LES ÉTRANGERS
La population étrangère de TAlgérie provient surtout des pays méditerranéens. Sur un total de 158 387, le recensement de 1876 indiquait 92 510 Espagnols, 25 759 Italiens, 14 220 Anglo-Maltais; on constatait à la même date la présence de 5722 Allemands ; le reste se répartissait entre des nationalités diverses : Suisses, Belges, Anglais, etc.
La supériorité numérique appartient sans contredit aux Espagnols ; ils forment les trois cinquièmes de la population étrangère^ le quart de la population civile européenne. Ils sont répandus dans toute FAlgérie, mais leur densité va en augmentant de Test à l'ouest; ils sont 3500 dans le département de Gonstantine, 3& 660 dans celui d'Alger; 55 877 habitent la province d'Oran, où Ton trouve seulement 55 296 Français. Cette affluence s'explique par la proximité du pays d'origine; en huit heures, un paquebot va de Garthagène à Oran ; il ne faut qu'une vingtaine d'heures et un vent favorable pour amener des côtes valenciennes pu baléares des balancelles chargées de passagers. L'Espagne est pauvre; depuis quelques années, ses provinces méridionales ont été durement éprouvées, les impôts sont lourds pour son indigence ; aussi le mouvement d'émigration vers l'Algérie va-t-il en s'accentuant;
en quatre ans, de 1872 à 1876, il a amené près de 24 000 individus; depuis, l'insurrection est venue Tenrayer, mais pour quelque temps seulement; il n'est pas douteux qu'il ne reprenne bientôt son cours K
Ce n'est pas en général l'élite d'une nation qui se déplace avec tant de facilité. L'Algérie recueille ainsi bon nombre de vagabonds et de gens sans aveu à qui l'existence est devenue impossible dans leur patrie ; parmi les Européens qui comparaissent devant les tribunaux pour attentats contre les personnes ou les propriétés, on relève une forte proportion d'Espagnols. Tous les émigrants venus de la péninsule ne rentrent pas dans cette catégorie malfaisante , tant s'en faut. Mais, pour la plupart , ils apportent dans la colonie des mœurs presque aussi rudes et aussi farouches que celles des indigènes. Le quartier espagnol d'Alger, le faubourg Bab-el-Oued, est un des plus malpropres et des plus turbulents; les habitants, fort honnêtes gens d'ailleurs, jouent volontiers du couteau dans les rixes ou les querelles de jalousie. Avec cela, ^Espagnol possède des qualités précieuses : énergie au travail, sobriété, endurance du climat; laboureur, jardinier, maçon, terrassier, charbonnier, halfatier, il s'accommode de tous les métiers, même des plus pénibles ; il vivra sous un gourbi comme un Arabe, fera ses repas de quelques pastèques et d'un peu de poisson séché. Quelquefois il réussit dans ses affaires. A Bel-Abbès, on voit le dimanche des hommes bien portants, coiffés du grand chapeau mou et vêtus de la veste ronde en drap luisant, l'air solide et cossu : ce sont les « Pepe », les fermiers ou propriétaires espagnols qui ont prospéré. Dans les villes du littoral , principalement à Oran, il existe toute une classe de négociants espagnols, dont plusieurs très opulents et qui figurent avec honneur dans les premiers rangs de la société.
1. C'est chose faite aujourd'hui. Du mois de septembre à la fin de 1881, le mouvement de l'immigration espagnole dans la province de Fouest a été de 5493.