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Voy. Le Sahara, par Pomel; Schirmer, Le Sahara

Rir, en forment le pendant au point de vue géograpliique; elles ont été occupées en 1900. Les oasis du Mzab sont situés sur l'isthme calcaire.

Le Sahara algérien, même si l'on ne tient compte que de la superficie effectivement occupée, est aussi vaste que l'Algérie elle-même. Une loi du 6 décembre 1902 lui a donné une organisation spéciale, et y a constitué, sous le nom de « territoires du Sud », des confins militaires dans le genre de ceux qu'on a créés au Soudan et au Tchad. Ils occupent 350 000 kilomètres carrés, non compris iiOOOOO kilomètres carrés d'Erg, Hammada et grands parcours.

Le Sahara n'est pas pour rien la terre des mirages ; il n'est pas de contrée sur laquelle se soient accréditées plus d'erreurs, ni qui prête à plus d'illusions L'opinion a longtemps prévalu que c'était le fond d'une mer disparue récemment : rabondance des sables, l'absence supposée de tout relief, la nature saline du sol et des végétaux semblaient autant de preuves décisives. Des récits incomplets ou apocryphes^ des légendes mal interprétées servaient de documents ; l'imagination, brochant sur le tout, se représentait un pays stérile, sans eau, sans productions, sans espèces vivantes, un océan de sables, sillonné par de tremblantes caravanes, remuant comme des vagues son sol mobile, secoué jusqu'aux profondeurs par des tempêtes assez terribles pour engloutir des armées ; en somme, une contrée maudite, mystérieuse, inhabitée, impénétrable. Le temps a fait justice de ces exagérations. Il est démontré que le Sahara n'est pas le lit d'une mer nouvellement desséchée ; excepté sur le bord de l'Océan ou de la Méditerranée, son sol ne contient ni fossiles ni coquillages marins ; il a, comme les autres parties du continent, son modelage antique de plaines et de montagnes ; il a sa flore et sa faune indépendantes depuis longtemps constituées. Sa stérilité n'est pas absolue, il n'est pas désert dans toute l'acception du mot, c'est-à-dire entièrement vide d'êtres

animés; des populations, où les hommes de race blanche sont en majorité, y sont installées et y subsistent depuis des siècles.

11 s'en faut de beaucoup que les sables occupent toute la surface du Sahara; les 8/9 environ appartiennent à la Eammada. On appelle ainsi des plateaux à peine ondulés, presque sans inclinaison, sans autres accidents que des coupures à pic et de larges crevasses. Partout la roche nue ou la terre tellement durcie par la sécheresse, qu'elle a pris la consistance et l'aridité du roc; jamais d'eau à la surface ni même dans les couches profondes du sol : on perd sa peine à creuser des puits. Sauf quelques arbustes épineux et de rudes salsolacées poussant quand même de loin en loin, la végétation manque entièrement, h' Erg, ou région des dunes de sable, est moins déshérité; placée dans le voisinage des dépressions, la dune reçoit les eaux qui ont glissé sur la surface impénétrable de la Hammada\ elle les absorbe avidement, s'imprègne de leur humidité, les emmagasine en nappes stagnantes que les puits atteindront facilement ; la végétation n'est pas luxuriante, mais elle est vigoureuse ; les chameaux et, dans la belle saison, les moutons y trouvent leur compte; plusieurs plantes sont utilisées pour l'alimentation humaine. Malgré les fatigues inouïes que promet ce terrain accidenté, ce sable mou, brûlant sous le soleil, les caravanes s'y hasardent quelquefois, parce qu'elles peuvent y vivre. Les Areg sont souvent de véritables collines hautes de 150 mètres ; ils forment des chaînes dont on connaît la direction , les sommets, les cols,et au milieu desquelles les guides expérimentés savent trouver leur route. Jamais les vents n'ont pu balayer et bouleverser ces lourdes masses ; leur poussée continue réussit à peine aies faire mouvoir presque insensiblement. Quand l'atmosphère est agitée, une poussière ténue arrachée au sol comme l'écume à la mer s'élève, flotte et, portée par le siroco, se répand jusque dans le ïell. C'est à cela que se réduisent les sables mouvants.

