CHAPITRE V
Le Tell a 14 millions d'hectares; son nom vient-il du mot latin, tellus et signifie-t-il la terre par excellence, le sol nourricier? N'est-ce pas seulement le mot arabe Tell*, colline, monticule, employé à propos pour désigner une région aussi tourmentée? A voir la carte, ce Tell montueux semble riche en eaux courantes. De Test à l'ouest, il est veiné d'un réseau complet de rivières : la Medjerda, qui va finir en Tunisie, la Mafrag, la Seybouse, le Safsaf bordé de peupliers, le Rummel aux chutes pittoresques, le Sahel, le Sebaou, Tisser de Test, l'Harrach, le jaune Mazafran, le Chélif où tombent le Nahr-Ouassel, l'oued Riou, la Mina et tant d'autres affluents, la Macta que forment en «'embranchant l'Habra et le Sig, l'oued Melah tout chargé de sel, la Tafna avec l'Isser de l'ouest, et l'oued Mouïla; toutes vont d'une marche plus ou moins directe, après des parcours d'une longueur variée, aboutir à la Méditerranée. Les unes se sont formées dans la chaîne littorale, les autres dans les montagnes de la bande intérieure. Seul, le Chélif a ses sources en dehors du Tell, au loin sur la lisière des hauts plateaux et du Sahara, dans le Djebel- Amour. Il coule du sud au nord, fait sa trouée pour entrer dans le Tell auprès de Boghar, s'incline au nord-est, puis, par un autre détour, file vers l'ouest à partir de Miliana. Son développement (700 kilomètres) est déjà celui d'un
1, Mac-Carthy, Géographie de VAlf/érie.
fleuve ; les autres ont de 100 à 200, jamais plus de 250 kilomètres. Des pentes d'une extrêmejaideur dans les montagnes, en plaine un lit démesurément large, sans profondeur, des berges incertaines, voilà ce qu'on trouve sur tous ces cours d'eau. Aucun n'est navigable, le Chélif pas plus que les autres; à peine si l'on peut utiliser pour le flottage, pendant quelqi^es mois de l'année, la partie basse de 1 oued Sahel. Nulle part en Algérie vous ne verrez cette régularité de nos beaux fleuves d'Europe, cette plénitude tranquille, cette majestueuse égalité d'allure. En été, cette tranchée énorme au milieu de la plaine, dans le fond de laquelle en se penchant on distingue un mince filet d'eau qui se traîne : c'est une rivière, c'est la Seybouse, ou THabra, ou le Chélif; dans quelques mois, des flots jaunâtres s'y presseront et déborderont par-dessus les rives. Les eaux pluviales, battant à grandes averses un sol fortement incliné, le ravinent davantage, dénudent sa carcasse rocheuse ; la terre végétale manque pour les absorber et les égoutter ensuite lentement ; d'un élan elles se précipitent dans les plaines qu'elles inondent. Ce que les nuages ont versé est presque aussitôt restitué à la mer. Les crues sont soudaines, mais durent peu. Il n'est pas bien aisé de jeter des ponts d'un bord à l'autre ; un orage dans la montagne, une grande poussée d'eau, et ils sont emportés. Quelquefois la rivière capricieuse démolit ses berges, se fraye un nouveau chemin et laisse là le pont suspendu sur ses arches vides. Les indigènes, qui ne se piquaient point de savoir exécuter des travaux d'art, passaient à gué ; force nous est de les imiter la plupart du temps. Ces traversées sont faciles ; les bêles ont de l'eau jusqu'à mi-jambe; les hommes, sautant d'une pierre à l'autre, en sont quittes pour se mouiller un peu les pieds. S'il survient une crue, l'opération devient dangereuse ; le plus sage est d'attendre que la rivière ait fini de couler. La naïveté du paysan de La Fontaine serait prudence en Algérie. L'irrégularité des cours d'eau compromet la culture,
