‹ L'AlgérieChapitre 43 sur 102 · BUGEAUD ET ABDEL-KADER · texte numérisé non relu

BUGEAUD ET ABDEL-KADER

l'ouest, tandis que Cavaignac, pivotant autour de Tlemcen, manœuvrait de Djema-Ghazouat à Sebdou, de forts détachements allaient dégager les postes un instant bloqués de Bel-Abbès, de Daïa et de Saïda.

Après avoir ainsi couvert le Tell, Bugeaud songea à poursuivre Abd-el-Kader, qui s'était jeté dans le sud. Alors commença une véritable chasse à courre. Bedeau à gauche s'avançait par Boghar, Lamoricière à droite par Tiaret; le gouverneur marchait au centre, poussant devant lui une colonne légère de 1500 hommes. L'émir, manœuvrant avec une incroyable rapidité, feint de s'enfoncer dans le Sahara, puis apparaît dans la vallée du Chélif. Mais les tribus qu'il appelle à lui ne bougent pas, les colonnes se rapprochent pour l'envelopper. Il se dérobe avant que le cercle se soit fermé, court au sud, fait un crochet vers l'est et va rejoindre en Kabylie son khalifa Ben-Salem. Mais ce mouvement était prévu, des précautions avaient été prises pour protéger la Mitidja ; le général Gentil, qui gardait le col des Beni-Aïcha, fut en mesure d'infliger un échec assez grave à Ben-Salem en présence d'Abd-el-Kader, qui faillit être pris. Quelques jours après. Bedeau et d'Arbouville puis le maréchal arrivaient sur l'Isser. La Kabylie était l'espoir suprême d'Abd-el-Kader; elle n'avait pas encore été entamée; dans ses rudes montagnes, elle pouvait nourrir une longue résistance. Mais les Kabyles ne voulaient pas reconnaître l'autorité de l'émir ; en gens avisés qu'ils étaient , ils refusèrent de se compromettre dans une querelle qui n'était pas la leur et pour une cause qui leur semblait perdue. Mal accueilli par eux, Abd-el-Kader se mit en retraite vers le sud-ouest. l\ trouva quelque temps un refuge chez les Ouled-Naïl, puis chez les Harrar. Ces tribus ayant fait leur soumission, il gagna les Ksours des Ouled-Sidi-Cheikh ; mais on ne le laissa pas s'y reposer longtemps; le colonel Renault, s'avançant par le Ksel et Chellala, pénétra jusqu'à El-Abiod. Abandonné successi-

vement par tous ses alliés, voyant diminuer son intrépide escorte, l'émir fugitif se décida à rentrer au Maroc par Figuig. Pendant qu'il était dans le sud de l'Algérie, les gens de sa déira restés sur la frontière égorgeaient les prisonniers français ; les officiers et quelques soldats attachés à leur personne furent seuls épargnés; plus tard, on les remit en liberté moyennant rançon. Abd-el-Kader s'est, dans la suite, défendu d'avoir ordonné ce massacre; mais les faits ne semblent pas déposer en sa faveur; il n'était pas cruel par tempérament , mais il était capable de le devenir par politique ou par exaspération K

Bou~Maza, devenu le lieutenant d'Abd-el-Kader, avait partagé sa fortune et l'avait suivi au Maroc. Au commencement de 18/i7, il reparut en Algérie chez les Ouled-Naïl, puis dans les Ziban. Les généraux Marey et Herbillon se mirent aussitôt en campagne et ramenèrent le pays dans l'obéissance. Bou-Maza se dirigea alors vers le Dahra, où il espérait renouveler l'insurrection de 18Zi5 ; mais, lorsqu'il y arriva, les menées de ses agents étaient découvertes, le plus actif avait été tué. Pris alors de découragement, il se rendit au colonel Saint-Arnaud. Pendant ce temps, Abd-el-Kader, resté au Maroc, se brouillait avec Abd-er- Rahman; celui-ci, qui commençait à voir en lui un compétiteur dangereux, se décida enfin à exécuter sérieusement les promesses du traité de Tanger. Il le somma de se remettre entre ses mains ou de s'en aller dans le désert; une armée appuya ces injonctions; les montagnards du Rif, à qui l'on faisait espérer le pillage de la déira, accouraient à la curée. Abd-el-Kader tenta de surprendre le camp marocain. Repoussé avec perte, il fit passer sa déira sur le territoire français et couvrit vaillamment la retraite. La déira devait faire sa soumission ; lui-même , avec la poignée de fidèles qui lui restaient, comptait s'ouvrir un chemin vers le désert. Mais Lamoricière suivait tous ses

Page 1