuable oomme toutes les volontés divines ; les peines et les récompenses sont étemelles, l'homme est prédestiné aux unes ou aux autres par la grâce du Tout-Puissant. Tout ce qui n'est pas Allah n^est rien; tous 1^ musulmans sont égaux, égalité dans le néant; tous doivent être humbles, simples de costume et de mœurs ; la probité^ la continence, la sobriété, prescrites par le Coran, sont rigoureusement observées. Telle était la doctrine des Ouabites ibftdites ; les exaltés du parti, les Sofrites, pleins de haine contre les « unitaires » impurs, conune ils appelaient les autres musulmans, déclaraient qu'il était permis non-seulement de les combattre, mais aussi de piller leurs biens, de les achever et de les dépouiller sur le champ de bataille. Les Berbères retrouvaient à quelques siècles de distance la dure momie de TertuUien, les idées et presque le langage des donatistes, le lèle furieux des cirooncellions. Ces doctrines eoa[ivenaient à la fois à leur tempérament religieux et à leur skuatioa politique. Ils les adoptèrent en masse. Dès 740, 1^ insurrectioifô commencent et gagnent depuis l'ouest jusqu'à la Tripolitaine ; des imams indigènes sttiit proclamés; ils luttent avec succès parfois, toujours avec acharnement contre les troupes des Khalifes; le sang coule à flots. Ibn->Khaldoun estime qu'il se livra &7h ba-

1. Voy. les appendices à la traduction d'Ibn-Khaldoun de de Stane. — Voy. aussi l'introduction que M. Masqueray a mise en tête de sa traduction de la chronique d^Abou-nKakarîa.

tailles. La révolution gui déchira Tempire à ravènement des Abbassides, les mutineries fréquentes des soldats et des chefs arabes, tout concourut à favoriser les progrès des Kharidjites. Leurs deux principales sectes réussirent à former des États indépendants ; les Sofrites eurent pour capitale âidjelmessa, dans le Figuig actuel; les Ibàdites eurent leur centre à Tiaret.

Fatigué du Moghreb, le Khalife Haroun-el-Raschid le donna comme une sorte de fief à Ibrahim-ibn-Aghleb. La famille des Aghlébites, de 800 à 908, se perpétua dans ce commandement. Les émirs reconnaissaient la suzeraineté de Bagdad, mais ils jouissaient en fait d'une indépendance absolue. Au témoignage dlbn-Khaldoun, ils réalisèrent une pacification relative. Leur armée, réorganisée, touchait une solde régulière; elle était assez forte pour réprimer les révoltes et faire au dehors la conquête de la Sicile. Cependant ils ne réussirent pas à reprendre les provinces de l'ouest, où les Edrissites, descendants d'Ali, venaient de fonder le royaume de Fez, ni à détruire les principautés de Tiaret et de Sidjelmessa, où s'était cantonné le kharidjisme. Mais déjà une secte nouvelle faisait son apparition. Elle était sûre de trouver des adeptes en Afrique, pourvu qu'elle fût ennemie de l'orthodoxie et des Khalifes. Les Chiites, ou partisans de la famille d'Ali, s'étaient maintenus et propagés dans tout l'Orient. Leur croyance était une sorte de mysticisme politique : le pouvoir légitime s'incarnait dans une série d'imams; le dernier de ces imams ayant brusquement disparu, on annonça qu'il reviendrait un jour pour établir l'ordre divin et faire triompher la vraie foi*. Mais cet « attendu », montader^ n'arrivant pas, on imagina un précurseur, le Mehdi^ ou envoyé qui devait faire la même besogne. A la fin du ix® siècle, les Ketama, puissante tribu berbère qui s'étendait de l'Aurès au littoral, travaillés depuis longtemps par les missionnaires

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