la vie même du pays. Avec les fortes épaisseurs de terre végétale qui recouvrent les plaines, avec le chaud soleil qui brille toute Tannée, la fécondité est admirable, à condition que Teau ne manque pas. Partout où Ton peut irriguer, céréales, vignes, plantes industrielles, tout vient à souhait. Il faut donc arrêter au passage les rivières fugitives et empêcher toute cette richesse liquide d'aller se perdre à la mer. En Algérie, comme en Espagne, comme dans tous les pays à cours d'eau intermittents, on a reconnu la nécessité des barrages. Les barrages-déversoirs distribuent immédiatement les eaux; les barragesréservoirs les emmagasinent. Ces derniers surtout sont importants : on barricade par une forte muraille un étranglement de vallée, on approfondit et on régularise le thalweg, on consolide les berges par des revêtements. On a ainsi un bassin de retenue où Teau s'accumule pendant Thiver; en été, des aqueducs la conduisent dans des canaux de distribution, où elle est débitée suivant les besoins. A part celui du Hamiz, les barrages-réservoirs ont été construits dans le département de l'Ouest; celui de l'Habra emmagasine 35 000 000 de mètres cubes, celui du Hamiz 14 000 000, ceux du Sig et de la Djidioua chacun 3 500 000. Les travaux d'établissement sont difficiles et coûteux; il faut en effet construire solidement et avec des précautions minutieuses, pour n'avoir pas à craindre les terribles catastrophes que produirait une rupture*. Le barrage de l'Habra a coûté 4 millions; celui de Djidioua, beaucoup plus petit, 550 000 francs. Mais les services qu'on en attend sont de ceux qu'on ne saurait payer trop cher. Il n'y aurait pas lieu de s'arrêter à la dépense, si l'expérience n'avait révélé une difficulté dont il est urgent de triompher tout d'abord.
1. Ces catastrophes se sont produites par la rupture du barrage de l'Habra. Sans parler des dégâts matériels on compte au moins 300 victimes. La responsabilité de la compagnie franco-algérienne qui a eu l'entreprise du barrage est gravement engagée. Il y avait certainement des vices de construction.
En arrivant dans les bassins de retenue, les eaux introduisent avec elles une quantité de matières solides qu'elles tiennent en suspension. Devenues immobiles, elles les précipitent, et il se forme ainèi dans le fond du barrage un dépôt vaseux dont l'épaisseur et la dureté augmentent chaque année. Cet envahissement s'accélère avec une vitesse inquiétante. Dans le barrage du Sig, les vases s'emparent de 100 000 mètres cubes par an ; dans le barrage derHabra,de 250 000. Le volume de l'eau emmagasinée diminue d'autant, et Ton peut calculer le moment où il sera réduit à rien. C'est donc avec raison qu'avant de construire des barrages nouveaux on se préoccupe de trouver un procédé pour dégager les anciens. Les curages à la main ne sauraient être employés ; la cherté en est le moindre inconvénient, ils déchaînent les fièvres pernicieuses. La méthode des chasses est plus scientifique : au bas du mup de retenue sont pratiqués des évacuateurs munis de vannes mobiles ; on soulève les vannes, et l'eau s'écoule, entraînant les boues avec elle. On peut ainsi arriver à se débarrasser des vases, mais au prix d'une énorme déperdition d'eau. Si, après cela, on remplit encore le barrage, on aura de nouveaux apports qui nécessiteront un nouvel écoulement. C'est tourner dans un cercle vicieux. Un ingénieur civil, M. Calmels, propose un autre système*. La vase a sa valeur aussi bien que l'eau, on peut utiliser l'une et l'autre, compléter l'irrigation par un colmatage II ne s'agit plus de chasser violemment les vases et les eaux, mais de les faire sortir ensemble par un mouvement régulier et continu. Près du mur de retenue est placé un compresseur à air, mis en action par une turbine et destiné à produire un fort tourbillonnement. Les eaux se chargent à nouveau des vases qu'elles avaient déposées et les entraînent avec elles ; on dégage ainsi assez facilement les abords du mur. La question est de savoir
1. Voy. Calmels, Le dévasement des ban'ages^réservoirs en Algéne, Jourdan, éditeur. Alger.
si les vases accumulées dans les autres parties du bassin^ glisseront suivant les pentes pour venir se faire expulser à leur tour. Des expériences exécutées dans le barrage du Sig ont donné un résultat qui paraît satisfaisant. Quoi qu'il en soit, il importe qu'une solution prochaine soit apportée à ce problème du dévasement. On pourra alors se remettre à l'œuvre et créer assez de barrages pour corriger ce que le régime des eaux a de défectueux.
