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CHAPITRE PREMIER l'expédition d'alger

Le dernier dey algérien, Hussein, arriva au pouvoir en 1818. Son prédécesseur Ali Khodja avait châtié l'insolence de la milice et transporté sa résidence dans la haute Casba, d'où son artillerie dominait la ville. Hussein profita de ces avantages. Plein d'ignorance et de préjugés, il ne manquait pas de savoir-faire ; il connaissait ses turbulents sujets et la façon de les conduire. Aucun dey ne fut si bien obéi. Sa politique étrangère fut moins heureuse, parce qu'il se faisait illusion sur sa force et croyait pouvoir braver impunément les puissances de l'Europe. Cette erreur causa sa perte.

Les relations avec la France, interrompues pendant l'Empire, s'étaient renouées en 1816 ; mais l'entente ne fut jamais bien cordiale, surtout après l'avènement de Hussein. Il voulait que la redevance annuelle payée pour les concessions fût de 300 000 francs, suivant la convention conclue en 1817 par le dey Omar. La France prétendait s'en tenir au chiffre de 90 000 francs, auquel était

1. Voy. les Relations de la prise d'Alger de Pélissier, de d'Ault-DumesniI-,Z-« Guerre d'Afrique de Carette;La Conquête d'Alger de Roussel; La Conquête d'Alger de Nettement: l'Histoire de l'Algérie d'Edouard Cat.

revenu Ali-Khodja, qui avait régné entre Omar et Hussein. Le dey n'admettait pas que les établissements français fussent fortifiés ; l'exécution de quelques travaux de défense l'avait vivement indisposé. Mais l'affaire Bakri plus que tout le reste lui tenait au cœur. Bakri et Busnah, deux Juifs algériens, avaient fait au Directoire d'importantes fournitures de blé qui n'avaient pas été payées intégralement; l'Empire donna quelques acomptes; en 1819, la créance fut réglée à sept millions; mais la convention alors conclue réserva expressément les droits des Français dont Busnah et Bakri étaient les débiteurs; des oppositions se produisirent, et une partie de la somme fut retenue en attendant la décision des tribunaux. Hussein, qui avait de gros intérêts dans l'affaire et qui n'entendait rien aux formes compliquées de la justice française, s'indignait de ces lenteurs. Il se croyait victime d'une intrigue ourdie contre lui par le consul Deval. Il s'adressa directement au gouvernement du roi, réclama les deux millions et demi qui restaient dus, ajoutant que les ayants droit n'auraient qu'à se présenter ensuite devant son tribunal pour obtenir justice. Il ne reçut pas de réponse, et ce silence lui parut un outrage. Dans son audience solennelle du 27 avril 1827, le consul s'étant présenté devant lui, il l'interpella avec vivacité. L'autre, qui s'exprimait bien en langue turque, répliqua sur le même ton. Le dey, furieux, le frappa de son éventail et le chassa de sa présence. Un consul plus prudent et plus digne n'aurait pas provoqué une pareille scène ; mais Deval représentait la France : il fallait une réparation.

Une division navale parut devant Alger; le capitaine Colet, qui la commandait, demanda que l'oukil-el-hardj vînt à son bord présenter les excuses du dey, que le pavillon français fût arboré et salué de cent coups de canon. Hussein refusa absolument cette satisfaction toute de forme; il prétendait que c'était lui et non le roi de France qui avait à se nlaindre. Il était décidé à reudi'e

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hostilité pour liostilité; le 15 juin, l'état de guerre fut déclaré; aussitôt les comptoirs français de Test, qu'on avait pris la précaution d'évacuer, furent pillés et détruits. Une croisière fut alors établie. Mais le blocus fut bientôt démontré inefficace : il imposait à notre marine un service pénible et dangereux, il coûtait jusqu'à vingt millions en trois ans, et le dey ne paraissait pas plus disposé à céder qu'au premier jour. On essaya encore de la conciliation; après quelques pourparlers inutiles, le contreamiral La Bretonnière, montant le vaisseau la Provence^ ^ vint faire une tentative suprême. « J'ai de la poudre et des canons, » lui répondit Hussein. La Bretonnière put s'en apercevoir; son vaisseau, appareillant sous pavillon parlementaire, fut canonné par les forts ; il reçut leur feu sans riposter et, à force de sang-froid, put se tirer de ce guetapens.

Dès 1827, Clermont-Tonnerre, alors ministre de la guerre, avait été d'avis d'agir avec vigueur. S'aidant du mémoire de Boulin, de renseignements fournis par les agents du consulat et les officiers de marine, il proposait de débar» quer une armée à Sidi-Ferruch ; on prenait ainsi à revers les défenses d'Alger. Ce projet, d'abord écarté, fut repris après l'affaire de la Provence. L'Angleterre fit entendre des représentations presque impérieuses, auxquelles il fut répondu comme il convenait. En France même, les partis opposants désapprouvaient une expédition ; ils y voyaient, non sans quelque raison, un artifice politique pour détourner les esprits des affaires intérieures, mais ils oubliaient trop que l'honneur national était engagé. Ce qui donnait quelque force aux objections, c'était l'opinion des officiers généraux de la marine, unanimes à déclarer le succès impossible; mais le ministre d'Haussez s'en rapporta plutôt aux capitaines de frégate qui avaient servi sur la croisière. Un amiral, Duperré, se décida enfin à

1. Voy. Revue africaine^ la relation de l'interprète Bianf-hi.

accepter le commandement de la flotte ; le ministre de la guerre Bourmont se réserva celui de l'armée, avec la haute direction de Fentreprise.

La décision une fois prise, les préparatifs furent menés avec vigueur; en trois mois ils étaient achevés. La flotte, comprenant 103 bâtiments, parmi lesquels 11 vaisseaux de ligne et 2!i frégates, fut divisée en escadre de bataille, escadre de débarquement, escadre de réserve. Le convoi destiné au transport du matériel, des chevaux et des vivres était formé de 347 navires de commerce nolisés par l'État; 225 petits bâtiments constituaient la flottille de débarquement. L'armée montait à 37 000 hommes ; le génie et l'artillerie y figuraient dans une assez forte proportion ; la cavalerie n'y était représentée que par trois escadrons. Mais la principale force était dans l'infanterie, trois belles divisions dont les hommes avaient été choisis parmi les plus solides et les plus dispos. Bourmont avait pris pour chef d'état-major le général Desprez ; Berthezène, Loverdo, Des Cars commandaient les divisions d'infanterie, Valazé le génie, Lahitte l'artillerie. Les troupes montraient de i'ardeur et de la confiance; mais il s'en fallait que l'entente fût parfaite entre les chefs, surtout entre Bourmont et Duperré. L'embarquement commença le 11 mai; le 25 seulement on sortit de Toulon. Ce n'était pas chose facile que le maniement de cette immense flotte; l'amiral avait conscience de sa responsabilité et ne voulait rien donner au hasard. On était déjà en vue des côtes d'Afrique lorsque, jugeant le vent contraire et la mer dangereuse, il rétrograda jusqu'à Palma ; il attendit huit jours avant de reprendre sa route. Enfin, à la grande joie des officiers et des soldats entassés sur les vaisseaux depuis près d'un mois et impatients de combattre, on découvrit les maisons blanches d'Alger. La flotte défila lentement devant la ville et s'en alla à l'ouest mouiller dans la baie de Sidi- Ferruch : c'était l'emplacement indiqué par Boutin; on tournait ainsi le formidable front de défense qu'Alger pré-

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