LES ÉVÉNEMENTS DE L'OUEST
forces françaises, lui permirent de la réparer. Bientôt nos garnisons se trouvèrent de nouveau resserrées dans les places. Le général Brossard, qui venait d'arriver à Oran, se prêta alors à un étrange compromis : des vivres, fournis d'une manière plus ou moins directe par l'émir, furent introduits à Oran et dans le Méchouar ; mais Abd-el-Kader reçut en échange de Tacier, du fer, du plomb, dont il manquait, et ses 130 réguliers pris à la Sikkak. L'administration française n'en paya pas moins le prix des vivres à son fournisseur nominal Ben-Duran, qui avait machiné toute cette intrigue et qui affirma plus tard en avoir partagé les bénéfices avec le général Brossard. Ce n'était là que le prélude d'autres négociations beaucoup plus importantes. Le général Bugeaud, sur sa demande, fut de nouveau envoyé dans la province de l'ouest; ses instructions, d'ailleurs peu précises, le laissaient presque indépendant du gouverneur; il était libre de traiter ou de combattre; il semblait que pour un tel soldat le choix ne dut pas être douteux.
Mais Bugeaud n'avait pas encore sur l'Algérie les opinions qu'il professa plus tard, lorsque, nommé gouverneur général, il trouva toutes sortes de raisons de préconiser la conquête. Il était alors partisan déterminé de l'occupation restreinte. Il savait d'ailleurs que faire la paix était un moyen de faire sa cour. Il mit à la conclure un empressement dont un adversaire aussi sagace que l'émir ne pouvait manquer de faire son profit. Par le traité de la Tafna, qui fut signé le 30 mai 1837, Abd-el-Kader déclarait « savoir que le sultan est grand ». C'est ce qu'on appelait, dans la traduction française, une reconnaissance de souveraineté. Les instructions du gouvernement prescrivaient d'exiger des otages et un tribut annuel; d'otages, il n'en fut pas question; un peu de blé et d'orge, quelques milliers de bœufs une fois donnés tinrent lieu de tribut. La France abandonnait Rachgoun et le camp de la Tafna, Tlemcen et le Méchouar. Elle se réservait Oran, Arzeu, Wahl. 9
Mostaganem, Mazagran et leur banlieue; autour d'Alger, le Sahel oi la Mitidja, « bornée à Test jusqu'à l'oued Keddara et au delà ». Tout le reste était laissé à l'émir, dont on reconnaissait formellement l'autorité sur la province d'Oran, sur celle de Titteri et sur celle d'Alger. La manière très vague dont était indiquée dans cette dernière province la limite de nos possessions prêtait à l'équivoque; ce fut plus tard l'occasion de la rupture; mais ce n'était là qu'un inconvénient de détail. Le plus grave, c'est que la France consacrait une fois de plus les prétentions du sultan de l'Algérie; la paix de la Tafna n'était que la reproduction considérablement aggravée du traité Desmichels. Nos généraux se montraient médiocres diplomates.