‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 33 sur 93 · L'EXPÉDITION D'ALGER · texte numérisé non relu

L'EXPÉDITION D'ALGER

de sa puissance. Les commandants des forts reçurent Tordre de tenir jusqu'au bout et d'imiter ensuite le khaznadji ; il déclarait qu'avant de se soumettre il ferait sauter la Casba et la ville. Mais la population, affolée de peur, ne voulait plus qu'on parlât de résistence, des symptômes de défection se produisaient dans les rangs de la milice, un émissaire alla proposer au général de lui apporter la tête du dey comme gage de réconciliation. Hussein, qui voyait clair, jugea qu'il était temps de négocier ; il offrit de fournir toutes les satisfactions refusées depuis 1827 et de payer les frais de la guerre. Bourmont déclina ses propositions et exigea la remise immédiate de la ville avec ses forts. Lorsque le vieil interprète Brascewitz, chargé de signifier l'ultimatum, en donna lecture devant les officiers turcs , des cris de rage éclatèrent, les sabres sortaient des fourreaux*. Mais Hussein avait pris son parti; le lendemain, il signait la capitulation, dont le texte définitif était ainsi conçu :

« Le fort de la Casba, tous les autres forts qui dépendent d'Alger et le port de cette ville seront remis aux troupes françaises ce matin, à dix heures.

« Le général en chef s'engage envers Son Altesse le dey d'Alger à lui laisser la liberté et la possession de ses richesses personnelles.

« Le dey sera libre de se retirer dans le lieu qu'il fixera, et, tant qu'il restera à Alger, il y sera, lui et sa famille, sous la protection du général en chef. Une garde garantira la sûreté de sa personne et celle de sa famille.

« Le général en chef assure à tous les soldats de la milice les mêmes avantages et la même protection.

« L'exercice de la religion mahométane restera libre. La liberté des habitants de toutes les classes, leur religion,

1. Brascewitz mourut, peu après, de l'émotion terrible qu'il avait éprouvée.

106 Là conquête française

tecirs propriétés, leur ooaaierce et leur industrie ne recevront aucune aMetnte; leurs fammes seront respectées. Le général en chef en prend Tenga^axient sur rhoDneur, ete., etc.

« Au camp devant Alger, le 5 juillet 1830. »

La générosité envers l'ennemi vaincu est un sentiment bien français. Bourmont ne saurait être blâmé d'avoir traité avec courtoisie le vieux dey, si digne dans son malheur. Mais la capitulation faisait plus que le nécessaire; les Algériens se seraient estimés heureux qu'on leur garantît la vie sauve ; il ne fallait pas s'embarrasser d'engagements téméraires; les deux derniers articles ne furent pas observés, et il était difficile qu'ils le fussent. Mieux aurait valu de promettre moins et de tenir davantage. Mais on ne prévoyait pas les difficultés de l'avenir, et ce fut un beau jour que celui où l'armée française, défilant par la Porte-Neuve, entra victorieuse dans cette ville, qui avait bravé Charles-Quint et Louis XIV.

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