‹ L'AlgérieChapitre 32 sur 102 · LES ÉVÉNEMENTS DE L'OUEST · texte numérisé non relu

LES ÉVÉNEMENTS DE L'OUEST

France. En parlant, on mit le feu à la ville. Quelques jours après, Abd-el-Kader reparaissait et ralliait ses partisans. Pour bien montrer que sa puissance n'avait pas subi d'atteinte, il alla assiéger dans le Méchouar de Tlemcen les 750 Turcs ou Coulourlis de Mustapha-Ismaël; les Angad s'avancèrent au secours, ils furent battus, et leur chef, le jeune El-Ghomari, fut tué. Le neveu de Mustapha, El-Mazari, insista vivement auprès du maréchal et le décida à entreprendre une expédition sur Tlemcen. Abdel-Kader n'attendit pas la colonne; les défenseurs du Méchouar furent débloqués, et on leur laissa un bataillon, commandé par le capitaine Cavaignac. Mais il fallait des fonds pour l'entretien de cette troupe. On imagina alors de frapper une contribution dans laquelle tous les habitants, amis ou ennemis, devaient être compris. Les Coulourlis réclamèrent vainement, alléguant leur pauvreté; on leur fit donner les bijoux de leurs femmes et la bastonnade eut raison des récalcitrants. Cette affaire, dont les ennemis de Glauzel tirent grand bruit, n'avait pas la gravité qu'on se plut à lui attribuer. Les procédés de recouvrement employés, non par l'autorité française, mais par les chefs indigènes, étaient ceux qui leur étaient familiers. Quant à la taxe même, elle se justifiait par la nécessité où Ton était de garder Tlemcen, comme le demandaient les Coulourlis : « Pour la garder il fallait une garnison; pour que cette garnison y pût rester, il fallait qu'elle fût payée ^ » Il fallut aussi assurer son ravitaillement. La vallée de la Tafna formait une route naturelle, beaucoup plus courte que celle de Tlemcen à Oran. Clauzel voulut la rendre praticable et ouvrir de ce côté des communications ; mais il trouva devant lui Abd-el-Kader; après quelques combats assez disputés, il retourna directement à Oran sans renoncer toutefois à son projet. En partant pour Alger, il laissa au général d'Arlanges l'ordre d'installer un camp à l'embou-

l. Explications du maréchal Clauzel; Paris, Ambroise Dupont, 1837. Cette contribution exorbitante avait été fixée à 150 000 francs et fut réduite à 94 000.

128 LA CONQUÊTii: FRANÇAISE

chure de la ïafna et de s'appuyer sur cette base pour secourir le Méchouar. D'Arlanges avec 3000 hommes parvint jusqu'à la Tafna; mais, à peine arrivé il se vit entouré par les populations kabyles qu'Abd-el-Kader lançait sur lui. Il voulut se dégager; la sortie qu'il tenta lui coûta 300 hommes ; le blocus se resserra, et la famine commençait à se faire sentir, quand le général Bugeaud envoyé de France débarqua avec trois régiments. Les assiégeants, déjà las de cette longue lutte, se dispersèrent presque aussitôt. Bugeaud put sans combattre ramener une partie des troupes à Oran, se rendre d'Oran à Tlemcen et revenir de Tlemcen au camp de la Tafna. Il y organisa un grand convoi de vivres, dont les défenseurs du Méchouar avaient le plus pressant besoin. Lui-même commanda l'escorte. Il déroba une marche à Abd-el-Kader , qui l'attendait dans les montagnes, passa Tisser et remonta le torrent de la Sikkah. Cependant les troupes de l'émir accouraient, formées en deux corps, comme à la Macta, pour attaquer à droite et à gauche. Bugeaud accélère son mouvement, fait filer son convoi sur Tlemcen et, sortant des gorges, débouche sur un plateau assez large compris entre la Sikkah, Tisser et la Tafna; les Arabes le suivaient; satisfait de les avoir attirés sur un terrain à sa convenance, il s'arrête et les canonne. Abd-el-Kader, s'apercevant du danger, essaye de replier ses troupes. Bugeaud lance alors sa cavalerie ; ramenée une première fois, elle est soutenue par l'infanterie, se renforce des goums indigènes et charge de nouveau avec un irrésistible élan. Les Arabes sont sabrés, culbutés du haut des rochers dans les ravins de Tisser; 250 sont tués, 1200 blessés; 130 réguliers, enveloppés de toutes parts, mettent bas les armes *.

C'était la première fois qu'Abd-el-Kader subissait une défaite sérieuse ; le départ du général Bugeaud et surtout l'expédition de Constantine, qui attirait d'un autre côté les

1. Voy. dans d'Ideville, Z-e Maréchal Bugeaud d'après sa correspondance, t. II, page 39, le rapport de Bugeaud.

Page 1