LE SAllÂlU 41)

La stérilité du Sahara ne lient pas à la composition de son sol; en d'autres pays, des formations géologiques semblables se prêtent parfaitement à la culture ; la sécheresse du climat est l'unique, mais redoutable ennemi ; le désert arrosé ne serait plus le désert. Partout où l'homme a pu trouver de l'eau en quantité suffisante, il s'est installé, il a créé ces îlots de verdure que l'on nomme des oasis. De loin, l'oasis apparaît comme une tache sombre, comme une forêt continue où se pressent les cimes des palmiers. Le palmier doit plonger ses pieds dans l'eau et sa tête dans le feu du ciel ; pourvu que ses racines soient abreuvées, n'importe la qualité de l'eau, il se développe et fructifie sous un soleil dévorant. Il donne aux Sahariens la datte, qui fait le fond de leur nourriture et le principal article de leur commerce ; le liquide sucré qui jaillit de sa tige fermente comme le jus de la vigne et en a la saveur ; avec son tronc, l'on fait des poutres, avec ses feuilles des nattes, avec ses filaments des cordages. Des jardins, des cultures s'abritent à son ombre ; sous la voûte ondoyante que forment à 15 mètres du sol ses têtes rapprochées, des arbres fruitiers, des légumes échappent à la brûlure du soleil. Dans les clairières, on sème un peu de blé et d'orge, on récolte si l'hiver amène quelques pluies.

Les oasis sont placées près des sources, au bord des torrents intermittents, ou disposées en archipels le long des ouadis, ces vallées desséchées qui rident le Sahara. L'eau circule rarement à la surface, mais elle forme, à des profondeurs variables, de puissantes nappes artésiennes où vivent des poissons, des mollusaues et des crustacés *.

l. Voy. Les Forages artésiens de la province de Constantine, par M. Jus; Paris, Imprimerie nationale, 1878. — Du même auteur, Le*- Oa^is de l'oued Rir de 1856 à 1879; Constantine, Marie, 1879.— Du même, Étude sur le régime des eaux du Sahara de la province de Constantine, Bulletin archéologique de la province de Constantine. — Les notices et notes de M. G. Rolland, Revue scientifique du 6 décembre 1884. — Comptes rendus de l'Académie des sciences, 15 septembre 1885, 24 janvier 1887. — Les Comptes rendus administratifs de la Société de Batna et du Sud-Algérien.

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Le mieux connu de ces fleuves occultes, celui qui serpente sous Toued Rir, a 100 kilomètres de long, sur une largeur de 4 à 14. Il y a longtemps que les Sahariens connaissent et qu'ils utilisent à leur façon les ressources aquifères de leur sous-soK Ibn-Khaldoun signale Texistence de puits artésiens non seulement dans l'oued Rir, mais aussi à Ouargla et plus à l'ouest dans le Touat et le Gourara. Dans l'oued Rir, où nous n'avons pénétré qu'en 185/i, nos soldats ont encore pu voir à l'œuvre la corporation des puisatiers indigènes, les meallem (savants) et les retassin (plongeurs). Sur un emplacement choisi avec soin et le plus souvent avec un instinct assez sûr, on creusait à la main en se servant d'une sorte de houe; quand on avait atteint une profondeur suffisante, on s'occupait de revêtir les parois supérieures d'un coffrage en bois de palmier. Le meallem, attaché à une corde, descendait alors et perçait la couche rocheuse qui recouvre les sables aquifères. On le remontait aussitôt, mais pas toujours assez vite pour l'empêcher d'être noyé par l'irruption des eaux ou écrasé par la chute des déblais. La première poussée des eaux amène fréquemment, dans le puits nouvellement creusé, des sables qui l'encombrent. Alors on faisait appel aux plongeurs. Entièrement nu, les oreilles bouchées avec de la laine imprégnée de graisse, le retass se chauffait à un grand feu, faisait ses ablutions, récitait sa prière et, après avoir dit adieu à ses compagnons, au milieu d'un silence solennel, se laissait glisser le long d'une corde tendue jusqu'au fond du puits. Il y restait deux ou trois minutes, occupé à remplir de «sable un couffin (panier) d'une dizaine de litres. Quand il revenait à la surface, ses compagnons l'embrassaient, comme au sortir d'un grand danger, et un autre descendait à son tour. Chaque retass faisait ainsi dans sa journée de travail de quatre ou cinq plongeons. Le métier éltait dur et périlleux; il usait vite ceux qui ne succombaient pas à quelque accident. En 185/i, lors de la conquête de Toued Rir, il n'y avait plus

