LES ISRAÉLITES NATURALISÉS
Les Israélites algériens sont très anciens dans le pays; la première invasion arabe trouva devant elle des populations entières qui professaient le judaïsme ; il y avait là, avec les descendants des Juifs que Marcius Turbo avait chassés de la Cyrénaïque sous le, règne d'Hadrien, de nombreux prosélytes qu'ils avaient gagnés à leur religion*. Déserté pour le culte des conquérants, le judaïsme garda pourtant quelques fidèles et se maintint pendant tout le moyen âge dans l'Afrique du nord; au xiv® et au xv® siècle, il fut renforcé par l'émigration espagnole; les nouveaux venus se mêlèrent à leurs coreligionnaires; plus instruits, plus cultivés, ayant mieux gardé leurs traditions, ils prirent bien vite une influence prépondérante ; aujourd'hui, le juif purement africain ne se trouve plus guère que dans l'extrême sud, où il partage les mœurs et la vie des nomades; au njard et dans les villes, l'élément espagnol domine, et il a conservé dans les noms dont il fait usage, dans sa langue et dans ses coutumes le souvenir de l'ancienne patrie. Sous les Turcs, les juifs furent astreints à porter un costume spécial; les avanies et les vexations ne leur furent pas ménagées ; il est vrai que la condition des citadins maures n'était pas beaucoup meilleure. La conquête
1. Voy. Ibn-Kaldoun. Histoire des Berbères. — Cahen, Les Juifs de l'Algérie {Bulletin de la société Archéologique de Constant ine).
française fut pour eux une délivrance, ils raccueillirent avec joie. On leur laissa alors, comme à tous les autres indigènes, leur statut personnel, et ils continuèrent à vivre sous le régime des lois rabbiniques. En 1870, un décret du gouvernement de Tours les a naturalisés collectivement ; depuis, ils ont les droits et les devoirs des citoyens français.
Le décret de 1870 a soulevé des polémiques violentes ; c'était assurément chose grave que d'introduire tout d'un coup dans le corps politique une masse compacte, dont l'éducation n'était point faite, qui n'avait complètement adopté ni les mœurs, ni les idées, ni même la langue française. Ce n'était point là toutefois, comme on l'a dit à tort, une fantaisie de M. Crémieux; la naturalisation des Israélites était réclamée avant 1870 par les colons euxmêmes dans les cahiers algériens et dans l'enquête agricole du comte Lehon. On comprend qu'en son temps la mesure ait été Jugée trop générale et qualifiée de prématurée; ce que l'on comprend moins, c'est qu'après plus de dix ans écoulés quelques-uns parlent encore de revenir sur le fait accompli. Quand la révolution de 1848 a établi le suffrage universel, quand elle a donné le droit de vote aux nègres dans les colonies, on pouvait trouver qu'elle allait bien un peu vite en besogne; mais le moyen de retirer des droits acquis à ceux qui en sont devenus légitimes possesseurs? Si l'on révisait le décret de Tours, les juifs qui ont payé l'impôt du sang cesseraient-ils d'être électeurs? les replacerait-on, après les avoir régis par les lois françaises, sous l'empire du statut personnel? On voit tout de suite les conséquences, les froissements, les bouleversements. Une fois que de pareils pas ont été franchis, le plus dangereux est d'essayer un retour en arrière.
Puisqu'il faut tenir compte des résultats, ceux que la naturalisation a produits sont-ils donc si mauvais? Le grand grief contre les israélites, c'est leur influence électorale. Il est certain que beaucoup d'entre eux, par igno-