Henz
les gouverneurs de rang équestre, les procurateurs, lesquels s'autorisent d'abord de la signification légale du mot même pour se parer un peu abusivement d'un titre qui les flatte, puis qui l'obtiennent ensuite officiellement, lorsque Dioclétien régularise leur vaniteuse usurpation. Toutefois ce terme reprendra alors sa valeur propre et primitive : il se donnera spécialement à ceux des gouverneurs de provinces qui ne seront que des administrateurs civils et qui, privés de toute autorité militaire, n'auront point de troupes sous leurs ordres \ Au reste, même auparavant, la confusion n'est guère possible entre les deux classes de prœsides dont je marque ici la distinction, et le point de repère est certain: les prœsides de second ordre, c'est-à-dire de rang équestre, n'ont point droit de porter le titre nobiliaire qui est en effet l'apanage du rang sénatorial, celui de vir clarissimus, et, sur les inscriptions, ils s'appellent plus modestement, en simples chevaliers qu'ils sont, vir perfectissimus. Tous les chevaliers procurateurs des provinces maurétaniennes ne prendront point d'autre épilhète que cet adjectif emphatique dont l'enflure eût effarouché les contemporains de Caton; mais dès longtemps l'empire a fait de tous ces excès de langage la menue monnaie de la vanité '.
1. Le commandement militaire passe alors aux mains des duces,
2. « La langue, jusqu'alors sévère dans sa sobre élégance, se surcharge et s'enfle. L'emphase orientale qui, depuis deux siècles, gâtait l'idiome de Démosthène et de Platon, agira bientôt sur celui de CicéroD et de Virgile, l^s mots ordinaires ne suffisent plus ; les sénateurs prennent ou reçoivent la qualification de très glorieux, clarissimus , — On trouve ce titre employé déjà sous Claude (Cf. Orelli , 3115). 11 se donnait aux femmes et aux enfants des sénateurs (td., 3764; I. A,y 1825, 1827, etc.). Les membres de l'ordre équestre sont les illmtres, et leur service à l'armée s'appelle la splendide milice. Bientôt, avec les progrès de la servilité, tout deviendra « divin et sacré », même dans le palais de Césars immondes. Quelques-uns en rient; Auguste môme entend le favori de Mécène se moquer de ces classifications qu'établit la fortune, non le mérite. Mais les Romains les acceptent, et l'habitude des superlatifs outrés est passée à leurs descendants : des Alpes an canal de Malte a bien longtemps régné VEccellenza, » (Doruy, Hisi. des Bomains, t. IIL)
LE PR.ESES 325
Ainsi, désormais est créée la province de Numidie ; à partir de Septime Sévère, il n'y a plus de légat de Tempereur chargé, dans son diocèse Numide, du commandement de Tarmée d'Afrique ; il y a un légat impérial gouverneur de la province de Numidie, lequel est maintenu d'ailleurs à la tête de la légion, et qui prend fréquemment sur les monu' ments èpigraphiques le titre nouveau de prœses * .
A partir de ce moment aussi, le gouverneur de Numidie, ainsi replacé désormais dans une situation normale et revêtu d'une autorité régulière, renonce aux pratiques d'exception, aux agents extraordinaires, au personnel sui generis qu'il a employés jusqu'alors ; avec l'esprit romain respectueux de la règle et fidèle à la tradition, il organise son service, il recrute son personnel dans les mêmes conditions et sur le même pied que ses collègues. C'est ainsi qu'il n'aura plus recours, pour la gestion financière, à l'un de ces magistrats locaux, délégués et substitués, que nous avons vus auprès de lui et que naguère il empruntait à la ville chef-lieu de son diocèse. Il aura un procurateur qui remplira auprès de lui, suivant la règle et la coutume, Toffice dont s'acquittait le questeur près de la personne du proconsul ^ Et ce procurateur aura toutes les charges, toutes les attributions, toutes
1. Ce changement prête à une erreur qu'il est facile d'éviter. Un personnage qualifié de legatus pro prœtore provinciœ Africœ dans une inscription de Cirta, postérieure à l'époque à laquelle nous sommes parvenus, doit être pris pour ce qu'il est, c'est-à-dire pour un des légats du proconsul de la province d'Afrique, (/. A., 1817, 1818. Mélanges de L. Renier, p. 44.) De môme, dans une inscription d'Orelli, un personnage qui figure comme legatus provinciœ Africœ eodem tempère vice proconsulis, n'est point du tout un légat de Numidie; c'est un des lieutenants du proconsul qui fait par intérim fonctions de gouverneur dans la province proconsulaire, (Or., 3042.)
2. C'est ce procurateur qui plus tard, sous le règne de Dioclétien, changera son ancien titre en celui de rationalis, plus précis en effet, et, par conséquent, plus administratif; le rationaliSy c'est le fonctionnaire chargé des comptes. Nous rencontrerons, par exemple, sous le règne de Constantin, en 313, un de ces agents financiers qui réunira dans son service la Numidie et la Maurétanie : rationalis Numidiœ et Mauretaniœ, (/. A., 1847.)
326 LA IfUMIDIE PROVINCE DISTINCTE
les prërogûlives allacliées à ce titre et à eette fonction dans les provinces impériales : il ne sera pas seulement chargé de radministration des finances : en l'absence du légat, il fera rintérim, comme le fait le questeur en l'absence du proconsul. J'ai cité tout à l'heure un légat de Dacie remplacé à deux reprises par son procurateur * . Une autre inscription mentionne un procurator prolêgato *, et Ton connaîl, dans Marini ', un procurator provmciœ Asiœ, quam, principis tnandatUy vice proconmlis defuncti réagit. Enfin Ton a de ces suppléances confiées au procurateur un exemple justement célèbre dans le marbre fameux de Thorigny. On sait que ce monument, dédié à un personnage considérable de la cité des Yiducasses, Titus Sennius SoUemnis, a été érigé en conformité d'un décret de l'assemblée des députés des trois provinces des Gaules, et que sur l'une des faces latérales est gravée la copiç d'une lettre de recommandation écrite en faveur de Sollemnis par le légat gouverneur de la province Lyonnaise. Le légat venait d'être appelé par avan- . cément à un autre poste, et il avait en partant confié l'intérim à son procurateur. Voici l'intitulé de la lettre qu'il adressait au magistrat intérimaire :
Bxemplum epistulœ jEdini Juliani prœfecti prœtorio ad Badium Comnianum procuratorem et vice prxsidis agent em *.
Or notre Numidie, comme la province Lyonnaise, était gouvernée par un légat ancien préteur; les règles administratives devaient naturellement être les mêmes dans les deux provinces ; le procurateur de Numidie avait donc les mêmes attributions et les mêmes privilèges que celui de la Lyonnaise et des autres provinces du même rang. Une inscription du recueil d'Henzen mentionne un de ces procurateurs Numides ;