dans le pays que quinze plongeurs, tous phtisiques; la plupart des puits étaient comblés; des oasis avaient dû être abandonnées; les autres, presque sans eau, languissaient; le désert gagnait.

Le général Desvaux, qui commandait la colonne expéditionnaire du Sud, eut alors l'heureuse idée de faire exécuter dans l'oued Rir des sondages et de substituer aux procédés primitifs des indigènes les moyens d'action de notre puissante industrie. Le matériel de sondage, débarqué à Phihppeville en avril 1856, atteignit l'oued Rir le mois suivant, sous la conduite de l'ingénieur Jus, dont le nom est devenu depuis justement célèbre. Le 17 mai le premier coup de sonde était donné à l'oasis de Tamerna. Ce fut un instant solennel quand, après vingt-deux jours de travail, devant une foule indécise et médiocrement bienveillante, dont un insuccès aurait flatté les préjugés, la sonde fit jaillir une véritable rivière de 4000 htres à la minute. A ce spectacle les défiances routinières, la sourde hostilité contre l'étranger, tout fut emporté dans un débordement de joie et d'enthousiasme. « On arracha les branches de palmier qui entouraient l'équipage; chacun voulait voir avec ses propres yeux cette eau que les Français avaient su faire jaiUir au bout de trois semaines, tandis que les indigènes avaient eu besoin d'autant d'années et de cinq fois plus de monde. Enfin on vit même les femmes de tout âge accourir, et celles qui ne pouvaient arriver à la source se faisaient donner de l'eau dans les petits bidons de nos soldats et la buvaient avec avidité. Tout le monde s'embrassa et les femmes firent entendre leurs cris de joie *. » L'inauguration de la njuvelle source, « la Fontaine de la paix », s'acheva au miheu des prières, des récitations du Coran, des danses, des dilTas, des fan- (asias , de toutes les démonstrations tour à tour graves et bruyantes de l'allégresse indigène.

1. Rapport du lieutenant Rose, adjoint au chef du bureau arabe de Biskra.

A dater de 1856, des brigades vohntes de travailleurs militaires, conduites sous la direction de M. Jus par de vaillants officiers, le sous-lieutenant Lehaut, qui mourut à la peme, les capitaines Zickel, Piquot, Yachier, furent à rœuvre dans l'oued Rir, réparant les anciens puits, pratiquant de nouveaux forages, portant partout la vie et la fécondité. Un instant compromis par l'insurrection de 1871, les travaux ont été repris en 1873 avec plus d'ardeur et ne se sont pas interrompus depuis. L'initiative privée est venue y concourir, des compagnies françaises ont apporté leurs capitaux à cette entreprise hautement civilisatrice. Uoued Rir n'avait en 1856 que 282 puits, la plupart en mauvais état, donnant avec les behour (sources naturelles ou petits étangs) un débit total de 52 767 litres à lu minute. En 1886 on y comptait 117 puits jaillissants tubes en fer et 500 puits indigènes simplement boisés. Le débit actuel est de 240 mètres cubes à la minute, cinq fois plus qu'en 1855. Des oasis menacées ont été sauvées de la ruine, d'autres améliorées, d'autres plantées et créées de toutes pièces. L'abondance a jailli du sol avec les eaux. En 1856 il y avait dans l'oued Rir 6772 habitants, possédant à eux tous un avoir de 1 650 000 francs; en 1879, la population montait déjà à 12 827 habitants : le capital représenté par les puits, les plantations et les constructions était évalué à 5 millions et demi. On estime qu'en trente ans h valeur des oasis a plus que quintuplé, la population plus que doublé.