L'aspect du sol, le climat, les productions ne sont pas les mêmes dans toute l'étendue du Tell; le littoral ne ressemble pas à l'intérieur, et dans l'intérieur, les parties^ basses aux parties montagneuses.
Le littoral jouit d'un climat tout maritime ; les écarts de température ne sont pas considérables entre les jours et les nuits ni même entre les saisons. L'hiver est d'une douceur délicieuse; par les temps les plus froids, le thermomètre marque de 10 à 5 degrés centigrades; l'abaissement de la température coïncide toujours avec de fortes pluies. A la première embellie, on remonte à 15 et au delà : le ciel reparaît lumineux, l'air s'agite doucement sous l'haleine fraîche des brises, la végétation étale le luxe de ses couleurs vivifiées. Pour l'étranger, pour celui qui a encore dans les yeux les ciels bas, les soleils sans lumière et la nature du nord endormie par le froid, c'est . un véritable éblouissement. Alger surtout, avec sa ceinture de sites pittoresques, exerce, malgré l'imperfection du confort et des agréments mondains, une attraction toutepuissante, qui fait d'elle la rivale heureuse des stations provençales. La saison d'hivernage, la belle saison colorée par le soleil et fécondée par les pluies, s'ouvre en octobre, plus souvent en novembre, et se prolonge d'ordinaire jusqu'au mois d'avril. Avril et mai sont les mois de transition, un printemps algérien, qui n'a pas, comme celui d'Europe, le charme infini du renouveau. En juin commencent les sécheresses, la température s'élève, l'intensité de la chaleur augmente en juillet, elle atteint son
maximum en août pour décroître avec septembre; elle se maintient même en octobre, quand les pluies d'automne se font par trop attendre. Pour le mois d'août, les moyennes observées varient entre 25 et 30; en général, elles sont plus basses sur la côte de l'ouest, où arrivent encore par Gibraltar les courants , atmosphériques de rOcéan. Les températures extrêmes (Philippeville 49* en 1878) ne se soutiennent que pendant quelques jours, lorsqu'elles sont chauffées par le siroco, heureusement assez rare en été. Ce qui est plus fréquent et presque aussi pénible, c'est l'humidité occasionnée par la prédominance des vents d'est. Somme toute, même dans la saison la moins favorisée, la température n'est pas intolérable ; et il reste neuf mois de Tannée pendant lesquels ce climat du littoral est un des plus égaux, des plus doux et des plus agréables qu'il y ait au monde. Il fait les délices des Européens nomades, voyageurs, peintres, poètes ; mais les hygiénistes le jugent avec sévérité. La clémence perfide de ses hivers énerve, affadit l'organisme humain et le livre sans défense aux brutalités de la saison chaude. On ne peut pas dire d'une manière absolue que la côte de l'Algérie soit malsaine ; elle n'est pas le siège de maladies spéciales ou d'endémies permanentes ; mais ceux qui l'habitent longtemps éprouvent à la fin une diminution de vigueur physique et d'énergie intellectuelle.
La région littorale forme une bande étroite; les rochers, les terrains accidentés qui la constituent presque partout sont arides, à peine revêtus par endroits d'une maigre végétation de broussailles. Les environs de quelques grandes villes tranchent sur ce fond un peu triste : près d'Alger, les dernières pentes du Sahel sont peuplées de propriétés de plaisance dont les arbres toujours verts semblent former une forêt continue ; dans tout le massif, les plantations de vignes se multiplient et donnent l'aisance à des villages longtemps misérables. Bône et Phi- Jippeville, Arzeu et Mostaganem ont également leur bor-
dure de végétation. Vers les plages, dans les alluvions* apportées par les petits cours d'eau, la culture maraîchère s'est établie : les vergers •soigneusement entretenus, les carrés de légumes sans cesse travaillés, fumés, arrosés, approvisionnent les villes et envoient leurs primeurs à la métropole. Avec la pèche, voilà les ressources naturelles du littoral ; la production agricole n'y trouve ni un terrain favorable ni un espace suffisant; il convient mieux à la vie urbaine, aumondedes affaires, du commerceetdes plaisirs.
