LES DÉBUTS DE LA CONQUÊTE
Le général Clauzel, qui succéda à Bourmont, avait de brillantes qualités militaires ; vétéran illustre des guerres de FEmpire, il apportait en Algérie Fardeur d'un jeune homme. Il voulait organiser, négocier, conquérir; mais son activité s'égarait quelquefois ; il écoutait trop facilement des conseils intéressés ou imprudents; enfin, comme politique et comme administrateur, il était de l'école impériale. Il n'était pas homme à se laisser enfermer entre les murs d'Alger ; son plan fut vite dressé. Il voulait agir lui-même au centre, déposséder Mustapha-bou-Mezrag et le remplacer par une créature de la France; il voulait également installer dans les beylicks de l'est et de l'ouest des princes vassaux. Le 17 novembre, il sortit d'Alger avec un corps de 8000 hommes, pénétra de vive force dans Blida, puis aborda les montagnes. Le passage du Ténia, où Bou- Mezrag avait concentré ses forces, fut enlevé après un brillant combat; les gens de Médéa chassèrent eux-mêmes leur bey. Mais, pendant ce temps, les Kabyles de Ben-Zamoun se répandaient dans la plaine, détruisaient un convoi et pressaient vivement le colonel Rullière, resté à Blida. Leur attaque fut repoussée ; les malheureux Blidéens payèrent pour eux, et un affreux massacre ensanglanta la ville.
Cette exécution et d'autres du même genre irritèrent les indigènes. La garnison laissée dans Médéa, harcelée sans relâche, difficilement ravitaillée, dut être ramenée. Cependant le bey nommé par la France put se maintenir quelque temps. Au mois de décembre, le général Daiprémont alla occuper Oran,que nous livrait le vieux bey Hassan ; un arrêté prononça la destitution du bey de Constantine, Ahmed. Un frère du bey de Tunis fut investi du gouvernement des deux provinces ; il s'engageait à payer pour chacune une contribution annuelle de 1 million et à favoriser partout les intérêts français ; quelques soldats tuni siens vinrent tenir garnison à Oran. Ce traité fut désapprouvé, et le ministère rappela Clauzel.
On lui reprochait d'avoir dépassé ses pouvoirs; le véri-
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table grief était dans les inquiétudes que donnait à un gouvernement timide cet esprit entreprenant. Comme pour bien caractériser la politique qu'on voulait suivre, l'armée d'Afrique fut déclarée dissoute; il n'y eut plus dans la régence qu'une division d'occupation. Berthezène en eut le commandement ; c'était un bon officier, mais en sousordre; d'ailleurs les instructions cpi'on lui donnait et les faibles moyens dont il disposait lui interdisaient toute initiative vigoureuse. Ben-Omar, notre bey de Titteri , demandait des secours ; u»e colonne pénétra jusqu'à Médéa, mais pour évacuer presque aussitôt la ville; le bey et beaucoup d'habitants suivirent la retraite. EHe ne se fit pas toujours en bon ordre; au passage du Ténia, il y eut un moment critique; dans la plaine, on profita de la nuit pour franchir la ChifiFa. Cette expédition peu brillante rendit toute leur auda,ce aux Arabes et aux Kabyles ; on combattit presque aux portes d'Alger. Les événements ne prenaient pas une meilleure tournure aux extrémités qu'au centre ; une tentative mal combinée sur Bône coûtait la vie à deux excellents officiers, Houder et Bigot; à Oran, le général Boyer ne faisait aucun progrès et rendait la domination française odieuse à force de cruautés*.
À la fin de 1831, Casimir Périer arrivait aux affaires. L'armée d'Afrique fut renouvelée et augmentée . Berthezène rentra en France ; mais il fut remplacé par le duc de Rovigo. On ne pouvait faire un plus mauvais choix ; l'ancien chef de la police impériale, rhomtme de Vincennes et de Bayonne, était peu préparé à une mission qui demandait sans doute de l'énergie, mais où il fallait surtout de l'intelligence, du tact et une modération calculée. Savary se conduisit avec cette brutalité aveugle qui sous l'Empire simplifiait tout : la politique, la diplomatie et Tadministration. Malgré la pauvreté évidente des habitants d'Alger, il exigea d'eux une contribution
1. C'était ua ancien officier d'Egypte, qui avait repris du service après 1830 ; dans l'armée, on le surnommait Pierre-le- Cruel.