CHAPITRE II
Les indigènes de l'Afrique du Nord sont désignés communément sous le nom de Berbères. Mais l'Afrique du Nord, réceptacle ouvert à toutes les races de l'Asie et de l'Europe occidentale, a reçu sans cesse, depuis les temps les plus anciens, des fugitifs et des conquérants de toutes provenances. Les Berbères apparaissent donc, dès l'aurore des temps hfstoriques, comme une race mixte et mêlée, comprenant des hommes de races diverses, et notamment des blonds et des bruns. On remarque davantage le type blond, qui fait travailler les imaginations; le type brun est de beaucoup le plus fréquent. Ni les recherches anthropologiques, ni les traditions historiques ne permettent de résoudre la question très obscure des origines berbères. Il existe une langue berbère, ou plutôt des dialectes berbères, apparentés les uns aux autres, et parlés depuis l'Atlantique jusqu'à l'Egypte, depuis les Trarzas des bords du Sénégal jusqu'à l'oasis de Syouah, et c'est en ce sens qu'il faut entendre la parole de l'historien Ibn-Khaldoun : « Les Berbères sont un vrai peuple, comme tant d'autres on ce monde. » Mais l'unité linguistique ne permet nullement de conclure à une unité ethnique.
En Algérie, la plupart des Berbères ont oublié leur langue. Tous ceux qui n'étaient pas cantonnés dans les montagnes ou perdus dans le Sahara lointain, tous ceux que n'isolait pas leur position géographique ou un plus
àpro amour de l'indépendance, se sont mélangés et confondus avec Tenvahisseur arabe. En 1859, les idiomes berbères n'étaient plus parlés que par 850 000 hommes*, et depuis ils ont encore perdu du terrain. Pour retrouver ce peuple, qui n'a plus conscience de lui-même, il faut aller le chercher dans ses derniers refuges, dans la Kabylie, si longtemps impénétrable, dans les massifs de TAurès, dans la Chebka du Mzab.
Les indigènes de la Kabylie du Djurjura^ ont en général les formes massives, la tête carrée, les traits gros. Ces paysans n'ont nulle prétention à l'élégance : une méchante chemise d'étoffe commune, le ihadjellaht, constitue à peu près le costume ordinaire; en voyage, ils endossent le commode burnous, à la fois manteau, couverture et gardemanger; pour la guerre, ils se plastronnent du tabenta, le tablier de cuir qui leur valait, avec les plaisanteries de nos soldats, le surnom de cordonniers; d'ailleurs ils ne tiennent pas à leurs habitudes ; dans nos villes, ils adoptent volontiers le pantalon et la blouse de l'ouvrier européen. Ils ne cherchent pas à se draper et à prendre des poses; la propreté même leur est indifférente. Même absence de recherche dans leur alimentation; les Arabes se moquent de leur kouskous noir apprêté avec de l'huile rance; ils mangent peu de viande, beaucoup de légumes et de fruits; cela coûte moins cher; les pauvres gens de la haute montagne ne se nourrissent guère que de farine de gland.
Dans ce pays tourmenté, aux hivers prolongés et rigoureux, la vie nomade ne serait pas possible. Le Kabyle n'habite pas sous la tente, il se bâtit des maisons en pierre. Sur les crêtes rocheuses où on les a perchés pour ménager la bonne terre et défier les surprises, leurs vil-