‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 31 sur 93 · L'EXPÉDITION D'ALGER · texte numérisé non relu

L'EXPÉDITION D'ALGER

sentait du côté de la mer. « La raison de la nouveauté, disait le mémoire, est aussi à mettre en ligne de compte ; plusieurs tentatives ont été faites et ont échoué dans la rade, il faut donc s'adresser ailleurs. Les Turcs sont routiniers et superstitieux; ils ne manqueraient pas de dire : On voit bien que ce sont des Français, ils ne s'y prennent pas comme les autres *. » Ce calcul se vérifia ; les Algériens attendaient l'attaque du côté de l'est, et l'agha Ibrahim avait déjà établi son camp à la]Maison-Carrée, vers l'embouchure de l'Harrach. La flotte mouilla à Sidi-Ferruch sans avoir à tirer un coup de canon. Le Ik juin, à la pointe du jour, on organisa le débarquement ; à peine à terre, les troupes se formaient en bataille et marchaient en avant. Trois batteries que l'ennemi avait construites un peu en arrière de la presqu'île furent éteintes et enlevées ; on vit à peine quelques bandes de cavaliers et de fantassins qui venaient tirailler à distance ; ce n'étaient pas tout à fait « les hordes nombreuses de cavalerie irrégulière couvrant leur front par des milliers de chameaux * » que le général en chef avait annoncées à ses sol* dats. Bourmont partageait les erreurs alors communes et, comme tout le monde, s'exagérait les difficultés de l'entreprise. Le soldat, plus insouciant, ne ressentait pas ces appréhensions; mais les chefs, hantés par des souvenirs sinistres, croyaient qu'on avait tout à craindre des éléments et des hommes. Le 16, le temps devenant mauvais, beaucoup prévirent un désastre. « Si la tempête avait duré deux heures de plus, c'en était fait de la flotte, » écrivait Duperré. Et le général Desprez prononçait le nom de Charles-Quint.

Avec de telles dispositions d'esprit, on était porté à la prudence. Il fut décidé que l'on fortifierait la presqu'île

1. Mémoire de Boutin, Ce travail, les cartes et plans qui le complétaient, admirables de netteté et de précision, avaient été jfaits de souve. nir, BouUn ayant dû jeter tous ses papiers à la mer pour qu'ils ne tombassent pas aux mains des Anglais.

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