‹ L'Algérie romaineChapitre 100 sur 174 · Sali., Jug,, 78. App., Pm · texte numérisé non relu

Sali., Jug,, 78. App., Pm

178 ANNEXION Pr.OGRESSIVE "

ces deux possessions de la république et complétait Tinvestissement de toute la côte africaine *.

Bientôt TAfrique tout entière sera enveloppée dans le tourbillon des guerres civiles, et les Numides, les Maures eux-mêmes, vont être activement mêlés désormais à tous les événements politiques du monde romain. Marias vaincu, exilé, perdu, songe à ce pays de sa gloire naissante, au théâtre de sa grande fortune; c'est en Numidie qu'il vient chercher un refuge

« ^uda triumphati jacuit per regrui Jugurthœ ».

Le récit de Plutarque, dans sa simplicité et sa grandeur mélancolique, vaut qu'on le reproduise ici, ne fût-ce que pour sa couleur africaine :

« Party qu'il fut de Mintumes, le vent, de bonne fortune, porta Marius en l'isle d'^naria (Ischia) , là où il trouva Granius et quelques autres de ses amis avec lesquels il se remeit à la voile prenant la route de l'Afrique; mais ayans faulte d'eau, ilz furent contraints d'aborder en la Sicile au territoire de la ville d'Erix, là où d'adventure se trouva un questeur romain qui gardoit celle coste, et s'en fallut bien peu qu'il ne prist Marius mesme qui estoit descendu en terre, car il tua seize de ses gens qui estoyent sortis avec luy pour prendre de l'eau : parquoy Marius se partant de là à grande haste, traversa la mer, tant qu'il arriva en l'isle de Menynge^ là où il entendit premièrement, que son filz s'estoit sauvé avec Gethegus, et qu'ilz s'en estoyent allez ensemble devers le roy des Numides Hiempsal, le supplier de leur vouloir estre en aide : cela luy feit reprendre un peu de courage, et luy donna hardiesse de passer de celle isle en la coste de Carthage. Or estoit lors gouverneur de l'Afrique un praeteur

l. César, B, civ., 2, 38; ^/r., 43, 77. Dans ce qui suit, je ne vais guère faire autre chose qu'extraire de la grande histoire de Mommsen et puiser dans le courant de son récit tout ce qui intéresse TAfrique.

romain nommé Sextilius, auquel Marins n'avoit jamais fait ne mal ne bien, et à ceste cause esperoit, que par pitié seulement il luy pourroit faire quelque secours : mais il ne fut pas plustost descendu en terre avec peu de ses gens, qu'il luy vint audevant un sergent lequel s*addressant à luy mesme luy dit : « Sextilius praeteur et gouverneur de la « Libye le défend de mettre le pied en toute sa province, autre- « ment il te déclare qu'il obeïra aux mandemens du Sénat, et « te poursuyvra comme ennemy du peuple romain 9.

en Marins ayant ouy ceste défense eut le cueur si serré de courroux et de douleur, qu'il ne sceut que respondre promptement, et demoura une espace de temps sans dire mot, regardant le sergent de mauvais œil, jusques à ce qu'il luy demanda qu'il vouloit respondre à la défense du prseteur : et alors Marins lui respondit avec un souspir trencbant, tiré du profond du cueur : « Tu diras à Sextilius, que tu as veu « Gains Marins banny de son païs, assis entre les ruines de la « ville de Carthage : » par laquelle response il mettoit sagement au devant des yeux de ce Sextilius l'exemple de la mine de celle puissante cité, et la mutation de sa fortune, pour Tadvertir qu'il luy en pouvoit bien autant advenir.

« Cependant Hiempsal, roy des Numides, ne sachant à quoy se résoudre, faisoit bien honneur et bon traittement au jeune Marins ) et à ceulx de sa compagnie, mais quand ilz s'en vouloyent aller,. il controuvoit tousjours quelque nouvelle occasion pour les retenir, et estoit aisé à voir qu'il ne reculoit point ainsi pour occasion quelconque qui fust bonne : toutefois il advint une chose qui leur servit à eulx sauver. C'est que le jeune Marins, estant beau de visage, feit pitié à l'une des concubines de ce roy, le voyant en tel estât. Ceste pitié fut un commencement et une couverture de l'amour qu'elle luy portoit : mais le jeune homme à ses premières approches ne vouloit point entendre à elle et la reboutoit : toutefois à la fin voyant qu'il n'avoil point d'autres moyens d'eschapper de là, et considérant qu'elle faisoit toutes choses à leur avan-

la^e plus diligemment et plus affectueusement qu'elle n eust fait, si elle n'eust tendu à autre fin qu'à jouir seulement de son plaisir, il commencea à la fin à accepter ses caresses, tant que finablement elle luy donna moyen de s'en fouir et de se sauver luy et ses amis. Si se retira devers son père, et après qu'ilz se furent entr'embrassez et saluez, en cheminant le long de la marine, ilz rencontrèrent deux scorpions, Ijui se combatoyent Tun contre Tautre. Cela sembla un mauvais présage à Marins, à l'occasion de quoy ilz nionterent vistemeut sur un batteau de pescheur, et passèrent en Tisle de Gercina, qui n'est gueres distante de la coste de terre ferme. Hz n'eurent pas plus tost levé l'ancre qu'ilz apperceurent des gens de cheval que le roy Hiempsal avoit envoyez au lieu dont ils estoyent partiz, et fut celuy là l'un des plus grandz dangers qu'il eust point eschappez. >

Quelque temps après, le vieux proscrit débarquait en Étrurie, escorté d'un millier de Numides, et rentrait triomphant dans Rome.

Il meurt, et Ginna est consul : pendant cette dictature précaire, c'est le tour des partisans de Sylla d'exploiter le secours de l'Afrique. Q. Metellus et M. Crassus essayent de conserver la province au parti des Opttmates ; mdis ils sont forcés de céder la place au préteur marianien Hadrianus; d'ailleurs, au premier bruit des succès de Sylla, ils courent le rejoindre en Italie. Hadrianus organise donc à son aise la résistance dans la province d'Afrique; mais là, poussant à l'excès les pratiques révolutionnaires^ il commence par affranchir les esclaves. Les marchands romains d'Utique se soulèvent, surprennent le préteur dans sa demeure officielle et l'y brûlent avec ses gens ^ Néanmoins la province reste fidèle à la faction ; le gendre de Ginna , le jeune Domitius Ahenobarbus, officier énergique, y prend le commandement et pousse sa propagande jusque dans les royaumes clients de

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