LES ÉTRANGERS US
Murcie, Alicante, Valence, les provinces du sud-est alimentent surtout l'émigration; on voit quelques Andalous , peu de Castillans. Les gens des Baléares , les a Mahonnais », comme on les appelle indistinctement, ne font pas corps avec les autres Espagnols ; ils ont des habitudes plus paisibles et des instincts moins violents. Cette population laborieuse se livre de préférence au jardinage; autour d'Alger et des autres grandes villes, presque tous les maraîchers sont des Mahonnais. Jour et nuit au travail, ils gagnent bien les bénéfices que leur donne là vente des primeurs. Leurs potagers, sans cesse bêchés, fumés, arrosés, sont tenus comme des plates-bandes ; leurs maisons, soigneusement blanchies à la chaux, ont la propreté éclatante d'un intérieur hollandais. De tous les éléments étrangers que la conquête française a attirés en Algérie, il n'en est pas d'aussi estimable.
Les Italiens, inversement aux Espagnols, sont rares dans la province d'Oran, clairsemés dans celle d'Alger, nombreux dans celle de Constantine ; cette dernière en a reçu 6400 de 1872 à 1876. Sur les ports et dans les marchés à poisson, on entend les notes accentuées du patois napolitain; la plupart des pêcheurs, des mariniers, des matelots sont originaires des Deux-Siciles. Dans les villages de l'intérieur, quelques Sardes se livrent à la culture; les entrepreneurs de travaux publics, pour avoir la maind'œuvre à bon marché, ont fait venir des fournées d'ouvriers piémontais; ceux-ci sont restés dans le pays, plusieurs sont devenus patrons à leur tour, d'aucuns ont fait fortune; mais ils constituent l'exception; la population italienne est généralement besoigneuse; elle exerce des métiers rudes et dangereux, se nourrit mal, s'entasse sans souci des précautions hygiéniques dans des taudis malsains, ce qui ne l'empêche pas de se reproduire «t de pulluler. Elle est plus bruyante que dangereuse, bien que ses mœurs soient assez grossières. Très attachée aux pratiques pieuses, elle se joint aux Espagnols pour rem-
âl4 LES HABITANTS
plir les églises, reci'ut^ les confréries, faire cortège aux processions. Elle forme ainsi le plus frappant contri^te aTec le Français, indifférent ou franchement irréligieux.
Les Maltais ne se dé^ysent guère en venant ^n Algérie ; leur type est à peine différent de celui des indigènes ; leui^ dialecte est, à peu de diose près, un idiome berbère, flardis, industrieux, baragouinant toutes les langues, >ils vont partout et partout savent se tirer d'affaire. Quelquesuns restent sur le littoral, où ils sont matelots, pécheurs, plus rarement jardiniers ; mais la plupart ont pjius de .goût pour le petit commerce, ils sont épiciers, débitants, eantiniers. Adroits et économes, ils arriva àTaisamie, même à la fortune ; il existe à Alger et dans la province de Constantine des maisons de commerce maltaises qui comptent parmi les plus solides. Le Maltais nouvellement débarqué ou qui vit dans l'intérieur n'est pas encore un civilisé. Il est rude de manières, ignorant, superstitieux, violent. Mais cette population fruste se dégrossit assez facilement ; à la seconde génération, le Maltais des grandes villes est devenu un véritable Européen.
Les Allemands ont peuplé plusieurs villages aux environs d'Alger et d'Oran ; quand ils peuvent résister au dimat, ce sont d'assez bons cultivateurs ; n'étant alimenéés ni par un excédant de naissances m par un courant d'émigration Continu, ils tendent à disparaître ou à fusionner avec le reste de la population ; ils ne constituent pas, ^omme les Espagnols ou les Italiens, un groupe distinct. Il en est de même des aubres étrangers : Suisses, Belges, Polonais, etc. , dont la proportion n'est pas assez forte pour qu'ils puissent se maintenir à l'écart et qui d'ailleurs ne cherchent pas à vivre isolément. Il faut mentionner ausai, mais comme un élément flottant, les touristes et les h^vertteors, en majorité anglais, que la douceur de l'air ^et la èeauté des -sites attirent chaque année en Algérie.
