Mommsen
CONQUÊTE DKFINITIVE i8i
Numidie et de Maurélanie *. Hiempsal II tenait pour Sylla : il est jeté à bas de son trône par un prétendant démocratique, Hiarbas, avec l'assistance des Ginnaniens ; et des dissensions pareilles sont fomentées par eux dans la région maurétanienne. Bocchus I«', l'ancien, y règne encore peut-ôtre; peut-être at-il déjà laissé son héritage à ses deux fils, Bocchus et Bogud, qui se sont partagé ses immenses domaines et qui semblent d'abord pencher vers le çof de Sylla et engager leur foi de ce côté, mais une foi toujours équivoque et à coup sûr peu agissante ; ils hésitent surtout et voient venir. GaAon, le consul fugitif, s'est arrêté dans l'île de Cossyra (Pantellaria), ne sachant s'il irait chercher un asile en Egypte, ou s'il ne tenterait pas de recommencer la lutte dans quelqu'une (les provinces fidèles; et Sertorius, lui aussi, trop faible pour défendre l'Espagne, s'est, dans un moment de découragement, embarqué à Carthagène, et erre le long des côtes de la Maurétanie.
Peu à peu, l'Afrique, travaillée et serrée de près par les agents du parti de Marins, semble compromise pour Sylla, lorsqu'arrive l'heureux Pompée. Propréteur en Sicile, il envoie une escadre à Cossyra, y fait enlever les officiers marianiens, Carbon entre autres, et les livre au bourreau. Puis il passe en Afrique avec des forces écrasantes, a bientôt refoulé l'armée déjà nombreuse qu'avaient ramassée Ahenobarbus et Hiarbas, donne l'assaut à leur camp et en finit avec eux ce môme jour. Ahenobarbus restait mort sur la place : quant à Hiarbas, Pompée, aidé cette fois résolument par une alliance maurétanienne, l'attaque une seconde fois dans Bulla, où il périt; et Hiempsal U remonte sur le trône de ses ancêtres. « Une grande et brillante razzia exécutée contre les
1. Je ne crois pas qu'il y ait grand intérêt, en admettant qne cela soit bien sûr, à pénétrer profondément dans le dédale de ces successions numides et surtout de ces héritages maurétaniens. Voir pourtant le savant ouvrage de M. Millier sur la Numismatique de Tancienne Afrique, et Tappendice XXII.
i82 ANNEXION PROGRESSIVE
habitants du désert, un certain nombre de tribus gélules ramenées sous l'autorité de Hiempsal, rendirent au nom romain son lustre et sa puissance. » Mais Pompée, dans sa rapide mission, n'avait point à faire davantage; l'ancien ordre de choses demeura prudemment debout ^
Lorsque César et Pompée se disputèrent à leur tour l'em pire du monde, la population romaine d'Afrique et l'Afrique tout entière prirent à leurs démêlés une part plus importante encore qu'aux troubles précédents, et furent même, à une certaine heure, d'un grand poids dans les événements de cette mémorable lutte. Lors du premier triumvirat, en 59, lorsque César, Crassus et Pompée se pa^rtagèrent les provinces, c'est à Pompée qu'échut la province romaine d'Afrique *. Il l'administra par l'intermédiaire de ses lieutenants et se créa ainsi, dans le royaume voisin de Numidie, des relations de clientèle et d'attachement. Pompée d'ailleurs avait été le bienfaiteur d'Hiempsal H; Juba P', le fils d'Hiempsal, hérita de son père d'un royaume agrandi et florissant, et, tout naturellement, d'une affection reconnaissante pour un puissant patron. Des motifs particuliers de rancune haineuse l'animaient d'ailleurs contre César et contre Curion, son lieutenant zélé, lequel, étant tribun du peuple, et voulant se donner l'honneur, et le profit peut-être, de confisquer un royaume, avait proposé par une loi de dépouiller Juba et de faire de la Numidie une province ^. Aussi, lorsqu'eul com-