Les plaines recouvrent une bonne partie de la surface du Tell ; les unes sont immédiatement voisines de la côte (plaine de Bône, Mitidja, Mléta), d'autres sont situées assez loin dans l'intérieur des terres : ainsi la Medjana, la plaine de Bel-Abbès, la plaine d'Eghris. Presque toutes se développent dans le sens de la latitude, parallèlement aux chaînes de montagnes, entre lesquelles elles forment des sortes de couloirs. La répartition des saisons est à peu près la même que sur le littoral, mais les caractères climatériques offrent des différences ; le rayonnement nocturne qui est intense détermine de brusques abaissements de température et des gelées, même au printemps. A Orléansville , à Bel-Abbès, à Batna, le thermomètre descend souvent à et au-dessous pendant les mois^ d'hiver. Par contre, les chaleurs d'été sont très f(Jrtes ; les moyennes du mois d'août à Orléansville sont de 33 à 35 degrés; le maximum de 50 à l'ombre est atteint presque tous les ans. A la vérité, Orléansville, bâtie au beau milieu de la plaine du Chélif, se trouve dans des conditions exceptionnelles ; les autres stations présentent des moyennes et des maxima moins élevés. Il convient d'ajouter qu'à température égale la chaleur des plaines, sèche et franche, se supporte mieux que l'énervante humidité du littoral.
Les plaines du Tell ont un renom d'insalubrité qu'elles méritent. Disposées en cuvettes, elles reçoivent toutes les eaux qui descendent des montagpes; ces eaux s'immobilisent dans les bas-fonds en lacs permanents ou en
marécages. Les grands courants atmosphériques, arrêtés et déviés par les hauteurs, ne viennent pas battre et balayer Pair; du sol fraîchement remifé, des terrains détrempés, des eaux croupies, les miasmes sortent et se développent sous le soleil. Périodiquement, à partir des premières chaleurs jusqu'au nettoyage des grandes pluies, les fièvres sévissent. Leurs ravages sont aujourd'hui moins terribles que dans les premiers temps de la conquête, parce que depuis lors la face du pays s'est partout modifiée. Des travaux d'assainissement ont été exécutés de toutes parts ; on a desséché le lac Halloula et les marais qui empoisonnaient la Mitidja; le lac Fetzara, les marais de Bône, et ceux des environs d'Oran, et ceux de la Soummam, auprès de Bougie, et ceux de l'oued Boutan, au bas de Miliana, ont fait place à des cultures. On projette également de mettre à sec la Sebkha d'Oran, dont llnnocuité n'est pas démontrée et dont l'inutilité est certaine. L'extension de la culture a eu aussi son influence : chaque laboureur, en enfonçant sa charrue, en plantant un arbre souvent au péril de sa vie, a combattu le bon combat; sous l'effort continu de ce conquérant pacifique, la nature ennemie cède et se civilise. D'immenses améliorations se sont déjà réalisées; d'autres peuvent être poursuivies. Malheureusement, la puissance du travail humain ne va pas jusqu'à changer les formes mêmes du sol; quoi qu'on puisse faire, la plupart des plaines du Tell, étranglées entre des montagnes, ne seront jamais bien ventilées et par conséquent ne jouiront jamais d'une salubrité parfaite.
