‹ L'Algérie romaineChapitre 156 sur 174 · I- 0- M- IVN- REG- MIN- MARTI VICTAVGGG · texte numérisé non relu

I- 0- M- IVN- REG- MIN- MARTI VICTAVGGG

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Cette inscription doit se lire ainsi :

Jovi Optimo Maximo, Junoni Reginœ, Minervœ, Marti, Victoriœ Augustis, pro salute imperatorum Lucii Septimii Severi Pii et Marci Aurelii Antonini Augustorura, et Publii Septimii Getee, Vexillatio legionis tertiœ Augustœ Piœ Vindicis, morans in procinctu ; curante ^Emilio Emerito, decurione alœ prima? Pannonionim, Satiirnino et Gallo consulibus. Vexillatio provinciae NumidifB libente animo votum solvit. I. A. 1611.

Les trois sigles V. P. N. de Tavant-demière ligne sont interprétés d'une manière différente par MM. Henzen et Renier. Léon Renier, dont j'ai emprunté la traduction, y lit vexillatio provinciœ Numidiœ; M. Henzen y voit une continuation de la date : < sous le consulat de Satuminus et de Gallus, et la cinquième année de la province de Numidie, {anno) quinto V, provinciœ Numidiœ, * » Cette dernière interprétation révélerait un fait nouveau, c'est que la province de Numidie avait, comme la J\Iaurétanie, une ère particulière, et que cette ère partait de l'année 194, la seconde du règne de Sévère, puisque le consulat mentionné

i. Wilmanns a lu V, N. MAIAS, c'est-à-dire V nonas Maias, 3 mai 198.

nous donne la date de Tinscription, c*est-à-dire Tannée 198. Ce qui est sûr, et ce qui importe, c'est que les deux éminents archéologues s'accordent sur le sens des signes abréviatifs P. N. et qu'ils y voient tous deux les mots provlncia Numidia; c'est qu'ils reconnaissent là l'un et l'autie l'apparition de la province de Numidie. U y a donc dé< sormais une province de Numidie ; et, d'après M. Henzen, elle aurait été créée presque immédiatement après l'avènement de Sévère, ce qui n'a rien que de très vraisemblable. Septime Sévère était Africain ; à peine arrivé à Rome après son avènement, il envoya des troupes en Afrique S dansb crainte que Pescennius ne s'emparât de ces riches contrées, en y pénétrant par l'Egypte et par les plateaux de la Libye. Qu'y aurait-il d'étonnant, ajoute avec raison M. Henzen, à ce que cette circonstance et ces événements eussent amené la nouvelle organisation d'un pays qui devait attirer avant tous les autres l'attention et la sollicitude de l'empereur? Et cela, quand nous avons le droit de supposer, par l'exemple de la Bretagne *, divisée en deux provinces, Bretagne inférieure et supérieure, après la défaite d'Albinus, que précisément il entrai! dans la politique de Sévère d'amoindrir et de morceler les provinces. Wilmanns croit, comme Henzen, à une mesure formelle prise en effet par l'empereur Sévère à l'égard de la Numidie ; une nouvelle constitution aurait été donnée alors à la province impériale ; un décret aurait modifié la situation du gouverneur, en même temps que celle de la province, et ces événements auraient coïncidé avec une autre mesure importante qui, vers Tan 207, ce semble, aurait donné à Lambèse, simple vicus encore, si grande ville qu'elle fût et véritable capitale, l'organisation municipale qu'elle attendait depuis si longtemps.

1. Eckhel, VII, p. 171 et 183. Spartien, Sept Sévère, 8, 13, 18.

2. Hérod. lU, 8, 2; Dion, LX, 23. Une inscription de Lambèse (/. A. l'ilO) mentionne un personnage qui a été préfet de cohorte dans la Bretagne inférieure, avant d'être tribun dans la 3« légion d'Afrique.

