Voir TAppendice
LE PUBSES 327
il y est qualifié de vlr egregms^ appellation qui convient en effet à un fonctionnaire de l'ordre équestre *.
Une des premières inscriptions, une aussi des plus importantes, où figure la province de Numidie, officiellement détachée de la province d'Afrique, est une inscription trouvée dans les ruines de Thamugas, sur une grande base encore en place dans le forum de cette petite ville '. Elle a trait à un personnage dont nous avons déjà parlé, P. Junianus Martialia* nus ; c'est un second cursus konorum de ce légat, qui semble avoir été un fonctionnaire distingué et avoir laissé des souvenirs particuliers dans la province qu'il avait administrée. Il est salué, dans l'inscription, du titre de clarissimus vir, consul ; il est probable que le monument lui a été élevé en l'honneur de son consulat : on sait combien les villes et les provinces se montraient fières de ceux de leurs administrateurs qui parvenaient à la magistrature suprême, au consulat, et combien elles tenaient à glorifier et à éterniser cette sorte de souvenirs. Nous connaissons très bien l'époque où vivait Martialianus, puisque, dans une inscription que nous avons reproduite, il porte le titre de legatus legionis III Augustœ Severiansè Alexandrins ; les deux inscriptions et le personnage qu'elles célèbrent sont donc du règne d'Alexandre Sévère. Or, pour le fond des choses, sauf l'ordre dans lequel sont énumérées les dignités, les deux inscriptions sont identiques : elles se complètent pourtant en un détail * qu'il est bon de faire ressortir, pour le point de vue qui nous occupe. Sur l'un des monuments, le personnage porte le titre de legatus legionis tertise Augustœ prxses; sur lautre, celui de legatus Augusti pro prœtore provinciœ Numidix. En rapprochant ces deux inscriptions et ces deux formules l'une de l'autre, noua reconstituons le titre complet du légat impérial, tel que nous avons dit qu'il avait pris l'habitude de le porter vers la fin du second siècle et le commen-
cément du troisième, après que la province de Numidie eut été définitivement et officiellement séparée de la province d'Afrique. Et ce litre est celui-ci : Legatus Augusti pro prsetore legionis tertiœ Augmtœ, prseses provindx Numidiae.
L'inscription de Martialianus appelle d'ailleurs notre attention sur un fait intéressant qu'il importe, en passant, et Tocc^sion venue, de mettre en lumière. Martialianus est appelé consul dans l'un et dans l'autre des deux cursus hbnorum que nous avons cités de ce personnage. Il n'est pas le seul \é^^{ de Numidie qui soit arrivé au consulat en quittant l'Afrique : bien au contraire. La légation de Numidie était un emploi considérable, la première même des. légations, et, d'ordinaire, le légat gouverneur commandant la troisième légion était nommé consul au sortir de sa charge. Nous avons, de cet avancement glorieux, qui était habituel et comme réglé, des preuves nombreuses dans les inscriptions, — et tout d'abord les deux inscriptions de P. Martialianus, qui, vraisemblablement, lui ont été élevées par les habitants de Thamugas et de Cirta à l'occasion de son consulat. Telles aussi ont été sans doute la cause et l'intention qui ont fait ériger un monument semblable en l'honneur de M. Valerius Maximianus, legatus Augusti pro praetore legionis tertix Augmts^ consul^ praeses rarissimus; et celui-ci encore, hommage délicat adressé non plus au légat lui-même, mais à sa femme : Statiae Agrippinae conjugi Modii Justi, légat i Augusti pro prœtore, consulis *.