La population s'y porte cependant, parce que ces terrains bas sont les parties les plus fertiles de l'Algérie. L'humus arraché aux montagnes s'y est amassé en couches profondes; l'eau est en abondance, courante ou immobile, souterraine ou à la surface. Prairies, arbres fruitiers, plantes industrielles, on peut tout tenter- Mais la principale production est celle des céréales. L'ancien grenier de l'empire romain est toujours resté un marché à blé;
même aux plus mauvais jours de l'anarchie turque, la régence faisait en grains un important commerce d'exportation. Aujourd'hui, les travaux d'irrigation et d'assainissement, la sécurité des transactions, la facilité croissante des débouchés et principalement les progrès de la culture européenne activent partout la mise en valeur du sol. La Mitidja, couverte de fermes et de florissants villages, est comme une autre Beauce. Sétif, au temps des moissons, est perdu au milieu d'une mer d'épis mûrs. A l'ouest, la large vallée du Chélif ne donne encore qu'un rendement bien irrégulier; mais quand elle sera pourvue d'eau, comme ses voisines du Sig et de l'Habra, elle les écrasera de sa prospérité. D'orient en occident, du nord au sud, le vieux sol fertile se réveille, chaque plaine est un centre agricole en pleine production ou n'attend plus pour le devenir que l'appel de la colonisation.
Il faut gravir les montagnes pour trouver dans le Tell de véritables hivers : la neige tombe chaque année à plusieurs reprises, tapisse les pentes et séjourne parfois pendant des mois sur les sommets. Les basses températures sont presque continues de décembre jusqu'en avril. A Médéa, Aumale, Fort-National, Sétif, elles descendent souvent jusqu'à des froids rigoureux de 4 ou 5 degrés audessous de zéro. Les chaleurs sont moins tenaces que sur le littoral et dans les plaines, mais elles atteignent une redoutable intensité sous l'influence du siroco que reçoivent en -plein les localités élevées. Les moyennes et les maxima du mois d'août, inférieurs à ceux des plaines, sont, à peu de chose près, les mêmes que l'on observe sur le littoral. Mais la moyenne générale de l'année est sensiblement plus faible. En 1879, elle était seulement de 15,2 pour Constantine, de 14,2 pour Fort-National, de 14 pour Sétif, tandis qu'elle s'élevait à 17,8 pour Alger. Ce climat n'est pas agréable, avec ses saisons tranchées et ses oppositions violentes ; à des hivers relativement très froids, il fait succéder des étés presque aussi chauds que
dans le reste de l'Algérie. Mais son âpreté est salutaire; il trempe et réconforte les tempéraments. La région montagneuse a cependant ses cantons insalubres : en Kabylie, par exemple, des vallées entières sont habitées par une population rachitique et maladive ; profondément encaissées, mal aérées, engorgées de brouillards, elles reproduisent les mauvaises conditions des terres basses du Tell. Ce qui fait la salubrité d'une contrée, ce n'est pas son altitude absolue, mais sa position dominante par rapport aux pays qui Tavoisinent. Les sommets baignés dans l'air libre, les versants bien exposés face au vent, les plateaux dégagés sont toujours, quelle que soit leur hauteur, des sites favorables à l'habitat humain.
Le sol des montagnes est naturellement moins riche que celui de la plaine, vers laquelle le mouvement des eaux entraîne le meilleur des terres. Cependant il y a des parlies fertiles; les céréales sont cultivées, et parfois, comme en Kabylie, une patience héroïque triomphe de la pauvreté et des difficultés du terrain ; les bons pâturages ne manquent pas et nourrissent des chèvres, des moutons et des bœufs. Le fléau du déboisement n'a pas tout ravagé; beaucoup de pentes et de cimes sont encore peuplés de maquis touffus et même de véritables forêts. A côté des essences forestières, les arbres fruitiers abondent et surtout l'olivier, richesse du pays kabyle. Par un effet de l'altitude, la végétation retarde sur celle du bas pays; on retrouve là les plantes du midi et aussi du centre de l'Europe. Certains coins de terre rappellent les plus frais paysages de notre France, Médéa par exemple, avec ses vignobles, ses fleurs et ses vergers, ou mieux encore Tlemcen. De cette vieille capitale, si intéressante par ses monuments artistiques et les vestiges de son passé, la vue s'étend sur un panorama de vallons évasés, de croupes arrondies, de plateaux fertiles où les arbres, oliviers, noyers, figuiers, térébinthes, pressent leurs feuillages variés, où de tous côtés circulent et murmurent les eaux courantes.