‹ L'Algérie romaineChapitre 134 sur 174 · A., 17, 19, 23, 24, etc · texte numérisé non relu

A., 17, 19, 23, 24, etc

sinon le légat gouverneur particulier de la Numidie, mais cela, de la Numidie qui est demeurée, encore une fois, partie intégrante de la province d'Afrique?

C'est ce que prouve, plus expressément encore, un monument élevé en l'honneur d'A. Egnatius Proculus *, où ce personnage figure comme légat impérial pour la province d'Afrique, chargé du diocèse de Numidie, legatus Augusti provinciœ Afrine , diœceseos Numidiie. Cette formule ne montre-t-elle pas avec la dernière évidence que , dans le langage officiel, on respectait soigneusement la fiction de l'unité, qu'on y représentait la Numidie comme une dépendance de la province d'Afrique, et qu'on lui donnait en apparence la môme situation politique qu'aux autres diocèses de la province? Avec celte différence toutefois, où élait précisément toute la diplomatie, j'allais dire toute la malice impériale, que le légat du diocèse de Numidie était le lieutenant de l'empereur, et que par son grade, et surtout par ses troupes, il primait non seulement ses collègues des autres diocèses, mais encore le proconsul amoindri ! Son titre même, d'ailleurs, indiquait sa supériorité hiérarchique : les légats des autres diocèses s'appelaient tout simplement , nous l'avons vu, légats de la province d'Afrique, chargés de tel ou tel diocèse ; les légats de Numidie, comme tous les légats impériaux, ajoutaient à leur titre de legatus Augusti la formule pro preetore; c'était dire qu'ils avaient les mêmes attributions que le praetor urbanus et le praetor peregrinus, à Rome, et que, par exemple, ils jugeaient les affaires civiles sans appel.

Quant au proconsul, il lui restait bien quelques privilèges d'apparat, quelque pompe extérieure, quelques satisfactions d'amour-propre ; son nom figurait sur les monuments publics du diocèse même de Numidie : on le trouve, à l'époque des Anlonins, sur la frise supérieure de la face principale du

\. Grut., 404, 7.

praetorium de Lambèse *. L'ordre du jour adressé par Tempereur Hadrien aux troupes campées à Lambèse * nous fait connaître également que, chaque année, une nouvelle cohorte de l'armée d'Afrique était détachée à Carthage pour les besoins du proconsul. Il était de règle en effet que, dans les provinces du Sénat, le gouverneur reçût toujours, des légions des provinces impériales voisines, les troupes qui lui étaient nécessaires pour maintenir l'ordre public dans sa province ainsi que pour assurer son service personnel. Le légat de Numidie était donc obligé d'envoyer au proconsul de Carthage les hommes dont il avait besoin, comme il lui fournissait encore les officiers qui devaient remplir certains emplois civils habituellement confiés à des militaires '.

En retour de ces obligations assez légères, le légat pouvait presque tout, il était presque tout dans cette grande province dont le proconsul semblait le chef, dont il était, lui, le maître réel.

J'ai déjà fait remarquer la supériorité que lui donnait la durée d'un commandement qui, le plus souvent, se prolongeait pendant trois années, en regard de ce proconsulat éphémère, dont Apulée dira quelque part * : < Quid nobis eum istis proconsulum vidàus? Quid cum annis brevibus et festinantibus mensibus? » C'est encore Cyprien, dans sa quinzième épître, qui marquera d'un mot ironique la vanité et le vide de cette autorité si rapide et si vite arrivée au terme de sa course : < Eant nunc magistratus ef consules sive proconsules; annuœ dignitatis insigmbus et duodecim fascibus glorienturi » Entre ce proconsul annuel, ce gouverneur de douze mois, qui ne faisait guère qu'apparaître dans sa résidence de Carthage, et qui, à peine arrivé dans sa pro-

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