Ibid.y 25. G
Ce sont là les inscriptions les plus intéressantes ou nous retrouvions le souvenir des légats impériaux qui ont été chargés d'administrer la Numidie pendant le règne d'Ântonin *. Quel que soit le caractère des monuments où ils figurent, les différents légats n'y apparaissent que portant, suivant l'occasion et certaines convenances peut-être, Tun ou Tautre de ces deux titres, ou le titre abrégé de légat impérial pro« préteur, ou cette formule plus complète, qui visait à la fois leur double autorité, légat impérial propréteur, commandant la légion 3« Âugusta.
Leur situation administrative et politique n'est donc point encore modifiée : Ântonin a laissé debout l'état de choses devenu séculaire. Dans le fait, comment oublier la plus claire des preuves et le témoignage le plus formel : j'entends la belle inscription que j'ai reproduite plus haut dans cet ouvrage S laquelle date de la onzième ou douzième année du règne du pieux empereur, et où L. Novius Grispinus, un de nos plus brillants légats de Numidie, porte un titre dont j'ai déjà commenté les termes et expliqué le sens : légat impérial propréteur de la province d'Afrique? Légdii impérial, il n'est point, manifestement, le lieutenant du proconsul d'Afrique : il ne relève que de l'empereur ; mais il n'est pas non plus, du moins officiellement, le gouverneur particulier d'une province numide distincte, et son district spécial, sa circonscription administrative, son diocèse, comme disent quelques monuments, font encore partie intégrante de la province proconsulaire.
Je ne veux point pousser à l'excès la recherche d'un facile problème ; et, du règne de Marc Aurèle, je ne vois pas que j'aie à citer mieux que cette inscription caractéristique qui mentionne un officier chargé du recrutement, dikctator, dans les provinces africaines, à savoir per Africam, Mauretanias.
1. M. Valerius Maximianus est peut-être contemporain de Copmode : peu importe, puisque l'usage n'a point changé d'un règne à l'autre.
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Ce texte est précis et formel : TAfrique romaine était donc encore, à cette époque, divisée en trois régions administratives seulement, la province proconsulaire d'Afrique et les deux Maurétanies. Or Tinscription est, je Tai dit, du régne de Marc- Aurèle, postérieure à la mort de L. Verus, antérieure à Tassociation de Commode : ainsi, à cette date, la Numidie ne comptait point pour une province indépendante *.
Commode conserva le statu quo; c'est en effet du règne de ce prince que date Tintéressante inscription dont j'ai déjà parlé, laquelle détermine plus explicitement qu'aucune autre le caractère spécial de ce commandement mixte du représentant de l'empereur : Egnatius Proculus figure sur le monument dont il s'agit comme légat impérial de la province d'Afrique, clrargé d'administrer le diocèse de Numidie '.
Qu'est-ce à dire, et que signifie cette formule nouvelle, cette sorte de définition? Quel en est te sens et la portée? Est-ce donc que désormais le légat soit comme cantonné et relégué dans son diocèse, et qu'il n'ait plus le droit de pénétrer avec ses troupes dans la province proconsulaire? Y-a-t-il eu sur ce point une concession de l'empereur, une réclamalion écoutée d'un proconsul agréable au prince? Ou bien plutôt, étant données l'époque et la tradition déjà longue, n'y
i. Voir, sur cette iuscription, les Mélanges épigraphiques de Léon Renier ; voir le recueil de M. Henzen, au numéro 6502, ainsi que les corrections de la page 511.
Voir, sur les légats impériaux du règne de Marc-Aurèle et de Commode , les inscriptions romaines de l'Algérie , 36 , 42 , 46 , 47. M. iEmilius Saturninus répare les fortifications du camp de Lambèse, 38, 39, 40; il dédie à Verecunda un arc de triomphe élevé à Marc-Aurèle et à Verus, 1418^ 1419; Venustus, son prédécesseur, dédie, sous la vingtième puissance tribunicienne de Marc-Aurèle, un monument aux divinités protectrices des Augustes^ Jupiter et Junon, 1417. Il succède lui-même immédiatement à C. Msesius Picatianus^ lequel figure sur un monument de Diana, daté de la dix-neuvième puissance de Marc-Aurèle, 1724. Sous Commode, T. Caunius Priscus veille à la réparation de Tamphithéâtre de Lambèse^ tombé en ruines, 53, S4, 55, 1402.
2. Grut. 404. On sait, par une inscription grecque, consacrée au même personnage, qu'il vivait au temps de Commode.
a-t-il pas tout simplement , par la force même des choses, acheminement et passage, dans le fait et dans la forme, à la séparation positive, déclarée, ofQcielle?
Aussi bien, si Pertinax, dans son règne éphémère, ne put guère avoir le souci de modifier Tétat politique de ces provinces africaines, nous n'en sommes pas moins arrivés à la veille même du jour où va prendre fin la fiction constitutionnelle inventée par Caligula, et où l'indépendance du légat et l'autonomie de sa province vont être comme reconnues et proclamées dans le langage officiel. Avec le troisième siècle apparaît, non plus la circonscription administrative, le dio" cpse du pays numide, dépendance fictive du territoire proconsulaire, mais la province de Numidie. Désormais, dans les inscriptions qui énoncent exactement tous les pouvoirs et tous les titres du lieutenant de l'empereur, le commandement de la légion figure conjointement avec un gouvernement politique distinct, celui de la province de Numidie. Dorénavant la Numidie forme une province indépendante de la province proconsulairè, et la fiction de l'unité va cesser définitivement. L'expédient impérial a duré plus d'un siècle et demi; s'il y a maintenant retouche politique et reprise administrative, c'est après une longue et patiente expérience ; l'essai d'une organisation nouvelle ne peut sembler prématuré. A vrai dire, le système nouveau ne fait guère que consacrer et sanctionner au grand jour le régime latent dont vivait depuis de longues années le nord de l'Afrique.
Il paraît bien que c'est l'empereur Septime Sévère qui apporta ces modifications dans l'organisation administrative de l'Afrique. M. Henzen en voit la première trace et l'apparition précise dans une inscription pittoresque du recueil de Léon Renier que je vais reproduire ici. C'est un monument élevé aux principales divinités romaines, pour le salut de Septime Sévère, de Caracalla et de Géta, par un détachement de la troisième légion qui est là, faisant sentinelle dans les défilés de TAurès, en tenue de guerre et sur
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le qui- vive. Le monument a été trouvé à Mena, dans l'Aurès; l'inscription est gravée sur un dé d'autel.