‹ L'Algérie romaineChapitre 135 sur 174 · Kellerm. Vigil · texte numérisé non relu

Kellerm. Vigil

4» Florid., U, p. 123 :[Bip.

vince , n'étail pour ainsi dire déjà plus , el ce légat (}iii s'installait au contraire en Afrique et qui, de son camp de Lambèse, voyait passer et disparaître les proconsuls, quelle différence d'autorité vraie, quelle inégalité dans le pouvoir! N'était-ce rien aussi que d'être nommé au choix de l'empereur et d'être ainsi l'homme du maître, tandis que le proconsul, était désigné par le sort? Enfin, en un temps où les légions régnaient, puisqu'elles faisaient et défaisaient les empereurs, où le droit des armes primait tout, qu'étaient^ que ces proconsulats désarmés que Tacite appelle des ^ur»dictionesy en face de ces lieutenants militaires? -

En ce qui touche proprement la province d'Afrique, et dans l'organisation exceptionnelle que lui avait donnée "Galigula, quel privilège était-ce pour le légat de Numidie que de pouvoir entrer en armes sur le territoire même qu'administrait directement le proconsul ! Plus tard, les choses changeront : la Numidie sera séparée formelkment de la province d'Afrique; mais ce sera, encore, un légat de Numidie, Capellien, qui, n'y regardant pas de si près, et, lui aussi, passant son Rubicon, franchira, à la tête de sa légion, les limites de sa province, viendra battre le proconsul acclamé empereur, le vieux Gordien, et débarrassera de ce prétendant du Sénat son maître, le Goth Maximin i. On le voit, les précautions de Caligula, longten^ps maintenues par ses successeurs, étaient donc assez naturelles dans ce premier âge de l'empire où la loi était plus respectée qu'à l'époque d'un Maximin. L'empereur avait bien su ce qu'il faisait, alors qu'il autorisait son légat, en vertu de ce nouveau titre de commandant des forces d'Afrique, à pénétrer sur le territoire du proconsul, à agir en toute indépendance, à se mouvoir en toute liberté, partout où il croirait avoir besoin de faire marcher ses troupes. La limite, sans doute, était large. Que le lieutenant du prince fît tourner cette plénitude d'attributions

1. Voir ma thèse latine : De urbe Lambœse et de légions tertia Augusta, — Voir, plus loin, le chapitre VÎI.

plus grand bien (Je la province proconsulaire, qu'en y fainl circuler ses troupes il assurât la sécurité de cette nbmeuse et riche population des colons, ou qu'il employât ses Idats à construire et à réparer ces grands ouvrages qui ont ilsiré les légions romaines : cela va sans dire ; mais c'était là le oindre souci de Tempereur ; aussi bien le proconsul, pourvu as troupes nécessaires, eût pu tout cela, comme le légat. Ce ue le prince ne voulait pas, c'est qu'un sénateur considéable, un proconsul cher au sénat qui l'avait nommé, et eut-être à la province qu'il administrait, conservât cette uissance terrible sous Tempire, une légion. U voulait qu'il lit là, honoré mais impuissant, sous Tœil fidèle et vigilant lu légat. L'empereur ne voulait pas de Gordiens , et c'est our cela qu'il lui fallait des Capelliens.

Les légats d'ailleurs usaient fort, môme en dehors de toute nrière-pensée politique, des droits illimités qui leur avaient té attribués ; nous les voyons, dans les inscriptions, entrerendre , hors de leur domaine propre de Numidie , des îuvres toutes désintéressées et de grands travaux d'utilité ablique. En l'an 124, par exemple, l'empereur Hadrien it paver la grande voie qui menait de Carthage à Théîste * ; et c'est le légat impérial, commandant de la 3« légion, ji fait exécuter, par les bras de ses légionnaires, cet ouvrage insidérable, dont le monument relate la longueur officielle ; est le légat qui figure sur l'inscription, laquelle ne menmne môme pas le proconsul. Or Carthage est la capitale de

province d'Afrique, et Théveste est à la limite même de

Numidie : cet ouvrage intéressait donc presque exclusiveent la province proconsulaire. En toute autre province, le gat impérial n'aurait pas eu le droit d'accomplir ces tralUX même tout pacifiques; il fallait, pour qu'il lui fût jnnis et possible d'entreprendre une pareille campagne, si offensive qu'elle pût être, pour que la chose fût légale, le la Numidie fît partie de la province d'Afrique,

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