Le PfiM^E^ soi

M. Mommsen estime que les choses se passèrent en quellue sorte plus simplement; depuis longtemps la Numidie était, de fait, une véritable province : elle en prit peu à peu la forme officielle et le nom. L'habitude et le long usage, bien plus qu'une loi constitutionnelle et qu^un rescrit impérial, consacrèrent définitivement un régime qui datait de loin. Quoi qu'il en soit, officiellement, c'est là un nouvel ordre le choses, et qui date, sans aucun doute, du règne de Seplime Sévère.

Ainsi, la combinaison politique imaginée par les méfiances de Caligula s'est prolongée jusqu'au règne de Septîme Sévère ; les différents souverains qui ont rempli ce long intervalle ont laissé subsister pendant cent cinquante ans l'organisation primitive. Est-ce à dire que le maintien d'un aussi durable statu quo indique, de la part de ces princes, je ne sais quel abandon et quelle indifférence des intérêts de l'Afrique? Que si, par le point de vue spécial où je me suis placé, l'action des divers empereurs a semblé disparaître de toute la période que vient d'embrasser mon récit, est-ce donc qu'elle ait été nulle et ne se soit pas fait sentir dans ces belles et brillantes contrées, si faites pour tenter la bienveillance impériale et si proches des regards du maître ? En aucune façon, et peut-être y a-t-il lieu, pour ne point prêter à cette erreur, de faire un rapide retour en arrière et de montrer, en quelques mots, quelle a pu être l'influence de chacun des empereurs dans les destinées de l'Afrique, et quelle est la part qu'il a prise au développement et au progrès de la domination et de la civilisation romaines dans cette partie de l'univers.

César, le premier des empereurs, avait porté ses regards sur l'Afrique : le poignard, de ce côté encore, arrêta de nobles et grands projets. On sait la tentative de Gaïus Gracchus ; César en avait repris la pensée. Appien a entouré ce fait de tout l'appareil poétique d'une légende intéressante et d'une vision semblable à celle du Rubicon. Pendant son ex-

302 La numidie province distincte

pédition d'Afrique, César, ayant campé près des ruines de Carthage, aurait vu en songe une grande armée qui pleurait; réveillé en sursaut et tout ému de cette vision, il écrivit sur ses tablettes : coloniser Carthage ! « Cette armée en larmes, a dit éloquemment Amédée Thierry, cette armée qui criait à César merci, dans ce songe réel ou supposé, était-ce autre chose que la grande armée des nations conquises? Quoi qu'il en soit du récit d'Appien, l'acte du dictateur rebâtissant Carthage et Corinthe fut accueilli par tout l'empire comme un acte de haute réparation ; l'histoire aussi Ta enregistré comme un acte de haute et humaine politique ^. »

Trois mille colons furent envoyés à Carthage; le reste fut pris dans le pays voisin et adjoint à la colonie.. Ce n'était guère là qu^une ébauche ; Auguste voulut achever l'œuvre : k colonie, reconstituée en 29 avant Jésus Christ, sous le nom de colonie de Vénus, et consacrée ainsi à la déesse protectrice de la famille Julia, reprit bien vite une vie nouvelle, et Strabon la célèbre déjà comme une des villes les plus flo-' rissantes et les plus peuplées du pays ^.

. Auguste ne visita jamais l'Afrique; après la défaite de Sex* tus Pompée, il voulait y passer et apaiser par sa présence les derniers ressentiments de la guerre civile; des tempêtes incessantes l'en empêchèrent : mare saevum. Dans la suite, l'occasion ou le motif ne se retrouvèrent plus ^. Il y fonda du moins de nombreuses colonies, et l'inscription d'Ancyre atteste la sollicitude de l'empereur pour les provinces africaines. Colonias in Africa, Sicilia, Macedonia^ utrdque Hispania,,, militum deduxi, » Au reste, on n'ignore pas qu'Auguste a été le prince colonisateur par excellence : le temps avait manqué à Césai' pour accomplir son double projet de Repeupler de ses vétérans l'Italie épuisée et de distribuer

1. Amédée Thierry, Tahkau de V empire romain, livre I, chap. iv.

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