BUGEAUD ET ABD-EL-K\DER
mouvements ; quand il se présenta au col de Kerbous, il le trouva gardé par des spahis qui le reçurent à coups de fusil; la nuit était obscure, la pluie tombait à torrents; rolficier qui commandait le poste avait peine à reconnaître, dans ce groupe de cavaliers fugitifs, le puissant émir et ses compagnons d'armes. Cette dernière déception acheva d'abattre l'énergie d'Abd-el-Kader; après tant de luttes, il désespéra enfin de lui-même et de sa cause. Il offrit de se rendre, pourvu qu'on lui permît de se retirer avec sa famille à Alexandrie ou à Saint-Jean-d"Acre. Lamoricière accepta ces conditions et , comme gage de sa parole, envoya son sabre et le cachet du bureau arabe de TIemcen. Le 23 décembre 1847, le chef musulman se rcmeltait aux mains du colonel Montauban; le lendemain, il fut présenté au duc d'Aumale, qui venait de remplacer Bugeaud comme gouverneur; deux jours après, on l'embarqua pour Toulon. La promesse qui lui avait été faite ne fut tenue que quelques années plus tard. Cependant on ne peut pas dire que la France ait manqué envers lui de générosité ; la curiosité et la sympathie qu'il inspira allèrent même jusqu'à l'engouement. Mais dès lors il disparut de la scène. Il avait été pendant quinze ans le plus redoutable et le plus persévérant de nos adversaires ; il avait su se créer des ressources et discipliner à son profit un peuple indisciplinable ; vaincu, il avait longtemps déjoué toutes les poursuites ; fugitif et émigré, il nous avait cau^.é autant d'embarras qu'aux jours de sa plus grande puissance. Il avait sur ses compatriotes une supériorité que tous comprenaient instinctivement et qui les dominait; la dignité un peu théâtrale de son maintien et de son langage en imposait même à ses ennemis. On peut dire, et c'est à son éloge, que du jour de sa capture date vraiment la conquête de l'Algérie par les Français. Après cela, il y eut encore des soumissions à obtenir et des révoltes à comprimer, mais la résistance sérieuse était finie et la période des grandes guerres d'Afrique définitivement fermée. Wahl. h