‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 9 sur 93 · V. Mac-Carthy, Carte des régio?is à halfa · texte numérisé non relu

V. Mac-Carthy, Carte des régio?is à halfa

viennent en prendre livraison; il alimente un commerce d'exportation de plus de 60000 tonnes, représentant une valeur de 10 millions^; il fait vivre deux chemins de fer, celui de Bel-Abbès au Tlélat et celui d'Arzeu à Salda ; enfin il a amené sur les plateaux le peuplement européen. L'insurrection a momentanément chassé les travailleurs, brûlé les chantiers; mais, si grands qu'aient été les dégâts, ils se «ont vite réparés ; les halfas sont toujours là et ne s'épuiseront pas de sitôt. Au reste, il est temps de mettre à profit les autres ressources de ce pays. Les rares terrains où les indigènes veulent risquer quelques semences donnent de magnifiques récoltes, lorsque les pluies sont abondantes. On ne peut pas, dans l'état présent, compter sur des pluies régulières ; mais il est facile, en forant des puits, en pratiquant des barrages de retenue, de multiplier les points d'eau. Si ces travaux d'aménagement étaient menés bien et vite, on a calculé qu'il serait possible, dans la seule province d'Alger, de livrer à la culture 500 000 hectares, improductifs à l'heure qu'il est. En attribuant à la colonisation qui manque de terres la moitié de ce domaine conquis, on aurait de quoi installer dans un pays salubre, supérieur au Tell pour sa valeur climatérique, cinq à sept mille familles d'agriculteurs européens ^,

La restauration des eaux est liée à celle des forêts ; l'une et l'autre auraient pour conséquence l'extension des pâturages. Il existe encore sur les hauts plateaux, vers le centre, quelques massifs que la vaine pâture et l'incurie dégradent; ce sont les vestiges d'une ancienne richesse forestière, qui paraît avoir été considérable ; les écrivains classiques parlent de l'intérieur de l'Afrique du nord comme d'un pays très boisé; les auteurs musulmans racontent qu'avant l'invasion arabe on pouvait aller de Tripoli au Maroc sous le couvert ininterrompu des grands arbres. Le sol n'est donc pas, comme le disait Salluste,

\. État actuel de T Algérie.

2. V. Africa. Bulletin de la société de géographie d'Alger. N"» 1 et 2.

« infecundus arbori », impropre à la végétation forestière. Sans doute le reboisesiefit d'usé aussi vasle étendue est une «itreprise énorme, mais il s'agit d'une œuvre de longue baleine, où Ton peut procéder graduelleinent; les résultats à atteindre sont dignes de Teffort d'une longue patience. €e ne sont pas seulement les hauts plateaux qu'on transformerait, mais l'Algérie tout entière* Un rideau d'arbres continu serait pour elle le rempart le plus efficace contre les influences du désert;. le siroco, ce fléau afanosphérique, le tarisseur des sources, le brùleur des plantes, ne pourrait plus passer, à moins de se baigner dans la végétation sylv^tre, où il s'imprégnerait d'humidité et de fraîcheur. Les pluies seraient régularisées ; des cours d'eau abondants s'alimenteraient dans les montagnes de bordure et descendraient pour les féconder sur le Tell et le Sahara.

Les pâturages sont la grande ressource des indigènes sur les hauts plateaux, mais l'imprévoyance musulmane les laisse se détériorer et s'appauvrir; la rareté de l'eau ne permet le gros bétail qu'à titre exceptionnel ; les moutons seuls s'accomnM)dent volontiers du régime frugal auquel on les soumet. Multiplier les points d'eau, c'est multiplier les pâturages et par suite accroître la richesse des habitants. L'élevage européen pourrait à son tour installer dans le pays ses procédés savants et ses puissants moyens d'action. Gomme l'Australie, comme les plaines du Sud- Amérique, la région des plateaux est appelée à devenir un grand marché à viande, qui aurait le précieux avantage de la proximité. La France et les autres pays de l'Europe méridionale auraiient avantage à s'approvisionner en Algérie. L'agriculture tellienne trouverait à sa portée les engrais qui lui ont manqué jusqu'à présent; un grand courant d'exportation s'établirait et déterminerait presque aussitôt un contre-courant d'importation. Bien entendu^ il serait nécessaire d'étendre à toute l'Algérie les voies ferrées dites de pénétration, lesquelles n'ont pas seulement

une valeur stratégique. Avec leurs halfas, leurs bœufs et leurs moutons sur pied, les lainages, les cuirs, les engrais, les céréales, les hauts plateaux alimenteraient un trafic rémunérateur. Le Tell est certainement la région la plus fertile de l'Algérie, mais ce n'est pas la seule utilisable ; ici comme ailleurs, la solidarité économique existe entre les différentes parties du mêaie pays; aucune ne peut s'isoler des autres ; de même que leur sol, leurs intérêts se touchent, et leur prospérité n'est complète qu'à la condition 4'être générale.

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