Il serait injuste et puéril de contester les serviees rendus à la colonisation par l'élément étranger; oertes
LKg iffRANOfiRS Ètë
Tagricultur^, les diverses industries, les entrej^reneurs de travaux, les coastructeurs de cbemias de fer, les x^oûcessicHinaires des nûiies ou des chantiers de halfa se trouveraient fort en peine s'il leur fallait se passer de la maind'œuvre espagnole. Il est évident d'autre part que la présence de tant d'étrangers constitue ufi. embarras dans le présent et un péril pour l'avenir. Sur ce sol que la France a conquis, qu'elle a payé des millions de son budget et du sang de se^ soldats, il y a en foule des hommes qui se groupent autour d'autres drapeaux que le sien, qui se réclament d'autres nationalités. Cette année même % les Espagnols de la province d'Oran ont trop laissé voir qu'ils se considéraient comme chez eux, et leur gouvernement n'|i pas fait preuve de beaucoup de réserve dans ses démonstrations diplomatiques et militaires. Malgré les facilités toutes spéciales apportées à la naturalisation parle sénat us- consulte de 1865, qui, en Algérie, n'impose d'autres conditions que Fâge de vingt-et-un ans et une résidence de trois ans, le nombre des naturalisas est encore bien restreint. Les Allemands et les Suisses sont les plus empressés, les Italiens viennent ensuite, et tout à fait en dernier lieu les Espagnols. Dans le courant de 1879, il s'est produit 367 demandes : 161 émanaient d'Allemands, 107 de Suisses, 73 d'Italiens, 89 d'Espar gnols. De 1865 à 1879, pendant une période de. quatorze années, on a compté 999 naturalisations allemandes ^ 1141 italiennes, 781 espagnoles. C'est-à-dire que les Allemands se sont faits naturaliser dan^ la proportion de 1 sur. 6, les Italiens dans celle de 1 sur 22, les Espagnols dans celle de 1 sur 120. Ce sont là de bien médiocres résultiats. A la vérité, on peut espérer davantage des croissants. Sur 2(1 4A9 .mariages, contractés par les étmag^rs.de !l830 à 1877, las deox conjoints étaient étr^mgers dans ià 568 cas; 68S1 fois l'un d'eux était Français.
1. 11 s'agit des incidents déplorables qui se sont produits pendant Tété de ISftl à propos ée rin&urrectioa un «nd-OHeat.
Une fois sur trois environ les étrangers s'allient avec nous. Il est à remarquer qu'il est plus fréquent de voir des Français épouser des étrangères que des étrangers des Françaises. Les unions mixtes se font donc le plus souvent au bénéfice de la nationalité française.
Indépendamment de la fusion par naturalisation ou par croisement, bien des causes contribuent à rapprocher de nous les étrangers établis en Algérie. L'élément français exerce seul les fonctions publiques et les professions libérales ; c'est devant les tribunaux français et par les lois françaises que se jugent les affaires , c'est l'instruction française qui est donnée dans les écoles. Les fils d'Espagnols nés en Algérie, à moins d'aller faire dans leur pays d'origine un service plus long et plus pénible, sont appelés sous les drapeaux avec le contingent algérien ; de même les sujets anglais, à la deuxième génération, sont soumis à l'impôt du sang, s'ils ne font connaître d'une façon formelle leur désir de conserver leur nationalité. Enfin ce qu'il importe surtout de considérer, c'est que tous les étrangers ne sont pas des émigrants nouvellement débarqués. En 1872, on en comptait 48 488 nés en Algérie, contre 67 028 nés en Europe ; bientôt la proportion se sera renversée en faveur de l'élément créole. Ces hommes, qui sont nés et qui^ont toujours vécu en terre française/ parlent encore la langue maternelle ; mais leurs enfants ne la sauront plus. Eux-mêmes élevés dans nos écoles, condisciples et compagnons d'armes, unis à nous par la communauté des idées et des mœurs, par les relations sociales et la connexité des intérêts, sont déjà presque des compatriotes.
On peut donc espérer beaucoup de la marche naturelle des choses, du mouvement insensible, mais continu qui rapproche les Européens de toute origine. Cependant il y a des précautions à prendre pour que l'élément national ne soit pas débordé; nous n'avons pas conquis l'Algérie pour en faire un pays cosmopolite ; terre française elle est.