Encore pourrait-on supposer que ces différents personnages n'aient pas obtenu le consulat immédiatement après leur légation de Numidie ; l'inscription les appelle consuls, sans désigner l'époque où ils ont rempli cette charge, et il serait permis de penser qu'après quelques années d'intervalle les habitants de leur ancienne province, reconnaissants
des services rendus et fidèles au passé, apprenant le grand honneur mérité par leur gouverneur d'autrefois, lui ont offert ce témoignage d'un durable et lointain souvenir. Mais toute hésitation disparaît devant les nombreuses inscriptions qui nous montrent des légats de Numidie encore en charge et décorés, sur des monuments élevés sans doute à cette occasion, du titre de consul designatus, A Lambèse, par exemple, un légat impérial célébrait en quelque sorte lui-même son propre avancement en offrant à Jupiter et à Silvain deux dédicaces, deux ex-voto peut-être, qu'il plaçait dans le temple d'Esculape, et où il mentionnait le consulat auquel il venait d'être désigné : Jovi Valenti, Silvano Pegasiano, Decïmus Fonteius FrontinianusLuciusStertiniu^ Bufinus^ legatus Augustorum pro prsetore, consul designatus *. Puis, dans deux inscriptions analogues trouvées près du forum de Lambèse, c'est — évidemment en l'honneur du même événement — un centurion de la 3« légion qui élève un monument au légat consul désigné, la mère d'un officier qui adresse un semblable hommage à la femme de l'heureux gouverneur ^. Ailleurs le légat, consul désigné, associe toute sa famille aux remerciements qu'il adresse aux dieux, et sa dédicace mentionne avec lui sa femme et ses enfants *, Enfin j'ai retrouvé à Troesmis, dans la Mésie Inférieure, comme légat impérial gouverneur, un ancien légat de Numidie, Sextus Julius Major, lequel, alors qu'il était a la tête de la légion 3« Augusta, avait fait construire, aux frais des quatre colonies Cirtéennes, les ponts de la grande voie qui conduisait de Cirta à Rusicade ^ Or la Mésie Inférieure, où nous le revoyons, étant une province consulaire, il fallait que, dans
1. Ces séries, ces kyrielles vaniteuses de noms que l'on emprunte à toutes ses parentés, deviennent, je l'ai dit, fort à la mode à un certain moment de l'empire.
4. I. A., 54, 55. Voir aussi 39, 47, 56, 57, etc. li. l. A., 2296.
l'intervalle qui avait séparé pour lui cette dernière magistrature du commandement de l'armée d'Afrique qui n'était qu'une fonction prétorienne, il eût exercé le consulat. Il y a toute vraisemblance qu'en effet, comme la plupart de ses collègues, il Tait obtenu au sortir de sa légation de Numidie K Je n'insiste pas davantage : on voit que, d'ordinaire, le consulat attendait, à l'expiration de leur charge africaine, el comme récompense d'un commandement qui passait pour considérable et difficile, tous ceux des légats de Numidie qui semblaient n'être pas demeurés au dessous d'une pareille tâche. Il est possible même que de rares légats privilégiés — et c'est le cas peut-être de Publius Martialianus — aient, même pendant le cours de leur charge africaine, obtenu cet honneur suprême. Quelques-uns l'avaient mérité, avant de venir en Numidie. On voit quel était le rang, quelle était l'importance d'une province qui comptait parmi ses gouverneurs des personnages consulaires, ou des consuls en exercice, et dont le légat pouvait, comme dans une inscription de l'année 499, ajouter à sa légation le titre magnifique de consul amplissimus *.
Donc, au temps d'Alexandre Sévère, le titre habituel du légat gouverneur de la province de Numidie est celui-ci : legntus Augusti pro praètore provinciœ Numidiœ, auquel on ajoute volontiers, et même officiellement, la qualification plutôt honorifique ieprxses: G titre, Léon Renier l'explique en quelque sorte mot à mot, ( . il en interprète ainsi à la fois le sens et l'emploi. Le légal d'une légion était en même temps gouverneur, lorsque cette légion était la seule de la province ; sinon , l'on y plaçait un gouverneur qui fui d'un rang supérieur à celui des divers commandants militaires, et qu'on prenait à cette intention non plus seule-
1. Archives des Missions, t. IV, 1867. Rapport sur une mission épigraphique en Moldavie et en Valachie, par M. G. Boissière, p. 202.