‹ L'Algérie romaineChapitre 141 sur 174 · Corpus · texte numérisé non relu

Corpus

la voie qui menait de Carthage à Théveste, construite en 123 par la troisième légion, reliait, dit un des milliaires qui la bordent, la capitale du proconsul aux frontièi^es de la Numidie, a Karthagine usque ad fines Numidias provincix; Théveste était à la limite même de l'Afrique et de la Numidie.

Quant au légat, il embrassait dans sa vaste circonscription Cydamus et Bondjem, c'est-à-dire la partie méridionale du pays tripolitain, menacée en effet par les Garamantes, puis Théveste, Mascula, Lambèse, tout le sud de l'Afrique nouvelle également infesté de nomades hostiles; enfin, non seulement Girta, l'ancienne capitale des Etats de Masinissa, et tout le pays qui en dépendait, mais encore Macomades et Thibilis ^ . En un mot, le légat, chargé de faire face aux Garamantes et aux Gétules, avait sous son autorité tout le pays occupé par la troisième légion et les troupes auxiliaires dont elle était flanquée ; partout où stationnait une garnison, où s'avançait un poste militaire, là s'avançait aussi la province du légat de l'empereur.

Ainsi, de l'est à l'ouest, toute la côte, depuis Leptis la Grande jusqu'à Hippone la Royale, était placée sous l'autorité du proconsul, laquelle s'étendait, dans l'intérieur des terres, jusqu'aux palmiers de Capsa et de Turris Tamalleni. Du nord au sud, la ligne de partage laissait au proconsul les grandes villes florissantes de Calama, Thagaste, Thubursicum, Madaure, Ammaedara ; au légat Thibilis, Macomades, Théveste. Toute la vieille Afrique pacifiée était comme enfermée et protégée par une ceinture de postes militaires qui commençaiefnt à Cydamus, sur les frontières de la Gyrénaïque, et faisaient comme un cordon jusqu'au port de Rusicade ^.

. 1. Corpus, 1; 6; 1839, 1851, 1869; 2242, 2244; 4764.

2. Il y a lieu de faire, avec M. Mommsen, une remarque intéressante, et de signaler un fait qui n'avait pas encore été mis en lumière. C'est que, si toute VAfrica netm était restée au proconsul, le légat, lui, n*avait point gardé toute VAfrica nova, c'est-à-dire toute la Numidie; une partie en était passée sous l'autorité du proconsul, qui avait en effet dans son gouvernement la côte tripoUtaine, Hippo Regius, Calama et

On voit sur quel immense parcours et jusqu'à quelles loinlaines limites se prolongeait Tautorité du légat impérial. De plus, on lui avait également réservé une partie du littoral, afin de lui laisser libres et indépendantes ses communications avec Rome. M. Henzen voit avec raison, cô me semble, une preuve de cette précaution importante dans ce fait que. sur les inscriptions de Girta et du port de Cirta, Rusicade, lesquelles mentionnent fréquemment les légats, on ne voit jamais figurer les proconsuls. Enfin M. Mommsen trouve une confirmation de ces interprétations si vraisemblables dans Tordre môme adopté par Ptolémée pour sa description de TAfrique *. En effet, le savant géographe énumère d'abord tous les sites du littoral depuis la Maùrétanie jusqu'à la Cyrénaïque, en omettant le territoire numide, dont il souligne ainsi l'indépendance ou du moins, qu'on me permette le mot, Va parte. Puis, revenant sur ses pas, il distingue, à l'inlérieur, l'enclave de Girta et de son territoire, et décrit, sous le nom de Numidie nouvelle ou nouvelle province, tout le reste de la région distincte que désignait cette appellation.

Mais quelle lumière, en vérité, jettent ces détails sur le texte de Tacite que nous avons plus haut reproduit ; et comme, à son tour, l'historien éclaire d'un de ses traits perçants et d'un seul coup de pinceau tous ces faits un peu minutieux et déchiffrés l'un après l'autre par la science pénétrante de l'archéologue ! Je me résume en quelques mots : qu'il y ail eu, dans le commandement d'une armée par un sénateur, une exception aux lois constitutionnelles imposées à l'empire par le premier des empereurs, cela est certain, et cette ano-

toute la zone maritime de l'ancien royaume numide, moins le territoire de Cirta. De là une distinction entre detuc Numidies qu'on trouve dans certains documents : une Numidie inférieure ou proconsulaire, et une Numidie supérieure, ou consulaire, à une époque où son gouverneur avait en eftet le rang de consulaire , ou encore Cirtensis, du nom de sa capitale, ou enfin Constantinienne, elle aussi, quand la ville de Cirta prit ce nouveau nom.

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