Ce sont là de magnifiques résultats et dont on peut calculer Timmense portée politique. Plus encore que les victoires de nos armes, ces pacifiques exploits frappent les imaginations et donnent aux indigènes une haute idée de notre puissance. Ceux qui ne seraient pas susceptibles de gratitude pour les services rendus sont saisis d'un respect superstitieux devant la force déployée. L'oued Rir est aujourd'hui une des régions les mieuiL soumises de l'Algérie. L'œuvre de fécondation oui s'y est accomplie peut

être étendue à d'autres parties du Sahara. Déjà des sondages ont été exécutés par l'autorité militaire avec un plein succès à Ouargla et sur la route qui relie cette oasis à Ghardaia. Il faut porter nos sondes sur les lignes d'ouadis, dans les cuvettes des dépressions, partout où la présence des nappes souterraines est dûment constatée. On rendra ainsi praticables les routes du sud; on améliorera la condition des nomades en fournissant à leurs troupeaux des points d'eau plus nombreux; on parviendra à multiplier et à étendre ces centres de vie et de production, semés comme des points imperceptibles sur Timmensité du désert.

Gardons-nous cependant des chimères ; il ne faudrait pas que, après avoir trop dédaigné le Sahara, l'on en vînt, par une réaction excessive , à le considérer comme une terre promise ; même les oasis tant vantées , que le langage métaphorique des Arabes représente comme des lieux de délices, ne sont que des paradis très relatifs. Qu'on puisse modifier ce pays, adoucir pour ses habitants les conditions de l'existence, cela n'est pas douteux; mais, quoi qu'on fasse, on ne le changera jamais complètement, parce que jamais on n'éteindra les ardeurs de son climat. L'été saharien est terrible ; il commence de bonne heure, dès avril, pour ne finir qu'en octobre ; sa durée n'enlève rien à son intensité ; sur la lisière, à Biskra, les températures de lib^ sont chose ordinaire ; plus avant, dans l'oued Rir, on arrive régulièrement à 50. Sous un ciel presque toujours pur, dans de grands espaces découverts, la déperdition nocturne de chaleur est énorme ; de là de formidables écarts dans les vingt-quatre heures , des gelées blanches avec 0 pendant la nuit, des températures torrides de hb^ vers le milieu du jour. La sécheresse de l'air est extrême ; si quelque nuage, poussé par les courants, s'aventure au-dessus de ce vaste foyer, il est aussitôt résorbé; pas d'humidité, pas de rosées. Quant aux pluies, elles tombent en chutes diluviennes sur le Sahara algérien.

mais seulement quelques jours par an ; plus au sud, dans le pays des Touareg, elles surviennent une fois tous les dix ans *.

En général, le Sahara n'est pas malsain, l'air circule et s'y renouvelle librement. Toutefois il en est autrement des ouadis, des dépressions, des oasis , de toutes les parties relativement fertiles ; la stagnation des eaux y engendre les fièvres et les maladies habituelles. Tandis que les nomades sont vigoureux, solidement constitués, les sédentaires fixés dans les oasis et les ksours sont chétifs , malingres, rongés par les fièvres. Dans ces milieux délétères, hostiles à la race blanche, les Berbères et les Arabes n'ont pu se maintenir que par des croisements répétés avec les Soudaniens. Que dire après cela des projets de colonisation du Sahara par des immigrants européens ? Quelques industriels audacieux que la poursuite de la fortune excite et soutient, quelques fonctionnaires amenés à regret par le devoir professionnel, élément instable et souvent renouvelé, voilà ce qui représente dans nos postes de l'extrême sud le peuplement français. Avec des occupations peu pénibles, un confort relatif, une hygiène prudente, presque tous plient sous l'écrasement du climat; que serait-ce s'ils avaient à supporter un dur (ravail? La vie, telle que l'impose la nature du pays, n'est pas possible pour des hommes nés au nord de la Méditerranée. Des individus ou des familles font impunément un séjour limité sur la frontière du Sahara; mais parler d'introduire une population européenne dans l'intérieur du pays, vouloir l'y fixer, l'y acchmater, c'est une pure utopie.

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