LES ISRAÉLITES NATURALISÉS
rance ou par esprit de secte, se groupent ensemble et votent collectivement; des meneurs s'emparent de la masse inconsciente et la dirigent beaucoup plus au gré de leurs propres passions que dans le sens de l'intérêt général. Mais la faute n'en est-elle pas aussi à ceux qui, réveillant mal à propos des préjugés assoupis, soulevant des questions aussi irritantes qu'insolubles, excitent imprudemment les méfiances et les haines? Sans leurs provocations et leurs violences, les abus qu'ils signalent auraient déjà disparu. Malgré tout, ils s'atténuent tous les jours, à mesure que parmi les juifs l'élément jeune et intelligent prend le dessus sur le vieil élément indigène. On ne peut contester que cette population, presque stationnaire de 1830 à 1870, n'ait accompli depuis lors de remarquables progrès. L'ancien costume est presque abandonné, les modes européennes sont adoptées, quelquefois même avec un empressement excessif. Riches et pauvres envoient leurs enfants dans les écoles et s'imposent pour leur instruction les plus durs sacrifices ; les jeunes filles des familles aisées cultivent les arts d'agrément; les jeunes gens, soumis au service militaire, rapportent de l'armée, avec la fierté virile qui manquait à leurs pères, le sentiment de la patrie française. Par l'effet d'habitudes séculaires, les Israélites s'adonnent surtout au commerce, mais quelques-uns essayent déjà de la culture ou de Tindustrie, d'autres embrassent les professions libérales, d'autres exercent des métiers manuels. Les stigmates du passé s'effacent d'une génération à l'autre. Avant qu'il soit longtemps, avec cette facilité d'adaptation que possède leur race, ils se seront aussi complètement assimilés que leurs congénères de France, et rien ne les distinguera plus des autres citoyens.